Chapter Text
Depuis sa position en hauteur dans le centre de soin, Misaka Mikoto peut observer sans mal la grande cour ombragée et la petite centaine de personnes qui le peuple. Lisant à l'ombre des nombreux arbres, jouant à un jeu de balles, se poursuivant ou assistant à des tables, discutant, toutes ces sœurs ignorant complètement que leur aînée les observe, un discret mais doux sourire sur le visage. La jeune collégienne est heureuse en les voyant détendues, comme des adolescentes et ressent toute leur sérénité l'envahir. Cette paix qu'elles ont aujourd'hui lui semblait impossible à obtenir il y a des mois et elle sait qu'elle fera tout pour la maintenir.
"Tu ne te joins pas à elles ? Elles ne me parlent que de toi dès qu'elles en ont l'occasion. Elles seraient heureuses de te voir."
Mikoto sursaute en entendant la voix grave inconnue qui parle derrière elle, et se détourne de la fenêtre, des étincelles jaillissant de son front, prête à frapper. Mais elle s'apaise dès qu'elle réalise qu'elle fait face à un jeune homme, qui a les mains écartés, bien évidente, un sourire amusé sur le visage.
"Doucement, Railgun. Je suis Erèsaël Belesse, chargé du centre de soins qui abrite vos sœurs. C'est un plaisir", se présente-t-il en tendant sa main pour la saluer.
Réalisant ce qu'elle vient tenter de faire, toujours sur ses gardes quand il s'agit de sa nouvelle famille, le visage de la jeune fille prend une teinte rouge écarlate, alors qu'elle bredouille des excuses rapides, tout en saisissant sa main avec raideur pour le saluer. Il garde son sourire, le faisant juste plus gentil en la voyant.
Alors qu'il se détourne vers la fenêtre, pour contempler la même portion de cour qu'elle, elle en profite pour lui jeter un coup d'œil. Le docteur Getoka jusqu'ici en charge de certaines de ces sœurs, lui avait parlé de Belesse, mais c'est la première fois qu'elle le rencontre en personne. Un grand homme aux cheveux sombres bien coupés, une petite barbe taillée, la peau mate, vêtu d'une blouse blanche et d'une chemise qui semble très classe. Il a un visage très sérieux, des yeux vairons (or et gris) perçants, mais une posture des plus nonchalantes avec ses mains fourrées dans les poches de son pantalon qui crée un curieux contraste, que Mikoto trouve assez… Apaisant. Il ne doit avoir qu'une dizaine d'année de plus.
"Tout semble si paisible ainsi, n'est-ce pas ?"
Mikoto ne peut qu'hocher la tête à cette remarque, la partageant et souhaitant que tout reste ainsi. Paisible. Elle a connu assez de problème comme ça en quelques mois.
"C'est un plaisir de vous rencontrer, Belesse-San. Merci de vous charger d'elles", déclare-t-elle en s'inclinant.
"Leur bien être est mon travail, inutile de me remercier. Tes sœurs méritent d'être heureuses."
La franchise qu'il porte dans sa voix et son visage, la confiance que lui accorde Canceller quand il lui à parler de lui, pousse Mikoto à croire dans la sincérité de ces paroles. Elle plaisante, le cœur léger, apaisée :
"Cela vous fait une sacrée chargée de travail."
Il rit doucement, amusé :
"Je ne te le fais pas dire ! Mais elles sont tellement passionnantes. Et de nombreuses", ajoute-t-il après un instant dans un long gémissement épuisé. "En tant que nouveau responsable des Misaka Imouto, voici mon numéro", lui donne-t-il. "Si tu as la moindre question sur elle, ou un besoin, n'hésite pas à m'appeler", conseille-t-il. "Je suis là pour ça !"
"Juste une pour l'instant : Comment vont-elles ?"
"Tout très bien. Nous espérons pouvoir les intégrer à la vie active d'ici peu, les traitements pour allonger leurs espérances de vie se passent à merveilles. Elles aimeraient juste te voir plus, tu es leur aînée après tout."
