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Cinq Raisons de Détester Kuina

Summary:

Tout le monde adore Kuina.

Tout. Le. Monde.

C'est une chose que Sabo, le plus grand hater de Kuina de la ville, ne comprend pas.

Notes:

C'est... un peu parti dans tous les sens ? J'adore le format 5+1, mais à chaque fois je me lance sans trop savoir ce que je fais et je perds rapidement le contrôle de mon histoire. Disons que cette fois n'a pas échappé à la règle... Je suis quand même contente d'avoir autant écrit, moi qui ai l'habitude des drabbles, ça fait du bien de faire un texte plus long.

Enjoy ♥

(See the end of the work for more notes.)

Work Text:

1. Koala

Sabo n’était pas particulièrement intéressé par l’apparence des gens. Comme tout le monde il avait ses préférences et il comprenait parfois pourquoi une personne était considérée comme belle par rapport à d’autres, mais ce n’était qu’un détail pour lui, une pensée qui traversait son esprit avant d’en sortir aussitôt. Il préférait apprendre à connaître les gens, à comprendre leur personnalité, plutôt que de regarder leur apparence.

Il comprenait aussi que la beauté était subjective et surtout que l'attachement jouait beaucoup sur la perception de la beauté d'une personne. Plus on appréciait une personne, plus on la trouvait belle.

Sabo appréciait généralement les gens qui l'entouraient et il les trouvait toutes belles. Il y avait pourtant une personne qui, d'après son entourage, était particulièrement belle, mais pas pour lui. En fait, s'il était complètement honnête, il dirait très sincèrement qu'il la trouvait moche. Pas hideuse, il n'irait pas jusque là, mais sa personnalité la rendait si laide qu'il passait son temps à l'éviter.

Kuina était, selon lui, l’une des pires personnes qu’il ait pu rencontrer. Hautaine et condescendante, personne ne pouvait avoir une conversation avec elle sans qu’elle ne les prenne pour le dernier des imbéciles. Elle avait cette façon de regarder tous ceux qui l'entouraient, comme s’ils étaient des incapables qui ne méritaient pas de lui adresser la parole et rien que la voir suffisait à gâcher la journée de Sabo. Malheureusement pour lui, ils étaient voisins et étaient dans la même classe, il la voyait tous les jours et chaque fois il ne pouvait s’empêcher de se dire que sa vie serait quand même bien plus agréable si elle n’en faisait pas partie. Pourtant il était condamné à passer sa journée à la côtoyer, à l'entendre discuter avec ses amis parce que la vie le détestait tellement que même en classe leurs bureaux étaient proches.

Il sentit quelqu’un taper dans sa chaise et se retourna, un peu agacé qu’on interrompe sa séance quotidienne de médisance de Kuina.

- Quoi ? demanda-t-il à Koala qui le regardait en souriant.

- Tu l’aimes tant que ça ? Tu la fixes depuis que tu es arrivé, tu es vraiment obsédé.

Il lui fit une grimace, mais elle se contenta de rire. Pour une raison qui lui échappait, Kuina était assez appréciée des autres personnes de leur classe. Tous la décrivaient comme une fille serviable, gentille et toujours prête à les aider si besoin. Sabo se rappela comment la veille elle lui avait ri au nez quand il lui avait demandé de lui prêter ses notes et il se demanda si elle avait choisi de lui gâcher la vie ou si elle était née comme ça.

- Moi je pense que tu n’as que ce que tu mérites. Ne t’attends pas à ce qu’elle soit gentille avec toi si tu passes ton temps à tirer la gueule quand tu la vois.

Koala avait raison, il ne cachait pas à quel point il la détestait et la principale concernée devait l'avoir remarqué depuis bien longtemps, mais il n’allait pas lui avouer. Il préférait encore supplier Kuina de devenir son amie plutôt que d’admettre qu’il avait tort.

- Dommage que je m’en tape de ce que tu penses, répondit-il.

- Tu boudes ?

- Non, dit-il en boudant.

Elle donna un nouveau coup dans sa chaise et cette fois-ci il lui envoya un regard noir.

- Va la voir, dis-lui quelque chose de gentil et tu verras que ça va bien se passer.

Il ne voyait pas vraiment ce qu’il pouvait dire de gentil à Kuina, tout ce qui lui venait c’était des reproches sur tout ce qu’elle lui faisait subir depuis qu’ils étaient gamins et même une ou deux insultes.

- Pourquoi je ferais ça ?

- Tu refuses ? C'est parce que tu l'aimes tellement que tu ne veux pas l'approcher ?

Ce qu'il refusait, c'était de laisser Koala croire une chose aussi stupide. Lui ? Aimer Kuina ? Quelle blague, il allait lui montrer qu'elle se méprenait complètement.

Il n’arrivait cependant pas à s’imaginer la complimentant, mais il avait vraiment envie de prouver à Koala qu’il avait raison. Il se leva alors, prêt à lui montrer qu'il était loin d'être un lâche et se dirigea vers le bureau de Kuina. Elle était assise à côté de Nojiko, une fille qu'il ne connaissait pas plus que ça. Elle était aussi amie avec Koala, mais ils ne s'étaient jamais vraiment parlés, sauf au détour d'un couloir si l'un avait besoin de savoir où Koala était. Elle le remarqua en première et fit un signe de tête à Kuina pour qu'elle se retourne, comprenant rapidement que c'était avec elle qu'il voulait discuter.

Kuina se retourna et Sabo aperçut la trace d'un sourire qui disparut aussitôt lorsqu'elle se rendit compte de qui la dérangeait. Elle reprit immédiatement l'air habituel qu'elle avait avec lui : agacée, les sourcils froncés et les lèvres pincés. Il eut envie de se retourner pour crier "Tu vois !" à Koala, mais il tenait à aller jusqu'au bout de ce qu'il avait entrepris. Le problème était qu'il n'avait pas réfléchi au compliment qu'il pourrait lui faire... Sur son apparence ? Il la trouvait banale. Sur sa personnalité ? Elle était immonde. Il avait beau se creuser la tête, rien ne lui venait et il voyait que plus les secondes passaient, plus Kuina s'impatientait. Derrière elle, Nojiko les regardait sans un mot, ses yeux passant de l'un à l'autre dans un va-et-vient incessant et Sabo détourna le regard espérant qu'elle ne remarque pas qu'il était tout simplement incapable de parler.

