Work Text:
Du désinfectant, des cris, des alertes, du sang, de la nourriture. Du désinfectant.
L'hôpital, c'était tout ce qu'il détestait. Absolument tout réuni en un seul endroit. Pourtant Shoto y allait au moins quatre fois par semaine. Parce qu'il voulait voir sa mère, il voulait apprendre à la connaître de nouveau, et il voulait l'aider.
Alors quand il venait, il se dépêchait de rejoindre sa chambre. Il traversait rapidement les couloirs, ne croisait le regard de personne et il ne répondait pas aux personnes qui lui disaient bonjour. Il n'en avait que faire de paraître malpolie.
L'hôpital était pour lui une source d'angoisse. A chaque fois il hésitait à repousser les visites, mais le besoin maternel finissait toujours par prendre le dessus.
– Tiens, c'est la clé de son casier. Tu peux aller lui chercher des vêtements.
Son père avait visiblement déposé des affaires à elle, et maintenant c'était à son fils d'aller les chercher. Les médecins étaient tous très occupés à cause d'un tremblement de terre qui s'était passé proche d'ici. La plupart des psychologues et des psychiatres prêtaient main forte à l'hôpital voisin, alors c'était la course.
Après avoir prévenu sa mère, le bicolore s'en alla au second étage pour aller chercher le casier en question. Apparemment c'était un très grand entrepôt qui gardait les vêtements des patients qui passaient beaucoup de temps à l'hôpital. Qui vivaient et vivent encore ici.
Plus attentif que d'habitude, Shoto prend le temps de regarder autour de lui. Mais encore une fois, il sent son corps être pris d'un poids invisible, sa gorge se noue et il veut juste partir d'ici. Quand les chambres sont ouvertes, il ne peut pas s'empêcher d'y jeter un œil rapidement, en coup de vent.
Et comme il s'y attend, il n'y a que des gens malades, des gens qui dorment et d'autres qui parlent avec leur famille. Une personne dormait, mais à chaque fois, il sent cette odeur de désinfectant, il voit cette tristesse et son angoisse continue de grandir.
Ces personnes n'ont pas le choix d'être ici et de rester ici, pourtant Shoto se sent mal à leur place. Peut-être que chez eux tout est mieux.
Il continue dans le long couloir avant de sur une porte entrouverte avec un stickers d'All Might collé dessus, un stickers assez grand. All Might est un héros de bande dessiné très connu, Shoto le connaît bien parce que lorsqu'il était plus jeune il en était fan. Avec le temps, ce n'était plus le cas, mais la vue d'All Might lui ravive quelques souvenirs.
Il veut continuer son chemin et partir d'ici. Pourtant, il reste immobile devant cette porte, comme s'il se sentait bloqué. Finalement, au bout de longues secondes il tourne les talons et continue sa marche.
– Tu as besoin de quelque chose ?
Il se retourne et fait face à un garçon, plus petit que lui mais qui semble avoir tout juste son âge.
Izuku, c'est Izuku. Un camarade à lui de son ancien lycée.
Avant de changer de lycée et de rentrer à l'université, Shoto avait intégré un prestigieux lycée réputé pour la réussite et l'accompagnement. C'était son père qui l'avait forcé, qui l'avait inscrit sans même lui demander son accord. Mais lors de la seconde année, Shoto était parti.
Et en une seule année il avait connu Izuku. Un garçon tendre, gentil et toujours doux. Il était le rayon de soleil de la classe, aidant tout le monde sans rien attendre en retour ni même s'occuper de lui-même en premier lieu. Il était toujours là pour porter secours au moindre besoin.
Mais après ça. Il n'avait plus jamais revu les personnes de sa classe, il n'avait gardé aucun contact. Mais voilà que le bouclé était devant lui.
Ses yeux avaient toujours cet éclat de vert émeraude, son sourire n'avait pas bougé étant toujours aussi enjoué. Mais son visage était gonflé, ses taches de rousseurs se voyaient plus que dans ses souvenirs, et ses cheveux étaient cachés sous un grand bandeau qui recouvrait tout son crâne.
– J'adore vos cheveux !
Pourquoi disait-il vous, alors qu'il connaissait Shoto ? Ou alors, il ne se souvenait pas de lui ? C'était assez logique en soit, ils ne s'étaient pas vu depuis des années. Pourtant Shoto ne l'avait pas oublié, c'était étrange et inconsciemment le bicolore était vexé. Son existence était facilement effaçable alors.
Il voulait lui parler, mais son angoisse montait de plus en plus. Alors après lui avoir adressé un dernier regard, il tourna les talons et continua sa marche vers l'entrepôt sans même se retourner.