Mikoto apprécie qu'il utilise ce terme plutôt que "l'original". Qu'il parle d'elles comme ses sœurs et non ses clones, car c'est ainsi qu'elle les considère toutes. A la dernière phrase du jeune homme, elle plisse les yeux, avant de faire une grimace maladroite :
"Je vais avoir du mal à leur rendre toutes visites", soupire-t-elle avec dépit.
Belesse a un bref rire, pas moqueur juste amusé à la réponse saugrenue.
"Je ne te le conseille pas. Mais si l'envie t'en prend, je te souhaite bien du courage. Tu as de la chance, grâce au réseau, en voir quelques-uns suffira amplement pour que toutes soient contentes et aient quand même l'impression de partager un moment avec toi. Comme par exemple, celles rester à l'hôpital pour les tests, avec Canceller. Ainsi, tu n'auras pas besoin de faire tout le déplacement jusqu'ici, le centre est assez excentré. Ce serait déjà un très bon début."
"Merci pour vos conseils", s'exclame-t-elle vivement, en s'inclinant une nouvelle fois.
"Ne t'incline pas, c'est normal. Je suis là pour veiller sur elles. Te transmettre ces informations fait partie de mon travail", assure-t-il. "D'ailleurs, un dernier conseil. Rend visite à Last Order quand tu auras le temps."
Immédiatement, le sourire de Mikoto tombe, alors que son visage pâlit et que de minuscules arcs électriques commencent à crépiter le long de sa peau, faisant reculer d'un pas avec prudence l'homme. Au-dessus de leur tête, les lumières du couloir clignotent, répondant à sa colère et son inquiétude.
"Qu'a fait Accelerator ?" grogne-t-elle.
"Rien !" l'arrête immédiatement Belesse avec précipitation. "Tout se passe très bien avec son lui et leurs tutrices, nous nous en assurons. Te voir lui fera du bien. C'est la plus jeune de la famille. Question de point de vue", se corrige-t-il.
"Elle va vraiment bien ?" insiste Mikoto, dubitatif.
Elle ne sait pas vraiment ce qu'elle veut entendre comme réponse. Elle aimerait pouvoir retirer Last, l'éloigner d'Accelerator. Elle haïe l'homme pour ce qu'il a fait à sa famille et ne comprend absolument pas ce qui a poussé la plus jeune de leur sororité à se tourner vers lui. Mais en même temps, elle sait bien que si quelqu'un peut protéger Last, c'est ce type increvable. Bien souvent, elle aurait aimé savoir plus tôt que Last existée et la trouver elle-même et pas l'apprendre un jour par un appel.
"Je sais que c'est douloureux à reconnaître", la calme Belesse. "Mais il veille bien sur elle."
Mikoto s'appuie contre la baie vitrée, songeuse, son regardant se perdant dans le ciel bleu. Elle peut voir la cité Académique derrière le très vaste terrain du centre, les tours et immeubles de sa ville au loin. Elle est soulagée, mais tendue aussi de toute cette situation particulière. L'assurance de Belesse est légèrement réconfortante, mais guère mieux.
C'est la sonnerie d'un téléphone qui la tire de ces pensées, quand elle voit le jeune homme lire rapidement un message, avant de grimacer :
"Je dois y aller. Réunion", marmonne-t-il avec dépit. "Prends soin de toi, et n'hésite pas à appeler, je trouverais du temps", promet-il.
"Je m'en souviendrais."
Une fois de nouveau seule dans le couloir, le regard de Mikoto retourne inévitablement à ces petites sœurs jouant dans la cour. Le nouveau responsable, qu'elle a envie d'apprécier avec son regard franc et son sourire confiant, a raison. Cela ne ferait de mal à personne qu'elle passe plus de temps avec sa famille. Après s'être battue si durement pour la paix, elle mérite bien d'en profiter aussi un peu.
***
Shirai Kuroko repousse la pile de paperasse qui s'accumule devant elle avec un grognement féroce de dégoût le plus pur. Elle a les mains douloureuses d'avoir trop écrit pendant beaucoup trop de temps. S'étirant paresseusement sur sa chaise en baillant, elle attire l'attention d'Uiharu Kazari, qui relève la tête lui demande :
"Fatiguée ?"
"Oui", gémit-elle avant d'avachir sur sa chaise, à bout de patience.