Il laissa son regard glisser sur le bureau de Kuina, jetant des coups d'oeil à ses affaires qui traînaient - sa trousse ouverte, ses stylos parfaitement alignés, son cahier de mathématiques - et il se rappela la cause de leur dispute la plus récente. S'il voulait qu'elle lui prête ses notes, c'était parce qu'elle avait une façon de les écrire particulièrement nette et les fiches qu'elle faisait pour réviser étaient bien plus simples à comprendre que les pages de cours sur lesquels il dessinait parfois, se perdant dans ses phrases. Elle avait une écriture soignée et lisible qu'il appréciait, même si ça le tuait de le lui avouer. Pourtant, il s'était mis dans ce bourbier tout seul, il devait maintenant lui faire un compliment.

- J'arrive à lire ton écriture.

Voilà. Il y était arrivé. Au travers de cette phrase, il complimentait son écriture, ses notes simples à comprendre et son sérieux en classe. Tout ça en une seule phrase, n'était-il pas doué ?

Pourtant, la réaction qu'il obtint ne fut pas vraiment celle qu'il attendait.

Le regard de Nojiko s'arrêta sur Kuina. Cette dernière, comme si elle sentait son amie la fixer, se retourna. Sabo ne pouvait pas voir son visage, mais sa main qui se retourna l'air de dire "Qu'est-ce qu'il raconte ?" suffit à ce qu'il l'imagine. Derrière lui, il pouvait entendre Koala essayer de se retenir de rire, en vain. Il ne comprenait d'où venait sa soudaine hilarité, il trouvait qu'il avait plutôt bien géré la situation.

- C'est tout ? demanda Kuina en se retournant pour lui faire face.

Il acquiesça.

Elle échangea un nouveau regard avec Nojiko qui sourit cette fois-ci avant de se tourner vers lui.

- Repars alors, tu vas pas camper ici toute la journée.

Et voilà. Désagréable, comme toujours.

Il attendit qu'elle soit dos à lui pour lui faire une grimace, tirant la langue et louchant, se retenant de lui faire un doigt d'honneur en plus. Elle se retourna aussitôt, comme si elle pouvait le sentir se moquer d'elle, et il s'empressa de repartir à sa place, espérant qu'elle n'ait rien vu. Elle devait certainement se douter de quelque chose, mais tant qu'elle ne l'attrapait pas sur le fait accompli elle ne pouvait rien lui reprocher.

- Tu vois, dit-il en se rasseyant. Une horreur, je te dis.

Koala ne pouvait pas cacher entièrement son sourire et elle secoua la tête en l'entendant.

- Tu exagères, elle est gentille comme tout.

Sabo regarda une dernière fois en direction de Kuina, pas vraiment convaincu.

 


 

2. Ace

Sabo avait beau détester Kuina, il ne pouvait pas l'éviter autant qu'il l'aurait voulu. Leur emplois du temps étaient identiques, ils avaient des amis en commun et pire encore, Ace s'entendait extrêmement bien avec sa pire ennemie. Il ne pouvait pas suffisamment répéter à celui qu'il considérait comme un frère à quel point il était un traître pour pactiser avec l'ennemi, mais Ace se contentait de rire à chaque fois, préférant l'ignorer.

Le traître.

Les rares fois où il pouvait profiter d'un jour ou deux sans voir la sale tête de Kuina, il fallait forcément qu'Ace décide de lui proposer de sortir en ville, sans évidemment préciser que c'était pour la rejoindre elle. Il le mettait toujours devant le fait accompli, à savoir qu'il le traînait jusqu'à l'intérieur de la salle de cinéma où Kuina était assise, un paquet de pop-corn sur les jambes et ne paraissait absolument pas surprise, comme si elle avait été prévenue. Honnêtement, ça n'étonnerait même pas Sabo, c'était bien le genre d'Ace de prévoir ce genre de coup dans son dos juste pour l'énerver. Il pourrait être mature et décliner son invitation, mais c'était admettre sa défaite et il refusait de perdre face à Kuina. Il laissait donc Ace s'asseoir entre eux deux et supportait la présence silencieuse de sa pire ennemie pendant deux heures (voire plus, si Ace avait décidé de regarder un film long juste pour le faire chier, ce qu'il faisait évidemment la plupart du temps).

Aujourd'hui, dimanche ensoleillé et chaud, ne faisait pas exception, mais Sabo ne se sentait pas vraiment d'humeur à se battre. Juste pour une fois, il voulait se reposer et profiter de cette belle journée sans avoir la présence silencieuse et agaçante de Kuina à moins de deux mètres de lui. Quand Ace vint lui proposer d'aller en ville pour un cinéma ou juste manger un bout, Sabo déclina son invitation en le remerciant. Il allait profiter du soleil en se promenant au parc voisin.

Évidemment, Dieu le détestant plus que toutes ses autres créations, il tomba nez à nez avec Kuina qui avait apparemment eu la même idée que lui. En le voyant, elle ne put retenir une grimace énervée et il eut envie de lui dire qu'il était bien plus dégoûté de la voir. Il avait cependant décidé de profiter de sa journée et, l'ignorant entièrement, il se dirigea vers le banc le plus proche pour s'y asseoir, sortant un livre qu'il voulait terminer depuis plusieurs jours maintenant. Il n'y avait rien de plus agréable que de passer quelques heures à bouquiner au soleil, écoutant le chant des oiseaux, les enfants jouer au loin, les passants se promener et Kuina s'asseoir à côté de lui.

...

Il détestait sa vie, décida-t-il en refermant son livre alors qu'il venait à peine de l'ouvrir.

- A quoi est-ce que tu joues ?

Elle osa tourner des yeux innocents vers lui, comme si elle ne comprenait pas où il venait en venir.

- Je me suis assis ici en premier, ajouta-t-il.

