Chapter Text
Erèsaël boitille, traversant les lieux aussi rapidement qu’il peut dans son état, soutenu par Sasaki, la fatigue le submergeant. Son bras le fait atrocement souffrir, il sent sa tête tourner et devenir lourde alors qu’ils s’approchent de l’entrepôt où se battaient les filles. Ils avancent bien trop lentement à son goût, et il laisse une traînée de goutte de sang sur son passage.
Quand ils arrivent enfin à la dernière pièce, il n’en reste rien. Juste un impressionnant amoncellement tas de fer. Des débris et de la poussière à perte de vue, sans qu’aucune des filles ne soient visible.
"NON !"
Il est pris d’un frisson, serrant les dents d’horreur, les cherchant désespérément. Il se reprend très vite : tout espoir n’est pas perdu, Misaka est une Electromaster de niveau 5, entouré de fer. Elle a pu créer un abri, n’importe quoi, repousser les poutres. Elles doivent être en vie, il ne se le pardonnera jamais de les avoir emmenées. Il ferme les yeux, luttant contre l’inconscience, puisant dans des forces qu’il n’a plus pour former des mains de pierres et commencer à déblayer les gravats, devant les retrouver au plus vite.
"Tu en fais trop", l’arrête Sasaki. "Tu es épuisé."
Il l’ignore, soulevant plus de gravats qu’il rejette sur le côté, serrant les dents, voyant flou. Il ne tient plus debout, complètement soutenu par la femme. Sa tête est lourde, ses tempes battent follement au rythme de son cœur. Il doit le faire.
"Je me reposerais plus tard."
C’est après plusieurs minutes de fouilles intensives, qu’une main se révèle enfin. Erès reprend espoir, continuant de creuser avec l’énergie du désespoir. Il finit par extirper les deux filles des décombres, avant de constater leurs états et de fermer douloureusement les yeux. Elles sont en vie pour l’instant, mais pas indemnes, surtout Mikoto.
Un voile sombre obscurci sa vision. Chaque pas lui provoque une vive douleur. Il est plus traîné qu’autre chose. Même respirer fait mal et il doit lutter pour inspirer. Il ne peut pas se permettre de céder maintenant. Sasaki le soutient comme elle peut, alors que derrière eux, flottent deux civières de pierres, où reposent les corps de Mikoto et Kuroko. Ils vont aussi vite que possible vers l’hôpital, ayant prévenu de leur arriver et de l’état urgent des blessés. Une équipe se précipite à leur secours, pour les prendre en charge, avec parmi eux Heaven Canceller.
"Que s’est-il passé ?"
Erès ignore la question, rassemblant ses dernières forces pour prévenir de la gravité de la situation :
"Je ne sens plus le cœur d’une des deux."
Et il s’évanouit, son travail accompli. Le reste dépend de Canceller. Sasaki reste auprès d’Erès, le veillant le temps qu’il soit lui-même pris en charge. Les jeunes filles sont emmenées vers des salles d’opérations, leurs corps passant devant Saten et Uiharu en larmes et dans les bras l’une de l’autre. Elles ne peuvent qu’espérer avoir de bonnes nouvelles au plus vite, ne pouvant rien faire de plus.
***
Erès ouvre les yeux, sentant son esprit comme remplit de coton, encore sous les effets de l’anesthésiant, mais en meilleur forme. La douleur dans son bras gauche est bien plus légère, à peine une gêne. Se redressant lentement avec précaution, il penche la tête pour observer son bras blessé. Remis en place, entouré de bandages et plaqué contre sa poitrine.
Tournant la tête vers la fenêtre, il fait complètement nuit. Il ignore combien de temps il est resté évanoui. Appelant l’infirmière, il lui demande de joindre Canceller dès qu’elle a fini ses examens de bases. Son ami le rejoint assez vite, encore à son bureau malgré l’heure tardive.
"Comment vous sentez-vous, Erèsaël ?"