"Il faut finir ça, Shirai-san", lui rappelle gentiment son amie, heureuse d'être pour une fois la voix de la raison de leur duo. "Konori-sensei compte sur nous."
Kuroko retient à grande peine les flots d'injure qui bouillonne à ses lèvres, qui ne sont pas dignes d'une dame, tout en jetant un regard à son pire ennemi : les papiers. Elle a aussi quelques mots salés pour la personne qui l'a forcée à s'asseoir et passer son après-midi ainsi mais sa supérieur ne mérite pas ça, doit-elle se rappeler souvent. C'est nécessaire et important de faire ses papiers essaie-t-elle de se convaincre sans conviction.
D'ailleurs, quand on parle du loup, l'aînée de la 177 ème branche de Jugement entre dans la pièce où travaille avec plus ou moins de diligence ces deux kouhais, tout en tenant dans un équilibre plus que précaire trois tasses et une théière fumante sur un plateau bien trop petit pour cette utilisation.
"Tout va bien, les filles ?" s'inquiète-t-elle en voyant l'air morne et la position de Kuroko.
Ne recevant une réponse affirmative et un sourire que de Uiharu, elle vient doucement poser une main sur l'épaule de Kuroko, qui semble à deux doigts de défaillir de sa chaise et qui gémit dramatiquement au contact :
"Je suis un agent de terrain ! Pas une bureaucratie ! C'est inhumain de m'imposer une telle tâche !"
Ces deux collègues de Jugement échangent un regard, aussi amusé que las face au petit numéro de théâtre qu'elles connaissent sur le bout des doigts. Shirai est une légende à Jugement pour ces arrestations et son courage, peut affronter n'importe qui sans trembler, mais défaille à l'idée de devoir gérer quelques papiers administratifs. Avisant l'heure, Uiharu a une brillante idée pour redonner un peu de courage à son amie, lançant gaiement, aussi impatiente de filer :
"Shirai-san, nous avons rendez-vous dans peu de temps avec Misaka-San et Saten-san. Je te rappelle qu'on a promis de finir ces dossiers avant d'y aller !"
Le réalisant à son tour, Kuroko se redresse paniquée sur sa chaise, l'horreur venant peindre ses traits, alors qu'elle s'écrie :
"Tu as raison ! Et j'ai dit à Onee-Sama de ne pas nous attendre si nous avions trop de retard !"
Elle se tourne vers Uiharu, ses pupilles rubis pleines de crainte et gémit plaintivement :
"Tu imagines ? Je pourrais rater un après-midi dans la délicieuse compagnie d'Onee-Sama ! Quel cauchemar."
En l'entendant, Uiharu gonfle comme toujours comiquement ces joues, prenant son petit air enfantin, faussement réprobateur mais très amusé surtout :
"Tu oublies Saten-san, elle est là aussi."
Elle n'a aucune réponse, Kuroko l'ignore, occupée par les documents qu'elle repousse depuis trop longtemps. Elle se sent soudain prise d'une nouvelle énergie et s'attaque aux dossiers avec motivation, le tout sous le regard d'Uiharu, qui est rayonnante que son plan est marché. Konori observe ses deux kouhais, aimant la motivation qu'elles montrent, même si celle de Shirai ne tient qu'à la perspective future de revoir Misaka.
Alors qu'elle finit de classer avec soin les derniers documents, Kuroko a son attention capter par l'un d'eux. S'en saisissant, elle comprend mieux son intérêt soudain, qui n'émane pas de nulle part. C'est le rapport, presque introuvable, obtenu très légalement (humm) par Uiharu, qui fait état des dégâts sur les centres et laboratoires de recherches qui ont eu lieu sur une courte période durant l'été. Il n'y a pas d'explication, pas d'enquête, malgré tous les dégâts matériels et l'argent que cela a coûté. Quand les attaques avaient subitement pris fin, tout avait été classé sans suite, mais Kuroko n'avait jamais pu cesser d'y réfléchir, se demandant les motivations de le/la coupable. Pourquoi cibler ces lieux ? Qui est derrière tout ça ? Pourquoi tout arrêter du jour au lendemain ? Pourquoi il n'y a aucune enquête ? Elle ignore complètement que la personne la plus apte à répondre à tout cela est aussi la personne qui lui est le plus chère.