Qu'est-ce que faisait Izuku ici ? Pourquoi était-il hospitalisé ? Shoto était sûr et certain d'avoir aperçu cette chemise d'hôpital sur lui, dans l'embrasure de la porte. Pourtant il y a quelques années Izuku était en pleine forme, toujours souriant et fort. Peut-être qu'il était ici seulement pour une opération de rien du tout, pourtant ce stickers All Might collé sur la porte prouvait le contraire. Si cette porte était customisée, alors le bouclé devait séjourner ici depuis un bon bout de temps.
*
De nouveau il passa les portes de l'hôpital avant d'annoncer sa venue à l'accueil. La dame lui sourit tendrement et lui indique que Rei est dans le jardin commun. De ce pas, le bicolore s'en alla à l'extérieur en arpentant quelques couloirs.
Cela faisait des semaines qu'il n'était pas venu, à cause des examens. Mais maintenant, il était prêt à revoir sa douce mère qui devait l'attendre patiemment. Lorsqu'il sentit le vent frais fouetter son visage, il vit les long cheveux de sa mère. Elle était assise sur un banc, non loin du petit étang et tout prêt d'un groupe.
– Oh, bonjour Shoto.
Il salua sa mère et lui embrassa la joue avant de s'asseoir à ses côtés. Ils restèrent silencieux plusieurs minutes. Il faut dire qu'aucun des deux n'avaient l'habitude de beaucoup parler.
– Comment se sont passés tes examens ?
– Bien, je crois. En tout cas c'est fini.
– Repose toi surtout.
Il acquiesça puis détourna le regard autour de lui. L'étang était en mauvais état, sûrement était-il laissé à l'abandon. Lorsqu'il regarda du coin de l'œil le groupe de jeune, il vit Izuku. Il était là, assis sur le banc avec une enfant en face de lui.
Sentant des yeux curieux sur lui, le bouclé tourna la tête et il remarqua de suite Todoroki. L'inconnu qui était resté devant sa porte pendant plusieurs minutes et qui était parti sans même lui répondre. Shoto détourna les yeux, comme s'il venait d'être pris en flagrant délit.
– Bonjour Rei !
– Bonjour Izuku ! Comment tu te sens aujourd'hui ?
– Ça va mieux, merci !
Midoriya était là, devant lui, assis dans un fauteuil roulant.
– Je te présente Shoto, mon fils.
– Enchanté Shoto !
Il lui sourit en avançant sa main toute tremblante. Le bicolore la serra et lui rendit ses salutations. Mais il se sentait gêné, et bête. Parce qu'Izuku ne semblait pas se souvenir de lui, c'est comme s'ils venaient de se rencontrer. Etait-ce sa maladie qui lui faisait tout oublier ?
– Tout va bien ?
Sa mine inquiète le rendait encore plus étrange qu'avant, ses yeux étaient si pétillants alors qu'il vivait à l'hôpital, alors qu'il était bloqué dans ce fauteuil. Il reconnaissait bien là le bouclé qu'il avait connu au lycée, toujours positif même quand tout semblait s'effondrer.
– Tu ne te souviens pas de moi ?
Shoto regretta aussitôt ses paroles quand il vit le visage du vert devenir livide. Totalement angoissé, les larmes aux yeux.
– Shoto, évite de dire ce genre de chose.
Sa mère lui prit la main tendrement mais plutôt froidement. Cette situation était tellement gênante et bizarre, qu'il voulait juste fuir et rentrer chez lui.
– Je...Non, je suis désolé...
– Désolé, tu n'as pas à l'être.
Un silence suivit cette conversation. Izuku était stressé, ses mains trifouillait sont-shirt blanc en grattant fortement l'avant de sa main.
– On se...connaît d'où ?
– Du lycée, la première année de Yuei.
Malgré cela, le vert n'arrivait pas à se souvenir. Son cerveau lui faisait défaut, il avait beau reconnaître son visage si particulier, aucun souvenir ne lui revenait en tête.
– Izuku, tu dois rentrer !
Une infirmière fit irruption aux côtés de Izuku, saluant Rei et Shoto au passage.
– Je vais accompagner Eri, quelqu'un peut t'accompagner ou j'appelle Chiyo ?
– Non non, ça ira ! Ne l'appelle pas.
Puis elle s'en alla en appelant Eri qui ne semblait pas d'accord de retourner dans sa chambre.
– Je peux t'accompagner si tu veux.
Le vert était plus que surpris, il ne s'attendait pas du tout à ce que le bicolore lui propose cela. Puisque depuis le début il semblait être à l'écart tout en étant mal à l'aise.
– Si ça ne te dérange pas...
