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C’était une soirée belle et calme à Poudlard. Il faisait froid, la neige couvrait tout d’un beau manteau blanc et le soleil dardait ses derniers rayons glacés par-dessus l’horizon dentelé. Les fenêtres illuminées de l’école semblaient vaciller au rythme des chandelles et quelques corbeaux tournaient encore autour des hautes tours.
C’était le vingt-quatre décembre et en cette douce soirée de Noël, les élèves s’étaient rassemblés dans la grande salle pour goûter à la joie d’être ensemble, réunis sous une voie lactée magique où flottait une myriade de chandelles et de splendides décorations colorées. Les fantômes amusaient la galerie en se livrant à des joutes spectaculaires, des combats de chevalerie ou des duels fracassants, trinquaient avec les élèves, les traversaient ou agitaient les tentures. La fête battait son plein et tout le monde était heureux.
En particulier deux jeunes gens, assis côte à côte, qui s’aimaient tendrement mais dont la relation restait secrète. Un bête – quoi qu’élaboré – sortilège de dissimulation leur autorisait les gestes d’affection qu’ils réprimaient d’ordinaire par crainte d’être découverts. Ils allèrent même jusqu’à s’embrasser et, un peu coupables de cet acte licencieux, masquèrent leur gêne en engloutissant le contenu de leurs assiettes.
Ils s’appelaient Remus Lupin et Sirius Black, et ils étaient en quatrième année. Seule autre personne dans la confidence, James Potter les observait avec un sourire amusé. Il avait lui-même fort à faire avec la parade nuptiale particulièrement mal engagée qu’il donnait depuis des lustres à Lily Evans, aussi s’abstint-il de les taquiner, mais il le pensa si fort que les amoureux levèrent la tête.
Foudroyé par leur regard, il grimaça et se détourna ostensiblement, provoquant un soupir chez le nouvel objet de ses pensées qui aurait bien aimé en être libéré. Amusés à leur tour, Sirius et Remus l’observèrent un moment, puis s’appuyèrent l’un contre l’autre en levant les yeux vers la voûte enchantée.
Les étoiles bougeaient comme si une main invisible agitait la galaxie et les couleurs avaient quelque chose d’hypnotisant. Les amoureux soupirèrent d’aise.
À cet instant, plus rien d’autre n’existait.
Rien n’avait plus d’importance.
Rien d’autre que cette voûte étoilée, rien d’autre que leur amour, rien d’autre que le bonheur d’être soi avec l’être qui vous complète parfaitement.
Sirius se plaisait à répéter à James que Remus était sa moitié, ce à quoi Remus rétorquait qu’il n’était pas sa moitié, mais sa meilleure moitié.
Et c’était cela qui comptait.
Remus était la meilleure moitié de Sirius.
Sirius était la meilleure moitié de Remus.
Ensemble, ils ne faisaient qu’un et il n’y avait qu’ainsi qu’ils étaient heureux.
Même les splendeurs de Noël, même la joie de Poudlard, même le merveilleux manteau de neige qui enveloppait l’ensemble ne pouvaient rivaliser avec cette vérité, et pourtant, ils la magnifiaient d’une façon extraordinaire.
Noël était devenu pour eux synonyme d’un bonheur sans nom, d’une féérie réelle devant laquelle même la magie s’inclinait.
Ils s’aimaient comme des fous, si fort qu’ils auraient voulu le hurler pour que le monde entier le sache.
Mais ils étaient là, assis et silencieux au milieu de la grande salle, les yeux rivés sur la voûte céleste, un sourire béat sur la figure.
Et ce soir, cela leur suffisait.
Ce soir, le pouvoir de Noël enveloppait leurs cœurs.
