Work Text:
17 ans. Izuku allait enfin avoir 17 ans. Avant, c'était un âge qu'il rêvait d'avoir comme à peu près tout les gens de son âge. Mais à présent, il ne savait pas vraiment ce que voulait dire "avoir 17 ans".
Pour lui, ça ne voulait dire qu'il ne lui restait qu'une seule année avant de devenir un adulte, d'avoir des responsabilités et tout ce qu'il allait avec.
Cette année, alors qu'il venait de réussir ses examens. Ses parents l'avaient emmené chez sa tante, au bord de la mer. Il allait fêter son anniversaire en même temps que la fête du village où il séjournait. Selon leur dire, il y allait avoir des feux d'artifices, des stands et une parade.
Mais Izuku n'avait pas hâte. Parce que contrairement à ce que pensait ses parents, il détestait la foule autant qu'il détestait les gens. Tout comme il détestait le bruit fort et les fêtes. Pour faire court, c'était un horrible cauchemar.
Sa mère avait hâte, et son père semblait avoir été traîné jusqu'ici. Il faut dire que l'ambiance familiale n'était pas vraiment présente. Ses parents devaient divorcer il y a plusieurs mois, si ce n'était pas des années de cela, mais il n'en était rien.
C'était toujours la même chanson ; ils ne pouvaient pas se voir, se parler sans se hurler dessus, se croiser sans se reprocher des tonnes de choses, ou alors même dormir ensemble.
Pour le vert, c'était un calvaire à la maison autant qu'à l'école. Parce que oui, malgré qu'il ait fini ses examens de cette année, dans quelques mois il allait devoir remettre les pieds dans son pire cauchemar.
– Izuku, descends ta valise.
Son père le sortit de ses rêveries avec son ton autoritaire, presque flippant. Mais son fils avait l'habitude, alors il fit ce qui lui demandait. Il prit sa valise et la retira du coffre afin d'aller la mettre dans la chambre qu'il occupera pendant plusieurs semaines.
Sa tante n'était pas encore là, mais sa mère connaissait bien la maison. Il s'allongea sur le lit qui sentait agréablement bon en soufflant de désespoir.
Rapidement, il sortit ses affaires de sa valise et les rangea dans la grande penderie. Le seul point positif que le bouclé pouvait retenir, était que sa chambre lui plaisait. Elle était grande, avec une penderie et une grande baie vitrée qui donnait sur un minuscule balcon, et il restait quelques posters ici et là accrochés au mur.
Un était à l'effigie de Spider-man, tandis que d'autres étaient à l'image d'All Might, un héros de comic très connu.
De nouveau, il s'allongea dans le lit et ferma les yeux avant de les rouvrir brusquement quand il entendit une voix s'élever. C'était sa tante, et son mari.
D'un pas lourd et lent, il descendit les escaliers avant que son père ne lui hurle de le faire. Il vit sa tante qui semblait avoir prit une dizaine d'année dans la tête, tout comme son mari. Izuku cru ne pas les reconnaître pendant quelques secondes, ça faisait des années qu'il ne les avait pas vu. Mais pourtant, c'était bien eux.
– Izuku mon Dieu, tu as tellement grandit !
– Bonjour tata.
Contre son gré, sa tante lui fit un énorme câlin en compressant fortement sa cage thoracique. Franchement, il préférait se noyer que de faire des câlins aux gens, surtout à sa famille.
*
Sa famille avait eu la merveilleuse idée de passer la journée à la mer, c'est-à-dire juste à quelques pas de la maison. Si au début cela semblait être une bonne idée pour tout le monde, ça ne l'était pas pour Izuku.
Il n'aimait pas la mer. Enfin, il n'aimait pas les gens qui s'éparpillaient partout et qui semblait se dédoubler tel des clones par milliers. Ça lui donnait sérieusement la nausées, il voulait juste partir et rester dans un coin tranquille.
– Je vais faire un tour maman.
– Ne t'éloigne pas trop mon chéri ! Lui hurla Inko alors que son fils pressait déjà le pas pour s'éloigner le plus vite possible.