Todoroki prévint sa mère qu'il allait revenir d'ici peu, elle acquiesça, contente qu'il parle enfin à quelqu'un. De ce qu'elle avait compris, son fils était très solitaire et ne parlait qu'à très peu de personne. Alors le voir parler à un garçon de son âge, qui plus est, qui semblait connaître, elle en était heureuse.
Le plus grand prit les poignets sur fauteuil et le poussa jusque dans le bâtiment en suivant les instructions du bouclé. Après l'ascenseur qui terrifiait le bicolore, il fallait tourner à droite puis encore à droite avant de tomber sur cette même porte blanche, décoré d'un stickers All Might.
– C'est ici.
Shoto continua à le pousser jusqu'au pied de son lit. Izuku fit le reste, il s'appuya sur la barrière et s'allongea dans ce lit si monotone. Mais à présent, le bicolore ne savait pas s'il devait partir, ou rester encore un peu. Il ne pouvait pas faire attendre encore plus sa mère, mais le malade semblait être stressé, se triturant de nouveau les doigts. Il avait quelque chose à demander.
– Qu'est-ce-
– Dit Sho-
Ils avaient parlé en même temps, tout en se coupant par la même occasion. Cette situation fit rire Izuku qui n'en avait pas l'habitude.
– Qu'est-ce que tu voulais dire ?
– J'allais te demander ce que tu voulais me demander.
– Oh. Est-ce que tu pourrais...me raconter cette année de lycée avec toi. J'aimerai vraiment m'en souvenir.
C'était une demande assez étrange, pourtant il voyait bien que ses yeux étaient larmoyants, prêts à s'effondrer. De toute façon, il pouvait bien lui raconter, il n'y avait rien de spécial. Quoi que...
– C'était en première année de lycée, à Yuei. Tu étais souvent en froid avec ce blond, Katsuki je crois. Mais tout au long de l'année tu aidais tout le monde, peu importe ta manière de faire. Tu étais proche d'Ochaco, elle était ta meilleure amie je crois.
– Oh oui ! Ochaco était une amie. Je me souviens que certains pensaient que nous étions en couple. Ce n'est pas vrai ! Il ricana avant de laisser finir Shoto.
– J'étais tout au fond de la classe, et on ne s'est pas plus parlé que ça durant l'année mais tu as voulu m'aider à plusieurs reprises.
Shoto s'en souvenait très bien de ça. Sa seule année à Yuei, il l'avait passé dans une colère noire et dans une solitude sans nom. Il n'avait pas eu son mot à dire en intégrant ce lycée, et il ne sentait pas du tout à sa place. Il ne parlait à personne hormis si cela était vivement nécessaire. Et Izuku avait voulu l'aider, il l'avait écouté, épaulé et même soutenu peu importe ce qu'il faisait.
Mais quand on additionne des petites choses, cela en donne des grandes. Alors au fur et à mesure, Shoto n'avait plus cette haine au fond de lui, elle s'était envolée à chaque fois qu'Izuku était proche de lui. Puis peu à peu, ils se sont rapprochés. Rien de concret, mais assez d'ambiguïté pour que le bicolore se sente perdu pendant plusieurs mois.
Le bouclé avait le don de le déstabiliser, de lui tenir la main comme il le souhaitait sans être gêné et de le câliner tendrement. Il s'était persuadé que tout cela était amical, mais au fond de lui quelque chose le tirait, le réchauffait et embrumait ses pensées.
– A la fin de l'année j'ai dû changer de lycée, et j'ai perdu ton contact.
– Est-ce qu'on était proche ?
Il n'en savait rien. Leur relation était assez étrange, mais voulait-il qualifier ça de proche ? Izuku était comme ça avec tout le monde, même si cette proximité lui était réservée.
– Je ne sais pas trop. Je crois que oui.
– Tu crois ?
– Je...je ne m'en souviens pas très bien.
Le bouclé acquiesça en souriant, puis tira le pan de la couverture jusqu'à son torse. Malheureusement, le fin drap se bloquer avec la petite barrière du lit, Izuku avait beau tirer ça restait bloqué sans qu'il ne puisse recouvrir son corps frissonnant. Shoto avait bien vu le tissu se bloquer, il posa la main pour le dégager mais il sentait la main glaciale du malade contre la sienne.
Aussitôt, il sentit son coeur faire un saut, il retira sa main et se leva. Le vert avait fait la même chose, sentant un contact inhabituellement chaud.
– Tu as les mains froides.
– Oui...c'est à cause de..mon traitement...
Surpris, Shoto s'excusa pour ses paroles maladroites. Décidément, rien n'allait. Il ne faisait que des gaffes. Il se rassit sur la chaise peu confortable et tendit sa main. Izuku compris, mais ne pouvait pas s'empêcher de sentir ses joues chauffer. Il était clair que Shoto et lui avaient une relation différente de ce qu'il prétendait dire, mais aucun souvenir ne lui revenait.