Il pesta intérieurement. Il donnait l'impression de se justifier, mais il n'avait pas à se justifier auprès d'elle. C'était son banc pour les deux prochaines heures au moins, voire trois s'il décidait d'y faire une sieste dessus en plus, il n'allait pas le partager avec la personne qu'il détestait le plus dans cette ville.

Kuina se contenta de hausser les sourcils, de le regarder de bas en haut avec cet air qu'il haïssait avant d'enfin daigner lui répondre.

- Si tu ne me veux pas à côté, tu n'as qu'à bouger. Ce banc ne t'appartient pas à ce que je sache.

Il la détestait. Il n'y avait pas d'autre mot pour décrire ce qu'il ressentait, il ne pouvait pas la supporter. Mais c'était son banc, il s'y était assis en premier, en fait il était sûr qu'il avait décidé d'aller au parc en premier de toute façon, il méritait d'y rester plus que n'importe qui.

- Je ne bougerai pas.

- D'accord.

- Ok.

- Très bien.

Il lui jeta un regard noir. Elle voulait toujours avoir le dernier mot, elle était d'un ridicule... Pourtant, même si sa simple présence suffisait à lui donner des envies de meurtre, il décida de rester jusqu'au bout, refusant de revenir sur ce qu'il venait de dire. Il ouvrit de nouveau son livre, retrouva la page où il s'était arrêté et reprit sa lecture.

Il fut interrompu moins d'une minute plus tard par la sonnerie du téléphone de Kuina, lui signalant qu'elle avait reçu un message.

Puis une nouvelle fois une minute après.

Et encore une fois.

Et encore...

- Dis-moi que tu le fais exprès.

- De quoi tu parles encore ?

- De ton téléphone ! s'exclama-t-il.

Kuina le regarda les yeux un peu écarquillés, clairement surprise par sa réaction.

- Ne me regarde pas comme si j'étais taré.

- Clairement tu as un problème pour t'énerver juste parce que je suis sur mon téléphone.

- Ce n'est pas...

Il se pinça l'arête du nez en soupirant longuement.

- Tu sais quoi, t'as gagné, garde le banc, je vais m'en trouver un autre.

- Quoi ?

Il referma son livre et s'en alla, ignorant la question de Kuina. Il pouvait de toute façon l'entendre taper un message sur son téléphone, c'était bien qu'elle n'en avait pas grand chose à faire. Il attrapa son propre téléphone et envoya un message à Ace, se disant qu'il aurait finalement dû accepter son invitation aujourd'hui au lieu de refuser en pensant qu'il croiserait Kuina sinon. Comme quoi, il ne devrait jamais écouter son instinct.

Elle est vraiment insupportable.

Ace se contenta de lui répondre par une flopée d'emojis riant et Sabo leva les yeux au ciel.

- Traître.

 


 

3. Luffy

Étonnamment, malgré sa haine apparente pour Kuina, tous ses proches semblaient énormément l'apprécier. Non seulement Ace passait la plupart de son temps avec elle et lui répétait sans cesse qu'elle était plutôt cool, mais même Luffy s'était mis à la côtoyer, se rapprochant d'elle tout comme il se rapprochait de n'importe quelle personne sur cette planète. Il ne savait pas comment leur amitié était née, il savait juste qu'un jour il se plaignait à Luffy, lui expliquant à quel point elle était exécrable (il fallait bien qu'il se plaigne à quelqu'un étant donné qu'Ace avait décidé de pactiser avec l'ennemi) et le lendemain il trouvait la deuxième personne qu'il considérait comme son frère en train de manger à la même table que sa pire ennemie à la cafétéria.

Luffy se moquait encore de sa tête quand il les avait vus ce jour-là.

- On aurait dit que je t'avais trahi.

- C'est le cas.

Sa réponse ne manquait jamais de le faire rire. Pourtant, il ne plaisantait pas du tout. D'abord Ace, ensuite Koala et maintenant même Luffy ! A croire que Kuina allait s'immiscer dans chaque aspect de sa vie pour le rendre complètement fou et il était certain qu'elle le faisait avec un malin plaisir, juste pour le faire tourner en bourrique.

Alors, quand il croisa Luffy avec Kuina, cela ne le surprit pas vraiment. Il lui avait fallu un peu de temps, mais il avait accepté le fait que Kuina aimait lui pourrir la vie.

Ce qui le surprit par contre, ce fut de les trouver à la bibliothèque. Il ne savait même pas que Luffy connaissait cet endroit, il était persuadé qu'il ne connaissait uniquement les lieux où il pouvait se procurer assez de nourriture pour avoir de quoi tenir une semaine ou deux, selon son humeur, et surtout où il pourrait consommer toute cette nourriture sur place. La bibliothèque était littéralement un endroit opposé à ses deux seules valeurs : il devait y être calme et il était interdit de manger à l'intérieur.

Pourtant, il ne rêvait pas, Luffy était bien là, assis à côté de Kuina, deux bouquins ouverts entre eux et des feuilles éparpillés un peu partout sur la table. On aurait presque dit qu'ils étaient en train de réviser, mais il connaissait bien Luffy, il était incapable de se concentrer plus de trois minutes.

- Alors pour trouver x je dois utiliser cette formule ? demanda le plus jeune.

Kuina acquiesça en entourant quelque chose sur une feuille.

- Oui, c'est ça. Contrairement à cette formule qui te sera utile pour la question suivante, quand tu auras justement trouvé la valeur de x.

Et Luffy, aussi invraisemblable que cela puisse paraître, acquiesça, comme s'il avait compris, et attrapa un stylo pour faire son calcul. Il resta concentré pendant ce qui lui sembla durer une éternité, gribouillant sur la feuille avec les sourcils froncés et le regard déterminé. C'était assez incroyable à voir, Sabo ne l'avait jamais vu aussi sérieux. En fait, si, il l'avait déjà vu aussi sérieux. Une seule fois, quand Sanji lui avait demandé de choisir un seul plat préféré pour qu'il le lui prépare le jour de son anniversaire. Luffy avait réfléchi si longtemps ce jour-là qu'il avait failli s'en rendre malade. Sanji avait d'ailleurs fini par avoir pitié de lui et avait accepté de lui faire plusieurs plats, juste pour qu'il ne passe pas des heures à réfléchir.