***
Mikoto considère brièvement l'heure et peste en réalisant qu'elle est bien plus en retard que prévu. Le trajet depuis le centre de soin se fait en train, elle est restée bien trop longtemps avec ses sœurs et va maintenant devoir accélérer pour arriver à l'heure au rendez-vous avec ces amies. Surtout que si Kuroko et Uiharu ont dû travailler et sont en retard, Saten doit les attendre seule. La jeune fille ajuste un peu mieux sa veste et presse le pas à travers la cité Académique, voulant à tout prix arriver à l'heure.
Apercevant le petit café familial où elles vont toujours, elle s'arrête, poussant un profond soupir, ne pouvant pas repousser plus longtemps l'incroyable corvée qui l'attend. Elle sort nerveusement son téléphone Getoka de sa poche, composant presque à reculons le numéro. Depuis son départ du centre, elle se martèle que c'est la bonne chose à faire, qu'elle doit le faire, mais impossible de trouver le courage d'appuyer sur le bouton appeler.
C'est pathétique. Elle est la 3 ème Level 5, la grande Electromaster, peut générer un milliard de volt par la pensée, à combattre des adversaires terribles, à manquer de mourir bien trop de fois pour citer tous les moments, mais elle ne peut pas appeler une petite fille de 10 ans.
Refusant de se laisser intimider par cette simple idée, elle appuie vivement sur le bouton, rouge jusqu'à la pointe des oreilles d'humiliation de devoir autant lutter pour une action si simple.
Portant l'appareil à son oreille, elle prie intérieurement de toutes ses forces pour que son futur interlocuteur ne décroche pas. L'idée de devoir lui parler pour avoir sa sœur la rebute au plus haut point, c'est ce qui l'a retenu d'appeler avant. Malheureusement, la voix traînante et dénuée de toute forme d'humanité retenue dans son oreille, assombrissant immédiatement son humeur.
"Moshi, Moshi ?"
C'est tellement déstabilisant de l'entendre la saluer, comme le feraient ses amis, que la grande Level 5 reste sans voix, ne parvenant même pas à bafouiller péniblement une réponse ou une salutation. Elle l'entend grogner, s'impatienter, et parvenir à dire avant qu'il ne raccroche :
"J'aimerais parler à Last."
Immédiatement, un familier « tch… » résonne longuement alors qu'Accelerator se fait moqueur :
"Bonjour à toi aussi, un plaisir. Tu te souviens donc que tu as mon numéro."
"J'aimerais avoir ma sœur", insiste-t-elle, ne voulant en aucun cas parler avec lui plus que nécessaire, se sentant déjà au bord de l'explosion incontrôlable.
De minuscules éclairs courent le long de ses doigts, forte heureusement, elle a fait depuis longtemps renforcé son téléphone contre ses capacités, ayant perdu tragiquement trop d'appareil par manque de contrôle. Elle a sent le bout de sa frange picotée, mais ignore les étincelles qu'elle produit, inconsciente, luttant de toutes ses forces pour ne pas raccrocher, après l'avoir copieusement insulté comme il le mérite.
"Last, c'est ton aînée qui veut te parler. Décroches de cette télé et viens !" ordonne-t-il d'un ton subitement plus…
Mikoto n'irait pas jusqu'à le qualificatif de doux comme intonation, mais il y a une pointe d'émotion perceptible qu'elle n'a jamais entendu ailleurs chez lui. Ils se taquinent tout bas un court instant, sans qu'elle n'y prête vraiment attention, avant que la petite voix enfantine et très excitée résonne :
"Onee-Sama ? salue Misaka Misaka, très curieuse de ce qu'il veut sa grande sœur."
"Hé, Last !" répond-t-elle, s'adoucissant à son tour, ne pouvant s'empêcher de sourire avec tendresse. "Comment vas-tu ?"
Malgré elle, il y a de légers tremblements dans sa voix, qu'elle ne parvient à réprimer. Elle n'a que très peu parlé à « l'enfant » de l'étrange famille qu'elles forment tout ensemble, et se demande comment agir avec elle. Que lui dire ?