– Enlève moi ton foutu t-shirt Izuku !
Rectification, il détestait son père. Peut-être que c'était la chose qu'il haïssait le plus en fin de compte, il n'en savait trop rien.
Si la foule était une excuse pour ne pas aimer la mer, son corps l'était tout autant. Il ne voulait jamais montrer son corps, de ce fait il restait toujours en t-shirt avec un short assez large.
Comment pouvait-il se balader tranquillement en maillot de bain, le torse dénudé et les cuisses découvertes. Rien que d'y penser, il se sentait en colère contre lui-même. Il faisait déjà l'effort de se balader les bras nu, des bras dont tout le monde jetait des regards maladroits et trop curieux à son goût.
Alors qu'il s'éloignait de plus en plus, il découvrit une sorte de grotte au loin. Les alentours étaient complètement vide si ce n'était qu'un couple ou deux de vieilles personnes qui préféraient bronzer sans aucun vêtements.
Il s'aventura non loin de cette grotte. En fait ça ne l'était pas vraiment, c'était comme une roche immense dont l'intérieur avait été retiré. C'était comme une sorte de petit tunnel, il n'y avait personne et quelques flaques d'eau s'étaient créées.
Izuku ramassa un caillou qu'il mit dans sa poche après l'avoir admiré. Il avait des reflets rouge et bleu, c'était beau et le bouclé n'en avait jamais vu des comme ça. Il continua sa course jusqu'à finalement ressortir de ce tunnel naturel.
L'ouverture du passage donnait sur une magnifique crique. Elle était propre, brillante et il n'y avait absolument personne. Ca allait certainement être le nouvel endroit préféré d'Izuku pour le reste de ses vacances.
Dans un coin, il s'asseya et fixa les vagues qui viennent et repartent à quelques mètres de ses orteils. D'un geste furtif, il regarde aux alentours s'il n'y a personne, et lorsqu'il se sent plus en confiance il se lève.
Il avance pas après pas jusqu'à ce que ses pieds touchent l'eau froide de la mer. Puis après quelques secondes, il sent l'eau s'engouffrer jusqu'à ses chevilles. L'eau est froide, il sent son mouvement et il a l'impression que ses pieds s'enfoncent dans le sable à mesure que l'eau les dévorent.
Tendrement, il se sent bien. Plus apaisé et un sourire se dessine sur ses lèvres. Finalement, la mer n'est pas si horrible que ça.
Un instant plus tard, il longe la mer en restant les pieds dans l'eau, sans aller plus loin. Il s'aventure encore sur cette plage inconnue et déserte, chose qui lui semble très étrange. Une crique comme ça aurait pu être découverte par n'importe qui, pourtant personne n'est présent.
Peut-être que c'est un endroit interdit, mais il n'y avait aucune pancarte ni aucune indication. D'un seul coup, Izuku sentit son cœur battre rapidement dans sa poitrine, il s'imaginait à présent des dizaines de scénarios. La police va arriver et me sermonner, et ensuite je ne pourrais plus sortir de ma chambre. Ou alors quelqu'un va me balancer, peut-être une vidéo qui va tourner sur les réseaux, ou bien une photo que les autorités vont voir...
Brusquement, il tourne la tête de droite à gauche comme pour chasser ses pensées intrusives. Mais cela ne l'empêche pas de continuer à avoir peur, de continuer à se sentir oppressé et observé.
Il continue sa route quelques instants avant de relever la tête. Son cœur loupe un battement, du stress, de la peur ou bien de l'admiration ? Il n'en sait rien. Son corps est figé, et ses pensées ne semblent plus lui répondre. Il se sent nauséeux, comme si des vertiges le prenaient soudainement.
Car à quelques mètres à peine de lui, se dresse une créature. Quelque chose qu'il ne pourrait pas vraiment définir, ou alors simplement dire c'est une sirène. Sa queue aquatique est grande, avec un mélange de bleu, de rouge et de blanc, avec des écailles qui se reflètes. Ses oreilles semblent s'étendre comme le bas de son corps. Quant à son visage, il est plutôt calme et beau. Ses cheveux sont assez étrange, ou original, un côté blanc et des mèches rouges qu'il dicerne sans mal. Sans doute l'autre côté de ses cheveux est rouge. La seule pupille qu'il distingue est grise, un gris perle reflété par l'océan fixé. Son corps est comme taché d'écailles.