Mais là, contrairement à l'état dans lequel il avait été la dernière fois, il semblait être en parfaite condition. Ni malade, ni faisant semblant d'être malade, ni se plaignant en refusant de faire son travail. Luffy révisait avec le sérieux d'un élève qui aimait apprendre et qui était fier de lui lorsqu'il comprenait un problème. Si Sabo n'était pas sûr et certain de la personne en face de lui, il se serait demandé si quelqu'un n'avait pas échangé le garçon contre un autre pendant son absence.

Au bout de quelques minutes, Luffy se redressa, un grand sourire aux lèvres.

- Comme ça ? demanda-t-il d'une voix forte et Kuina lui fit signe de parler moins fort.

Il sembla surpris, comme s'il avait oublié qu'il se trouvait dans un bibliothèque et rit discrètement.

(Luffy ! Discret ! Sabo ne pensait vraiment pas qu'il verrait ce jour arriver.)

Kuina prit la feuille de Luffy, la parcourut du regard et acquiesça en souriant.

- Oui, comme ça, dit-elle. Tu vois que tu comprends. Il suffit juste de bien relire ton cours.

- C'est parce que tu expliques bien, Kuina. Tu es vraiment la meilleure pour ça, même Sabo et Ace n'ont pas réussi à me faire faire une seule équation.

Sabo était partagé entre la joie de voir Luffy travailler, comprendre, aimer ce qu'il faisait, et la rage qu'il soit en train de complimenter Kuina. A chaque fois qu'une personne de son entourage se retrouvait à se rapprocher d'elle, il avait vraiment l'impression que c'était uniquement pour le poignarder en même temps. Ace et Koala se moquaient de lui, Luffy préférait réviser avec Kuina... Pourtant, juste cette fois-ci, il acceptait sa défaite parce que c'était dans l'intérêt de Luffy.

Il sortit donc de son coin depuis lequel il les épiait et, sa pile de livres qu'il voulait emprunter dans les bras, il se dirigea vers l'accueil de la bibliothèque. Sa vision étant légèrement obstruée par les ouvrages, il ne vit pas la personne en face de lui et fut surpris de se heurter à quelqu'un qui laissa échapper une exclamation surprise. Heureusement pour lui, sa pile de livres ne fit que tanguer dangereusement de gauche à droite, mais aucun ne tomba par terre. Le bruit qu'ils firent attira l'attention sur eux et quelques curieux tournèrent la tête pour les regarder avant de retourner vaquer à leurs occupations quand ils se rendirent compte qu'il n'y avait rien de véritablement intéressant à voir.

Deux personnes cependant continuèrent de le fixer et Sabo se serait presque senti gêné s'il n'était pas occupé à s'assurer que sa pile de livres n'allait pas tomber au sol.

Luffy lui sourit, apparemment ravi de le voir (et sa réaction lui faisait tellement chaud au cœur, il avait toujours l'air aux anges à chaque fois qu'il voyait une connaissance, c'était la réaction la plus adorable au monde) et Kuina, comme à son habitude, le regarda de haut en bas, semblant le juger lui et toute sa famille sur les trois prochaines générations à venir. C'était la seule explication qu'il voyait à ce regard méprisant.

Contre toute attente, ce fut elle qui ouvrit la bouche en première.

- Je rêve ou tu me suis ? demanda-t-elle d'une voix à la fois surprise et un peu gênée.

Là, Sabo ne put retenir ses livres et il les laissa tous tomber par terre dans un vacarme assourdissant tandis que sa mâchoire s'écraser au sol à son tour. Il comprenait soudainement pourquoi Kuina semblait gênée et il n'aimait pas du tout la conclusion qu'il tirait.

... Il rêvait ou Kuina pensait qu'il était intéressé par elle ?

 


 

4. Zoro

Depuis ce jour, Sabo se repassait en boucle chacune de ses interactions avec Kuina. Elles étaient plutôt rares, à sa plus grande surprise. Lui qui passait son temps à se plaindre qu'ils se voyaient trop souvent alors qu'il n'avait aucune envie de la croiser, se rendait compte qu'en fait, ils ne se parlaient pas tant que ça et quand ils le faisaient, ils n'échangeaient pas grand chose d'intéressant.

C'était pour cela qu'il était persuadé que Kuina ne pouvait pas penser qu'il était intéressé par elle. La dernière fois qu'ils avaient eu une conversation qui avait duré plus d'une minute, c'était pour échanger leurs numéros uniquement parce que Ace n'avait jamais son téléphone sur lui et prenait toujours les leur pour envoyer des messages à l'un ou à l'autre. Et cette conversation avait dû durer une minute trente, juste assez pour que Sabo cherche quel était son numéro et que Kuina le regarde de haut en bas, son habituel air méprisant au visage.

Donc non, Kuina et lui n'étaient ni proches, ni rien du tout en fait. Ils ne se parlaient pas, ils avaient juste le malheur de vivre à côté et d'être dans la même classe depuis qu'ils étaient enfants. Il espérait sincèrement qu'elle ne se méprenait pas sur ses sentiments.

- Pourquoi tu me racontes ça ?

Zoro, assis en face de Sabo, semblait à la fois mal à l'aise d'avoir cette conversation et un peu dégoûté à l'idée de parler des probables sentiments de Kuina. Sabo comprenait, après tout, de ce qu'il savait, Kuina et Zoro se connaissaient depuis encore plus longtemps que lui les connaissait et parler des possibles sentiments de la personne qui se rapprochait le plus d'une sœur pour lui devait être terriblement gênant, mais quel choix lui restait-il quand le reste de son entourage était composé de traîtres qui n'hésiteraient pas à courir raconter à Kuina tout ce qu'il disait ?

- Tu es la seule personne à qui je peux me confier.

Zoro et lui étaient encore moins proches qu'il l'était de Kuina et le regard que le plus jeune lui envoya lui fit comprendre qu'il doutait lui aussi de leur proximité.

- Est-ce que tu t'imagines vraiment raconter à Kuina tout ce que je te dis ? Tu veux vraiment avoir cette conversation avec elle ? Vous allez parler de sentiments ?