Il lui donna une de ses mains et le bicolore referma ses doigts contre la peau si froide du bouclé. Ils restèrent plusieurs minutes dans le silence, alors que la main d'Izuku se réchauffait tendrement.
– Pourquoi tu es ici ?
Cette question avait l'habitude d'angoisser le vert, mais cette fois-ci il se sentait juste honteux. Honteux de son arrivée ici, honteux de se montrer ainsi devant son camarade.
– Je pourrais te le raconter plus tard, ta mère va attendre.
Un peu frustré, le bicolore retira sa main et se leva avant de dire au revoir à Izuku. Il quitta la chambre et rejoignit sa mère. Il était vraiment frustré de ne pas savoir et de se sentir aussi perdu. Il venait de revoir Izuku, de lui raconter ses années de lycée et de lui tenir la main. Ces mêmes sentiments qui s'étaient terrés depuis sa première année de lycée refaisaient surface, et il n'y comprenait absolument rien.
*
Pour Izuku c'était tout aussi étrange. Il n'avait pas revu Shoto depuis plusieurs jours et il n'avait toujours aucun souvenir de lui. Pourtant, inconsciemment ses yeux le cherchaient toute la journée, il faisait le tour de l'hôpital inutilement quitte à se faire sermonner par les infirmières. Parce qu'il voulait de nouveau sentir la chaleur de sa peau réchauffer la sienne, le revoir et parler encore avec lui.
Mais plus les jours passaient, plus il perdait espoir de le revoir. Peut-être qu'il était vexé de ne pas savoir, ou alors peut-être qu'il regrettait de lui avoir tenu la main. Tout ça tournait en boucle dans la tête du vert sans pouvoir y répondre.
Il voyait de plus en plus souvent Rei. Il la connaissait parce que cela faisait pas mal de temps qu'ils étaient ici l'un l'autre, et cette femme était incroyablement douce. Autant qu'elle pouvait se montrer sans pitié, faisant peur à Izuku et aux enfants. Mais la plupart du temps elle était la mère dont il avait besoin, sa présence l'apaisait.
Malgré tout, il n'osait pas demander où se trouvait son fils, parce s'il l'ignorait cela n'allait pas lui faire plaisir.
– Izuku, on peut jouer à deux s'il te plaît ?!
– Désolé Eri, demain sûrement.
Il ébouriffa les long cheveux gris de Eri tout en lui souriant, avant de se faire stopper par une infirmière.
– Eri ! Laisses Izuku se reposer, tu n'as pas le droit de quitter ta chambre.
La petite poussa un long soupir avant de dire au revoir au bouclé, qu'elle considérait comme son grand-frère. Elle sortit de la chambre en compagnie de la dame sans oublier de fermer la porte.
Mais cette dernière se fit toquer trois petits coups. Pensant qu'Eri voulait un câlin de plus, Izuku pouffa de rire en lui autorisant d'entrer. Mais ce n'était pas Eri, devant son lit se dressait une tête bicolore, un paquet d'une main, et des fleurs de l'autre. Etonné, Izuku se remit droit et replaça correctement son bandeau sur les cheveux.
– Je ne m'attendais pas à ce que tu viennes...
– Désolé, je ne t'ai pas prévenu.
Le vert lui souria et Shoto alla s'asseoir sur la chaise juste à côté du grand lit.
– Tiens.
Il lui tendit le petit sachet cadeau en posant le bouquet de fleur sur une petite table dans le coin de la pièce. Les fleurs étaient pour sa mère, mais il avait préféré rendre visite à Izuku d'abord.
– C'est pour moi ?
– Oui.
Délicatement, Izuku se releva en position assise non sans avoir mal. Il ouvrit le paquet cadeau et découvrit un foulard dans les tons vert.
– Je...je suis vraiment désolé pour la dernière fois. J'ai été malpoli plusieurs fois de suite.
Touché par ses intentions, le bouclé ne put s'empêcher de pleurer. Rester dans ce maudit hôpital le rendait sensible, trop sensible. Il sortit le foulard et le mit sur ses genoux avant de sécher ses larmes, tant bien que mal à l'aide de sa chemise.
A côté de lui, Shoto souriait doucement. Il avait bien compris que ce n'était pas des larmes de tristesse ou même de colère, mais plutôt de joie. Il se souvenait que lorsqu'ils étaient dans la même classe, le jour de l'anniversaire de Midoriya, celui-ci avait pleuré presque toute la journée. Parce que la classe avait pensé à lui, il avait reçu des cadeaux, et qu'ils avaient organisé une fête en son honneur. Ce jour-là, Shoto avait été tout aussi surpris, il n'avait pas été mis au courant mais Izuku n'avait pas hésité une seule seconde à le remercier aussi et à l'inclure dans la petite fête.
