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Kuina laissa échapper un sifflement de douleur exagéré lorsque Sabo passa délicatement le pouce sur la partie douloureuse de son pied. Le blond releva le visage, les yeux inquiets en l’entendant, et elle craqua presque pour lui avouer qu’elle jouait la comédie. Si elle n’avait pas été aussi effrayée par la taille du musée derrière elle, elle n’aurait peut-être pas été jusqu’au bout de son mensonge.
- C’est si douloureux que ça ? demanda-t-il.
Elle fit de son mieux pour prendre un air peiné et acquiesça. Sabo reposa son pied et ouvrit son sac à dos pour voir s’ils n’avait pas quelque chose à lui mettre sur sa blessure. Kuina savait qu’il ne trouverait rien d’utile, elle s’était assurée de tout enlever une semaine plus tôt pour être sûre de mener son plan à exécution.
- Je suis désolée, Sabo. Je sais que tu voulais vraiment visiter ce musée, si seulement je n’étais pas tombée hier…
Kuina préparait son coup depuis des jours. Elle avait convaincu Sabo de prendre les billets pour la visite du musée le dernier jour de leur voyage, insistant pour garder « le meilleur » pour la fin, puis la veille, juste après avoir terminé leur journée en ville, elle avait fait la chute du siècle, dévalant un gigantesque escalier en pierre dans une ruelle étroite sous les yeux effarés de son partenaire. Sabo s’était précipité à ses côtés, soulagé de voir qu’elle n’avait rien d’autre qu’une douleur à la cheville. C’était l’excuse parfaite : elle ferait semblant d’avoir trop mal pour marcher et Sabo irait faire la visite du musée seul pendant qu’elle l’attendrait, profitant du sublime hôtel quatre étoiles qu’ils avaient réservé pour la semaine.
Désormais dans le hall de leur hôtel, prêts à partir, Kuina comptait bien aller jusqu’au bout de son plan pour éviter le musée qu’elle redoutait depuis qu’ils avaient réservé leur voyage. Elle avait passé une semaine superbe, à visiter des palais somptueux, des jardins magnifiques, des ruelles fleuries et charmantes, elle n’allait pas gâcher tout ce beau voyage avec un musée au milieu duquel elle savait qu’elle s’endormirait. Alors oui, peut-être qu’elle exagérait… peut-être qu’elle pouvait bien serrer les dents une journée pour faire plaisir à la personne qu’elle aimait… mais elle avait payé cher cet hôtel, elle voulait en profiter !
- Écoute, je sais que tu avais vraiment envie d’aller au musée, vas-y tout seul, je reste ici en attendant.
Sabo sembla réfléchir à sa proposition et elle était si proche du but. Il suffisait qu’elle le laisse cogiter quelques minutes et il finirait par craquer et elle éviterait une journée ennuyante à mourir. Pourtant, quand il secoua la tête, elle sentit que son plan n’allait pas fonctionner comme elle le souhaitait.
- Tant pis pour le musée, je préfère rester avec toi plutôt que de te laisser seule ici. Surtout si tu ne peux pas bouger.
Elle vit sa journée détente à l’hôtel s’envoler hors de portée et elle dut se faire violence pour ne pas le secouer comme un prunier pour qu’il aille à son foutu musée. Si elle insistait trop, il finirait par se douter de quelque chose et non seulement il lui en voudrait de lui avoir menti, mais en plus il serait bien capable de la traîner au musée pour toute la journée. Elle le laissa donc l’aider à se relever, faisant semblant de s’appuyer sur lui pour ne pas mettre trop de poids sur sa jambe, et soupira longuement.
Elle était sincèrement heureuse qu’il prenne autant soin d’elle, mais si seulement il voulait bien aller faire ses visites culturelles à la con tout seul, elle serait encore plus heureuse.
(Peut-être que la prochaine fois elle essaierait de le convaincre d’amener ses frères à la place pour transformer leur sortie de couple en sortie de famille et avoir enfin la paix.)