Le regard de Zoro s'assombrit et il n'eut même pas à lui répondre.

- C'est bien ce que je pensais. Je peux te dire tout ce que je veux, je sais très bien que tu ne répéteras rien. Et puis je suis en train d'acheter ton silence, tu me dois bien ça.

Il fit un geste pour montrer la dizaine d'assiettes posées entre eux deux. Son porte-monnaie était vide, mais tant que l'estomac de Zoro était rempli et que sa bouche restait fermée, il pouvait vider son sac l'esprit tranquille.

- Tout ce qui est dit ne doit jamais sortir d'ici.

- Je veux choisir cinq plats en plus.

- Deux.

- Trois et une boisson.

- Ça marche.

Zoro attrapa la carte et la parcourut du regard tandis que Sabo se lançait dans une nouvelle tirade, expliquant en long, en large et en travers pourquoi 1. Kuina était la pire personne au monde, 2. pourquoi elle devait très probablement se méprendre sur ce qu'il ressentait et 3. comment mettre fin à ce quiproquo. Zoro ne l'écoutait absolument pas, il le savait, mais parfois il avait juste envie de crier dans le vide sans que personne ne vienne lui donner des conseils qu'il ne suivrait de toute façon pas.

(Koala l'avait appris à ses dépends et refusait désormais de l'écouter se plaindre étant donné que non seulement il n'écoutait pas ses conseils, mais il les ignorait avec grand plaisir pour faire l'exact opposé, rendant la situation encore plus catastrophique qu'elle ne l'était déjà.)

- Est-ce que tu as essayé de discuter avec elle ? Normalement je veux dire, sans ressembler à un cryptide qui lui parle de son écriture pour aucune raison, demanda une voix derrière lui.

Zoro ne réagit pas, occupé à dévorer sa troisième côte de bœuf, mais Sabo reconnut immédiatement la voix qui venait de lui faire une proposition qu'il n'écouterait pas, parce qu'il préférait se compliquer la vie plutôt que d'avoir une approche logique et censée pour faire face à un problème. Son niveau de stress monta si haut qu'il se demanda s'il était possible de soudainement faire de l'hypertension juste en entendant la voix de quelqu'un et il se retourna lentement, priant pour que cette journée, non, cette semaine, ne soit qu'un mauvais rêve.

Mais Nojiko était bien assise là, un milk-shake en main et un sourire aux lèvres, l'ayant apparemment écouté depuis le début de son monologue. Il la regarda pendant de longues secondes, son cœur battant si fort qu'il aurait voulu qu'il explose juste pour mourir et éviter de nouveaux problèmes, mais malheureusement pour lui il était un jeune garçon en parfaite santé.

- Tu vas devoir me payer très cher pour que je garde le silence.

Il était foutu.

Il se retourna vers Zoro qui les ignorait.

- Tu savais qu'elle nous écoutait ?

- Depuis le début.

- Et tu n'as rien dit ?

- J'aurais dû ?

Pire que les autres qui le trahissaient, Zoro était juste complètement con.

 


 

5. Nojiko

Après de longues minutes à écouter Zoro mâcher bruyamment, le garçon avait fini par s'en aller une fois son repas terminé, sans un mot, ne s'excusant même pas et ne cherchant pas à comprendre pourquoi Sabo donnait l'impression de vouloir mourir. Ce dernier ne comprenait d'ailleurs pas pourquoi Luffy et lui étaient amis, qu'est-ce que le brun pouvait bien apprécier chez cette armoire à glace qui était, de toute évidence, incapable de ressentir une once de compassion ?

Nojiko se glissa à la place de Zoro, son milk-shake à moitié vide et prête à prendre la place du garçon qui venait tout juste de partir.

- Vas-y, parle, dit-elle. Je suis toute ouïe.

Sabo eut envie de la fusiller du regard, voire d'être particulièrement malpoli avec elle, mais elle venait tout juste d'entendre l'histoire de sa vie (non, pas l'histoire de sa vie, ce n'était pas comme si Kuina était l'entièreté de sa vie) et elle avait de quoi le faire chanter pour un bon moment. Il préférait rester cordial avec elle. Plus il serait agréable, moins elle serait tentée d'appeler Kuina à l'instant où ils se quitteraient pour lui raconter tout ce qu'elle venait d'entendre. Il était certain qu'elles pourraient passer des heures à se moquer de lui et une fois qu'il croiserait sa voisine au lycée, elle ne se gênerait pas pour l'humilier devant tout le monde.

- Il n'y a rien à dire. Je ne pense pas que ce que je raconte puisse t'intéresser...

- Je suis intéressée.

- Je t'assure que non.

- Tout ce qui touche à ton malheur m'intéresse. Et tu donnes l'impression que Kuina est la source de tous tes maux, donc si, ça m'intéresse.

- Ce n'est pas une impression ! s'exclama-t-il.

Quelques clients se tournèrent vers lui et quand il se rendit compte qu'il avait haussé le ton il se racla la gorge, essayant de se calmer. Nojiko, elle, semblait vraiment amusée par la situation.

- Je croyais que vous vous connaissiez depuis des années.

- C'est le cas et ça fait des années qu'elle me gâche la vie.

- Elle m'a pourtant dit que vous étiez de bons amis.

Sabo hésita un instant en entendant les mots de l'autre adolescente.

- Vraiment ?

Nojiko acquiesça et il fronça les sourcils.

- Alors qu'elle ne me parle uniquement pour me dire à quel point je suis insupportable.

- C'est comme ça que tu le prends ?

- Comment est-ce que je devrais le prendre ?

Nojiko rit et lorsqu'elle vit son visage perdu son rire ne fit que s'accentuer. Elle semblait trouver son malheur particulièrement plaisant, à croire qu'elle ne mentait pas quand elle disait que c'était tout ce qui l'intéressait.

- Kuina est un peu brut de décoffrage, c'est vrai, mais ce n'est pas une fille si affreuse que ça.

Il pensa à toutes ces fois où elle le regardait comme s'il était un insecte et doutait un peu de ce que Nojiko avançait.

- Je n'ai pas dit qu'elle était affreuse, dit-il. C'est juste que...