"Misaka va bien, confirme Misaka Misaka, très perplexe face à l'étrange comportement de son aînée, se plaignant si elle va bien."
Mikoto a une grimace et peine à retenir son soupir face à la brutalité crue de la remarque, ayant encore oublié le manque de filtre de ces sœurs. Pourquoi s'embêtait-elle encore prendre à des pincettes avec elles, ou à réfléchir autant à ce qu'elle allait dire, quand en retour on pouvait lui dire cela ? Pourtant, elle poursuit, tout en tentant de paraître imperturbable :
"Tu aimerais qu'on passe une journée ensemble, prochainement ? Juste nous deux !"
"C'est vrai ? cri Misaka Misaka, trépignant d'impatience et hurlant pour bien montrer toute sa joie."
"Bien sur. Tu es libre ce week-end ?"
Il y a un court échange avec l'adolescent avec elle, avant que la plus jeune vienne confirme avec beaucoup d'impatience :
"Accel est d'accord pour laisser Misaka avec Onee-sama, explique Misaka Misaka en lui épargnant les détails de la conversation par sympathie. Mais, il a une liste de condition pour veiller au bien-être de Misaka, ajoute Misaka Misaka en grimaçant , bien consciente qu'Onee-Sama ne va pas apprécier cette dernière remarque."
Mikoto ouvre grand les yeux à cette phrase, alors que l'étincelle qu'il y avait à sa mèche dégénère. Retenant à grande peine une insulte car c'est sa jeune sœur qui écoute, ses doigts viennent enserrer avec forces son téléphone, à en faire blanchir ses jointures, tandis que le lampadaire le plus proche d'elle, s'éclaire un bref instant, avant que l'ampoule n'éclate en milliers de minuscules débris de verre. Contemplant l'énième bien public qu'elle vient de détruire, Mikoto s'en détourne, soupire et se force à se calmer pour que Last ne soit pas impacté par sa mauvaise humeur.
"Samedi prochain, j'ai ma journée de libre."
"J'ai hâte d'y être ! s'exclame joyeusement Misaka Misaka, très enthousiasme à l'idée de revoir Onee-Sama."
"Parfait ! Tu me le passe, qu'on voit ensemble les détails ?"
Avant même qu'il puisse parler, elle reconnaît le changement de respiration, plus traînant, et tellement irritant. Elle déteste tout chez ce type. Son ton se fait glaciale dès qu'elle espère les oreilles de Last trop loin pour l'entendre et se retient à grande peine de rugir, étant dans une rue passante :
"Une liste de condition ? Pour son bien-être ! Tu te fous de moi, j'espère ?!"
"Les bases, comme l'alimentation, ou des activités trop dangereuses", répondent-t-il avec flegme, absolument pas impactées par sa rage.
"Tu es si mal placé pour oser me demander ça."
"Fais attention", la met-il en garde. "Ta colère va finir par s'éteindre sur le réseau, en particulier sur Last. On se retrouve devant ton dortoir, 10h ?"
"Oui. Prends soin d'elle, Accelerator", le met-elle en garde avec un sérieux. "Ne me donne pas une bonne excuse pour te retrouver."
Quel que soit la réponse que le jeune homme voulait donner, protestation ou moquerie, elle raccroche avant même qu'il puisse ouvrir la bouche, sa patience étant depuis bien longtemps épuisée. Elle enfouit son téléphone au fond de sa veste avec plus de force que nécessaire, et prend le temps de respirer lentement, ne voulant pas faire éclater d'autres lampadaires dans la rue.
Puis, elle se fige, avalant de travers l'air et se rétrouvant à tousser pour se dégager les poumons quand elle se rend compte de l'énorme erreur qu'elle vient de commettre. Elle a donné rendez-vous devant son dortoir. Pire endroit possible. Tokiwadai n'est fréquentée que par les filles, de bonnes familles et est un vrai nid à ragot. Toutes la verront partir avec une petite fille qui lui ressemble beaucoup (en même temps c'est son clone). Mikoto pousse enfin ce juron qui lui brûle les lèvres depuis un moment, mais se retrouve incapable de rappeler Accelerator ou de lui envoyer un message pour corriger, sentant qu'au moindre mot, tout pourrait dégénérer dans un bain de sang complet.
