Chapter Text
Assis dans ce café nommé "Coffee Corner" car il faisait coin d'une petite ruelle, Maxime attendait son latte, téléphone en main profitant tranquillement de cette matinée ensoleillée.
Il avait découvert cette enseigne il y a un mois lorsqu'il revenait de son boulot, il la trouvait fort sympathique et en plus le café là-bas y était excellent. Alors il s'était donné rendez-vous tout les samedis matin pour y passer le reste de ses matinées, il y trouvait dans cet endroit quelque chose de reposant et inspirant, là-bas il écrivait des histoires, des idées pour ses prochains films et le calme de cette rue lui donnait ce pouvoir d'écriture qu'il n'avait pas chez lui ou même ailleurs.
Maxime avait consacré toute sa vie à son travail, à l'accomplissement de ses rêves et à la réussite de sa carrière. Parfois il regrettait ce choix, parfois il se disait que ça aurait été préférable de ne pas tout sacrifier pour en arriver là, mais lorsqu'il se revoit sur cette scène, un César à la main pour le premier film qu'il avait réalisé et scénarisé, toutes ses pensées oppressantes s'en sont allées en un coup de vent.
Ouais mais parfois elles revenaient au galop, comme ce matin-là.
Il était lancé sur la conception de son prochain film, et il voulait absolument que tout soit parfait, meilleur que le premier.
Mais comment faire mieux que le premier si celui-ci avait déjà reçu toutes les éloges qu'il méritait ?
Étant un grand perfectionniste rien ne devait être laissé au hasard, tout devait être calculé au millimètre près, tout dans les moindres détails devait plaire à Maxime, et si ça ne lui convenait pas, alors on recommençait tout, encore et encore.
Elian, son meilleur ami qui travaillait avec lui sur ses projets, avait beau lui dire d'arrêter de se mettre la pression jusqu'à se rendre malade, son pote n'en avait rien à faire de ses conseils. Il avait beau lui dire de calmer la cadence, qu'il avait déjà eu tous les compliments et les approbations nécessaires sur son talent d'écriture lorsqu'il avait été acclamé par une foule entière, son cadeau, sa récompense entre ses mains preuve de son travail acharné, mais non, Maxime devait monter un steppe au-dessus, être meilleur à chaque œuvre.
Il y pensait, à toutes ces choses qu'il aurait pu faire et accomplir si son métier ne le bouffait pas autant.
Trouver quelqu'un avec qui partager sa vie par exemple.
Au fond Maxime se sentait extrêmement seul. Ouais c'était cool d'écrire, ouais c'était cool de réaliser, ouais c'était cool d'avoir ce putain de prix posé sur une étagère de son salon, mais à quoi ça servait si dans son discours il n'avait pas pu remercier la personne qu'il aimait le plus au monde, la personne qui l'avait soutenu dans chacune de ses idées, la personne qui faisait partie quotidiennement de sa vie ? À oui c'est vrai, c'est parce qu'elle n'existe pas.
Mais ça faisait un moment qu'il était là, à le regarder à travers les grandes fenêtres de la boutique d'en face.
Le fleuriste.
Maxime se demandait ce qu'il faisait là, il n'avait pas du tout l'allure de quelqu'un qui aimait les fleurs ; il était grand, assez musclé, il avait toujours cette casquette à l'envers qui laissait apparaître une de ses mèches tombantes sur son front, il avait de grandes mains épaisses remplies de bagues en argent, une barbe proéminente qui cachait un peu ses fines lèvres qui essayaient d'exister.
Ça faisait deux semaines maintenant que Maxime ne venait plus uniquement ici pour le café ou pour de l'inspiration, il venait aussi pour le voir lui, cet homme intriguant qui hantait ses pensées. Ça faisait aussi deux semaines maintenant qu'il ne venait pas uniquement le samedi matin, il y venait aussi le lundi, le mercredi, le vendredi s'il avait le temps, ainsi que le traditionnel samedi.