Il réfléchit à ce qu'il voulait dire. Kuina était-elle réellement affreuse ? Ou était-ce juste lui qui projetait ce qu'il ressentait pour se donner raison ? S'il y réfléchissait sérieusement, il n'avait pas eu tant d'accrochages que ça avec Kuina. Son mépris, elle le lui faisait ressentir par ses gestes et ses regards, mais ses mots restaient souvent sans venin. Elle était polie, calme, du moins autant que pouvait l'être une adolescente qui ressentait clairement que son interlocuteur la détestait. Elle avait une attitude irréprochable avec lui, mais son langage corporel lui donnait envie de se battre constamment avec elle.

- J'ai l'impression qu'elle essaie d'être trop parfaite et ça m'énerve.

C'était exactement ça. Maintenant qu'il l'avait dit, il se rendait compte que c'était exactement ce qu'il ressentait. Elle était amie avec Ace et Koala et les deux semblaient l'adorer, Luffy arrivait à faire des choses qu'il ne faisait pas avec lui, il se montrait sérieux et acceptait de travailler sans broncher et Zoro, qui était l'exemple parfait du type qui n'aimait rien ni personne, l'appréciait suffisamment pour la côtoyer volontairement depuis plus de dix ans. Tout le monde semblait l'adorer et lui, qui de toute évidence ne ressentait pas les mêmes sentiments d'amitié pour elle, ne comprenait pas pourquoi elle était autant appréciée.

Il avait l'impression qu'elle jouait un rôle. Avec eux ou avec lui ? Il ne saurait pas dire.

- Tu trouves qu'elle est parfaite ?

- Ce n'est pas exactement ce que j'ai dit.

Nojiko l'ignora et reposa son milk-shake, le laissant à l'abandon pour agripper son poignet.

- On organise une soirée entre filles chez Kuina, tu devrais venir voir, si elle est si parfaite que ça.

- Je n'ai pas dit qu'elle était parfaite, insista-t-il. Et je ne suis pas une fille.

Mais Nojiko avait beaucoup trop de force et il admettait qu'elle était un peu intimidante (peut-être que Koala et son sale caractère quand elle s'énervait influençait son jugement des filles) donc il la laissa le tirer dehors pour, apparemment, rejoindre la première soirée entre filles de sa vie.

 


 

+1. Sabo

Kuina semblait aussi ravie que lui de le voir. En ouvrant la porte de chez elle, le sourire sur son visage se figea et elle le regarda de haut en bas, les sourcils levés, comme elle en avait l'habitude.

Elle se tourna ensuite vers son amie, sans même lui adresser la parole.

- Qu'est-ce qu'il fait là ?

- Je l'ai invité.

- C'est une soirée entre filles. Jusqu'à preuve du contraire, ce n'est pas une fille.

- Zoro, Ace et Luffy non plus, pourtant je suis certaine qu'ils sont déjà là.

Kuina sembla agacée par sa réponse, mais elle se décala sur le côté et les laissa entrer. Nojiko le tira jusqu'au salon et, comme elle l'avait dit, les trois garçons étaient là, accompagnés de Koala et Nami.

- Comment ça peut être une soirée entre filles s'il y a autant de filles que de garçon ? demanda Sabo.

- De base c'était vraiment des soirées entre filles, expliqua Nojiko en le lâchant pour aller s'asseoir sur le fauteuil où se trouvait Koala, s'asseyant presque sur la brune qui semblait ravie d'être écrasée. Puis ils se sont incrustés et ne sont jamais repartis.

- Tu as juste à être une fille pour la soirée, ajouta Nami.

- Et comment je fais ça ?

- En les laissant te mettre du vernis sur les ongles de pieds, dit Ace.

Il remarqua alors les ongles colorés des trois garçons et contracta ses orteils, comme s'il pouvait les protéger de cette façon.

- Personne ne s'approche de mes pieds, prévint-il.

- Pourquoi ? Tu as peur de découvrir le fétiche de Kuina ? demanda Nojiko.

Un fracas se fit entendre dans la cuisine.

- Ne lui raconte pas n'importe quoi ! s'écria Kuina.

Elle semblait à la fois outrée qu'on parle d'elle ainsi, mais aussi particulièrement gênée à l'idée qu'on propage de telles propos. C'était la première fois que Sabo l'entendait être aussi embarrassée et c'était un changement qui était plutôt agréable. Sa voix qui était habituellement calme, posée, voire froide quand elle lui adressait la parole était remplie d'émotions qu'il n'avait jamais entendues chez elle. Elle ne ressemblait plus à ce robot qui le méprisait, elle donnait enfin l'impression d'être une fille normale. Il se laissa alors prendre au jeu et décida de continuer sur la lancée de Nojiko.

- Je savais que quand elle me regardait de haut en bas c'était pour regarder mes pieds.

- C'est faux !

Cette fois-ci, Kuina sortit de la cuisine, un paquet de chips dans une main et une brique de jus d'orange dans l'autre. Elle avait les joues roses, les yeux grands ouverts et elle n'avait jamais été aussi peu intimidante qu'à ce moment précis. Sabo se demanda si elle avait toujours semblé aussi normale. Peut-être qu'il s'était effectivement monté la tête pour rien depuis tout ce temps.

Contre toute attente, il ne détestait pas ce qu'il voyait.

- Permets-moi d'en douter.

Ses joues s'assombrirent, passant d'un léger rose à un rouge plus prononcé, et il manqua le regard que Nojiko et Koala s'échangèrent, trop intéressé par la nouvelle facette de Kuina qu'il découvrait.

- De toute façon je me fiche de ce que tu penses, finit-elle par dire, contrairement à ce qu'elle montrait.

Elle disparut de nouveau dans la cuisine, ignorant les autres adolescents qui riaient de la situation. Sabo continua de fixer l'endroit où elle se trouvait quelques secondes plus tôt, un peu perturbé mais aussi très ravi de voir enfin des émotions humaines chez Kuina. Il l'énervait autant qu'elle l'avait énervé pendant toutes ces années. Il fut tiré hors de ses pensées lorsqu'il sentit quelqu'un lui asséner un coup de pied dans le mollet pour attirer son attention.