Elle fera avec. De toute façon, relativise-t-elle, avec leur différence d'âge de quatre ans, toutes les autres filles en viendront naturellement à la même conclusion et n'en feront aucune de tordue. C'est sa petite sœur.
Sauf Kuroko. Kuroko ne doit pas voir, surtout pas savoir, ou Mikoto va avoir de gros soucis.
Ce qui apaise le tourbillon de colère, d'amertume et d'appréhension, que toute cette discussion vient de créer, est de repenser aux mots d'Erèsaël Belesse. Le bonheur qu'il y avait dans la voix de Last Order lors de leur courte discussion était immanquable et lui a permis de comprendre deux choses essentielles et si évidentes.
Un, elle ne passe clairement pas assez de temps avec sa famille. Elle les a déjà trop délaissé en quatre mois depuis la fin du projet Level 6 Shift, elle ne refera pas cette erreur. Deux, elles ont des besoins d'elle, surtout la plus jeune. Elle leur a promis d'être là pour elles, pour trouver le sens de leur vie. Elle va tenir cette promesse coûte que coûte.
Elle ne sait juste pas encore commenter. Après tout, il y a encore quelque mois, elle était fille unique. Et maintenant, elle à toute une famille sortie de nulle part, qu'elle ne sait pas gérer. Mais elle veut apprendre, veut s'améliorer, être là pour elles. Cet appel est un bon début, trouve-t-elle en souriant.
***
Accelerator range son téléphone sur la commode la plus proche dans l'appartement de Yomikawa, et fait face au grand sourire de Last, qui s'est détournée de la télé pour le regarder avec une impatience clairement lisible sur son visage et par sa gestuelle. Il contemple un instant la bouille faussement angélique de la petite fille, avant de lâcher, vaincu :
"Tu vas peut-être l'avoir finalement ton portable. Pour parler directement à ta sœur."
L'enfant ne peut que rire de ce qu'il vient de dire, avant de s'agiter sur le canapé, voulant en savoir plus :
"Quand est le rendez-vous ? réclame Misaka Misaka, impatiente d'être à samedi."
"10h, devant son dortoir. Il va falloir te lever un week-end", maugrée-t-il en sachant que ce sera un calvaire.
"Misaka veut bien faire un effort pour Onee-Sama, répond Misaka Misaka l'air de rien en haussant les épaules."
Le jeune homme soupire de cette réponse et vient lui ébouriffer les cheveux en ignorant ses cris de protestation et sa vaine tentative pour lui échapper, avant de se laisser tomber dans le canapé à ses côtés.
"Quand c'est pour moi, tu m'envoie balader, mais pour elle, pas de soucis ?"
"Misaka ignore de quoi tu parles, tente Misaka Misaka en imposant de feindre le plus possible l'innocence avec une bouille adorable et mignonne, alors qu'elle sait pertinemment ce qu'il affirme."
Il ne pousse qu'un « Tch… » fatigué pour toute réponse, ne prenant pas la peine de lancer un débat, et se concentre sur la télé, grognant en voyant le programme enfantin qui passe.
***
Mikoto fait un bref signe de main quand elle aperçoit Saten Ruiko au loin. Elle l'a rejoint rapidement, et est très vite submergée par tout ce que son amie si joyeuse a à dire. Ce n'est pas que Saten l'ennui, c'est même le contraire, elle a toujours des choses intéressantes à dire, ou des légendes urbaines des plus improbables. C'est juste que son cœur n'y est pas. Elle est plongée dans ses pensées, ne parvenant pas à en sortir. Un mélange de colère qui la pousse à garder ses poings fermement serrés, mêlée à de la tristesse de ne pas savoir comment agir avec ses sœurs dont elle est censée être l'aînée, la responsable.
Remarquant qu'elle doit attirer son attention pour la troisième fois, sans réellement l'obtenir, Saten l'observer les sourcils froncés, sans que cela trouble les pensées de la Level 5. Son amie a un visage perturbée et ne l'écoute clairement pas. Pour autant, la grande brune ne se décourage pas et tente une fois de plus :
"Misaka ? Tout va bien ?"
