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Les cachots

Summary:

C'est utile, un cachot. Surtout quand on s'appelle Elros, qu'on a dix ans et qu'on commence à s'ennuyer ferme avec ses amis. Et c’est surtout utile quand on en possède la clé, mais Elros a toujours eu tendance à réfléchir après avoir agi.

Erestor n’approuve pas. La poupée-nain de Thranduil non plus.

Notes:

Petit repost d’une énième vieille histoire avec des mômes qui font n’imp’ avant que je mette enfin à jour le Dictionnaire Fëanorien prochainement ! :D Curufin est le prochain sur la liste. En attendant son arrivée je vous souhaite ici une bonne lecture et un bon week-end !

Chapter 1: Les cachots

Chapter Text

« J’AI UNE IDEE ! ! ! »

La porte de la chambre d’enfants s’encastra violemment dans le mur adjacent, livrant le passage à un Elros visiblement en grande forme. Le petit métis afficha un sourire triomphant et embrassa la pièce du regard. Dans la salle de jeu, Thranduil et Celebrían avaient sursauté, lâchant les poupées avec lesquelles ils jouaient. Erestor, assis à la grande table du salon, avait malencontreusement orné d’un énorme pâté noir la lettre qu’il recopiait avec application et qu’il regardait à présent d’un air désolé. Seul Elrond, assis dans un fauteuil, ne montra pour sa part aucun signe de réactivité. Sans doute était-il trop habitué aux entrées fracassantes de son frère jumeau. Son frère aîné-de-trois-quarts-d’heure, aurait d’ailleurs rectifié Elros avec un petit sourire satisfait.

« J’ai une idée ! répéta le garnement avec emphase devant le manque d’enthousiasme flagrant de ses amis.

-Ah, ça t’arrive ? questionna simplement Elrond, sans même daigner lever les yeux du livre qu’il lisait.

-Elrond ! s’indigna Erestor au moment où l’aîné des jumeaux claquait son cadet derrière la tête.

-Aïe !

-Elros !

-Qu’est-ce qu’il y a, Erestor ?

-Il y a que j’aimerai que vous cessiez de vous comporter comme des orcs l’un envers l’autre ! »

Elros haussa les épaules, tandis que son frère lui adressait l’un de ses plus noirs regards en se massant l’arrière du crâne. Erestor soupira. De toute évidence, les jumeaux étaient encore dans un de ces jours où ils mettaient un point d’honneur à se chercher des noises. Puis il se désintéressa des enfants, reportant son attention sur sa malheureuse lettre. Voyant qu’il n’avait pas l’intention de se fâcher, le semi-elfes bondit dans la salle de jeu, auprès des deux Sindar. Il s’agenouilla face à eux, son sourire éclatant de retour sur son visage.

« J’ai une idée, répéta-t-il encore, quoique plus calmement que les fois précédentes. Puisque Thranduil n’arrête pas de dire qu’il s’ennuie…

-Je m’ennuie plus ! coupa le petit en brandissant le jouet qu’il avait récupéré. »

Elros haussa un sourcil devant la poupée-nain, percée d’une dizaine d’aiguilles et à laquelle il manquait maintenant un œil et la moitié d’une jambe, que le bambin lui agitait sous le nez.

« …Je vois ça, commenta-t-il seulement, se demandant mentalement à quel endroit de la chambre d’enfant le tout-petit avait bien pu dénicher des aiguilles de couture –et sans qu’Erestor ne s’en aperçoive.

-Et après, je vais l’enterrer, ajouta Thranduil avec un sourire tellement innocent et lumineux qu’il en devenait presque inquiétant.

-…Ah. »

Le semi-elfe interrogea du regard la douce Celebrían, qui se contenta de lever les yeux au ciel d’un air lassé. On entendit Elrond tourner bruyamment une page de son livre et Erestor se lever pour aller chercher une autre feuille afin de recopier sa lettre gâchée. L’aîné des fils d’Elwing secoua la tête.

« C’est très bien, Thranduil. Mais je crois que je peux te proposer quelque chose d’un peu plus intéressant. »

Le garçonnet marqua un temps d’arrêt, s’assurant qu’il avait bien toute l’attention de son petit auditoire. Et en effet, les deux cousins ouvrirent de grands yeux étonnés où commençait à briller une pointe d’intérêt. Erestor reprit sa place et sa plume se remit à crisser avec régularité sur sa feuille de parchemin. Elros se pencha vers Thranduil et Celebrían, comme s’il voulait leur faire une confidence.

« Et si on allait visiter les cachots ? »

La plume d’Erestor ripa sur son parchemin. Le petit Thranduil fronça les sourcils, signe chez lui d’une intense concentration. Il réfléchit durant quelques secondes avant d’afficher une mine dubitative.

« Bof. Je préfère enterrer mon nain. »

Elros se tourna alors vers Celebrían, qui réfléchissait elle aussi. Après une légère hésitation, la fillette demanda :

« Est-ce qu’ils sont sombres, les cachots ?