"En vie, reposé et mon bras guérit. Ce n’est vraiment pas important. Misaka et Shirai ?"
"Vous devriez d’abord vous reposez", commence le médecin en détournant les yeux, ne sachant comment lui annoncer.
"Heaven !" le presse de répondre Erès. "Vous devez me le dire…"
"Très bien", cède-t-il face à l’insistance. "Commençons par le meilleur. Shirai Kuroko, a été protégé par le corps de Misaka-san de l’effondrement. Elle présentait de nombreuses blessures assez superficielles. La plupart de ses plaies sont dû au combat et ont été facilement traité par notre équipe de soin. Elle a perdu beaucoup de sang et se repose. Elle devrait se réveiller dans quelques jours en très bonne forme. Elle a besoin de repos et de calme, rien de plus."
"Misaka ?" le pousse à continuer Erès dans un bredouillement, attendant maintenant le pire.
"C’est un autre cas… Erès, je…"
"Répondez-moi, franchement. Comment va-t-elle ?"
Heaven ferme les yeux, avant de tirer de la poche de sa blouse le rapport médical de Misaka Mikoto. Il se contente de le tendre à l’homme dans le lit, le laissant lire. Erès lit précipitamment, sautant des lignes, ayant besoin de savoir.
"Dans le coma ?" finit-il par murmurer avec horreur.
"Oui. Vivante, mais loin de nous. Quand vous êtes arrivé, c’est son cœur qui ne battait plus. Misaka Mikoto est cliniquement morte durant quatre minutes et trente-six secondes avant que nous parvenions à la réanimer. Elle a fait un arrêt cardiaque en pleine opération ensuite, mais nous sommes une fois de plus parvenu à la sauver."
"Putain…"
"Elle a reçu de nombreuses blessures et perdu beaucoup de sang. La perte ne fut pas dure à compenser grâce à ces petites sœurs, qui ont été heureuses d’être donatrices. Mais, si elle se réveille, elle souffrira probablement d’hypoxie. Nous ne pourrons en voir les effets qu’à son réveil."
Erès continue de lire le rapport, qui détaille les blessures et réalise que c’est en fait un petit miracle que la jeune fille ne soit pas morte avant au vu de son état. Puis, il voit le dernier détail de l’opération et le désigne à Canceller.
"Et ça ?"
"Nous n’avons pas eu le choix", soupire le médecin. "De graves blessures", répète-t-il d’une voix douce.
***
Les Sœurs leurs ont proposé de prendre une de leurs chambres pour quelques nuits, acceptant sans souci dans partager une. Uiharu et Saten sont blottis dans le lit, tentant de dormir. Mais aucune n’y arrive. Elles n’ont aucune nouvelle de leurs amies depuis leur arrivé en fin d‘après-midi hier. Tout ce qu’on leur a assuré, ce qu’elles sont en vie, guère plus. Ce n’est pas suffisant pour être rassurant. Elles sont vu leurs corps passés, porté en urgences par l’équipe médicale.
Corps battus et ensanglantés, uniformes déchiquetés. Quand Uiharu repense à l’état de Misaka, elle pousse un sanglot étouffé, alors que Saten accrut sa prise sur elle, la tenant dans ses bras face à elle. Elle essaie de faire la fière devant elle, gardant son sourire pour réconforter Uiharu. Leurs amies vivront. Mais la vérité, c’est qu’elle a tout aussi peur de les perdre, mais ne s’est permis de pleurer que quand elle était seule.
***
Erès attend le petit matin, avant de s’échapper de son lit. Il ne tient plus, ne pouvant rester immobile plus longtemps. L’entièreté de son corps proteste contre le traitement, ayant encore besoin de repos, mais il sent qu’il va devenir fou à rester allongé sans rien faire. Il se déplace lentement à travers l’hôpital, gagnant son bureau à petit pas, grimaçant.