Mikoto sursaute quand elle entend enfin la voix de son amie, ainsi que la pointe d'inquiétude dans sa voix. Réalisant qu'elle a encore espacée et s'est perdu dans ses pensées, elle rougit de gêne et bafouille, tendue :
"Oui, bien sûr !"
Saten n'est pas dupe, mais se retient de soupirer ou de le relever, cela ne ferait qu'embarrasser encore plus son amie qui n'a pas besoin de ça. Mais ces derniers temps, la Railgun dérive parfois dans ces pensées, rendant parfois toute tentative de conversation complète avec elle impossible. Les joues toujours roses, Mikoto bredouille tout bas, regardant tout sauf son amie :
"Tu… Tu disais ?"
Cette fois, Saten ne peut s'empêcher d'expulser bruyamment ce soupir qu'elle n'a que trop retenu, avant de rire gentiment, accentuant la rougeur de celle qui lui fait face :
"Ce n'est rien, Misaka. J'ai reçu un message d'Uiharu, elles arrivent avec Shirai. On les attend dehors ?"
En ce début d'hiver, il y a un vent froid qui souffle, et s'infiltre sous la veste de son uniforme d'hiver et surtout sous cette fichue jupe courte. Cela refroidit très fortement les envies de Mikoto d'attendre leurs amies à l'extérieur, juste devant le café chauffé, mais elle hoche la tête. Elle peut bien le faire pendant quelques minutes.
Comme prévu, bien vite, le cri de salutation joyeux d'Uiharu résonne dans la rue. La petite fille arrive en faisant de grands signes de bras à ses amies, tout sourire, suivie plus calmement par Kuroko, qui essaie de faire plus dame. Calme qu'elle perd instantanément dès qu'elle aperçoit Mikoto, se téléportant.
"Onee-Sama !" cri-t-elle, alertant tous les passants tant cela est perçant et audible.
Elle apparaît sur le dos de Mikoto comme à son habitude, se laissant tomber sur elle et l'entourant de ses bras, fermant les yeux, prête pour les protestations habituelles, voir la petite décharge.
Mikoto tressaille à peine au contact habituel, l'ignore même, de nouveau dans ses pensées. Kuroko se fige sur elle, et se penche par-dessus l'épaule de son aînée, pour voir le regarder. Elle s'attend à voir la colère habituelle, mais il n'y a que de la préoccupation qui déforme les traits de sa bien-aimée.
Dire que la jeune téléporteuse est sous le choix serait un euphémisme. Où sont les cris et les éclairs ? Pire, Mikoto l'ignore même, ne remarquant même pas sa présence. Jamais encore elle ne l'avait laissé faire ça, réagissant toujours au quart de tour pour la repousser. Elle ne reste jamais aussi immobile et stoïque.
En temps normal, Kuroko profiterait de ce sursis étrange dont elle dispose pour se blottir un peu plus. Mais elle en est incapable à cet instant. Cet air… Parfois, durant l'été, quand Onee-Sama bougeait beaucoup le soir hors de leur dortoir et rentrait le matin épuisée, elle avait le même air. Kuroko ne veut pas revivre la même douleur que leur distance à créer cet été. Ne veut plus al voir se débattre seule. C'est pour ça que ces mains restent sagement en place, passer autour des épaules de Mikoto pour se tenir sur son dos et qu'elle la regarde avec calme, les sourcils froncés, réfléchissants à ce qui pourrait perturber son amie.
Saten et Uiharu qui attendent avec l'explosion de fureur habituelle de Misaka, partagent un regard perplexe face au manque de réaction de leur amie, aussi perdue que Shirai. Le regard vide, l'aînée du groupe à son regard perdu au loin, pensif et complètement détaché de ce qui l'entoure. Kuroko contemple un instant les doux traits de l'impétueuse Electromaster, avant d'oser demander, s'inquiète :
"Onee-sama, tout va bien ?"
La question tire enfin Mikoto de sa rêverie, qui sursaute légèrement, sans pour autant déloger Kuroko de sa position. Elle cligne plusieurs fois des yeux, réalisant ce qui l'entoure, avant de faire pivoter sa tête vers Kuroko, remarquant enfin la proximité entre leurs deux visages et finit une fois de plus écarlate, mais parvient quand même à répondre :
"Bien sûr. Pourquoi ça n'irait pas ?"