Il s'était tout de même rattrapé en lui offrant un porte-clé All Might, un tout petit porte-clé. Il s'était sentit horriblement débile de lui offrir quelque chose d'aussi petit et nul. Mais la réaction du bouclé avait été complètement folle pour ne pas dire démesuré. Shoto se souvenait encore de ce baiser sur sa joue en guise de remerciement, de ces larmes qui coulaient sur son visage percement de taches de rousseur et de son sourire, son magnifique sourire qui ne l'avait pas quitté de la journée.
– Je le mettrais plus tard !
Le bicolore acquiesça avant d'aider son ami à remettre le paquet sur sa table de chevet. Izuku le remercia une dizaine si ce n'était pas une centaine de fois pour ce cadeau.
– En seconde, la classe avait organisé une fête pour ton anniversaire.
– Oh ! Je ne me souviens pas vraiment, mais je sais que quelqu'un m'a offert cela. Ma mère n'a jamais su me dire de qui ça venait.
Accompagnant ses paroles, Izuku se tourna difficilement et fouilla dans le tiroir à côté de lui pour en sortir un porte-clé. Le porte-clé. Le jaune d'All Might était tout sale, on ne voyait même plus que c'était jaune mais il était reconnaissable avec sa forme et les lignes devenu marron. Un œil brisé s'était décousu.
– Il a vraiment une sale tête.
– Oui, il faut dire qu'il a plusieurs années maintenant.
Shoto le prit délicatement dans ses mains en lâchant un semblant de sourire bien camouflé. Mais le bouclé n'en avait pas perdu une miette, sentant son coeur trembler étrangement.
– C'est moi qui te l'ai offert.
Shoto lui raconta alors le déroulement des évènements après avoir vu le visage surpris de son ami. S'il ne s'en souvenait pas, alors c'était son devoir de le lui rappeler. Même s'il devait raconter des anecdotes une centaines de fois pour qu'Izuku s'en souvienne, il le ferait sans hésiter.
– Je me souviens qu'une bouteille de Cola avait éclaté en plein milieu du salon.
– Oui, c'est Katsuki qui l'avait secoué pour en mettre sur Denki, mais la bouteille lui avait échappé des mains.
Pris dans un rire franc, Izuku se souvenait de ça. C'était rare qu'un souvenir lui revienne aussi vite en tête. Mais lorsque ça arrivait, il se sentait bien, tellement bien qu'il en oubliait la cause.
– Merci Shoto. C'est difficile pour moi de me souvenir de certaines choses, mais ça me fait du bien d'entendre des souvenirs.
Le bicolore ne répondit que par un petit sourire. Il ne savait pas vraiment quoi dire, lui se souvenait de cette année. Dans sa tête, c'était une des pires années qu'il avait vécu, mais en se rappelant de tout ça il se dit que ses souvenirs étaient peut-être trop pessimistes. Il avait vécu pas mal de choses en une seule année, et chaque souvenir le faisait étrangement sourire.
Peut-être que finalement, ces souvenirs n'étaient agréables qu'en compagnie d'Izuku.
– Shoto. La dernière fois tu me l'avais demandé.
Dans un élan de courage, Izuku tenta de lui raconter au mieux sa vie à l'hôpital et comment il y avait atterri. Il raconta tout depuis le début.
– Un peu avant la fin d'année de lycée, je suis sortie me balader. Et pour tout te dire je ne me souviens même plus de ce que je faisais, mais ce jour là je me suis fait agressé.
Dans les moindre détails, il conta son agression. Ça n'avait rien de violent, juste le mauvais endroit au mauvais moment. Un homme voulait se battre, il devait sans doute être fou. Izuku avait réussi à l'esquiver, à éviter certains de ses coups. Mais il n'avait pas réussi à esquiver cette aiguille qui s'était plantée dans son ventre, une aiguille assez épaisse qui avait libéré un liquide inconnu à l'intérieur de son corps. Suite à cela il s'était rendu à l'hôpital, mais il n'avait rien de grave si ce n'était que des bleus.
Puis pendant les vacances, son état s'était dégradé. Son corps lui avait fait mal, horriblement mal. Mais plus les jours passaient et moins ça s'arrangeait, il avait du mal à faire des mouvements simples comme monter les escaliers ou marcher plusieurs mètres. Au début il avait pensé que ce n'était que des courbatures comme il faisait beaucoup de sport, mais après la rentré il s'était retrouvé paralysé dans son lit. Il ne savait pas ce qui lui arrivait, ni même ce qu'il devait faire.
