Actions

Work Header

Double de carbone

Summary:

"Dis, Stevie…

– Hm ?

– Tu m’as déjà dessiné ?"

Steve soupire et va chercher un vieux carnet noir, usé par le temps.

Notes:

Nouvelle histoire avec nos deux super soldats favoris !

Comme dans Cauchemars, on va faire des bonds dans le temps. Le début a lieu à Brooklyn, dans les années 40, avant que Bucky ne s'engage dans l'armée, donc ça correspond au tout début du film Captain America : The first avenger. Puis, après les "* * *", on passe directement à un moment hypothétique entre la fin de The Winter Soldier, et le début de Civil War : Bucky est libéré du joug d'Hydra, et vit désormais heureux avec Steve (possiblement dans la tour Stark, mais le lieu n'est pas mentionné dans cette fic, donc vous pouvez l'imaginer où vous voulez).

Cette histoire a été écrite dans le cadre du challenge "Fluff VS Angst", du Discord du Petit salon d'écriture, et il se trouve qu'il correspond également avec le thème "regarder quelqu'un travailler".

J'espère que cette histoire vous plaira. Bonne lecture !

(See the end of the work for more notes.)

Work Text:

Le carbone glissait sur le papier, laissant dernière lui des traits d’un noir profond. Les doigts habiles de Steve conduisaient le crayon aux quatre coins de la feuille, dans des courbes larges, ou plus serrées, quelques angles abrupts, des arabesques appuyées ou légères. Des formes, des silhouettes, ou des objets ou paysages plus détaillés…

C’était un spectacle dont Bucky ne se lassait jamais. Un univers tout entier prenait vie sous la mine de Steve. Le jeune homme noircissait jour après jour les pages jaunies de ses carnets. Dès qu’il arrivait aux dernières feuilles d’un carnet, Bucky se débrouillait pour lui en acheter un nouveau, afin qu’il ne soit jamais à court. Bien-sûr, Steve protestait, et tentait de lui extorquer le prix qu’il avait payé, afin de le lui rembourser, mais il finissait par laisser tomber, devant le mutisme obstiné de son ami. À la place, Steve lui laissait choisir le sujet de son prochain dessin.

Le choix de Bucky se portait souvent sur un objet de leur appartement, ou un passant dans la rue en contrebas, parfois même un chien ou un chat errant. Une fois, il avait demandé à Steve de le dessiner, lui. Mais Steve avait refusé tout net, le visage rouge brique, et s’était enfermé dans sa chambre pour le reste de la journée. Bucky n’avait pas insisté.

Regarder Steve dessiner était l’un de ses passe-temps préférés. Bucky avait remarqué que Steve avait tendance à tirer la langue, lorsque certains détails, ou certaines perspectives lui donnaient du fil à retordre. Bucky trouvait ça attendrissant. Tout comme les expressions de Steve, alors que le jeune homme tentait de reproduire un visage. Le visage de Steve s’accordait sur les émotions qu’il dessinait, d’une manière très comique.

Si en public Steve semblait plutôt stoïque et impassible, malgré ses accès de colère face aux abrutis qu’il croisait, le visage de Steve s’illuminait lorsqu’il était seul face à sa feuille. Ses yeux bleus se mettaient à pétiller dès que Bucky lui indiquait un joli paysage, ou un oiseau, ou quoique ce soit qui semblait digne d’être immortalisé dans son carnet. Et ses joues ne manquaient jamais de rougir lorsque Bucky complimentait ses créations.

* * *

La tête posée contre la poitrine de Steve, Bucky sourit, alors que son ami déposait un baiser sur ses cheveux. Ils venaient de terminer une de leurs très nombreuses soirées film, rien que tous les deux, installés dans le lit de Steve.

– Dis, Stevie…

– Hm ?

– Tu m’as déjà dessiné ?

Bucky sentit son ami se tendre sous lui. Le silence se prolongea quelques secondes avant que Steve ne réponde.

– Peut-être…

– C’est pas une réponse, ça, punk !