- Va laver tes gros pieds qu'on te vernisse les ongles, lui dit Koala.

- Personne ne touche à mes pieds, répéta-t-il, se souvenant tout à coup de quoi ils parlaient.

- Bien sûr que si, c'est la règle. Même Zoro a accepté.

Il l'avait remarqué. D'ailleurs, il trouvait la vision de Zoro grimaçant tandis que Nami s'appliquait à lui mettre du vernis vert pâle sur les ongles particulièrement amusante, mais il avait trop peur du garçon pour rire. Il était plus jeune que lui, un peu plus petit aussi, mais son regard le mettait extrêmement mal à l'aise. Il avait l'impression qu'il serait capable de le tuer à mains nues sans sourciller s'il osait esquisser un sourire. Si elles étaient arrivées à le faire craquer lui, il savait très bien qu'il ne tiendrait pas longtemps non plus.

- D'accord, finit-il par soupirer. Mais je veux une couleur discrète.

Koala se leva soudainement dans un bond, un grand sourire aux lèvres, avant de lui montrer le chemin vers la salle de bain. Au même moment, Kuina sortit de la cuisine en portant des bols dans lesquels se trouvaient des biscuits apéritifs et lorsqu'elle croisa son regard, elle tourna la tête, l'ignorant complètement. Pour une fois, Sabo n'avait pas l'impression qu'elle le méprisait.

- C'est ici.

Koala ouvrit la porte et le laissa entrer. Elle referma derrière lui et Sabo enleva ses chaussures, ses chaussettes, remonta un peu son pantalon pour ne pas le mouiller et se lava rapidement les pieds sans essayer de mettre de l'eau sur ses vêtements. Il trouvait la situation un peu ridicule, mais surtout très amusante. Il était en train de se préparer à ce qu'une fille lui vernisse les ongles, chez Kuina, la personne de qui il se plaignait à peine une heure plus tôt. Sa vie était vraiment imprévisible.

Une fois qu'il eut terminé, il eut juste le temps de se rendre compte qu'il n'avait pas de serviette pour s'essuyer que la porte s'ouvrit. Kuina passa la tête dans l'ouverture et lui lança une serviette au visage sans un mot avant de refermer aussitôt.

- Tu ne veux pas m'essuyer les pieds ? demanda Sabo, ne sachant pas si elle était déjà repartie ou non.

- Non ! cria-t-elle.

Il imagina qu'elle avait la même tête que tout à l'heure : gênée, agacée qu'on se moque d'elle, mais pas suffisamment vexée pour être réellement énervée par la situation. Il la taquinait, elle réagissait normalement, presque comme s'ils étaient amis. Peut-être qu'après des années à partager le quotidien de quelqu'un, qu'on le veuille ou non, on considérait un peu cette personne comme une amie, même si peu de choses les liait.

Il retourna au salon quelques minutes plus tard et vit que les trois garçons et Nojiko s'étaient lancés dans une partie de Mario Kart tandis que les trois autres filles alignaient soigneusement des vernis à ongles sur la table basse bien que sur celle-ci se trouvait déjà de nombreux biscuits apéritifs et des bouteilles de jus et de soda. En le voyant revenir, Nami fit un geste vers un fauteuil vide.

- Installe-toi, lui dit-elle. Et choisis une couleur.

Sabo s'exécuta et un sentiment de gêne de plus en plus présent commença à s'installer en lui. Il s'était laissé faire jusque là, mais il espérait juste qu'elles lui enlèveraient le vernis d'ici la fin de la soirée. Il regarda les différentes couleurs sur la table basse, un peu horrifié en se rendant compte qu'il n'y avait rien de discret là-dedans.

- Il n'y a rien de moins...

Son regard fut attiré par un vernis jaune qui, il en était certain, pouvait être visible même dans le noir.

- ... vif ?

- Vous devriez lui mettre du rouge, comme moi ! proposa Luffy.

L'idée d'être assorti à Luffy était plutôt tentante, mais il se voyait mal se balader avec une couleur aussi criarde que celle qu'il pouvait voir sur les ongles du plus jeune.

- Pourquoi pas du bleu ? suggéra Kuina à son tour.

- Tu dis juste ça parce que c'est ta couleur préférée, l'interrompit Koala.

- Le bleu va à tout le monde.

Nami fouilla dans une boîte où se trouvait encore plus de vernis (comment quelqu'un pouvait avoir autant de vernis à ongles ?) et en sortit un qui se rapprochait de la couleur de peau de Sabo et qui, sur ses ongles, passerait totalement inaperçu.

- Cette couleur, ça te va ?

Koala ouvrit la bouche pour refuser, espérant probablement lui faire un ongle de chaque couleur dans l'espoir qu'il ressemble à un clown, mais il s'empressa d'acquiescer. Nami ouvrit le pot, mais au lieu de commencer à l'appliquer sur ses ongles, elle se tourna vers Kuina.

- Tu veux le faire.

Elle piqua un fard et grimaça.

- Pourquoi moi ? Je ne vais pas toucher ses pieds !

Ils recommençaient à taquiner Kuina pour qu'elle s'énerve et Sabo aimait beaucoup trop ça pour ne pas participer. Il prit un air vexé et un peu triste, comme si sa remarque l'avait blessé.

- Ils sont si affreux que ça ? 

- Non, ce n'est pas ce que je voulais dire, s'empressa-t-elle de dire pour le rassurer.

- Je savais que tu aimais les pieds, déclara Koala.

- Non ! Arrêtez avec ça ! 

- Je savais que tu me détestais.

Excédée, elle prit le vernis des mains de Nami et s'approcha de Sabo. Tous savaient que c'était pour les faire taire qu'elle le faisait, mais la voir dans tous ses états était particulièrement satisfaisant.

- Je vais le faire, pesta-t-elle. Alors arrêtez de me parler de pieds. C'est vous qui êtes obsédés.

Elle attrapa une de ses chevilles pour avancer son pied vers elle et appliqua le vernis à ongles avec une rapidité et une efficacité plutôt impressionnante. En moins de cinq minutes elle avait fait ses deux pieds et les reposait par terre délicatement, s'assurant que ses ongles n'entraient en contact avec rien. Elle leva par la suite la tête pour le regarder.

