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Sanji avait toujours détesté le concept de famille. Avec un père qui le méprisait, des frères qui le torturaient, une sœur qui prenait sa défense uniquement quand elle était sûre que personne ne la verrait et que rien ne lui retomberait dessus et une mère dont le visage commençait à s'effacer de sa mémoire, il n'avait aucune attache avec cette famille maudite. C’était pour cela qu'il préférait choisir sa propre famille, les membres du Baratie, son équipage, plutôt que de devoir en subir une uniquement parce qu'ils étaient liés par une chose aussi insignifiante et aléatoire que le sang.
Il n'était pas intéressé par une famille biologique. Ni ses frères monstrueux, ni son père détestable et encore moins des enfants dont il ne saurait de toute façon pas s'occuper.
Donc quand Nami, sa chère et tendre Nami-san qu'il aimait et chérissait du plus profond de son être, lui avait annoncé qu'elle était enceinte, il n'avait pas pu partager sa joie. Elle avait pourtant l'air si heureuse à l'idée de fonder une famille avec lui, d'être mère, mais seul un sentiment d'angoisse s'installait en lui à chaque fois qu'il voyait son ventre s'arrondir au fil du temps, signe qu'il y avait bel et bien un bébé qui grandissait en elle.
Alors que Nami réfléchissait à ce qu'il fallait acheter pour l'arrivée du bébé, Sanji s'éclipsait de plus en plus souvent, multipliant les heures au restaurant, ouvrant même les jours où il ne travaillait habituellement pas pour ne pas être confronté à ce qui l'attendait dans seulement quelques mois.
Il était terrifié.
Il avait peur que son fils ressemble à ses frères. Il avait peur de finir par ressembler à son père. Il avait peur de perdre Nami à cause d'un être qui n'existait même pas encore. Lui, ancien membre de l'équipage de l'homme qui était devenu le Roi des pirates, lui, qui avait combattu des ennemies redoutables, pirates, marines et gouvernement, était terrifié par un bébé qui, d'après les livres que Nami dévorait, ne pesait même pas encore un kilogramme.
- Tu sais que tu es ridicule, pas vrai ? lui avait un jour dit Nami.
Sanji l'avait ignorée. C'était bien la première fois de sa vie qu'il le faisait et il s'en voudrait longtemps, mais il n'arrivait pas à la regarder en face. Il ne voulait pas voir son ventre rond, son visage rayonnant et surtout ses yeux remplis de tristesse quand elle imaginait ce qu'il avait pu vivre quand il était enfant. Il savait qu'elle était déçue de sa réaction, mais malgré ses quelques efforts, il n'arrivait pas à accepter qu'il allait avoir un enfant. Une famille qu'il n'avait pas choisie. Encore.
- Sanji-kun, soupira-t-elle.
Il continua de fixer le gâteau qu'il préparait, mélangeant les ingrédients avec minutie sans lui répondre, lorsqu'il la sentit passer les bras autour de sa taille. Elle l'enlaça et il put sentir son ventre rond contre son dos.
- Tu regrettes ? demanda-t-elle d'une voix si basse qu'il aurait pu faire semblant de ne pas l'entendre.
- Jamais, souffla-t-il tout de même.
Parce que c'était vrai. Depuis le début, Nami avait été son rayon de soleil. Il aimait tout le monde dans leur équipage et il tuerait pour eux, mais leur navigatrice avait toujours été si spéciale qu'il ne regrettait pas un instant leur rencontre, leur relation, leur... leur enfant.
- Si tu ne te fais pas confiance, fais-moi confiance à moi. Je sais que tout ira bien. Je sais que tu seras parfait avec notre fils. Tout comme tu l'as toujours été avec moi.
- Tu ne peux pas en être sûre.
Elle le força à se retourner et le regarda avec un sourire amusé aux lèvres.
- Et à quand remonte la dernière fois que je me suis trompée ?
Son ton assuré suffit à le faire sourire à son tour. C'était bien son genre, de ne pas accepter qu'elle pourrait avoir tort. Le prie, c'était qu'elle avait raison : il lui faisait entièrement confiance. S'il n'était pas sûr de ses choix, il savait qu'elle serait suffisamment confiante pour eux deux.
- Tu as raison, admit-il. Merci, Nami-san.
Il lui rendit enfin son étreinte et déposa un baiser tendre sur son front, mettant fin à leur discussion.
Quelques mois plus tard, alors qu'il tenait pour la première fois son fils dans ses bras et qu'il n'arrivait pas à se retenir de pleurer malgré les moqueries de Zoro, Sanji ne put se dire qu'encore une fois, Nami avait évidemment eu raison sur toute la ligne.