Il venait de sortir de sa boutique pour fumer son habituelle clope, son pied posé contre la façade de son bâtiment.
Maxime le regardait, inhaler la fumée de sa cigarette pour ensuite la souffler dans l'air paisible de ce coin reculé de Paris.
Il avait en lui ce stress intense qui le prenait au tripes à chaque fois qu'il le voyait sortir de sa fleuristerie, à chaque fois qu'il sortait avec ce tablier bleu marine dégueulasse. Quand il retirait sa casquette pour remettre correctement ses cheveux à l'intérieur, Maxime en était captivé. Il s'était étonné lui-même de venir plus souvent juste pour voir un homme avec qui il n'avait jamais parlé. Il aimerait ouais, il aimerait lui parler, mais il n'était pas très fleurs, pas du genre à offrir des roses ou des tulipes à tout va.
Dans son admiration, il fut interrompu par le serveur. Son latte venait d'arriver.
- Oh merci beaucoup.
L'homme en face de lui fit juste un signe de tête pour le remercier et retourna à ses occupations.
Dans tout ça, le fleuriste venait de passer la porte de sa boutique, Maxime aurait voulu qu'il reste encore un peu.
Il n'était pas inspiré aujourd'hui, rien ne lui venait à l'esprit, rien ne lui plaisait, rien qui ne lui convenait.
Son latte était en train de refroidir et il était devant ses feuilles de papier chiffonnées par les coups de gommes qu'il avait fait par frustration de ne rien trouver, son téléphone allumé montrant la discussion qu'il avait eu avec Elian ce matin même.
Ce n'était pas son jour. Déjà qu'il s'était disputé avec son meilleur ami, pour quelque chose dont il ne se souvenait même plus pour être honnête, et qui l'avait rendu à fleur de peau pour le reste de la journée, ses pensées n'arrêtaient pas de se tourner vers l'homme qui avait tenu un peu plus tôt une cigarette entre ses doigts.
Peut-être que c'était l'occasion rêvée pour faire un tour dans la petite boutique de fleurs ?
Maxime savait que les fleurs avaient une signification pour chacune d'entre elles, comme les célèbres roses rouges qui signifiaient l'amour, mais à part ça il ne s'y connaissait pas du tout.
Il bu d'une traite son latte froid avant de ranger toutes ses affaires dans son sac.
Parfois ça lui prenait d'un coup, ces idées farfelues qu'il avait envie d'exécuter sur le champ, sans penser aux conséquences.
Mais ce n'était pas une réflexion faite sur le coup, il y pensait depuis une semaine, en tout cas depuis qu'il avait vu ce grand homme dehors parler avec une amie, certainement, le jour où il l'avait aperçu pour la première fois, son putain de sourire angélique. Maxime en était devenu accro.
Il s'étonnait lui-même de s'endormir en pensant à cet homme qui lui souriait, rien qu'à lui. Il s'étonnait lui-même d'être revenu au Coffee Corner le lundi suivant, juste pour savoir s'il était là tous les jours. Et il y était.
La sonnette chanta l'entrée timide de notre réalisateur perfectionniste. Il était là, son corps tout tendu perché toujours près de la porte. Il était minuscule, tout comme la pièce l'était aussi, envahie par les dizaines de bouquets, de décorations, de pots fleuris qui remplissaient de haut en bas et de l'entrée jusqu'à la réserve la boutique, tout ces parfums de fleurs qui se mélangeaient dans ses narines créaient en lui un sentiment d'apaisement profond, ces fleurs rangées par catégories assez incompréhensibles pour lui mais qui donnait une harmonie agréable à la pièce tapissée de jaune pastel qui la rendant lumineuse à souhait, Maxime croyait être rentré dans une pièce tout droit sortie d'un rêve.
- Bonjour, que puis-je faire pour vous ?