Izuku a peur. En tout cas, il pense avoir peur. Il n'est pas le genre de personne courageuse qui agirait normalement. Non il est plutôt le genre de garçon à toujours laisser tomber, toujours fuir et toujours tout rater. En tout cas, c'est comme ça que les gens de son école le définissent.
Le bouclé recule d'un pas, mais sous le coup de la peur il tombe à la renverse. Aussitôt, lorsqu'il relève la tête pour continuer à fixer les moindres mouvements de la créature, il la voit le fixer.
Et sa peur semble s'envoler avec la bourrasque de vent qui le frappe. A présent, il ne fixe plus la créature parce qu'il à peur, parce qu'il craint de se faire tuer ou de se faire attaquer. Mais il fixe la créature parce qu'il voit son visage en entier, et qu'il trouve l'homme en face de lui tout bonnement magnifique.
Son œil qui était caché il y a à peine quelques secondes, se dévoile sous une couleur aussi intense que l'océan. Une cicatrice rougeâtre le décore de la même couleur que ses cheveux, et sa peau...même si des écailles tâchent ses joues, son visage est beau, lisse et clair. Comme une poupée de porcelaine, une beauté tombée tout droit d'un conte pour enfants.
Désormais agrippé derrière un rocher, Izuku et l'homme se fixent, sans se décrocher une seule seconde.
Le bouclé sent son cœur battre à tout rompre, son corps est tremblant, si bien qu'il n'ose pas se relever par peur de tomber à nouveau. Il reste là, à moitié allongé sur le sable, seulement le haut du corps relevé par ses bras.
– Pourquoi tu me fixes ?
Izuku croit tomber de haut. Il croit tomber tout court, même s'il est déjà au sol. Ce truc parle en plus ?!
Il se hurle à lui-même de partir en courant mais son corps ne lui répond plus. Mais déjà, pourquoi cette créature lui dit ça ? C'est pourtant lui qui le fixe.
Techniquement on se fixe tous les deux, ce n'est pas vraiment moi qui le fixe. Il le fait tout autant que moi ! Il pouvait pas dire autre chose ? Ou alors partir, et me laisser sur le sable !
Sans s'en rendre compte, des paroles glissent entre ses lèvres.
– C'est toi qui me fixe.
Il n'a pas parlé fort, mais il a parlé quand même. Aussitôt qu'il se rend compte de ses paroles, il plaque sa main sur sa bouche, la respiration hiératique et ses yeux grand ouverts.
Je lui ai répondu, j'ai parlé à un inconnu. Ses pensées hurlent et s'emmêlent dans sa tête alors que la créature continue de le fixer intensément.
– Non. C'est toi qui me fixe.
Izuku se dit qu'à cet instant il rêve, tout simplement. Que dans quelques minutes il se réveillera dans son lit, et que rien de tout ça n'a existé. Pourtant, quand il se pince la cuisse et sûrement une cicatrice par la même occasion, il sent la douleur se propager dans son corps tout en restant sur le sable, sous le soleil.
– T'es quoi toi au juste ?!
Le vert ne voulait pas que son ton soit aussi méchant et menaçant. Quoique, il ne ferait même pas peur à une mouche.
– Ça se voit non ? T'es aveugle peut-être ?
Ok, je le déteste.
Izuku voulait pleurer, il ne savait pas vraiment pourquoi. Peut-être parce qu'il avait peur, c'était un inconnu, une créature non identifiée, il lui parlait sur un ton qui ressemblait fortement à celui de son harceleur, et il était seul. Il sentait les larmes lui monter au yeux, lui brûler l'intérieur du corps et sa gorge se nouer douloureusement.