Prenant place devant son ordinateur, son attention est immédiatement attirée par un étrange petit boîtier noir posé sur son bureau, avec un message posé à côté. Manipulant d’abord l’appareil avec curiosité, se demandant son utilité, il lit rapidement le mot :
« Vu qu’il n’y a aucune chance que vous restiez bien sagement au fond de votre lit, à vous reposer comme je vous l’avait demandé, voici de quoi vous occupez. Les gravats du lieu de combat de Misaka et Shirai ont été déblayer durant la nuit par Anti-Skill. Le téléporteur terroriste a été retrouvé mort, nous en ignorons encore les circonstances. Electrocuter ou écrasé. Il y avait ça dans une de ses poches, garder intact. Nous en ignorons l’utilité.
Le centre de soin dont vous avez la charge a été attaqué. Ne paniquez pas, toutes les Sœurs vont bien, grâce à Anti-Skill et Accelerator. Nous sommes en train de les répartir dans diverses endroit le temps des réparations. La lieutenante Yomikawa passera vous voir dans la journée. D’ici là, ne forcez pas, vous avez besoin de repos.
Heaven Canceller »
"Il me connaît trop bien depuis le temps", sourit Erès en reposant le mot.
Reprenant le petit boîtier de sa main de libre, il l’observe longuement. Un unique bouton, curieux. Il le démontrera dès qu’il en aura le temps. Et ses deux mains. Il passe sa matinée à lire les différents rapports d’Anti-Skill sur l’attaque du centre, puis les enregistrements des caméras, rattrapant son retard. Faisant une liste des endroits où sont transférés les Misaka, il s’ajoute à sa liste de leur rendre visite au plus vite. Même éparpillés à travers la Cité Académique, il reste leur responsable et veut s’assurer que tout va bien. Surtout avec ce qui vient d’arriver à leur aînée.
Peu avant midi, il sort se dégourdir les jambes dans le couloir, profitant pour passer un appel téléphonique.
"Erèsaël, que puis-je pour toi ?"
"Accel, content de t’entendre. Comment vas-tu ?"
"Je ne suis pas à l’hôpital, contrairement à toi."
"Je m’en remettrais, c’est gentil de demander. Comment va la petite Last ?"
Accelerator jette un coup d’œil à l’enfant endormie, qui a décidé de se servir de ses genoux comme oreille sans même lui demander. Elle ne serait pas si épuisée après une nuit éprouvante avec e qui est arrivé à Mikoto, il l’aurait réveillée.
"Elle a besoin de nouvelle de sa sœur", marmonne-t-il.
"J’en ai, si tu veux."
Pendant plusieurs minutes, Erès lui fait un long bilan de l’état de Shirai et Misaka, répondant patiemment à toutes les questions. Une fois satisfait, Accelerator pousse un long :
"Tch… Elle est insupportable cette gamine, mais elle ne mérite pas ça", est-il obligé de reconnaître.
"Je vais prévenir Yomikawa. Vous pourrez l’annoncer ensemble à Last ?"
"Ouais, on le fera."
Ils échangent encore quelques nouvelles, Accelerator lui parlant de l’attaque du centre, prenant des nouvelles des Misaka, avant qu’ils ne raccrochent. Alors qu’Erès retourne à son bureau, l’attendant devant, se tiennent Uiharu et Saten, les yeux encore bouffis de sommeil, cernées, mais bien décider à avoir enfin des nouvelles de leurs amies. Les voyant, Erès les invite à entrer :
"Installez-vous, je vais faire du thé. On a beaucoup à discuter."
Ce fut long, bien trop long et dur au goût du jeune homme. Comment pouvait-il y aller avec tact pour annoncer une telle chose ? Elles avaient bien évidemment de nombreuses questions sur leurs amies, tellement de peur à leur égard. Erès tenta de les apaiser du mieux qu’il le pouvait, partageant pourtant leurs inquiétudes. L’état de Shirai les rassura un peu, mais celui tellement plus précaire et incertain de Misaka les fit trembler et revenir les larmes.