L'homme au tablier bleu marine venait de sortir de la remise juste derrière le comptoir, un sourire arborait ses douces et fines lèvres tandis qu'avec sa main gauche il remettait sa casquette rose claire à l'endroit.
C'était la première fois qu'il le voyait d'aussi près, et bordel qu'est-ce qu'il était grand, il devait peut-être faire une tête et demie de plus que lui, il le scruta en détails, remarquant qu'il portait deux anneaux à son oreille gauche, que ses yeux étaient à moitié ouverts laissant juste une fine lueur faire briller ses pupilles sombres, et que son corps dégageait un espèce de charisme naturel, tellement naturel que Maxime se demandait si c'était normal d'avoir un charme aussi captivant.
- Oui, heum, bonjour.
Si son corps le pouvait, il aurait déjà détalé comme un lapin en dehors du magasin pleurant de honte et de stress, mais Maxime faisait tout pour contenir toutes ces émotions au plus profond de lui, quitte à jouer la carte de l'acteur.
- Ce serait pour offrir un bouquet de fleurs à quelqu'un, mais j'vous avoue que je ne m'y connais absolument pas en fleurs et tout ce qui va avec donc est-ce que vous pourriez faire un genre de petit bouquet avec heum, des fleurs qui ont une signification de pardon ?
Maxime avait débité sa phrase comme s'il était dans un concours de rapidité, il était du genre à bégayer mais étonnamment cette fois-ci il avait réussir à réciter sa réplique sans que les mots ne lui échappent.
- Des tulipes.
- Comment ?
- Des tulipes blanches. Elles représentent le pardon.
Tout en disant ça le vendeur traversa la boutique pour aller chercher ces fameuses tulipes blanches perchées à la vitrine de son magasin.
Il avait une douceur dans ses gestes, une douceur que Maxime admirait beaucoup, malgré ses grandes mains il était d'une délicatesse exceptionnelle, posant les fleurs sur le papier d'emballage le repliant sur les longues tiges des tulipes.
- Vous voulez qu'on mette un p'tit mot ou quelque chose ?
À chaque question il était pris au dépourvu, regardant simplement le fleuriste dans les yeux sans lui donner de réponse précise.
Maxime avait les doigts crispés sur le comptoir, prêt à se mordiller la peau des ongles rongée par le stress. Pour être honnête, ce qui l'apaisait sur le moment c'était les yeux sombres couleur noisette de son interlocuteur.
- Heu, nan pas la peine je lui donnerai en main propres.
- Très bien... Il est pour qui ce bouquet ? Il lui sourit, avec une part de curiosité.
- C'est pour un ami, on a eu une petite dispute ce matin et heum, j'me disais que ça pourrait être sympa de, de lui offrir des fleurs.
- Très bon choix, offrir des fleurs est un cadeau très subtile pour exprimer ses intentions.
Maxime pouvait l'écouter parler pendant des heures, sa voix était suave, calme et reposante, tout avait une harmonie chez lui qui lui donnait cet aspect d'ours en peluche.
Alors qu'il ne connaissait même pas son prénom. Tout était encore inconnu chez lui, les seules choses qu'il connaissait étaient son apparence imposante, ses gigantesques mains et son parfum qu'il s'était sûrement assuré de mettre pour cacher l'odeur de sa cigarette qu'il avait fumé juste avant de se remettre à travailler.
Et Maxime s'y sentait bien là, dans cette ambiance joviale que procurait son magasin. Ou plutôt que le fleuriste lui procurait.
Il en avait même oublié les angoisses que son taff lui infligeait, son corps qui habituellement à chaque occasion stressante allait se réfugier dans un coin, ses doigts à ronger comme un bouc émissaire et ses yeux déversant des torrents d'eaux jusqu'à ce que son esprit s'apaise de cette torture mentale. Il souffrait d'anxiété profonde et n'avait jamais réussi à s'en défaire, c'était devenu une partie de lui trop importante maintenant.
