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Fandom:
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Characters:
Language:
Français
Stats:
Published:
2025-02-19
Completed:
2025-06-29
Words:
10,393
Chapters:
2/2
Kudos:
3
Bookmarks:
1
Hits:
109

Secrets mornings

Summary:

Où Izuku se prend pour un livreur Uber eat, sans les frais de livraison.
Où Katsuki ne comprend pas à quoi joue ce dernier.
Où le destin est un allié de taille, finalement.

Notes:

(See the end of the work for notes.)

Chapter Text

C’est son jour de repos.

Et même qu’il pourrait, peut-être, embrayer sur un week-end si tout se passait bien, si aucun vilain ne venait à se pointer. Quelque part au fond de son lit, il prie pour avoir la paix pour les trois prochains jours. 

Les rayons du soleil viennent lui chatouiller le visage, filtrer et adouci par ses rideaux, et le tirent du sommeil réparateur dans lequel il était encore à demi plongé quelques minutes auparavant. Un fin sourire se dessine sur ses lèvres et il change de position pour mieux écraser sa tête dans un de ses – trop – nombreux oreillers qui trônent fièrement dans son lit. En étoile de mer, complètement détendu et assez reposé pour quelqu’un qui vient d’enchaîner deux semaines sans repos, il laisse échapper un soupir de bien-être. 

Katsuki Bakugo adore être en repos.

Putain, il aime juste dormir jusqu’à pas d’heure pour récupérer de son boulot éreintant, mais qu’il adore quand même par dessus tout – se bastonner pour sauver des vies et montrer sa supériorité n’a pas de prix. Il embrasse pleinement son rêve de gosse, alors il ne va pas se plaindre non plus … Mais il aime ce sentiment de plénitude qui s’empare de lui quand il est en congé, loin des embrouilles, loin des crétins bruyants, hors de portée des vilains. Cela suffit à le mettre de bonne humeur.

Ouais, il ne se lasse pas de traîner au lit et de se faire réveiller par les rayons du soleil qui tentent désespérément de percer à travers ses rideaux. Il adore avoir le droit de prendre le petit-déjeuner devant sa télévision, toujours emmitouflé dans ses couvertures douillettes. Le cendré peut même faire une croix sur ses vêtements qui l’étouffent et rester en caleçon ou jogging toute la journée. Mais surtout, il a la chance de ne croiser aucune tête familière qui finirait inévitablement par l’agacer. 

Vraiment, il n’y a pas à dire : c’est bien ce genre de journée qu’il préfère mais jamais il ne le confiera à quelqu’un … Pas même à ce crétin de Kirishima qui s’était auto-proclamé comme son meilleur-ami ces dernières années. C’est son plaisir secret, et le partager entre lui et lui, lui convient très bien. 

Sauf que bon, la vie du grand Katsuki Bakugo n’a jamais été un long fleuve tranquille … Lui-même n’est pas un fleuve tranquille, de toute façon. Il est plutôt comme un volcan qui risque d’entrer en ébullition à chaque fois qu’il respire. Alors, dans la logique des choses, puisque rien ne se passe jamais comme il peut le vouloir – et la faute à qui, hein – il est évident que quelqu’un s’amuse à venir le déranger, à l’emmerder royalement dans ses routines matinales de congé. 

Ouais … Quelqu’un s’amuse à s’immiscer dans son plaisir secret. Quelqu’un …, quelqu’un qui aurait bien pu être un inconnu que ça aurait été pour Katsuki moins pénible. Il a fallu que ce soit un type que le cendré connaît, et que trop bien. Un type qu’il se coltine déjà depuis des années. un type dont il n’arrive pas à se débarrasser. Un type qui est accroché à sa jambe de la pire des manières qui soit. Et tout aurait sûrement été plus facile si ouais, le crétin qui venait lui briser les burnes se trouvait être un pauvre étranger à ses yeux. L'envoyer – violemment – bouler ne l’aurait pas dérangé, pas même une seconde. 

Mais cet emmerdeur là … Non, pas moyen qu’il lui fasse lâcher prise. Sinon, il serait déjà passé à l’action. 

— Katchan, vient m’ouvrir. Je sais que t’es réveillé. 

Voilà, l’emmerdeur numéro un de sa vie en plus d’être numéro un des héros. Celui qu’il tente de dégager depuis qu’ils ont trois ans. Mais toutes ses tentatives ont été vaines, inutiles. Ce con a même réussi à se dégoter un alter par miracle pour continuer à le poursuivre, pour poursuivre leur rêve d’enfant, pour continuer à lui traîner dans les jambes. 

