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Et tous tes souhaits seront réalité

Summary:

Charles a activé une pierre qui réalise d’un coup ses vœux les plus chers : lui et Edwin sont vivants, Niko aussi, et tout le monde peut être heureux !
Mais il faut faire attention à ce qu’on souhaite… et à ce qui se cache derrière une telle magie.

Notes:

L’histoire démarre quelques mois après la saison 1. Niko n’est pas morte, mais les personnages ne le savent pas et ils ont fait leur deuil comme ils ont pu.
(Est-ce que cette information va servir dans l’histoire ? Absolument pas)
(Est-ce que je tiens à préciser qu’elle est vivante parce que j’adore Niko et que même si j’inflige son deuil aux personnages ce n'est pas une raison pour l'infliger aux lecteurs ? Oui, tout à fait)

(See the end of the work for more notes.)

Chapter 1: Résurrection

Chapter Text

Charles ouvre les yeux et la lumière les transperce. Il cligne, une fois, deux fois, hébété. Tout ceci est si étrange. Son corps est lourd. Dense. Ses yeux lui font légèrement mal, le temps qu’ils s’adaptent à l’éclairage vif de la pièce. Il sent le poids d’un drap sur son corps. Il sent l’air sur sa peau. Il sent son souffle gonfler sa poitrine. Il sent !

Il se redresse d’un bond, passant de la position allongé sur le dos à une position assise à moitié tordue, tourné vers ses amis. Il est dans un hopital, sur un lit d’hopital, Crystal et Edwin sont là, et il… il… il est quasiment sûr que…

Les larmes lui montent aux yeux alors qu’il prononce la phrase la plus étrange de son étrange existence :

« Je… je suis vivant !

Crystal pleure aussi alors qu’elle le prend dans ses bras. Derrière elle, Edwin, légèrement en retrait, a lui aussi les yeux humides alors qu’il répète :

― Oui, Charles, tu es vivant. On est vivants tous les deux. Ça a marché.

Charles est complètement submergé par toutes les sensations qui l’entourent – les bras de Crystal, la sensation de ses cheveux sur sa peau, l’odeur de son shampooing, la tension dans ses propres jambes qui n’apprécient pas sa position et qu’il réajuste mécaniquement, la faim qui gronde dans son estomac… Oh, s’il est vivant, il va pouvoir manger à nouveau !

A cette seule idée la salive lui monte spontanément à la bouche. Il est vivant et il a un corps qui réagit tout seul ! Un cœur qui bat ! Qui bat si fort que tout l’immeuble doit l’entendre, tellement il est rempli de joie à la seule idée que tout ceci est bien réel ! Et ça doit être réel, les fantômes ne rêvent pas, et les sensations sont si précises, si parfaitement conformes à ses souvenirs, ça ne peut être que réel !

Crystal écarte sa tête du cou de Charles pour mieux le regarder dans les yeux, et il pourrait se noyer dans son regard, ses beaux yeux bruns si heureux, elle sourit, si radieuse, et dit :

― On a eut tellement peur pour toi, mais ça a marché !

Encore ce ça… Charles est encore un peu sonné – revenir à la vie ressemble à une gueule de bois, découvre-t-il, mais sans la partie douloureuse, juste la partie confuse. Il demande :

― Qu’est-ce qui a marché ?

Edwin s’avance et inspecte Charles de la tête au pied, sérieux, tout en demandant :

― De quoi te souviens-tu en dernier lieu ?

― Hein ? Heu…

Charles fouille dans ses souvenirs. C’est assez brumeux, mais il est assez certain que le matin même, il était tout à fait mort. Lui, Edwin et Crystal s’étaient préparés pour affronter un… comment Edwin avait appelé ça, déjà, un orotsi, un orossi ? Bref, un voleur d’âmes, une créature bizarre reptilienne. Un truc qui s’en prenait autant aux morts qu’aux vivants et qui gardait leurs âmes dans sa collection de petites capsules en verre noir qui tintaient au bout de son bâton comme des grelots. Edwin ne savait pas exactement comment il s’y prenait mais il pensait que ce voleur d’âme passait des contrats avec ses victimes, comme un démon. Mais ce n’était pas un démon. Ils l’ont cru, au début.

Ça avait commencé par…

― L’affaire du Carillon Noir ?

― Oui ! » l’encourage Edwin qui semble satisfait. « L’affaire du Carillon Noir. Notre cliente est venue nous parler de ce carillon qui savait faire venir à lui des victimes.

― Oui, oui, je me souviens… C’était en début de semaine, non ?

― Edwin, » l’interrompt Crystal « Est-ce que c’est bien le moment pour un interrogatoire ? On ferait mieux de prévenir un médecin qu’il s’est réveillé, que quelqu’un vérifie qu’il va bien.

― Je vais très bien » répond automatiquement Charles, qui lutte encore pour recoller les morceaux de ses souvenirs.

