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Archive Warning:
Fandom:
Additional Tags:
Language:
Français
Series:
Part 1 of Dans la Faille
Stats:
Published:
2024-05-07
Words:
2,969
Chapters:
1/1
Kudos:
3
Hits:
17

Journal d'un Nécromancien

Summary:

Première entrée des textes trouvés dans la faille. C'est une sorte de lettre d'une personne semblant l'avoir envoyée sciemment et écrite dans ce but.

Notes:

"Dans la Faille" est un projet personnel, que j'aimerais à terme devenir un travail collaboratif, dans lequel je partage des découvertes d'un monde de fantaisie que l'auteur découvre de façon épistolaire. C'est le premier texte de cette série qui pourra être très courte comme elle pourrait s'étendre sur des années.
Dans la diégèse, l'auteur ne fait que retranscrire des textes trouvés à côté d'une faille dans la réalité, un simple trou de verre qui emmène sur un autre plan.

 

Pour me contacter: @HFDopamine sur twitter

Work Text:





Dans un monde où la magie est réelle, les divinités sont un fait prouvable et d’autres dimensions peuvent être observées, il est difficile de penser qu’une forme d’harmonie puisse naître. 
A juste titre d’ailleurs, car ce n’est qu’au prix de guerres et de massacres qu’un certain équilibre existe. Un équilibre certes d’apparence fragile, reposant plus sur des accords commerciaux que sur de la camaraderie entre les peuples, mais qui a su, au fil des générations, trouver sa structure et perdurer de façon presque intacte. Bien que tous venant du même monde, issus des mêmes dieux, certains suivants parfois les mêmes principes ancestraux que d’autres, les différences existent jusque dans leur physique. Autant de races pour autant de particularités. Mais la plus notable, ce que l’on considère comme étant le don des dieux à leurs créations les plus abouties, c’est l’icture, un organe interne –proche des poumons- étant comme un second cœur. Il permet à ces êtres de se servir de la mana naturelle. Et toute cette mana, qui est présente partout dans ce monde, qui est même presque plus abondante que l’eau, viendrait des dieux. Enfin, presque. Pour les plus grands mages, prêtres et savants, ce monde, ou plutôt ces mondes, sont particuliers de par leur création que je vais résumer au possible.


Originalement, il n’existait qu’un être dans un vide qui, petit à petit se découvrit une conscience. Dans son vide, dans sa solitude, il grandit encore et encore et, pour tuer son ennui, se sépara de parts de lui –son corps ou son esprit- pour créer des êtres : c’est là l’origine des dieux. Dans ce vide, le temps était imperceptible mais, de ce que l’on sait, sa solitude peut être estimée à quelques siècles, ce qui semble suffisant pour perdre la raison. Inquiets pour celui qui sera nommé l’Être, ses créations, donc les divinités, firent le choix unanime de rester à ses côtés. L’Être, dans un élan de refus de cette sollicitude, les repoussa encore et encore, créa de multiples plans vides parallèles à l’original pour les fuir. Mais, finalement, comprenant enfin l’affection de ses créatures, acceptant l’état dans lequel il était, il réussit à stabiliser son état mental et à accepter cette compagnie. Pour célébrer cela, ou peut-être dans un simple but thérapeutique, l’Être et certaines divinités choisirent de créer. Tous ces vides, symboles de l’isolement et de la folie de l’Être, furent alors comblés. Pour commencer, les mondes étaient limités à quelques îles, puis quelques continents puis ils furent de plus en plus grands, jusqu’à abriter plusieurs planètes. Au gré de son humeur, l’Être créait ou modifiait des mondes. Il se prit de passion pour ceux-ci et, au fil de son travail, de ses modifications perpétuelles, ses mondes s’emplissaient de son énergie. De l’énergie pure, celle de l’Être, que l’on appellera sur-mana à l’avenir, plus puissante que tout. Tout ce qui manquait à ses mondes était la Vie. Sachant que la sur-mana était toute puissante et précieuse, certains dieux réussirent eux aussi à créer un nouveau vide : ce plan-là leur servira de “stock” de sur-mana. Car en effet, les divinités n’étaient pas crédules : en réalité, l’Être préparait sa mort. Donner vie aux divinités lui avait demandé des sacrifices et autant physiquement que mentalement, il ne semblait plus rester grand-chose de lui. Peupler ces dizaines de plans, on en a évalué entre 45 et 55, lui demanderait forcément de sacrifier tout ce qui lui restait. Et ce jour fatidique arriva. 
 

