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On disait d'Usopp qu'il était le plus grand menteur de l'équipage, mais Nami savait bien qu'elle était aussi bonne que lui, même si elle n'en était pas fière. En fait, elle était meilleure. Pas parce qu'elle mentait plus souvent que lui, mais surtout parce que ses mensonges étaient pour tromper les autres là où ceux d'Usopp étaient pour amuser la galerie.
Elle, elle mentait pour survivre. Elle mentait depuis qu'Arlong avait pris le contrôle de son village - non, depuis avant. Mais avant, Belmer avait été là pour voir clair dans son jeu et elle s'était simplement dit que ce n'était pas grave étant donné qu'il y avait toujours quelqu'un pour voir au travers de ses paroles.
Aujourd'hui, il n'y avait plus personne.
Luffy et Chopper étaient bien trop crédules, Zoro ne l'écoutait pas, Vivi semblait surprise mais elle finissait par acquiescer, comme si elle faisait toujours confiance aux gens malgré les épreuves qu'elle traversait, et Usopp haussait parfois un sourcil face à ses mensonges, mais elle finissait toujours par le convaincre.
Et pour Sanji, la question ne se posait même pas. Il buvait ses paroles comme si elle était une sainte et ne remettait jamais ses propos en question.
Même si elle n'avait plus besoin de mentir, cette mauvaise habitude revenait parfois au galop sans qu'elle ne puisse la refouler. Elle s'en voulait toujours de mentir à ceux qu'elle considérait comme sa famille, mais quand le mensonge était dit, elle n'arrivait pas à se rétracter. Par fierté, ou par peur de montrer ses faiblesses qu'elle avait appris à cacher pendant tant d'années, mais une fois son mensonge dit, impossible de le corriger. Alors elle s'enfonçait dedans avec honte et finissait par s'agacer et couper court à la discussion pour ne pas avoir à faire face à ses amis.
C'était d'ailleurs ce qui était arrivé quelques dizaines de minutes plus tôt et c'était la raison pour laquelle elle avait mis tout le monde à la porte de la cuisine, réquisitionnant la pièce pour travailler au calme et s'empêcher de leur mentir au nez encore une fois. Seul Sanji avait été autorisé à rester pour préparer le repas, à condition qu'il ne dise lui pas un mot (ordre qu'il avait respecté jusque là, à sa plus grande surprise).
Après une bonne heure à partager ce silence, elle sursauta presque lorsqu'il déposa une tasse de café devant elle, sans un mot. Elle leva la tête et il lui sourit.
- Tu sais, Nami-san, tu peux compter sur moi pour t'écouter si tu en as besoin.
- Je sais, répondit-elle en se reconcentrant sur la carte qu'elle avait sous les yeux.
Elle tenta de l'ignorer alors qu'il repartait préparer le repas.
- Si tu veux que je crois à ce que tu dis, j'y croirais. Et si tu veux me dire autre chose, j'y croirais aussi.
Elle ne répondit pas, mais les mots du cuisinier résonnaient en elle sans qu'elle ne puisse se remettre au travail.
Au fond, elle le savait, et c'était la même chose pour n'importe quelle personne sur ce bateau, ils la croiraient coûte que coûte parce qu'ils lui faisaient confiance. Et Sanji, même s'il donnait l'impression de perdre tout discernement à l'approche d'une femme, l'avait tellement observé qu'il la connaissait par coeur et la comprenait sans même qu'elle n'ait un mot à dire.