La surprise. Le tremblement dans sa voix est dû à la surprise et absolument pas au fait que le visage de Kuroko soit si proche, si attentionnée envers elle. Juste la surprise.
"Je suis sur ton dos", explique la téléporteuse avec évidence. "Et tu ne fais rien. Pas de cris, ou d'éclair."
"Parce que tu en demandes, en plus ?" plaisante Mikoto avec un sourire en coin, voulant la rassurer sur son état.
"Non, bien sûr que non !" s'empresse de nier Kuroko en touchant la tête. "Je suis juste…"
Etonnée, perplexe, inquiète… Et il ya encore tant d'adjectif qui vient dans la tête de l'adolescente pour décrire son état face à la situation mais qu'elle n'ose dire. Mikoto hausse les sourcils, constatant enfin avec bien trop de retard, effectivement, un être se trouve au mauvais endroit. D'un geste bien moins brusque qu'à son habitude, elle se dégage de l'emprise de son amie, tandis que cette dernière se téléporte à ses côtés sans protester. Pour la forme et rattraper son absence de réaction, Mikoto grommelle :
"Tu es obligée de me sauter dessus ?"
Et aussi pour la forme et essayer de faire bonne figure, de ne rien montrer de tout ce qu'elle ressent. Kuroko opine avec un sourire que son aînée lui rend sans attendre, avant d'entrer dans le café suivi de leurs amies.
L'agente de Jugement a bien remarqué que Mikoto est plus souvent dans ces pensées, facilement distraite, perd vite le fil des discussions. Mais c'est la première fois qu'elle ne réagit pas quand Kuroko lui saute ainsi dessus. Elle aimerait lui en parler, trouver le courage d'aborder le sujet, mais n'y arrive pas quand elles sont dans leur chambre le soir. C'est comme cet été, elle ne peut que se promettre d'être là pour Mikoto si elle a besoin d'elle, de la soutenir au mieux. En silence.
***
Dans une autre partie de la ville
Yomikawa Aiho aime son travail. Peu de choses dans son activité à Ati-Skill la dérange. Sauf une, qu'elle déteste par-dessus tout : c'est poursuivre un criminel longtemps. Cela générait toujours un gâchis de temps précieux, temps qu'elle aurait pu utiliser pour aider une autre personne. Leur service est déjà assez débordé ainsi.
Tessou peine à suivre le rythme que lui impose la lieutenante. Yomikawa est bien conscient de l'essoufflement de sa kouhai, mais ne peut pas se permettre de ralentir et éventuellement perdre le suspect. Il doit à tout prix être appréhendé, considéré comme dangereux pour la sécurité des étudiants et la paix de leur belle ville.
Comme prévu, la course folle qu'elles mènent les emmènent vers le fond d'un bâtiment, dépourvu d'issus. Un cul-de-sac pour arrêter sans souci le jeune homme. Le seul moyen de sortir est de revenir sur ses pas, le forçant à les croiser, et il y a toute une troupe d'Anti-Skill qui la talonne. Pas vraiment une voie de sortie. Elle a un sourire en y pensant, soulagée que ce soit finie.
Mais quand elle pousse la porte de la dernière pièce, son expression triomphante s'effondre pour laisser place à l'incrédulité. La salle informatique où il est censé être coincé est désert. Dépourvu de cachette et vide. Des bureaux couverts de poussières et abandonnés, avec encore les ordinateurs, quelques chaises renversées, et guère plus.
Pas de suspect.
"Fouillez-les lieux !" ordonne-t-elle d'une voix forte à ses troupes, gardant son calme.
Alors que ses hommes s'en occupent avec attention et précaution, restant sur leurs gardes si jamais le criminel surgi d'on ne sait où, elle s'approche du premier ordinateur, demandant à Tessou de la couvrir, et commence à fouiller la base de données. Quand elle a accès un des premiers rapports qu'il reste, elle ne peut cette fois s'empêcher de jurer entre ces dents :
"Putain… Dites-moi que c'est pas vrai."