C’était un lundi après-midi. Vu la description que leur avait fait leur cliente, cette affaire était passée en top priorité. Ils ont tous les trois pensé à un démon et ont préparé tout le matériel nécessaire à un exorcisme – Crystal pensait pouvoir l’affronter en face à face grâce à ses pouvoirs, comme elle l’avait fait avec David son propre démon, mais Edwin l’avait forcée à patienter pour qu’ils aient plus de matériel et de ressources pour faire face à un démon plus puissant. Charles avait voté pour le plan d’Edwin et Crystal s’était salement énervée en disant qu’ils perdaient du temps et que ça permettait au monstre de faire plus de victimes.

Charles comprenait sa peur et le fait qu’elle soit blessée qu’on remette en doute ses pouvoirs alors qu’ils n’ont jamais été aussi puissants, mais il était resté ferme sur sa décision. Après avoir traversé l’Enfer – et encore, une toute petite partie de l’Enfer – il avait rejoint l’aversion d’Edwin sur les démons. Si après son meilleur ami c’était Crystal qui était prise pour cible devant lui, il n’aurait jamais pu le supporter.

Pendant que Crystal va chercher quelqu’un dans l’hopital, Charles tente de continuer à répondre aux questions d’Edwin, parce que vivant ou pas, si Edwin pose une question, c’est qu’il a besoin d’une réponse :

― On a pensé que c’était un démon. On s’est préparé. Mais c’était… autre chose ? Un… orossi ?

― Un orochi. Un descendant de l’une des huit têtes de Yamata-no-Orochi » le corrige Edwin patiemment. « Exactement. Et après ? Tu te souviens de quoi, ensuite ?

― On a… Ça s’est mal passé. Le, la créature, ça a attrapé Crystal quand elle a voulu lire dans son esprit. Alors j’ai foncé, avec la lance enchantée, mais elle a… cassé, je m’en souviens, et j’ai commencé à fouillé dans mon sac pour trouver autre chose, et j’ai attrapé le… La cliente nous avait payé d’avance, c’est ça ? Avec une pierre à souhait ?

Edwin corrige toujours aussi patiemment :

― Un draumstafir. Bien plus puissant que le petit cœur à souhait que Crystal avait acheté à Tragic Mike. Quelque chose capable de lire directement dans ton cœur et faire que tous tes rêves se réalisent, d’un coup. Tu l’as activé, et ça a marché, Charles. Bien au-delà de notre victoire dans ce combat. Tous tes autres souhaits se sont réalisés en même temps. Charles, grâce à toi on est vivants tous les deux !

― C’est pas vrai ?

― Mais si ! Tu vois bien que c’est vrai ! Parfaitement vrai !

Oui, il voit bien que c’est vrai, parfaitement vrai. Mais ce n’est qu’une fois qu’Edwin l’affirme que Charles peut réellement le croire. Il saute au cou de son ami et l’étrangle presque tellement il le serre fort contre lui. Bon sang, il n’avait jamais réalisé à quel point il serrait fort quand il prenait Edwin dans ses bras.

C’était toujours dans des moments émotionnels intenses, Edwin n’a jamais été quelqu’un de très tactile et Charles sait à quel point c’est une grande preuve de son affection et de sa confiance lorsqu’il se laisse approcher ainsi et encore plus lorsqu’il se laisse toucher ; mais quand Charles et lui se prenaient dans les bras, ils se serraient si fort, comme s’ils pouvaient fusionner, comme si leurs esprits fantomatiques en manque de contact physique le compensaient par un contact directement entre leurs âmes.

Maintenant qu’ils ont tous les deux un corps en chair et en os, il va falloir y mettre un peu plus de douceur, se dit Charles qui rit aux éclats à cette seule idée. Ils ont tous les deux un corps en chair et en os. Ils sont tous les deux vivants. Vivants !

Il se recule et regarde Edwin dans les yeux, essayant de distinguer tout ce qui est différent. Après tout, c’est la première fois qu’il voit son ami vivant. Edwin vivant est… différent, oui, ça c’est sûr. Sa peau est chaude. Il sent la gomina et la laine de son costume. Ses cheveux ne sont plus impeccables, sa peau pâle est légèrement rosée là où le sang lui monte aux joues, ses yeux sont plus… froids ?

Hum. Ça, Charles ne s’y attendait pas. Edwin a l’air heureux, il sourit, mais ce n’est pas aussi… d’une manière ou d’une autre, Charles s’attendait à une réaction plus intense, plus d’émotions différentes, ce mélange de joie et d’autre chose qu’il a l’habitude de lire dans le regard de son ami. Pas tout le temps, bien sûr – Edwin peut le regarder avec amusement, avec admiration, avec agacement, avec reproche, il est bien plus expressif qu’il le croit, Charles ne le lui a jamais dit, mais Edwin ne sait tout simplement pas cacher ses émotions. Et lors des grands moments, des grandes étapes de leur vie, il y a tellement de choses dans son regard. Peut-être trop de choses pour que de vrais yeux humains puissent le retranscrire.