Le visage en colère du bicolore se détendit lorsqu'il vit le bouclé au bord des larmes, le visage crispé. Il ne voulait pas du tout le faire pleurer, il était juste méfiant d'un humain. Pourtant, l'adolescant n'avait rien de terrifiant, son visage était mignon, ses cheveux avaient l'air doux et leurs couleurs tout aussi originales. Son visage d'ange était tacheté comme des étoiles dans le ciel à la tombée de la nuit.
Il n'avait rien de spécial, il avait l'air assez simple. Mais pourtant, le bicolore le trouvait ravissant. Ce qui était très étrange venant de sa part, il ne parlait jamais à personne, et encore moins aux humains.
– Je...je ne voulais pas te faire pleurer.
Comme si c'était la phrase de trop, Izuku se mit à pleurer à chaudes larmes. Toute la pression et l'angoisse redescendaient d'un coup, comme une claque en plein visage.
La créature s'approcha de lui, toujours le corps à moitié dans l'eau après avoir contourné le grand rocher derrière lequel il se cachait. D'un geste peureux et maladroit, un seul de leurs doigts se frôlèrent. Il aurait pu dire que c'était simplement la sensation de l'eau sur sa main, mais Izuku venait de happer son doigt en s'accrochant fermement à celui-ci.
Confiant, le bicolore releva l'adolscent de façon à ce qu'il soit réellement assis. Ce dernier pleurait encore, il ne pouvait pas s'arrêter.
– Je...
La créature ne savait pas quoi dire. Comme faire pour qu'il arrête de pleurer. Il réfléchit quelques secondes, en soit les humains et les hybride étaient pareil, les sentiments étaient les mêmes en tout cas. Alors si sa mère lui caressait la main lorsqu'il pleurait étant enfant, il pourrait faire de même avec le garçon aux cheveux bouclés.
Tendrement, il passa son pouce au-dessus de la main légèrement bronzée et entama des caresses maladroites et timides. Il continua plusieurs longues minutes avant que Izuku ne se calme. Il essaya tant bien que mal son visage mouillé avant de regarder de nouveau la créature en face de lui, à quelques centimètres de son visage qui essayait tant bien que mal de le calmer.
– Je suis désolé, m-merci...
Un inconnu venait de le calmer. C'était comme un rêve éveillé, un homme qui possédait des caractéristiques totalement hors du commun. Mais pourtant, il avait été gentil avec lui.
– Tu te sens mieux ?
– Heu...oui..oui.
De nouveau, il se regardèrent un long moment avant que le bicolore ne lâche finalement sa main. Cette rupture de contact eut pour effet de réveiller Izuku, il sursauta et rangea sa main d'un geste sec.
– Tu t'appelles comment ?
Plus que surpris, le bouclé ne répondit pas de suite. Il était encore sous le choc de tout ça.
– Izuku...et-..et toi...?
– Shoto. C'est joli, Izuku.
Il ne savait pas si c'était la chaleur ou bien le compliment de cet homme, mais il sentait son visage s'empourprer et son corps chauffer.
– C'est joli aussi...Shoto...
Et pour la première fois depuis leur rencontre si étrange, Shoto lâcha un mini sourire. C'était à peine visible, mais c'est comme si son visage s'était joliment éclairé.
*
Allongé dans son lit, Izuku tournait en rond. Son sommeil semblait lui avoir échappé méchamment. Son cerveau réfléchissait encore trop, et il pensait même avoir mal à la tête. Cette journée repassait en boucle, encore et encore tel un disque rayé. Il ne savait plus où donner de la tête tant Shoto restait dans son esprit.
Sans vraiment savoir pourquoi, il voulait le revoir, lui parler et le connaître. C'était assez débile puisqu'il détestait les gens. Mais Shoto n'était pas comme eux.
Je m'emballe trop, il m'a juste donné un peu d'attention et il a été gentil. En plus il n'est même pas humain, alors ce n'est pas si étrange que je pense à lui.
Pourtant son cerveau ne pensait même pas à son corps à moitié aquatique, ses pensées étaient hantées par le visage de Shoto et son sourire.