- Ça te va ?

Évidemment que ça ne lui allait pas, il était à une soirée entre filles et la personne qu'il pensait détester le plus au monde venait de lui mettre du vernis aux pieds comme si c'était une activité qu'ils faisaient depuis toujours. Pourtant, il découvrait qu'il ne détestait pas ça autant qu'il l'avait pensé et c'était ce qui le dérangeait le plus.

- Je veux jouer à Mario Kart, préféra-t-il répondre à la place.

Il tourna la tête vers la télévision pour voir si les quatre autres joueurs avaient terminé et en voyant le classement, il se douta que même s'il les laissait jouer un peu plus longtemps cela ne changerait rien. Nojiko était en tête, loin devant le reste des joueurs, Ace était vers le milieu, oscillant entre une course où il terminait sur le podium et une où il terminait dixième, et Zoro et Luffy étaient loin derrière les autres avec Zoro complètement perdu sur les circuits et Luffy qui s'était de toute façon lassé du jeu. Comme s'il sentait qu'on le regardait, Zoro tourna la tête vers lui et, en croisant son regard, son visage s'assombrit.

- Les directions sont mal indiquées.

Zoro avait beau être terrifiant, il était aussi complètement stupide.

Les quatre joueurs cédèrent leurs manettes à Sabo, Kuina, Koala et Nami qui s'installèrent sur le canapé, se serrant tant bien que mal pour tous tenir dessus et jouer.

Cinq minutes plus tard, lorsque Sabo passa de la première position à la septième à cause d'une carapace bleue qui lui était tombée dessus juste avant qu'il passe la ligne d'arrivée, il jeta sa manette sur les jambes de Luffy en se retenant de hurler.

- De toute façon ce jeu est nul, au bout de trois courses on s'ennuie.

- Tu n'as tenu qu'une seule course, remarqua Ace.

- Toi, la ferme, siffla-t-il en le pointant du doigt. Les jeux vidéos, ça réduit le cerveau en bouillie. C'est mieux de faire un jeu de société.

Kuina apporta un Monopoly et une heure plus tard, quand il tomba sur un hôtel et perdit tout son argent et toutes ses propriétés, il donna un soudain coup de jambe dans la table pour que tout ce qui était posé sur le plateau de jeu tombe et que personne ne puisse continuer à jouer.

- De toute façon c'est un jeu capitaliste de merde.

- Est-ce qu'il a toujours été un aussi mauvais joueurs ? entendit-il Kuina chuchoter à Ace.

- Je ne suis pas mauvais joueur ! C'est juste que vous trichez tous ! s'exclama-t-il en les pointant du doigt.

- Le pire de tous, répondit Ace en l'ignorant complètement.

Sabo serra la mâchoire, se retenant d'attraper un oreiller du canapé pour l'étouffer dedans, essayant de se rappeler qu'en temps normal, quand Ace n'était pas en train de monter tout son entourage contre lui en trichant au pire jeu de société du monde, il l'appréciait. Il avait du mal à ne pas se jeter sur lui, mais il se retiendrait parce qu'il savait que c'était exactement ce qu'il attendait pour pouvoir prouver qu'il avait raison. Hors, il avait tort. Sabo n'était pas mauvais joueur. Il acceptait de perdre quand les autres ne trichaient pas. Le problème, c'était qu'ils trichaient tout le temps.

- Pourquoi est-ce qu'on ne regarderait pas un film ? proposa Koala pour calmer un peu la tension.

- Titanic !

Luffy se tourna vers Nami en gémissant.

- Tout le monde connaît la fin, quel intérêt ?

- Peu importe le film qu'on regardera, tu te seras endormi bien avant la fin, répondit-elle sèchement.

- Je n'ai jamais vu le film en entier, intervint Kuina.

- Alors c'est décidé, on regarde Titanic ! Il faut vraiment que tu le voies, il est magnifique.

Nojiko et Koala reprirent leur place sur le fauteuil, Nami s'installa sur le canapé à côté d'Ace, Sabo s'assit à côté de ce dernier et laissa une place vide à côté de lui pour une personne de plus. Zoro et Luffy se mirent, d'un commun accord, par terre et Kuina lança le film avant de prendre place à côté de Sabo, ne remarquant pas (ou ignorant) la façon dont ce dernier se figea, surprit de la voir volontairement s'installer proche de lui. Elle attrapa un plaid qu'elle installa sur ses jambes et sur celles de Sabo et bougea un peu jusqu'à ce qu'elle trouve une position confortable, légèrement tournée vers Sabo et bien trop proche de lui à son goût.

Le film venait à peine de commencer qu'elle se pencha un peu plus vers lui, lui donnant un coup de coude discret pour attirer son attention.

- C'était sympa, souffla-t-elle si bas qu'il crut un instant qu'il l'avait mal entendue. Tu devrais venir aussi la prochaine fois.

En temps normal, Sabo aurait refusé. Il était toujours persuadé qu'ils n'étaient pas assez proches pour se considérer comme des amis, mais il mentirait s'il disait qu'il n'avait pas apprécié cette soirée. Il avait ri, il avait passé un bon moment et surtout il avait découvert que Kuina était plus intéressante que ce qu'il pensait. Probablement plus gentille aussi. Alors, il acquiesça.

- Oui, répondit-il simplement.

Il fut récompensé par un sourire si sincère que son cœur rata un battement. Il avait déjà vu Kuina sourire, bien sûr, mais jamais à lui. Son sourire était toujours réservé pour d'autres personnes et quand elle le voyait, toute joie disparaissait aussitôt de son visage. Aujourd'hui, pour la première fois, ce sourire était pour lui. C'était lui qui l'avait fait sourire et c'était sa présence qui la rendait heureuse.

Il ne savait pas si Kuina et lui étaient amis ou pas, mais il ne pouvait plus la considérer comme quelqu'un qu'il détestait.

Pas alors qu'il se promettait de la faire sourire plus souvent, juste pour sentir son cœur s'emballer de nouveau.

Notes:

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