Après avoir préparé le dernier des mondes, l’Être convoqua chacune des divinités pour leur annoncer, sans aucune surprise, sa mort à venir. Là où certaines pourraient voir l’accomplissement de sa folie et de sa solitude, d’autres préfèrent penser que, après la création de tout cela, l’Être se sentait enfin comblé, qu’il était simplement prêt à abandonner sa conscience pour que d’autres en profitent. C’est là une belle pensée et la marque d’un rétablissement total de sa tristesse. L’Être, loin de ne pas savoir tout ce que ses créations faisaient, se replia dans le dernier vide, surabondant de sur-mana, et, comme un être comme vous et moi, rendit son dernier souffle. Paisiblement, comme s’il s’endormit. De l’énergie que sa vie dégagea en quittant son corps, la flore et la faune de chaque monde se créa. Et les divinités admirèrent tout cela, elles devinrent les tout-puissants de ces plans. Bien sûr, cela créera des conflits entre elles à l’avenir, mais ce n’est pas le sujet. Pour guider et rectifier ces nouveau-nés, les divinités allaient et venaient sur les différents plans, allant parfois sur le plan vide pour se charger en sur-mana afin d’accomplir leurs miracles. Mais au bout de quelques années, elles découvrirent une chose horrible : chacun de ces miracles, comme la création d’une mer, d’une montagne ou même la création d’une nouvelle espèce, consommait de la sur-mana, mais relâchait alors une grande quantité de mana. Ici, la mana était alors vue comme une anomalie, une pollution toxique et elle altérait de manière imprévisible les être et la nature. Ils étaient incompatibles avec cette énergie, elle les corrompait jusque dans leurs gênes les plus profondes. L’Être avait omis cela, sa mort avait été vaine. Tout était à refaire, ses créations semblaient condamnées. 
Et c’est là qu’une divinité, qui sera célébré en tant que déité de la magie, eut l’idée qui sauva tout. Alors que les dieux allaient devoir se résoudre à être de simples observateurs de la fin du vivant, elle eut l’idée de l’icture. Pour moi et tous mes contemporains, cet organe est une évidence comme un estomac ou des poumons, mais peut-être que cela ne l’est pas pour vous, je vais donc expliquer. L’icture est un peu un second cœur qui, comme les poumons transforment l’oxygène, s’imbiberait de mana, la convertirait en une énergie non létale et la relâcherait. Ce qui serait donc salvateur. Cependant, pour inclure un icture sur toutes les faunes de tous les plans, il n’y avait qu’un moyen : un sacrifice. 
Et c'est là que fut commis un acte atroce, selon certains tout du moins. Alors que les divinités débattaient encore, l'une d’elles, nous ne savons pas vraiment qui, retrouva le corps de l'Être dans le vide et sacrifia son cœur. Le cœur de son créateur, du Créateur de tout. Est-ce que les vies de tous ces êtres valent de ne pas laisser ce corps plus sacré que tout reposer ? Aujourd'hui encore, la question se pose pour certains. Pour moi, comme beaucoup, l'Être l'aurait souhaité. Et ainsi, la vie des plans fut sauvée. C'est d'ailleurs que bien plus tard que les différentes races commencèrent à utiliser la magie. Tous les êtres reçurent donc un icture. Nommé ainsi par le fait qu'il soit blanc-jaune chez tous les êtres qui, selon toutes les études seraient proportionnelles à la taille du cœur.


Voilà tout ce que je sais sur la création de l'univers et de l'origine de cet organe si particulier. Cependant, comme dit plus haut, la magie et les sorts ne sont pas apparus immédiatement. De plus, j'ai un peu menti sur la taille des ictures. En fait, dans ces mondes où la mana fut introduite et où la vie était en danger, le choix fut fait de leur donner un icture particulier. Celui-ci remplaça le cœur même de ces êtres, en plus de l’icture de base. De par les corruptions, donc transformations subies, et ce cœur particulier, tous ces êtres devinrent particuliers et distincts : des élémentaires, des démons, des êtres de lumière, des esprits de la nature, ... Difficile de dénombrer tout ce que cet “accident” a créé. Des êtres d’ailleurs dont la magie est aujourd’hui très puissante. Pour ce qui est de la magie, il est temps d’en parler. Il faut déjà différencier les magies et pour cela, revenons 300 ans en arrière. Pour mon plan en tous cas. 
Les différentes races sont en paix, autant que possible. De grandes guerres ont déjà bouleversé le monde, mais rien d’important depuis quelques décennies. Et c’est là qu'une divinité est arrivée. Elles venaient de temps en temps, réveillant la foi des croyants et hommes de culte, pour apporter des solutions à de grands problèmes ou venir en aide à des peuples dans le besoin. Mais cette fois, elle apporta un nouveau savoir. La période de paix commençait à s’étendre et avait donné aux divinités la confiance dans les êtres de ce plan. Bien-sûr, de la magie à l’état sauvage existait déjà : certains animaux crachaient des flammes ou savaient flotter dans les airs sans proprement savoir voler, mais ce n’était que certaines espèces, pas un savoir que l’on pouvait apprendre et pratiquer. Dans ce cas présent, on nous dicta un savoir à toutes les races qui sera retransmit par écrit et partagé dans les temples. C’est Keshta, divinité de la magie, qui donnera aux civilisations de l’époque l’apprentissage de l'utilisation de l’icture à des fins de lancer une multitude de différents sorts. Des sorts offensifs, défensifs, utilitaires ou même de création, il y a là un panel plutôt large. Et bien que d’autres dieux viendront parfois en ajouter, ils resteront inchangés. C’est là la magie sacrée, qui nous fut enseignée par les dieux. C’est comme cela que l’utilisation de l’icture et des sorts sacrés est aujourd’hui transmise et conservée dans tous les peuples, toutes les langues et considérée comme un savoir pur. Un savoir que les prêtres se doivent d’apprendre et célébrer, mais surtout rendre accessible au plus grand nombre. C’était là la volonté de Keshta. 
 