Personne ne savait quand la Railgun allait se réveiller, si elle se réveillerait même un jour. Cumulé au manque d’oxygène que sa mort temporaire pourrait avoir comme dégâts irréversible sur son cerveau, cela faisait beaucoup à entendre pour les deux adolescentes. Voyant leur effondrement progressif au fur et à mesure qu’il parlait, Erès n’eut pas le courage de leur parler de la pire blessure de Misaka.
Le reste de la journée passe avec une lenteur abominable. Uiharu et Saten finissent par rentrer chez elle, Erès leur promettant de les tenir au courant du moindre changement. Il ne peut maintenant qu’attendre le réveil de Misaka 15 877 et de Shirai avec impatience, et celui de Misaka avec espoir. Il passe voir Sasaki dans sa chambre d’hôpital, en meilleure santé, ayant été à peine malmené durant son kidnapping, prend des nouvelles des sœurs Misaka à l’hôpital et passe voir Last le soir.
Quand il arrive chez Yomikawa, il est exténué. Il veut rentrez chez lui, même s’il sait la maison déserte sans Sasaki. Mais il rêve de son lit, et de dormir les cents prochaines années.
Il est accueilli par Last à la porte, prend le temps de lui faire un câlin, salut Accelerator, avant de se diriger vers le petit bureau de travail de Yomikawa, laissant les deux plus jeune retourner à l’émission de télévision qu’ils regardent.
"Lieutenante !" salut-il faiblement.
"Je sens une certaine fatigue dans votre voix", répond-t-elle en retour.
"Sans blague", marmonne-t-il dans un long bâillement. "Allons à l’essentiel, ou je vais m’endormir ici."
"Vous savez, il est conseillé de se reposer quand on est blessé, surtout après une grosse opération et une anesthésie générale."
"Je comprends mieux pourquoi, maintenant, mais je manque de temps. Alors ?"
"Je voulais vous faire un bilan de la situation, mais j’aurais pu vous appelez, vous savez. Le déplacement n’était pas obligatoire."
"Cela me permet de voir Last. Bilan ?" rappelle-t-il en baillant une nouvelle fois à s’en décrocher la mâchoire.
Le fauteuil où il est assis est confortable, il lui suffirait de fermer les yeux, juste un instant et… Le voyant piquer du nez, Yomikawa claque des doigts sous son nez, le faisant sursauter et récupérant son attention.
"Nous avons fouillé la partie du bâtiment intact, où vous vous êtes battu."
"Laissez-moi deviner, vous n’avez rien trouvé ?"
"Comment le savez-vous ?"
"La force de l’habitude", grogne-t-il avec contrariété.
"Il n’y avait aucun corps à l’endroit où vous indiquez vous être battu. Juste du sang. Quant au téléporteur qu’ont affronté Shirai-san et Misaka-san, il n’apparaît pas dans notre base de données."
"Un esper renégat", comprend l’homme.
"Donc, nous ne sommes une fois de plus pas avancé sur Lumière. La seule confirmation que nous avons est que ce sont bien des fanatiques, qui veulent combattre l’obscurité de cette ville."
"La science ?"
"Très probablement. Ils nient être responsable de la torture de Misaka 15 877, mais j’émets des doutes. Nous n’avons pas le choix, il faut attendre le réveil de nos dormeuses pour en savoir plus."
"Comment vont-elles ?"
Encore une fois, il fait un rapide bilan de leur état de santé, Yomikawa devant plus d’une fois récupérer son attention, car il s’endort un peu plus dans le fauteuil. Le voyant lutter contre le sommeil, elle lui propose :
"Vous voulez rester dormir ici ? ça ne dérangera pas Last ou Accel de vous céder leur chambre et d’en partager une le temps d’une nuit. Vous serez mieux ici, que seul chez vous, Erès."