Jerk…

Steve soupira et fit signe à Bucky, qui était jusqu’à étendu de tout son long sur lui, de se décaler pour le laisser se relever. Bucky s’exécuta, et suivit son ami du regard, alors qu’il s’agenouillait devant son bureau et commençait à fouiller dans le tiroir du bas. Après quelques minutes, il en tira un épais carnet, à la couverture noire usée et éraflée par endroits. Une partie des feuilles semblait gondolée, comme si le carnet s’était retrouvé dans l’eau, puis avait été séché feuille par feuille. Bucky devina que l’objet avait bien vécu, et devait être très cher aux yeux de Steve pour qu’il le conserve, même dans un tel état…

Le vieux carnet en main, Steve vint s’asseoir à côté de Bucky, sur le lit. Il posa le carnet sur ses genoux, et ses doigts vinrent caresser distraitement la couverture abîmée.

– Je t’avais déjà dessiné plusieurs fois, en secret, lorsqu’on vivait ensemble à Brooklyn, mais malheureusement les dessins ont dû être détruits ou perdus. (Steve s’interrompit, un petit sourire gêné aux lèvres) En fait, c’est peut-être une bonne chose. Je n’aurais pas été très à l’aise si mes portraits de toi s’étaient retrouvés dans un musée, à la vue de tous…

Bucky s’esclaffa.

– Pourquoi ? Tu avais dessiné plein de petits cœurs autour de mon portrait, comme l’indécrottable romantique que tu es ?

Steve lui donna un coup de poing dans l’épaule, mais Bucky eut le temps de noter que la pointe de ses oreilles avait rougi.

– N’importe quoi ! C’était juste privé, c’est tout. Je suis définitivement bien content qu’ils aient disparu. Parce que tu ne méritais pas de les voir, si c’était juste pour te moquer !

Bucky s’apprêtait à répliquer, indigné, mais Steve l’interrompit.

– Enfin, de toute façon ils ne sont plus là, eux… Mais j’en ai fait d’autre, après.

Le regard de Bucky passa du visage de Steve, qui affichait une expression mélancolique, au carnet qu’il tenait entre ses mains, et qu’il ouvrit.

Le souffle de Bucky se bloqua dans sa gorge, alors qu’il découvrait une version noire et blanche de lui, adossée au mur de ce qui ressemblait à l’appartement qu’ils partageaient, avant la guerre. Les bras croisés sur son torse, le Bucky dessiné le regardait, un air de défi dans les yeux. Mais un détail ne cadrait pas. Le Bucky de papier portait son uniforme bleu et brun. Celui-là même qui était désormais exposé dans un musée. C’était l’uniforme qu’il avait porté en Europe, lorsqu’il se battait aux côtés des Commandos Hurlants, avant de sombrer dans un gouffre, dans les Alpes. Bucky n’avait jamais eu l’occasion de ramener cet uniforme à Brooklyn, et encore moins dans leur appartement.

Bucky se tourna à nouveau vers Steve, perplexe.

– Quand est-ce que tu as fait ce dessin ?

Steve se passa une main sur la nuque, le regard triste fixé droit devant lui. Il déglutit.

– C’était à mon réveil… Quand on m’a décongelé.

– Mais tu- je-

– Non, tu n’étais pas là. Tu n’étais plus là, et je-

Sa voix se brisa, une seconde plus tard, les bras de Bucky le serrait contre lui.

– Shhh… C’est pas grave, tout va bien, je suis là…

Bucky pouvait sentir les soubresauts des sanglots silencieux qui agitaient son ami, et ça lui brisa le cœur. Il le serra un peu plus fort et déposa un baiser dans ses cheveux.

Les sanglots se calmèrent et Steve repoussa son étreinte avec douceur, avant de s’essuyer le visage d’un revers de main. Il évitait encore le regard de Bucky lorsqu’il reprit son récit.