Sa mère l'avait emmené rapidement à l'hôpital, il y était resté toute la nuit seul. Le lendemain, les médecins lui avaient découvert des cellules cancéreuses inconnues partout dans le corps. Et comme un malheur n'arrive jamais seul, sa mère avait eu un accident de voiture alors qu'elle venait lui rendre visite. Encore le mauvais endroit au mauvais moment, un conducteur alcoolisé l'avait percuté avec un camion de transport.
– Ils pensent que j'ai un cancer des os, mais ils ne sont pas sûrs. Ce genre de cancer n'efface pas la mémoire.
A présent, Izuku habitait dans ce même hôpital. Sa famille n'était d'autre que les infirmières et les autres patients, comme Eri qu'il considérait comme sa petite sœur.
Il n'avait pas de diagnostic stable ni officiel, à chaque fois qu'ils pensaient trouver quelque chose se rajouter. Ils testaient différents traitements, tous différents des uns des autres. Au fil des années, certains traitements l'avaient fait grossir, puis maigrir, puis il avait perdu ses cheveux, puis sa vue s'était brouillée et maintenant ses tâches de rousseurs ressortaient fortement.
– Je crois que c'est le seul effet que j'aime.
Il rigola nerveusement. Malgré tout, il était encore à l'hôpital et rien de tout ça ne le guérissait. Pire encore, il avait de plus en plus mal. Il peinait à marcher sur une toute petite distance sans que ça ne lui demande un effort surhumain, il devait donc se déplacer en fauteuil roulant.
Quand Izuku se tue, Shoto n'ajouta rien. Il ne savait pas quoi dire, que devait-il ajouter dans ces moments là ? Rien, il n'y avait rien à dire. Ne voulant pas être de nouveau maladroit dans ses paroles, il prit la main de bouclé contre la sienne et la tint fermement.
– Tu n'as pas pleuré.
– Je peux le faire si tu veux. Il ricana tristement.
– Non, je préfère quand tu souris.
Le vert sentit des rougeurs le prendre au joues, tout comme Shoto qui se sentait soudainement gêné de tenir cette main. C'était étrange, mais aucun d'eux ne bougea. Izuku sentait une douleur inexplicable se répandre dans son corps, il ne savait pas vraiment si c'était sa maladie qui lui jouait des tours, ou si c'était autre chose. Mais pour une fois, c'était une douleur agréable.
*
Un bras au-dessus de l'épaule, et l'autre sur la barre, Izuku tentait de marcher en prenant appui sur Shoto. Ce dernier le tenait fermement, en mettant une de ses mains à sa taille. La position qu'ils prenaient était assez gênante, mais c'était sans doute mieux comme sécurité.
Depuis sa confession, les deux garçons s'étaient rapprochés. Le bicolore venait rendre visite à Izuku plusieurs fois par semaine si ce n'était pas tous les jours. Il était en vacances depuis peu, il avait donc du temps libre à tuer. Et à défaut de rester chez lui seul à tourner en rond, il préférait largement tenir compagnie à son ami malade.
De plus, le bouclé allait mieux. Doucement et lentement, mais il allait mieux. Des améliorations montraient le bout de leur nez, il savait se tenir sur ses jambes. Et avec l'aide de Todoroki, il réussissait à marcher quelques mètres. Ses cheveux repoussaient à une allure étrangement rapide, mais il gardait tout de même le turban que Shoto lui avait offert. Même si ce dernier lui avait fait intensément compris que ses cheveux courts et éparpillés ne le rendait pas moche, il préférait les cacher.
C'était mieux ainsi. Au moins, Shoto pouvait le rassurer lorsqu'il le retirait.
Encore un pas et le vert se rassit sur le banc après avoir fini l'exercice. Le bicolore lui tendit une bouteille d'eau qu'il but d'une seule traite, complètement épuisé de l'effort fournit.
– Il te reste les bras et après tu as terminé.
Izuku souffla à l'entente de ces paroles et posa sa tête contre l'épaule de son ami. Depuis quelques jours, il avait repris l'habitude de faire ce genre de geste ; tenir sa main, frôler ses doigts et poser sa tête contre lui. C'était comme lors de leur première année de lycée, même s'il ne s'en souvenait pas. Shoto retrouvait ce sentiment de plénitude et de joie.
Le plus jeune reprit ses exercices sous le regard assidu du kinésithérapeute ainsi que celui du bicolore qui restait assis. Il sentait encore son cœur battre rapidement dans sa poitrine. Il y à peine quelques jours, après avoir rendu visite à Izuku pour la énième fois, Shoto avait rejoint sa mère comme à son habitude. Cette dernière avait bien remarqué les changements d'attitude qu'avait son fils, mais elle n'avait rien et rien insinué, attendant qu'il se livre de lui-même.