"Je ne peux pas refuser une offre pareille. Un lit à a peine quelques mètres de moi ressemble au paradis", accepte-t-il.
***
Trois jours plus tard, en pleine recherches sur Lumière, triant tous ces documents sur le sujet, il est appelé en urgence par Canceller. Misaka 15 877 s’est réveillée.
Il se rend immédiatement à l’hôpital et le traverse en courant, ignorant les protestations des infirmières et arrive essouffler dans l’aile réservé aux Misaka. Frappant brièvement à la porte, il entre avec un doux sourire, soulagée de la voir assise dans son lit. Ses sœurs sont déjà passé la voir dès qu’elles ont appris son réveil, et l’ont informé de tout. Tirant une chaise près d’elle, il s’installe à ses côtés.
"Comment te sens-tu ?"
"Misaka est bien reposée et ne garde aucune séquelle, explique Misaka en regardant les rares bandages qu’il lui reste. Mais la présence presque inexistante d’Onee-Sama fait mal."
"Je comprend. Elle va guérir, et se réveiller", promet le jeune homme. "Ce n’est qu’une question de temps. Tout comme ce fut ton cas. D’ailleurs, 17 101 doit être ravie que tu sois réveillée", tente-t-il de l’égayer.
La Sœur le confirme du bout des lèvres. Erès prend de ses nouvelles, s’assurant que tout va bien, échangeant quelques banalités avec elle, avant de poser la question qui lui brûle les lèvres depuis des semaines.
"Te souviens-tu de son enlèvement ?"
Les mains jointes tremblent, prisent d’un sursaut. 15 877 tente de les dissimuler, mais il les saisit et les serre doucement, promettant :
"On n’est pas obligée d’en parler. Une de tes sœurs peut s’en charger."
"Il faut arrêter les coupables, Misaka peut aider, dit courageusement Misaka en tentant d’arrêter de trembler. Misaka était dehors avec 17 101 quand cela est arrivée. Un bruit a attiré son attention quand sa sœur est rentrée et elle est allé voir. Puis, son crâne a fait mal, et elle ne sentait plus le réseau. Rien que la solitude, explique Misaka en se remémorant ses pénibles souvenirs."
La sentant recommencer à trembler, Erès lui presse doucement les mains, continuant de sourire, protecteur.
"Ils ont immédiatement bandé les yeux de Misaka, avant de la jeter dans un véhicule, poursuit Misaka. Misaka ne pouvait pas prévenir le Réseau Ils l’ont laissé seule longtemps dans une petite pièce sombre, puis…"
Erès ne la pousse pas à continuer quand ça voit s’effondre. Ils l’ont torturé. Se déplaçant, il entoure de son bras valide les épaules de la jeune fille, tout en chuchotant :
"Tu peux t’arrêter là."
Son regard est de glace quand il dit ça, fou de rage contre les coupables. Il lui laisse le temps de se calmer, pour poser sa dernière question :
"Te souviens-tu de quoi que ce soit pouvant servir d’indices ? Je dois arrêter ces gens."
"Oui, répond Misaka voulant aider Erès-san le plus possible. Une voix. Chaude, mais cruelle. Douce dans son intonation, mais sadique dans ses propos. Un vieil homme soucieux de ses tests, désintéressé de la vie. C’est lui qui donnait les ordres, se souvient Misaka. Impassible, se fichant des cris de Misaka."
Quel putain de monstre faut-il être pour faire ça ? Erès détourne son sombre regard. Il les trouvera. Tous. Et les détruira.
"Tu as bien aidé, Misaka", la remercie-t-il. "Je ne vais pas te déranger plus, tu as besoin de repos."
"Les sœurs ont dit que tu avais retrouvé Misaka et sauvé. Merci, lui dit Misaka chaleureusement, reconnaissante qu’il soit venu la chercher."
Il se penche et lui ébouriffe les cheveux d’un geste doux, lui souriant :
"Je veille sur vous, c’est mon job. Pas besoin de me remercier."