Ou peut-être qu’Edwin n’est pas si heureux que ça d’être vivant. Après tout, que va-t-il rester des Dead Boy Detectives, maintenant qu’ils ne sont plus des Dead Boy ? C’est l’œuvre de sa vie – enfin, de son existence sur Terre – que Charles a réduit à néant avec son souhait. Qu’est-ce qui se cache derrière ce sourire beaucoup trop simple et ce regard qui devient simplement interrogatif ?

― Charles ? » demande Edwin. « Qu’est-ce qui ne va pas ?

― L’agence… Edwin, je suis désolé, mais avec mon souhait, on a… on a perdu l’agence !

― Ne soit pas stupide. Revenir à la vie est bien plus important que de garder l’agence. On est ensemble, Charles. C’est l’essentiel, non ?

Charles fait taire ses doutes. C’est sans doute la confusion. Revenir à la vie est tout ce qu’il a toujours souhaité, mais jamais il ne l’aurait fait si Edwin n’était pas compris dans l’équation, jamais. Et là, tout est réalisé. Tout est absolument parfait.

Crystal revient avec un médecin, qui dit :

― Ah, je vois que notre jeune patient est réveillé ! Parfait. Est-ce que vous pouvez répondre à quelques questions pendant que je vous examine ?

Il vérifie comment va Charles – il y a si longtemps qu’il n’avait pas senti un stétoscope froid sur sa poitrine et il se sent absurdement fier que le médecin entende son cœur battre là-dedans, comme s’il avait réussi un exploit, et quel exploit ! Le médecin l’interroge aussi, principalement pour vérifier si Charles n’est pas confus, et semble assez rassuré.

Il y a bien un léger moment de panique quand il lui demande sa date de naissance et que Charles commence à donner la bonne, avant de bloquer pour l’année – on est en 2024, il ne peut pas dire qu’il est né en 1973 alors qu’il a récupéré le corps de ses seize ans ! Heureusement, le temps qu’il calcule combien font 2024 moins 16, Edwin vient à son secours pour donner l’année à sa place. 2008. Il est censé être né en 2008 pour avoir seize ans maintenant.

Quand il avait seize ans, 2008 c’était le futur. Ils étaient censés avoir des machines volantes et des stations balnéaires sur la lune, des trucs comme ça. Au lieu de ça il y a eu Internet. Il va vraiment falloir que Charles apprenne à l’utiliser s’il veut passer pour un authentique adolescent de cette époque. Oh, il va lui falloir un smartphone ! Il va pouvoir utiliser les écrans tactiles maintenant ! Ça n’avait jamais fonctionné avec ses mains de fantome, à sa grande frustration.

Apparemment Edwin et Crystal l’ont amené à l’hopital inanimé, les premiers examens n’ont rien trouvé d’étrange et il s’est réveillé spontanément au bout de deux heures. Le médecin fini donc par conclure à un malaise vagal, rien d’inquiétant, et lui dit qu’il peut partir. Charles est ravi. Il est vivant, il se sent parfaitement en forme, et maintenant, il veut manger quelque chose, et pas un plateau de l’hopital !

― Allons au restaurant ! » s’exclame Charles. « Je veux manger des hamburgers ! Une pizza ! Des spaguettis !

Crystal et Edwin l’accompagnent, ravis de son entousiasme, et le guident dans une direction qui n’est pas du tout la sortie de l’hopital.

― On va éviter de remplir des papiers qu’on ne peut pas remplir avec ta vraie identité » explique Crystal. « Et on a quelqu’un qui nous attend dehors pour nous ouvrir la porte.

― Hein ? Qui ça ?

― Tu verras. » répond Edwin « Mais je suis certain que tu apprécieras.

Ils se faufilent par une sortie de secours en pouffant comme les adolescents en train de commettre une bêtise qu’ils sont, et c’est absolument fabuleux. Puis Charles voit qui tient la porte qui leur a permis de sortir, et là c’est plus que fabuleux.

― Niko !

Lui et la jeune fille se jettent dans les bras l’un de l’autre. Niko saute presque sur place tout en continuant à le serrer contre elle, et Charles fini par sauter en rythme avec elle pour ne pas avoir à la lâcher trop vite. Elle s’écrie :

― Je suis revenue aussi, Charles ! Et mon père aussi ! Mon père est vivant, je lui ai téléphoné pendant qu’on attendait que tu te réveilles ! C’est merveilleux, Charles ! Tout est merveilleux, et c’est grâce à toi et à tes souhaits ! »

Charles sent le trop-plein d’émotions l’envahir et déborder. Il laisse ses larmes couler sans retenue. Edwin et Crystal se joignent à Niko pour l’enlacer et, tous les quatre, ils se serrent les uns contre les autres, aussi fort qu’ils le peuvent. Ils ont réussi. Charles a réussi. Tout est bon, tout est bien, et d’une façon qu’il n’est pas certain de comprendre c’est grâce à lui. Jamais il ne s’est senti aussi heureux ni aussi fier.