Le lendemain, alors que ses parents étaient de nouveau en froid, Izuku se faufila dehors afin de rejoindre la fameuse crique. Il voulait le revoir, alors il espérait le trouver de nouveau près de son rocher.
Lorsqu'il arriva en courant, le bicolore était là. Il ne put s'empêcher de sourire, parce que sans savoir pourquoi, il était content de le revoir.
– Tu es revenu.
– Je ne pensais pas que tu serais là.
Izuku mentait totalement. Il était venu dans l'unique but de le revoir.
– Menteur.
Ses yeux s'agrandirent d'un coup. Et brusquement une réflexion lui traversa l'esprit. Peut-être qu'il a des super pouvoirs ? Il lit dans mes pensées ?! Son regard fixa intensément celui du bicolore, qui lui ne comprenait rien au visage du vert.
– Qu'est-ce que tu as ?
– Je-..Rien, désolé.
– T'es pas obligé de t'excuser tu sais.
Le bouclé haussa les épaules avant de s'asseoir aux côtés du bicolore. Il ramena ses jambes contre son torse et entoura ses genoux de ses bras.
– T'as quoi sur les bras ?
Honteux et embarrassé, Izuku cacha ses bras entre ses jambes et son torse comme pour se cacher. Malheureusement, c'était trop tard. Shoto avait vu ses traces sur ces bras, ça ressemblait à des cicatrices. Tantôt violettes, rouge ou même blanche. Elles recouvraient l'entièreté de son bras.
– Rien, je me suis fait mal.
– Menteur.
Ce n'était pas vraiment un mensonge en soi. Il s'était vraiment fait mal, même si ce n'était pas de la même manière dont il avait fait allusion.
– Ce sont juste des cicatrices.
Comprenant qu'Izuku ne voulait pas aborder le sujet, le bicolore stoppa ses questionnements.
– Dit-moi, tu fais quoi ici ?
– Hum..je suis en vacances chez ma tante.
Shoto le fixa. Peut-être qu'il ne savait pas ce qu'était une tante, ou même des vacances ?
– Tu sais une tante c'est un membre de la fam-
– Je sais ce que c'est, je ne suis pas idiot !
Soudainement, le bicolore plaqua sa main contre la bouche d'Izuku pour le faire taire. Ce qui semblait fonctionner puisque le vert arrêta de parler, se triturant à présent les doigts. En fait, il ressentait de nouveau cette sensation de chaleur, pourtant aujourd'hui il ne faisait pas chaud.
– Pourquoi t'es en vacances ici ?
– Je vais avoir 17 ans dans deux semaines, donc je les fête ici.
– En général les gens fêtent leur 18 ans non ?
– Ouais. Je sais pas trop...
C'était juste que, Izuku n'allait sans doute plus jamais fêter ses 17 ans avec ses deux parents. Peut-être que c'était son dernier anniversaire avec eux, de toute manière il ne voyait que ça.
– T'as quel âge toi ?
– J'ai 17 ans.
Alors ils avaient presque le même âge ? Ce qui le surprit le plus, c'était sans doute que Shoto n'avait pas répondu un nombre immense. En fait, ils étaient de la même année, ils auraient pu tomber dans la même classe. Dans un autre univers.
– Mais tu vis où alors ?
– À ton avis ?
Izuku avait peur de paraître débile, ou de donner une réponse stéréotypée.
– Je-..j'en sais rien. Dans l'océan ?
A cette réponse, Shoto rit quelques secondes. Ca n'avait rien de méchant, il était simplement amusé par la tête que faisait le bouclé. Mais ce dernier était embarassé d'avoir répondu franchement.
– Oui et non. Je vis dans l'océan, mais aussi sur terre.
– Comme c'est possible ?
– C'est assez compliqué, mais mon père est un humain tout ce qu'il y a de plus répugnant. Et ma mère est une "sirène".
Le bicolore semblait détestait son père, son ton et le langage qu'il avait utilisé le faisait bien comprendre. Mais Izuku ne savait pas qu'ils se ressemblaient. Shoto détestait son père parce qu'il avait sauvagement attrapé sa mère en otage, parce qu'à cette époque il était aveuglé par la gloire et tout ce qu'il désirait c'était prouvé au monde entier l'existence des créatures mi-homme mi-poisson.