***
Erès fait les cents pas, pensif, tandis que Yomikawa suit les mouvements anxieux, sentant un mal de tête poindre.
"Pouvez-vous vous calmer ?" finit-elle par craquer. "Vous me rendez malade à tourner ainsi en rond."
"Deux hommes sont morts. Du moins, c’est ce que nous présumons, vu qu’un seul corps a été retrouvé. On ignore si celui que j’ai affronté est bien mort."
"Je sais, j’ai les rapports, tout comme vous."
"Était-ce des têtes de lumières ? Des sous-fifres ? Mon ennemi m’a assuré de ne pas être responsable de la torture de Misaka 15 877. Pourrait-il mentir ? Et sinon, qui est le véritable responsable ? Et dans quel but ? Quant à ça…"
Il grogne tout en agitant le boîtier noir récupéré sur le corps de Nikko, dépité de ne toujours pas en savoir l’utilité. Soudain, il plisse les yeux, se taisant tout à coup, alertant Yomikawa de son soudain silence.
"Belesse ?"
"Lieutenante, sur quel principe repose le Réseau ?"
"Les ondes électromagnétiques."
"Sur quel principe repose les outils de communication comme nos téléphones ?"
"La même chose. Où voulez-vous en venir ?" s’impatiente-t-elle, avant d’avoir la même réaction que lui, se taisant, comprenant son raisonnement.
Réfléchissant un instant, elle désigne ce qu’il tient, émettant à voix haute leur théorie commune :
"Se serait donc un brouilleur de fréquences d’ondes ?"
"Exactement !" approuve-t-il. "C’est pour ça que Misaka a été rejeté du réseau lors de son kidnapping. On peut voir ses agresseurs en tenir un quand elle est transportée. Les androïdes qui ont attaqué le centre devant en être muni dans leurs corps métalliques, il va falloir le vérifier. C’est ce qui explique l’absence de communication entre les Misaka au centre et celles à l’hôpital, le vide qu’elles ressentaient et l’inutilité de vos téléphones. Communications rétablis dès que vous vous êtes suffisamment éloigné."
"Le téléporteur en avait un quand il a affronté Misaka Mikoto."
"Tant qu’aucune des deux qui l’a vaincu ne sera réveillé, nous ne pourrons pas savoir comment cela a affecté la Railgun. Il nous reste une dernière question. Le vieil homme derrière l’enlèvement. Lumière a attaqué le centre. C’est une certitude."
"On trouvera, Erès. Comme à chaque fois, lui assure Yomikawa."
***
La femme entre dans la pièce, tenant entre ses mains trop serré un rapport. Nikko est mort. Après des années à travailler aux côtés du téléporteur à grande gueule et moqueur, ça mort lui fait un terrible choc. Fini ses railleries, son sourire insupportables, ses piques à Akira. Elle ne le verra plus jamais. Son cœur se brise à cette pensée.
Quant à Akira, il est allongé dans un lit, un respirateur artificiel sur le visage, relié à un tas de machines. Il est entre la vie et à la mort suite à son combat avec le Stone Master aux ordres du conseil d’administration. Malgré ses impressionnants pouvoir de guérisons, mes médecins sont très incertains sur son état. Il pourrait très bien se réveiller comme mourir du jour au lendemain. N’importe qui d’autres que lui serez mort avant qu’on le trouve dans un tel état.
"Vous êtes demandé en salle de conférence !" la prévient rapidement une de ses subordonnées.
Quittant à contre-cœur le chevet de son ami, elle se précipite dans cette direction. Sur le grand écran, dont l’image est brouillée par soucis de sécurité, elle sait exactement à qui elle fait face. Un vieil homme qu’elle est venu à craindre.
"Veuillez pardonner mon retard", s’excuse-t-elle en prenant place.