Tout en formant le dernier noeud de l'emballage avec ces petits doigts de fée, notre fleuriste venait de terminer de préparer le bouquet.
- Ça vous fera 20€.
Quant à Maxime sa carte bleue déjà en main, il zieutait les fleurs avec émerveillement.
Pourtant elles étaient tout ce qui avait de plus banal, de grandes tiges vertes avec de belles pétales blanches immaculées.
Il se demandait même s'il ne préférait pas les garder pour lui, et offrir à Elian autre chose pour s'excuser.
De toute façon son ami n'allait pas comprendre la signification et allait même se demander ce qui lui prenait de lui offrir des fleurs, alors qu'ils avaient toujours réussi à régler leurs différents sans s'échanger de cadeaux de façon superficiel. Ça pourrait paraître égoïste mais à la base Maxime n'était pas venu pour se trouver un cadeau d'excuse, il était principalement ici car il ne savait pas contrôler ses impulsions et que le seul moyen qu'il avait trouvé pour parler à ce mystérieux inconnu était de venir lui acheter des stupides fleurs.
Ouais Maxime n'était vraiment pas du genre à offrir des fleurs.
- Le bouquet est magnifique. Merci...
Ses yeux cherchaient désespérément l'étiquette sur son vieux tablier bleu marine pour mettre enfin un nom sur l'homme qui rongeait ses nuits jusqu'à 3 heure du matin depuis ces deux dernières semaines.
- Sidjil.
Son classique sourire de tombeur Maxime avait bien failli rougir et s'étouffer avec sa propre salive.
- Et toi ?
Il venait d'enlever sa casquette pour faire passer sa main dans ses cheveux, le coup fatal pour notre protagoniste qui était à deux doigts de chuchoter un "oh putain".
- Maxime.
- Et bien enchanté Maxime, c'est un joli prénom.
Pour seule réponse un sourire un peu timide se traça aux coins de ses lèvres.
- N'hésite pas à revenir si tu veux acheter d'autres bouquets. Dit-il accompagné d'un clin d'œil.
Les signaux étaient impossibles à éviter, Maxime les avait très bien vus, ce qui lui décrocha un rire gêné.
Il avait été clairement pris au dépourvu, surtout à cause de ce putain de clin d'œil de gros baiseur qui avait réussi à lui retourner l'estomac et à faire battre son cœur plus vite.
Plus le temps s'écoulait et plus ils se regardaient avec insistance sans pour autant reprendre la discussion.
- J'me pose souvent au café d'en face, j'y vais tous les matins quand j'ai l'temps, si tu veux discuter...
Il ne pouvait pas être plus explicite pour montrer ses intentions et son intérêt. Un fin rire soufflé par ses narines et Sidjil se redressa peu plus droit, mettant ses mains dans son jean un peu trop large.
- Ce serait avec plaisir.
Maxime était persuadé qu'à ce moment-là, ses joues étaient devenues toutes rouges.
En saluant cordialement le fleuriste, il s'en alla, ses pensées qui répétaient en boucle ce passage de la journée dans sa tête. Elle venait à peine de commencer, mais il savait déjà qu'il allait passer une bonne après-midi, le visage de sa nouvelle rencontre qui persistait dans un coin de son esprit.
- Sidjil... c'est un joli nom aussi. La porte de la boutique avait claqué derrière lui.
Si Maxime avait la possibilité de se regarder à ce moment précis, il aurait honte de lui-même.
Ses yeux posés sur le bouquet, un regard d'admiration et de fierté, exactement le même que lorsqu'il avait reçu son César sur scène, un sourire niais trônait sur sa face colorée de rouge au niveau de ses pommettes et ses mains titillaient les feuilles qui dépassaient de l'emballage.
Il avait l'air bien con, seul, sa musique qui tambourinait dans ses oreilles toujours son visage scotché sur son nouveau présent.
Il en était sûr maintenant, il était hors de question qu'il donne le bouquet à Elian.