Et c'est ce qu'il avait fait. Comme quand il était au lycée, les sentiments qu'il ressentait embrouiller tous ses sens et il ne savait pas poser de mot ni comprendre ce qui lui arrivait. Et quoi de mieux que sa douce mère pour l'aider. Timidement, il lui avait expliqué ce qu'il ressentait et comment il se sentait aux côtés du bouclé. Il avait la constante impression que son corps vibrait à ses côtés, que son coeur vacillait quand il était tout prêt, que son visage le brûlait agréablement lorsqu'il le regardait trop, et qu'il voulait toujours être avec lui, l'aider, le consoler, le soutenir et le protéger.
Rei n'avait pas pu s'empêcher de rire, ce n'était pas moqueur et cela se voyait. Elle n'avait jamais eu de contact avec son fils lorsqu'il était au lycée, mais s'il ressentait ça depuis qu'il l'avait revu, alors il était clair que Shoto était amoureux. Avec toute la tendresse qu'elle avait, elle lui avait expliqué ce que signifiait être amoureux. Si cela avait pour but d'aider son fils, ce dernier était encore plus perdu. Maintenant, il agissait étrangement avec Izuku.
Il n'arrivait pas à faire autrement.
*
Des mois étaient passés et Izuku marchait de nouveau. Certains jours étaient plus compliqués que d'autres, mais Shoto était sans arrêt derrière lui. Il lui tendaient ses béquilles lorsqu'il en avait besoin et s'il le voyait beaucoup trop fatigué, il l'obligeait à rester dans son fauteuil roulant.
Mais aujourd'hui, Izuku se sentait en pleine forme. Après des mois et des mois d'acharnement, il avait enfin une autorisation de sortie pour la journée. Et cette journée, il allait la passer aux côtés de Shoto. Il attendait ce jour depuis des lustres, et maintenant un sentiment d'angoisse mélangé à de la hâte le prenait au ventre.
– Tu es sûr que ça va ?
– Oui ! En plus regarde, mes cheveux ont largement repoussé pour que je retire le ruban !
Fier de lui, le bouclé montra sa chevelure toujours aussi folle qu'il y a quelques années, des mèches se battant littéralement en duel. Le bicolore ricana avant de lui embrasser tendrement le front, ce qui ne manqua pas de faire rougir de nouveau le vert.
– On y va alors.
– Qu'est-ce qu'on va faire ?
– D'abord on va manger quelques parts, ensuite on va faire les boutiques-
– Celle dont je t'ai parlé ?!
– Oui, précisément. Et puis après, tu verras.
Si Izuku avait pu sauter, il l'aurait fait sans hésiter. Il avait tellement hâte que son énergie venait d'augmenter à une vitesse folle. Sur le trajet il ne fit que parler, alors que Shoto l'écoutait attentivement. Même si honnêtement, il comprenait une parole sur deux. Izuku était trop excité pour pouvoir s'exprimer normalement.
Le repas était très vite passé, rendant totalement heureux le bouclé.
– Ça fait tellement longtemps que je n'ai pas aussi bien mangé !
– C'est clair que les repas de l'hôpital ne font pas le poids à côté de ça.
– Oui ! Merci Shoto.
– Si tu veux, la prochaine fois je pourrais t'inviter autre part.
Il aurait bien aimé l'inviter à un repas de famille, mais ce n'était pas vraiment le genre de la maison. Sa famille se résumait à sa mère dans un hôpital psychiatrique, sa grande sœur travaillant, et son grand frère à l'autre bout du pays pour ses études.
Il sortirent du restaurant en marchant calmement. Izuku glissa sa main dans celle de Shoto, la réchauffant affectueusement. Ils marchèrent encore avant de finalement arriver devant la boutique tant convoitée. Sans attendre, le bouclé entra suivi de près par son compagnon.
Midoriya semblait être un enfant en plein milieu d'un magasin de jouets. Il regardait tous les articles un par un, même s'il les connaissait tous. Il n'avait presque rien entre ces murs d'hôpital lugubre, Shoto le savait très bien qu'il s'ennuyait fermement. Alors aujourd'hui, ils allaient penser à autre chose qu'à l'hôpital.
Après leur achat, ils se mirent en route vers un petit parc floral. Vu l'heure, Shoto s'était arrangé pour qu'il y ait le moins de monde possible, ils allaient pouvoir être tranquilles.
Assis sur le banc, Izuku se reposait quelques minutes sous les ordres de son compagnon qui l'avait bien vu faiblir pendant un instant. Le bicolore tenait fermement sa main contre la sienne en restant debout devant lui.
– Je t'ai dit que ça allait !
– Je veux que tu te reposes un peu, pour être sûr.