Il ne voulait plus vivre avec son père, et c'est d'ailleurs ce qu'il faisait depuis des années. Il ne revenait sur la terre ferme uniquement pour le bruit de vagues, les feux d'artifices, le ciel et les odeurs.
– Mon père est le pire des connards, comme la plupart des humains en fait.
– Mais tu n'en ai pas un ?
Le bicolore se coucha dos au sable dans un soupir désespéré. Izuku s'allongea sur le ventre et continua de regarder son interlocuteur.
– Si. J'ai des jambes si c'est ce que tu veux savoir.
– Pourquoi tu ne les montres pas ?!
– À quoi ça servirait ?
Pendant un instant, le vert s'était imaginé se balader dans les rues et faire des activités avec Shoto. Ils ne se connaissaient pas mais pourtant il était bien la seule personne avec qui Izuku parlait.
– Non, rien. Je ne sais pas.
– Tu sais que t'es pas obligé de dire que tu sais pas à chaque fois que t'as peur de répondre. Parle librement, je ne vais pas te manger.
Pour accompagner ses douces paroles, Shoto souleva sa main et rabattit une mèche verdâtre derrière l'oreille de son ami. Les yeux se croisèrent sans se lâcher. Izuku trouvait Shoto beau, parce qu'il l'était réellement. Mais il ne savait pas que le bicolore pensait la même chose, à ses yeux Izuku était un ange. Un ange à qui on avait sûrement fait beaucoup de mal, mais un ange quand même.
*
– Ok hum..tu préfère avoir 3 tétons ou n'en n'avoir aucun ?
– C'est quoi cette question, sérieux ?!
– Arrête de te moquer, j'ai pas d'autres idées. Je suis nul à ça.
Shoto avança sa tête et posa son nez dans les boucles folles d'Izuku. Son parfum le détendait et il appréciait tellement. Le vert, de son côté, semblait être dans tous ses états. Son visage devait être aussi rouge que les cheveux de Shoto, et son coeur battait à une vitesse vraisemblablement anormale.
Cela faisait une semaine qu'ils se côtoyaient et se voyaient sur cette plage. Souvent, c'était même plusieurs fois par jour. C'était étrange et aucun d'eux ne pouvait expliquer comme c'était possible. Izuku était timide, il n'avait aucune confiance en lui et il détestait les gens mais pourtant avec Shoto tout semblait plus simple. Il pouvait paraître débile, se ridiculiser ou encore être lui-même, Shoto ne le jugeait aucunement.
Le bicolore, lui, aimait entendre la voix d'Izuku. Il aimait sentir son parfum, sentir ses cheveux qui étaient toujours aussi doux et agréables, il aimait rire avec lui et connaître un peu plus sa personne, bien que ce n'était jamais très joyeux.
Depuis quelques jours, Izuku lui apportait de la nourriture, comme des bonbons ou même des boissons qu'il volait dans le réfrigérateur de sa tante. Il ne voulait pas se faire attraper, alors il avait fait quelques réserves dans sa chambre, c'était dangereux mais quand il voyait la mine illuminée de Shoto, tous ses efforts étaient récompensés.
– Ok, hum..tu préfères...vivre sans nez ou alors vivre sans bouche ?
– Impossible de choisir. Sans nez je ne pourrais plus sentir la mer, l'air ou même l'odeur du restaurant au bout de la plage, et je ne pourrais plus sentir ton parfum. Et sans lèvres...je préfère vivre sans lèvres.
De nouveau, le bicolore venait de parler d'un ton léger qui pourtant donnait des sueurs chaudes au vert. Il se sentait bien, mais son ami avait le don de dire des choses affreusement gênantes, sans aucune gêne. Alors que lui, il lui fallait une tonne de courage pour simplement s'asseoir proche de lui.
Le nez de Shoto était encore perdu entre les mèches de cheveux verdâtres, il les humait comme si sa vie en dépendait, et de sa main il enroulait certaines entre ses doigts.