Cette magie fut étonnamment peu utilisée lors des guerres suivantes. Après tout, l’ennemi connaissait et maîtrisait les mêmes sorts. Et, ce qui est honorable, c’est que les sorts sacrés étaient plutôt utilisés pour des soins, des aides au quotidien ou pour protéger des civils. C’était là un vrai don qui aura permis de protéger et simplifier la vie de nombre de personnes. Mais l’évident se produisit. Comme toutes les technologies et avancées qui se répandent, les plus savants et doués dans ce domaine allèrent plus loin. Des nouveaux sorts et de nouvelles magies virent le jour. Si jusque là seule la magie sacrée existait, c’est là la magie qui fut inventée. La magie sacrée sera simplement appelée le sacré à partir de cette date pour la distinguer de la magie commune, ces sorts créés par les mortels. 
 

Bien-sûr, les adeptes du sacré condamnent la magie commune, qualifiée d’impure et ne rendant les conflits que plus mortels. Et c’est vrai. Mais le sacré est en fait limité et bien que son panel soit large, il n’effleure que la surface de ce que la magie pourrait offrir. Qui a raison ? Les prêtres butés qui refusent l’avancée pour rester sur des sorts purs ayant prouvé leurs bénéfices ou les mages curieux qui explorent ce que ce pouvoir réserve comme mystères et possibilités pour le meilleur mais souvent le pire ? Les divinités voulaient une sécurité innocente ou un nouvel âge pour les mortels que nous sommes ? Impossible de savoir, mais jusque là les deux subsistent côte-à-côte. 

 Malheureusement, ce débat infini est une des nombreuses sources de conflits qui viennent régulièrement perturber l’équilibre fragile dans lequel nous vivons. C’est bien triste, et c’est franchement un peu idiot sur les bords, mais après tout, l’histoire nous a montré que de tous temps, toutes les guerres et toutes les races baignent dans une idiotie à la fois captivante et édifiante.  
A titre personnel, je n’aime pas les guerres. Je sais, c’est convenu comme point de vue, mais je n’ai jamais déclaré que j’étais si spécial. Cependant, si je déteste les conflits de ce genre, c’est pour leur manque de franchise. Les guerres sont toujours issues de petites histoires venant de rois ou autres, sont continuellement asticotées de petits arrangements faits dans le secret et finissent de manière décevante. C’est d’un ennui mortel, pour être honnête. J’ai toujours préféré les simples batailles aux grandes guerres. Les histoires multiples d’une bataille sont plus captivantes et de taille humaine, il y a un début et une fin et surtout, c’est généralement loin de toute magouille. Et ce, même s’il y a des morts.  