– C’était dur. Je ne vais pas te mentir, c’était très dur de tout reprendre à zéro, de recommencer une nouvelle vie dans ce monde qui n’avait plus rien à voir avec tout ce que je connaissais… (Bucky lui caressa doucement le dos, en signe de compassion) Mais petit à petit, j’ai réussi à reprendre mes repères, à m’adapter… Et tu m’as accompagné à chaque pas. (Steve considéra le carnet sur ses genoux avec un regard d’une tendresse infiniment triste) Je n’aurais jamais réussi sans toi, donc j’ai décidé que tu découvrirais avec moi.

Bucky sentit son cœur se serrer à mesure que la réalisation se faisait.

– Chaque nouveau lieu, chaque nouvelle expérience, je l’ai consignée dans ce carnet, en te dessinant à mes côtés. Si tu veux regarder…

Steve lui tendit le carnet, hésitant, mais Bucky l’accepta, et commença à le feuilleter (en le manipulant avec mille précautions). La quantité de croquis lui donna le vertige. Il y en avait plusieurs centaines, qui se succédaient sur des pages et des pages. Des paysages : une vue du New York actuel, avec tous ses gratte-ciel, observé par un Bucky appuyé contre l’un des larges panneaux de verre du 30 Hudson Yards – d’après la légende –, Bucky qui pose devant le mont Rushmore, une rue de New York encombrée de voitures et de taxis… Des bâtiments : Bucky au milieu de la foule mouvante du Times Square moderne et ses immeubles bardés d’écrans géants, Bucky qui pose devant le One World Trade Center, une enfilade de gratte-ciel, quelque part dans New York… Parfois juste des objets : Bucky qui écoutait de la musique avec des écouteurs, Bucky dans le canapé, en train de regarder un film sur une télé à écran plat, Bucky, assis à l’envers sur une chaise, qui regardait un plat chauffer dans un micro-onde…

Bucky partout, tel un double de carbone toujours aux côtés de Steve, pendant que le Bucky original était à mille lieues de là, en train de massacrer des innocents sous les ordres d’Hydra… L’ancien soldat laissa échappé un son étranglé, puis referma doucement le carnet pour le rendre à Steve.

– Je suis tellement désolé, Stevie… J’aurais dû être là pour toi… Je te l’avais promis…

Ce fut au tour de Steve de l’enlacer, et Bucky se laissa presser contre son torse, la tête basse et le cœur lourd. Steve le berça doucement contre lui.

– C’est pas grave, Buck. Tu n’y pouvais rien, ce n’est pas de ta faute…

– Mais je te l’avais promis, je-

– Sshhh… Tout va bien…

Un baiser se déposa sur sa tempe et Bucky se laissa aller contre Steve.

– Je suis désolé.

– Buck. Tu es là maintenant. C’était inespéré, un véritable miracle que tu aies survécu aussi longtemps que moi… Et que nous avions fini par nous retrouver…

Bucky eut un rire triste.

– On a toujours fini par se retrouver…

Il sentit Steve sourire, ses lèvres posées contre son crâne.

– Que veux-tu, Bucky. Notre amour inconditionnel est plus fort que tout…

– Ferme-la, Rogers…

Le ton était à mi-chemin entre la gêne et la tendresse. Steve lui déposa un baiser sur le front en retour.

– Moi aussi je t’aime, jerk…

Notes:

Merci d'avoir lu ! N'hésitez pas à me laisser un petit kudo ou un commentaire si vous avez aimé ;)

Aussi, si cette histoire vous a plu, je peux vous recommander d'autres histoires Stucky du même style :

- Cauchemars (1185 mots, rating Teen) : Steve a toujours fait des cauchemars, et Bucky a rapidement trouvé une manière efficace pour les gérer !

- Dire au revoir (564 mots, rating General) : Du pure fluff (avec les Avengers qui vivent tous dans la tour comme une joyeuse famille) : Steve est envoyé en mission, et Bucky lui fait ses aurevoirs au milieu de la cuisine, sous les yeux de Natasha et Bruce, qui n'en demandaient pas tant...