-Sûrement, oui, répondit l’aîné des jumeaux.

-Et froids ? Et sinistres ?

-Si c’était pas sinistre, on appellerait pas ça des cachots, fit remarquer Elros dans un éclair de bon sens.

-Et ils font peur, les cachots ? questionna encore la petite fille, les yeux brillants.

-Moi, je n’aurai pas peur ! répliqua Elros en bombant le torse devant les regards admiratifs des deux cousins.

-Que tu dis ! railla Elrond depuis l’autre bout de la pièce. »

Elros se retourna d’un bond, comme piqué par une guêpe.

« Toi, tais-toi. T’aurais peur !

-Peut-être, reconnut le cadet des jumeaux. Mais moi au moins je ne prétends pas le contraire.

-Je suis sûr que tu aurais peur. Tu veux qu’on aille vérifier ? proposa Elros avec un sourire carnassier. »

Elrond le fixa un instant en clignant des yeux, l’évidence de sa réponse négative lisible dans son regard gris. Puis il haussa une épaule et se replongea dans sa lecture, signe qu’il plaçait le défi de son frère au dernier rang de ses préoccupations actuelles. Elros se retourna vers les deux Sindar, un peu déçu de son manque de réaction.

« Alors ? On y va ? Sauf si tu as peur, ‘Rían.

-Toi, tu es grand et fort. Avec toi, je n’aurai pas peur, affirma la fillette aux cheveux d’argent. Je te suis.

-Tu ne devrais pas, la prévint Elrond d’une voix traînante. Elros n’a pas son pareil pour attirer les ennuis.

-C’est même pas vrai ! se récria l’intéressé. »

Seul le regard sceptique de son frère lui répondit.

« Bon, d’accord. C’est peut-être un peu vrai. Mais pas tout le temps ! »

Elrond se racla la gorge et baissa la tête vers son livre. Les yeux d’Elros s’écarquillèrent.

« …Euh, bon. On y va ou on n’y va pas, dans mes cachots ?

-On y va ! s’exclama Celebrían.

-On n’y va pas ! rétorqua Elrond, ses yeux orageux jetant des éclairs.

-Je veux enterrer mon Nain, moi ! piailla Thranduil en tapant du pied sur le sol. »

Le plus grand des enfants se leva et croisa ses bras sur sa poitrine, l’air embêté.

« Là, il va falloir vous mettre d’accord.

-De toute façon, se décida à intervenir Erestor, les enfants n’ont pas le droit d’entrer seuls dans les cachots.

-Le problème est réglé, alors, conclut Elrond. »

Et il reprit sa lecture sans plus faire attention à ses compagnons. Celebrían, vaguement désappointée, se remit à pouponner le baigneur qu’elle tenait. Le petit Thranduil, après avoir hésité un instant, décida d’enlever les aiguilles de son nain. C’était pointu et ça faisait mal, il valait mieux qu’il les enlève avant de recommencer à jouer avec la poupée. Elros le regarda faire un moment avant d’esquisser un léger sourire. Il se tourna vers Erestor, qui venait d’achever la rédaction de sa lettre et la contemplait avec satisfaction.

« Dis, Erestor… Tu n’es plus un enfant, toi, pas vrai ?

-Moi ? Non. Pourqu… ? »

Le sourire d’Elros s’élargit. Le jeune elfe aux cheveux noirs parut soudain comprendre où le garnement voulait en venir, puisqu’il fronça les sourcils en agitant un doigt sévère dans sa direction.

« Non, Elros. Non, non, non. N’y pense même pas. Il est hors de question que je vous laisse aller dans les cachots, et encore moins que je vous y accompagne. »

De joyeuse, l’expression du sang-mêlé devint dépitée. La douce petite Celebrían leva vers leur gardien un regard implorant –dont elle avait déjà testé la redoutable efficacité en diverses occasions.

« Oh, s’il te plaît, Erestor ! On ira juste jeter un coup d’œil, on ne restera pas longtemps… Juste dix minutes !

-Non, répondit implacablement l’adolescent qui pliait sa lettre avec précaution.

-Cinq minutes ?

-Non.

-Deux minutes !

-Non.

-…Une demie minute ?

-Non. »

Celebrían poussa un soupir propre à fendre l’âme d’un gisement de mithril. Erestor fit couler un peu de cire rouge sur sa lettre et y apposa le sceau de sa famille, puis il se tourna vers les enfants.

« Qu’est-ce qui vous attire tant dans les cachots ? Je ne vous comprends pas.

-On veut juste les voir ! s’exclama Elros. On s’ennuie, ici !

-Je n’ai pas l’impression que Thranduil et Elrond s’ennuient, eux.

-Oui, mais Thranduil et Elrond, c’est Thranduil et El… »

Le gamin se tut soudain et réfléchit rapidement. Son regard s’éclaira brusquement.

