Work Text:
Enjolras courrait dans les rues, essayant d’esquiver les personnes autour de lui. Lorsqu’il heurtait une épaule, il s’excusait tout en continuant de courir. Il était en retard. Très en retard même. Il s’était endormi tard la veille et avait oublié de mettre son réveil.
Courfeyrac l’avait réveillé, étonné de le voir toujours là alors que son cours commencait dans vingt minutes. Paniqué, Enjolras s’était précipité hors de la maison, un petit pain dans la main. Il avait raté son métro de peu et attendre le prochain prenait trop de temps. Il était obligé de rejoindre l’université à pied et surtout en courant, pour essayer de ne pas trop arriver en retard. Il aimait beaucoup suivre les cours de Lamarque, ils étaient toujours intéressants. Et elle n’était pas la prof la plus compréhensive, surtout en ce qui concerne les retards...
Alors qu’il esquivait un homme avec une poussette, il rentra dans une autre personne, qu’il n’avait pas vue. La force de l’élan le fit reculer de quelques pas.
« Pardon, je regardais pas où j’allais. » s’excusa Enjolras, terriblement désolé mais déjà prêt à reprendre sa course.
« Comme on se retrouve ! »
Enjolras s’immobilisa, leva la tête et reconnu tout de suite la personne dans laquelle il avait foncé. Même s’il n’était plus vêtu de son costard bleu, il avait de nouveau un sweet taché de peinture. La touffe de cheveux ébouriffé aidait aussi dans la reconnaissance.
« Grantaire ! » lâcha Enjolras, étonné.
Devant lui, se tenait l’artiste qu’il avait rencontré il y a quelques semaines dans son exposition d’art. Ils avaient débatu un moment sur le balcon, Enjolras ignorant qu’il parlait à la star de la soirée, jusqu’à que Grantaire saute du balcon, fuyant une de ses amies.
« Salut Apollon. »
« C’est toujours pas mon nom. » souffla Enjolras.
« Ah ? Je dois avoir une mauvaise mémoire alors, j’étais certain que tu étais un Dieu vengeur. » répliqua Grantaire, faisant référence à la discussion qu’ils avaient eu à l’exposition.
« Ah.ah.ah. » grimaça Enjolras.
« En tout cas, je suis content de te revoir. » continua-t-il. « Je me demandais comment… Éponine c’est ça ? avait réagi à ta fuite. »
« Oh, elle était rouge de rage et a bien failli m’émasculer mais elle a fini par me pardonner. De toute manière, elle savait que je voulais pas être là et que j’allais m’enfuir sitôt que je le pouvais. »
« D’ailleurs, c’est quelque chose que je comprend pas, tu fais une exposition mais tu veux pas y assister, c’est un peu contradictoire non ? »
Grantaire éclata de rire. C’était un son grave et chaleureux et l’homme riait avec tout son corps, sa tête se penchant en arrière, ses épaules détendues.
« C’est vrai que ça peut sembler paradoxale. Mais tu sais quoi ? Je vais pas te répondre. »
« Quoi ? »
« Non, j’aime bien m’entourer de mystère. » dit l’artiste sur un ton grave, faisant bouger ses doigts comme s’il faisait de la magie. Enjolras ne put s’empêcher de rire devant le ridicule de la situation.
« Vas-y, garde tes secrets, je - »
Soudain, une sonnerie retentit. Elle provenait du téléphone d’Enjolras et c’était Combeferre qui l’appelait. En faisant un signe de la main d’excuse, Enjolras décocha.
« Ferre ? Qu’est-ce qui se passe ? »
« Enjolras, le cours commence dans cinq minutes. »
« Oh merde. » lâcha-t-il. Il avait complètement oublié ! « J’arrive ! »
Combeferre ne répondit rien mais soupira en raccrochant.
« Je suis désolé mais… »
« Tu es en retard ? » le coupa Grantaire.
« Ouais, même très en retard. »
« Alors je vais pas te retenir plus longtemps. »
« Désolé, j’aurai aimé qu’on puisse continuer à discuter. » Et en même temps qu’il disait cette phrase, Enjolras réalisa à quel point c’était vrai. Il aimait bien ces conversations avec l’artiste, même si elles avaient été plutôt brève jusqu’à présent.
« Pas de souci, cours sauver le monde Apollon. »
« C’est juste un cours de droit. »
« Premiers pas pour renverser le capitalisme. » répliqua Grantaire.
« Pas faux. Bref, j’y vais ! » Enjolras lui fit un signe de la main, signe rendu par l’artiste, et reprit sa course dans les rues de Paris.
Il arriva devant l’auditoire quelques minutes après l’ouverture des portes. Heureusement, le cours n’avait pas encore commencé et Combeferre lui avait réservé une place dans les premiers rangs. Haletant, il s’effondra sur sa chaise et sortit précipitamment ses affaires de son sac sous le regard jugeant de son meilleur ami. Au moins, Combeferre attendit qu’il soit prêt avant de commencer sa réprimande.
« Tu devrais te coucher plus tôt. »
« Je sais… mais… c’était important. » marmonna Enjolras en même temps qu’il commençait à grignoter son petit pain.
« Je pense que les apports des réseaux sociaux sur le rayonnement des Amis de l’ABC pouvait attendre le matin. »
Enjolras grimaça, pris en flagrant délit. Il avait la mauvaise habitude d’envoyer des messages sur les idées qui lui traversait l’esprit, même au milieu de la nuit. Courfeyrac avait plaisanté en disant que son cerveau fonctionnait mieux la nuit que le jour.
Par chance, Lamarque arriva à ce moment, lui permettant de ne pas répondre. De toute manière, il n’aurait pas su quoi dire pour sa défence.
Alors qu’il finissait son petit déjeuner tout en prenant des notes, Enjolras repensa à l’échange qu’il avait eu avec Grantaire. Et une pensée lui vient : pourquoi l’artiste s’était rappelé de lui ? Il n’avait pas particulièrement mémorable la première fois qu’ils s’étaient vu. Là, où Grantaire avait fait forte impression en se changeant devant lui et en sautant du balcon. Mais Enjolras n’eut pas l’occasion d’y penser plus en détail, Lamarque rentrait dans des détails techniques. En tout cas, il espérait qu’ils allaient se revoir. Il aimait bien leurs échanges.