Loin de me débecter, j’ai une relation particulière avec la mort. Enfin, qui n’en a pas ? Mais cette fois, je le dis : dans mon cas, c’est plutôt spécial. En effet, autrefois, j’étais un nécromancien, ce qui veut dire que je pratiquais une magie qui permet de manipuler l’âme d’un mort. J’étais même plutôt doué en la matière ! En tous cas dans mon cercle de connaissances pratiquant cette magie, j’étais de loin le meilleur. Je sais comment cela peut sonner, cette magie a l’air impure et terrible, mais elle est plutôt tolérée chez les mages et n’a rien d’une magie interdite. En vérité, la création de cette magie découle même d’un sort sacré qui permettait de créer le fantôme d’un mort. Mais ce sort ne sert en réalité pas qu’à cela. Pour les prêtres, enfin ce qu’ils font de ce sort, il est utile pour honorer certains morts tels que des rois et peut être utile à un enterrement si le corps n’est pas montrable.  
De ce sort tout bête est née la nécromancie. Pour être précis, ou pour révéler un secret que l’on ne tait pas tellement, la nécromancie ni même ce sort sacré ne jouent avec l’âme d’un mort. En fait, on n’a aucune idée de ce que devient l’âme d’un mort. Sans doute est-elle récupérée par un dieu pour donner vie à un autre être vivant ? Enfin bref, ces sorts, disais-je, utilisent le souvenir lié au corps, ou un morceau du corps du défunt. Ainsi, si le mort savait sauter deux mètres, le corps créé par la magie du nécromancien ferait de même. Dans la même idée, le nécromancien peut interroger le mort sur ce qu’il savait de son vivant. C’est plus une magie de mémoire que de mort en fait, d’où le fait que le Conseil l’a acceptée et rendue légale malgré la méfiance de ceux qui ne connaissent pas la magie.  
Mais bien entendu, cette magie est la cible des prêtres qui terrorisent les populations en prétendant que c’est de la magie maudite damnant les morts. Bien sûr qu’une partie des nécromanciens est mal intentionnée, mais c’est une minorité très discrète et il y a des groupuscules malintentionnés partout. Pour moi, si l’on devait faire des généralités, ce sont les sorciers pratiquants la magie sauvage dont on doit se méfier. Bien que les sorts magiques soient source de nombreux accidents, ils sont raisonnables car pour ceux qui les pratiquent, c’est plutôt une science expérimentale et donc bénéficie des précautions qui vont avec.  
La magie sauvage, elle, ne vient pas du sacré du tout mais des forces de la nature. La nuance est fine, mais une explosion d’un mage peut détruire jusqu’à une grande maison ; pour un sorcier cela peut dépasser un village. Même les shamans utilisateurs d’une magie cousine car basée sur la nature aussi, ne les fréquentent que peu. Pour moi, ce sont une bande d’irresponsables inconscients, mais les sorciers mercenaires peuvent être diablement efficaces pour certaines missions.  
La magie est donc pleine de différentes utilisations : prêtres, mages, sorciers, shamans, druides, élémentaires, sans même parler des constructeurs qui allient magie et technologie, le panel est si large que je peine à imaginer un plan sans magie.  

Même le passé semble si lointain, une vraie époque antique. Si j’étais nu avant l’utilisation de la magie, qui sait ce que j’aurais fais de ma vie ? C’est en écrivant ces mots que je réalise les rares fois où je me le suis demandé, je n’ai jamais su. Quoique, j’avouer aimer gérer des troupes, peut-être capitaine d’armée ? Non, je n’ai pas vraiment la fibre patriotique, chef d’une troupe de mercenaires m’irait mieux. Cela n’irait pas vraiment avec mes ambitions, mais en apprenant à user de mes cartes, je pourrais devenir un seigneur. Bien-sûr, c’est purement hypothétique : tout souverain que j’aurais pu être ne vaudrait pas ma magie actuelle. 
 

Enfin bref, me voilà à nouveau à divaguer sur ma longue vie lorsque j’essaye de raconter l’histoire de mon plan. On ne se refait pas, il faut croire, tout le monde à ses travers. Je ne sais même pas qui lira ces lignes, dans quel contexte ou à quelle époque. Je ne sais même pas s’il pourra être compris. Mais j’ai récemment trouvé cette faille, un trou de verre entre mon plan et un autre. Ce n’est pas impossible d’aller d’un plan à l’autre, mais cela demande généralement une grande incantation ou une intervention divine, je ne crois pas avoir déjà entendu parler d’un simple trou dans la réalité, juste là, entre deux arbres. Mes tests m’ont montré que la matière peut traverser ce trou et en revenir, mais j’ai bien peur que le poulet qui a traversé le trou n’ait pas survécu. Je suis donc obligé de simplement écrire et parler de mon monde, en espérant tomber sur un lecteur qui saura me lire. Si ça se trouve, le trou mène à mon propre plan, si ça se trouve il va a une autre époque. Il va peut-être à un plan vide. Je n’ai pas de manière de le savoir à part espérer recevoir une lettre similaire à la mienne d’un autochtone me parlant à son tour de son monde et, avec cet hypothétique correspondant, chercher à savoir le point commun entre nos mondes et nos époques pour que cette faille nous lie. 
 

A toi qui liras ces mots, je me nomme Gascon Wavelocke, je vis au nord du pays d’El Brujeria en ermite en l’an 28 de l’ère Powels. Je continuerai d’envoyer toutes sortes de textes que je trouverai afin de montrer dans quelle sorte de société je vis. Je ne sais pas si j’aurai une réponse un jour, mais je suis confiant d’être le premier à avoir trouvé cette faille, je me dois de représenter mon plan et mon époque sous toutes ses coutures. 
 
                                                                                                                                                                          Gascon Wavelocke 

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