« ‘Restor, si tu nous emmènes voir les cachots, je te promets de plus taper El’ jusqu’à la fin de la semaine.

-La fin du mois ! exigea aussitôt Elrond.

-La fin du mois, Erestor, reprit Elros. Je le taperai plus jusqu’à la fin du mois. »

Erestor fronça les sourcils, l’air méfiant. Pourtant, une légère hésitation se devinait derrière son air strict, ce qui n’échappa pas aux deux enfants désireux de visiter les cachots.

« Jusqu’à la fin du mois ? répéta le jeune Noldo, suspicieux. C’est vrai, ce mensonge ?

-Vrai de vrai, affirma Elros avec aplomb.

-Promis ?

-Promis, juré ! Croix de bois, croix d’os, si je mens je pars à Mandos ! »

L’expression figée d’Erestor s’éclaira un instant avant qu’il ne se rembrunisse.

« Non, je ne peux pas vous y emmener. Galadriel me tuerait si par malheur elle venait à apprendre que j’ai envoyé sa fille dans les cachots.

-Elle ne le saura pas ! fit Celebrían d’une petite voix. On ne lui dira rien, et on n’y restera pas longtemps… »

L’hésitation de son gardien se fit plus palpable.

« Si je vous emmène dans les cachots, commença-t-il d’une voix prudente, disons juste dix minutes… Elros ne frappera plus son frère jusqu’à la fin du mois…

-Oui, oui ! clama triomphalement le petit métis.

-Celebrían ne grimpera plus dans les arbres pour déchirer ses robes… ajouta l’adolescent avec un demi-sourire.

-Jusqu’à la fin du mois ! confirma la petite fille, enthousiaste. C’est promis !

-… Elrond ne dira plus non plus de méchancetés à son frère jusqu’à la fin du mois… imposa encore Erestor, son sourire s’élargissant.

-Eh ! Je n’ai rien à voir avec ça, moi ! intervint Elrond avec indignation.

-Oui, il est d’accord, il est d’accord ! cria Elros pour couvrir sa voix.

-Et Thranduil rendra tous les petits objets brillants qu’il a cachés sous son berceau, acheva le jeune garçon victorieusement.

-Mais c’est joli quand ça brille ! couina le tout-petit.

-Je ne veux pas le savoir. Tu les rendras tous sans exception. »

Thranduil soupira, résigné. Erestor promena sur les quatre enfants un regard satisfait.

« Et si vous ne tenez pas votre parole, je vais voir Celeborn, Oropher et Ereinion, et je leur raconte toute l’affaire.

-D’accord, d’accord ! s’impatienta Elros. Bon, on y va, maintenant ?

-On y va. »

Les exclamations joyeuses d’Elros et de Celebrían résonnèrent dans la chambre d’enfants et les deux amis se jetèrent en parfaite synchronisation sur la porte toujours ouverte. Ils jaillirent dans le couloir, Erestor sur leurs talons. Le petit Thranduil leur emboîta le pas, atteint par l’euphorie générale et oubliant complètement qu’il voulait enterrer la poupée-nain qu’il serrait contre lui. Elrond les regarda sortir en soupirant. Il adressa un regard implorant à une représentation de Manwë accrochée à un mur, ferma son livre, le posa sur la table près de la lettre d’Erestor et rejoignit le petit groupe qui s’éloignait en discutant gaiement. Elros, concentré sur sa conversation avec Celebrían, ne s’aperçut de la présence de son jumeau que lorsqu’ils arrivèrent à l’escalier descendant vers les cachots. Il se retint de sursauter et afficha un air surpris.

« Tiens ? Tu viens avec nous, finalement ? Je croyais que tu ne t’intéressais pas aux cachots ? lança-t-il avec étonnement.

-Quitte à subir ce qu’a dit Erestor, autant que ça ne soit pas pour rien, répliqua Elrond d’un ton bougon. Et puis, si je ne suis pas là, qui va te sortir des ennuis dans lesquels tu vas forcément te fourrer ? »

Erestor se tourna vers lui en lui adressant un regard mécontent. Le petit garçon ouvrit aussitôt de grands yeux innocents.

« On n’est pas encore dans les cachots ! se défendit-il avant que le plus âgé ne puisse lui faire le moindre reproche. Tu n’as pas encore tenu ta parole, alors je n’ai pas à tenir la mienne. Et d’ailleurs, je n’ai rien pro…

-C’est là, les cachots ? coupa Celebrían en lorgnant avec curiosité sur l’escalier sombre qui semblait s’enfoncer dans les entrailles de la terre. C’est… lugubre.

-Et tu n’as encore rien vu, répondit Erestor. Vous venez ? »

L’adolescent s’engagea sans l’ombre d’une hésitation dans la cage d’escalier et en descendit rapidement les marches, ses longues robes noires et ses cheveux sombres voletant autour de lui.