– A moi. Tu préfères vivre à la mer ou à la campagne ?
– Vivre à la mer.
Izuku n'avait même pas hésité une seule seconde. Dans sa tête, il venait de prendre exemple sa maison et sa vie totalement paumé en plein milieu des champs, contrairement à ses vacances ici, près de son seul ami avec qui il se sentait bien. Alors la question ne se posait même pas, il préférait largement sentir la peau de Shoto caressait la sienne, sentir son visage proche du sien, plutôt que de sentir les coups, les insultes et les blessures de ses camarades de classe.
– J'habite à la campagne, et c'est vraiment horrible.
– Tu vas à l'école ?
Pour le vert, cette semi-affirmation eut le don de l'angoisser, le replongeant dans des souvenirs qui disparaissaient peu à peu depuis le début des vacances. Il posa son menton sur le haut des genoux et attrapa le sable fin dans ses mains, pour essayer de se distraire. Pouvait-il en parler à Shoto ? Allait-il le dégager, ou le trouver faible ? De toute manière, ils ne se connaissaient pas, alors peu importe sa réaction, il avait l'habitude d'être jeté. Et dans tous les sens du terme.
– J'aime pas trop l'école. Je suis au lycée, mais depuis des années je ne suis pas vraiment apprécié.
– Tu te fais harceler ?!
– Je sais pas si on peut appeler ça comme ça, mais oui...Enfin tu sais ça ne me touche plus, j'ai l'habitude maintenant !
Le bicolore dépose ses lèvres dans ses cheveux avant de descendre sur le haut de sa tempe. Il hésite quelques secondes avant de l'embrasser fiévreusement. Le contact des lèvres sur sa tempe met de nouveau Izuku rouge de gêne, il cache sa tête contre ses genoux pour que son ami ne le voit pas.
– Tu ne devrais pas avoir l'habitude Izuku.
– Je...oui, je sais...
La main tiède vient caresser son dos, au-dessus de son t-shirt dans un geste bien trop tendre. Le bouclé n'arrive pas à se débarrasser de cette gêne qui prend possession de son corps, pourtant il continue d'apprécier les gestes lents et doux que lui offre Shoto.
– C'est à cause de ça, tes bras ?
– Pas vraiment. Il souffle, désemparé. Il y a de moi, mais aussi d'eux.
Face à Shoto, il sent incapable de mentir. Jamais il n'a été aussi proche de quelqu'un, jamais il ne s'est senti comme à cet instant et jamais il n'avait dit la vérité à quelqu'un. C'était la première fois, et même si ça n'arrangeait rien à ce poids qui restait constamment en lui, il était plutôt content d'en avoir parlé à quelqu'un. Malgré que ce quelqu'un en question soit un homme-sirène.
– Si j'avais eu des ailes, j'aurais pu voler jusqu'à chez toi et me battre avec ces imbéciles.
Izuku rit faiblement avant de relever le visage.
*
– C'est le seul short en taille au-dessus que j'ai.
Izuku se retourne et reste caché derrière un rocher alors qu'à quelques mètres de lui, Shoto enfile ses vêtements.
Aujourd'hui, ils ont décidé de sortir de leur pauvre crique. Bien qu'elle fasse rêver, c'est assez ennuyeux de rester des heures assis dans le sable qui s'incruste dans le textile. Izuku n'avait pas forcé son ami pour aller se balader, ou juste partir le temps d'une après-midi ici. Il l'avait simplement suggéré sous le ton de la rigolade, et le bicolore avait accepté.
– Je crois qu'il est un peu petit.
Le vert se retourne et voit Shoto, essayant de regarder de quoi il a l'air. Mais Izuku ne peut pas se résigner à lui dire que son short est bel et bien trop petit, et qu'en plus il lui moule les fesses. Rouge de gêne à ses propres pensées, il s'avance et acquiesce timidement.
– T'es parents sont pas là ?
– Ma mère et ma tante sont parties en journée shopping. Mon père et mon oncle sont partis voir un ami dans la ville voisine, quand ils ont appris ça ils étaient complètement fous.