Elle sait quelle expression il doit avoir. Sourire affable, yeux brillant d’une lueur dangereuse. Ce n’est pas un homme à prendre à la légère, elle le sait. Elle connaissait chaque conséquence de ces actions, mais pensait les affronter avec Nikko et Akira à ses côtés, pas seule.
"Je vous en prie. Je dois vous parler."
Il est calme, bien trop calme compte tenu des circonstances. Elle est méfiante. Sait-il ce qu’elle a fait, ou appelle-t-il en ignorant tout ?
"Madame, auriez-vous tenter de mes priver de mes sujets de recherches ?"
Finalement, il sait. La menace et l’intimidation sont claire dans sa voix, alors qu’elle garde la sienne ferme, répondant :
"Vous vouliez savoir mon plan. Voilà chose faite."
"Vous admettez. Vous connaissez l’importance de mes projets, pourtant."
"Vous prévoyez une horreur. Les tentatives du Projet Level 6 Shift et du Daihasei n’ont-elles pas suffi ? Vous allez trop loin."
"Vous avez perdu vos deux plus fidèles hommes. Vous êtes seule, alors mesurez vos propos. Nous avons pu collecter des relevés intéressant lors de votre pathétique attaque contre les clones. Ne me faites plus jamais perdre mon temps. Vous jouez avec des forces qui vous dépasse, et les vôtres en ont payer le prix. Je poursuis un véritable but, qui dépassent vos illusions : la science triomphe toujours", la met-il en garde. "Mais vous m’avez fait perdre un temps précieux pour mes recherches, que je dois retarder de plusieurs mois. Si je vous recroise, vous finirez comme eux."
Sa voix est de glace, tranchante comme une lame alors qu’il la menace de la tuer. Avant qu’elle ne puisse protester, il raccroche. Une larme roule sur la joue de la femme, alors qu’elle repense à Nikko, puis à Akira. Serrant les poings avec forces, elle se jure que le téléporteur n’a pas donné sa vie pour rien. Il a crû jusqu’au bout en leur cause, noble. Elle honorera par tous les moyens la promesse qu’ils se sont fait tous les trois il y a des années
"Je les sortirais tous de l’obscurité."
***
"Il y a longtemps que tu n’étais pas venu ici."
Erès redresse la tête de l’endroit où il est agenouillé, pour se tourner vers Sasaki et lui sourire. La femme est sortie hier de l’hôpital, en pleine forme.
"J’avais besoin de paix."
"Qui pries-tu ?" demande-t-elle en désignant les douze autels qui leurs font face.
"Tous ceux qui m’entendront. Je suis venu ici par habitude. Le temple m’a toujours apaisé", répond-t-il.
"Et pour qui pries-tu ?"
"Tout le monde ? Va savoir… Tellement de gens ont besoin d’un peu aide divine, je ne peux pas faire de préférence, même si une partie de mes pensées vont à Shirai et Misaka."
"Je n’ai jamais compris cela", remarque-t-elle en désignant tout autour d’elle. "Je suis une femme de science. Je crois dans le progrès et cela en est tout l’opposé."
Son ton n’est pas méchant ou moqueur, juste perplexe de la présence de son petit ami dans un temple religieux. Priant des Dieux dont elle doute de l’existence.
"Moi aussi. Mais il y a un côté rassurant à se dire que des êtres puissants veillent sur nous."
"Ils font mal leur travail, alors."
"Ils ne peuvent pas tout résoudre. Certaines choses dépendent de nous."
Ses genoux craquent quand il se redresse, il est resté un moment dans la même position, se vidant l’esprit. La rejoignant, il lui saisit la main et en embrasse le dos, doux.
"On rentre ?"
"Bien sûr."
Une longue semaine est passé depuis le combat. Uiharu et Saten passent tous les jours à l’hôpital prendre des nouvelles de leurs amies. Même si la réponse est toujours la même, elles n’arrêtent jamais, espérant un rapide réveil de Kuroko. Elles ne pouvaient qu’attendre patiemment.