En vérité Shoto avait peur. Leur journée se passait bien, mais il était terrifié de passer à côté d'un signe de faiblesse. Un signe qui montrait que son ami souffrait mais qu'il ne voyait pas.
– Shoto.
Le concerné releva son regard vers les pupilles émeraude qui le fixaient intensément. Ce dernier prit sa seconde main et la tint plus fort.
– Je t'aime.
Izuku avait simplement dit ça, de façon légère avec le sourire au lèvre. Le vent soufflait tendrement, balançant ses cheveux à droite et à gauche. Mais à l'intérieur de lui, Shoto se sentait sans dessus-dessous. Il ne savait pas quoi répondre, comment le faire et de quelle manière. Après ça, devait-il faire quelque chose ? Est-ce qu'Izuku savait ce que ces mots voulaient dire ? Est-ce qu'il le pense vraiment ?
Les secondes défilaient, et il ne répondait toujours pas. Il se sentait chauffer de l'intérieur, ses doigts tenaient fermement les mains froides de son copain, son cœur battait à tout rompre et ses joues devaient sûrement être rouges tomates.
– Moi aussi...je-..je t'aime..
Izuku souffla bruyamment en rigola, soulagé de sa réponse. Il rompit le contact visuel et posa son front contre leurs mains. Il se releva et fit face au bicolore qui continuait de le regarder amoureusement. Ses mains emplies de cicatrices glissèrent jusqu'à ses épaules, tandis que les mains du plus grand s'échappèrent jusqu'au creux de sa taille. Un dernier regard s'accomplit avant que leurs lèvres ne se lient. Un baiser tendre et doux alors que le vent soufflait sur leurs visages.
Il ne dura à peine quelques courtes secondes avant qu'ils se séparent. Mais évidemment, ce n'était pas assez. Alors Shoto prit l'initiative de happer les lèvres de son homme, encore une fois. Leurs lèvres se dévoraient délicatement mais agréablement, leurs mains serraient leurs vêtements pour ne pas se lâcher, pour s'accrocher. Parce que ce baiser était un véritable cadeau, après des mois de travail Izuku se tenait debout, devant lui en train de l'embrasser chastement. Shoto l'avait aidé et soutenu sans jamais s'arrêter, parce qu'il croyait en lui plus que quiconque.
Leurs amours étaient enfin scellés, plus rien ne pouvait les atteindre.
Mais c'est lorsque tout va bien que nos barrières de défense tombent.
Les mains qui tenaient fermement les vêtements de son dos et son cou lâchent doucement, puis il sent ces lèvres se décrocher de lui. A peine a-t-il le temps de rouvrir ses yeux, qu'il voit Izuku tomber.
Son teint est pâle, ses yeux faibles et son sourire toujours éclatant. Le bicolore n'hésite pas une seconde à le prendre dans ses bras et courir vers l'hôpital, heureusement ils ne sont pas loin. Lorsqu'il passe les barrières de l'accueil, le personnel le prend tout de suite en charge, amenant le faible corps sur un branquart. Le Todoroki tient toujours la main de son petit-ami, pour lui montrer qu'il est là, qu'il est avec lui et qu'il ne le lâchera pas.
Le bouclé est amené dans une salle, blanche et terrifiante. Un masque est posé sur son visage, sans doute pour l'aider à respirer, des médecins afflux les uns sur les autres pour aider son poul à reprendre des forces.
– Izuku, je suis là.
Il lui sourit et referme la poigne entre ses doigts.
– Shoto, je me souviens du lycée maintenant.
– Tu te souviens de tout ?
– Oui. Je me souviens aussi de notre baiser, avant la fin du lycée.
S'il se souvenait aussi de ça, alors il se souvenait de tout. De leurs câlins, de leur seul baiser avant de se quitter, et de leurs amours.
– Inconsciemment, nous nous sommes retrouvés. Même sans souvenirs.
Izuku continue de sourire alors que des larmes inondent son visage. Shoto se retient, mais il sent lui aussi sa vue devenir flou, son nez et sa gorge lui piquer. Son coeur lui fait mal, et il est terrifié.
– Shoto, je t'aime vraiment.
– Je t'aime vraiment aussi Izuku. Ici, et dans tous les univers possibles.
Il lui embrasse le front, les lèvres tremblante, alors qu'un bruit assourdissant lui siffle dans les oreilles. Un bruit sourd et abrutissant, qui lui donne des angoisses pire que ces couloirs teinté de blanc et de désinfectant.
Mais il ne peut plus lutter. Ses larmes dévalent ses joues et s'effondrent sur leurs mains liées, un sourire se fend sur son visage alors qu'il voit les yeux de son amour s'éteindre. Ses yeux se ferment et le silence entrecoupé de ce bruit étourdissant prend possession de la pièce.