En effet, d'un commun accord, les deux amis avaient décidé de passer la journée chez la tante de Izuku puisque personne n'était là. Shoto n'aimait pas se balader tout comme Izuku, en plus avec son physique particulier cela rendait les choses encore plus difficiles.
Mais c'est lorsqu'il fit entrer le bicolore dans sa chambre, que le vert se rendit compte que tout cela était bien trop étrange. Inviter un ami dans sa chambre ? Un ami qu'il ne connaît que depuis deux semaines, même pas ?!
– C'est ce soir ton anniversaire ?
– Oui...
Le plus jeune se laisse tomber sur son lit alors que son ami le suit en s'asseyant sur le matelas contre le mur.
– C'est étrange de te voir avec des jambes.
– Regarde ça, elles vont te manger.
Avant qu'il ne puisse faire quoi que ce soit, Shoto balance ses jambes et les rapproche d'Izuku, qui lui essaye de se reculer le plus possible. Leurs rires emplissent la pièce et caressent tendrement leurs oreilles.
Le reste de l'après-midi passe très vite, profitant de la présence de l'un et de l'autre, sans aucune prise de tête. Izuku se sent bien et se sent presque heureux, comme si tous ses soucis s'envolaient à la simple présence de Shoto. Et ce dernier se sent bien aussi, comme si Izuku chassait ses démons loin de lui.
Le soir tombe rapidement, et l'anniversaire du vert arrive à grand pas. Dans à peine quelques heures il ajoutera un an à son anniversaire, il fêtera de nouveau sa naissance comme s'il était un cadeau. Pourtant, aucun membre de sa famille n'est encore rentré.
– Tu veux qu'on retourne à la crique ?
– Le feu d'artifice est bientôt je crois. Allons-y.
Même s'il essaye de sourire faussement pour ne pas alerter le bicolore, Izuku se sent mal. Parce que ses parents ne sont pas là, parce qu'ils lui avaient promis de rentrer tôt, parce que c'est eux qui avaient initié la chose ; fêté son anniversaire et ses examens au bord de la mer avec un feu d'artifice. Pourtant, ils n'étaient pas là. La maison n'était remplie que de sa propre voix, et de celle de son ami. Son ami qui avait été plus présent en deux semaines, que n'importe qui en quelques années.
Voyant la mine déconfite du bouclé, Shoto prit sa main dans la sienne et lui souria tendrement.
– Aller viens, on y va.
D'un pas lourd, ils se dirigent tous les deux vers la fameuse criques. Pour une fois, ils prennent leur temps pour y aller. Sur le chemin, ils font des détours, avant de finalement s'asseoir là où ils se retrouvent depuis deux semaines.
Toujours les mains liées, minuit sonne et le feu d'artifice éclaire le ciel de mille et une couleurs. Izuku essaye de profiter du spectacle, mais son coeur se fait lourd et il a bien peur de tout gâcher en pleurant une nouvelle fois.
– Joyeux anniversaire Izuku.
Sa tête se tourne vers celle de son ami. Ses iris vairons le fixent, avec un sourire en coin. Tendre et doux, c'est tout ce qu'est Shoto depuis le début de leur rencontre. Izuku lui sourit en retour et le remercie. Mais ça ne lui suffit pas.
Shoto voit bien cet éclair de tentation qui les anime. Il relève le haut de son corps et s'appuie sur son coude avant de toucher une mèche de cheveux verdâtre avec son autre main.
Leurs regards ne se quittent pas, des bruits sourds et des couleurs animent le ciel. Mais pour Izuku tout comme Shoto, la seule chose qu'ils peuvent sentir ce sont leurs lèvres qui se lient timidement. Un baiser court et doux. Mais la seconde ou ils se regardent de nouveau, le bouclé prend le visage de son homme entre ses mains avant de lier leurs lèvres une nouvelle fois.
Ses lèvres sont chaudes, chaleureuses et enivrantes. A peine ont-ils le temps de respirer, qu'ils cherchent de nouveau le contact de l'autre, comme une passion qui les dévore de l'intérieur.