Ce type …, qui n’est jamais en avance, jamais en retard. Que la ville puisse avoisiner les trente degrés en été ou chuter en dessus de zéro lors des hivers … Depuis plus d’un an, il se tient là devant sa fenêtre de chambre. Il ne vient qu’uniquement pendant les jours où il est en congé, et Katsuki se demande toujours comment est-ce que c’est bien possible. Comment est-ce qu’il peut connaître ses jours de repos alors qu’ils ne font pas partie de la même agence héroïque ?

Un coup contre le carreau de sa fenêtre l’oblige à jeter la couverture au pied de son lit. Il ne désire pas non plus entendre encore une fois la foutue voix du nerd l’appeler, ni même qu’il ne brise de nouveau sa vitre. Car oui, c’était déjà arrivé une fois, la fois de trop si quelqu’un venait à lui demander son avis et Bakugo avait retenu la leçon … Dans les premiers jours, la cinquième fois, précisément, qu’il lui avait fait le coup de venir toquer à sa fenêtre. Sûrement parce qu’il en avait eu marre de ne pas comprendre pourquoi, bon sang, pourquoi Izuku s'acharnait-t-il dans sa connerie … Katsuki, dans un excès de colère, l'avait laissé poireauter derrière la vitre. Ajoutez à cela qu’il faisait beaucoup trop froid pour qu’il ait le courage de sortir de sous sa couette. Traitez-le de monstre si cela vous chante, mais tant pis pour l’autre imbécile aux cheveux verts : qu’il meurt de froid tout seul, le cendré ne lui avait pas mis un couteau sous la gorge pour qu’il vienne l’emmerder les matins de ses congés. 

Bon, bref. 

Katsuki avait fait l’erreur de croire que Izuku allait abandonner aussi facilement. Tout doucement, il s’était rendormi, savourant le cocon douillet dans lequel il était emmitouflé. Chose qu’il n’avait pas eu la chance de savourer bien longtemps, si quelqu’un lui demandait son avis encore une fois, puisque Deku dans accès de colère cette fois, avait fait voler en éclat son carreau et lui avait offert, en passant, un coup d’éclat vocal. Rageur, il lui avait aussi jeté le petit déjeuner au visage, lui faisant grâce d’un joli oeil au beurre noir. 

Il se souvient même de son “Bien fait pour toi, pétard mouillé.”, lâché à la hâte alors qu’il disparaissait de son rebord de fenêtre. Maintenant, il veillait bien entendu à ne pas reproduire cette erreur.

— Quand est-ce que tu vas arrêter ton numéro, le nerd ?

Oui, le tact n’est pas son point fort et la politesse est totalement absente de sa personne. Et puis de toute façon il emmerde royalement le reste, Izuku lui tape sur le système. 

Le héros numéro un du moment reste accroupi devant lui et se contente de lui tendre un sac en papier beige avec un sourire à faire pâlir le soleil. Bakugo ne sait jamais si c’est l’odeur alléchante qui se dégage ou autre chose qui donne tant envie à son ventre de se retourner et à son cœur de danser la samba. 

— Dépêche-toi de retourner au lit, Katchan. Ça va refroidir.

— Ne m’donne pas d’ordre, Deku, il râle parce qu’il est comme ça. Et arrête de v’nir ici, putain. 

C’est toujours la même chose, la même dispute enfantine, le même dialogue entre eux. Et Izuku a toujours cet air agaçant coller au faciès, comme s’il s’amusait au dépend de Katsuki, comme s’il prenait plaisir à se faire envoyer sur les roses. Évidemment que le cendré a bien tenté de comprendre, de demander pourquoi avant de refermer brutalement sa fenêtre … Pourquoi tout ce cirque pour lui ? Mais Midoriya a la fâcheuse manie de toujours esquiver la question d’un simple sourire qui lui remue les tripes – là-dessus, aucun doute que c’est lui qui lui fait cet effet – et ça lui donne toujours envie d’activer son alter et de le forcer à disparaître. 

Désormais, Katsuki s’en accomode pas mal. C’est une habitude qu’il a pris que de voir le nerd devant son carreau, que de le voir se tirer dès qu’il a le malheur de gratter à la dernière minute des informations. 

Quand Kirishima lui demande comment les choses avancent entre eux … Katsuki se permet de lui gueuler dessus, parce qu’il ne souhaite rien partager de ses sentiments ni de ses instants uniques qui se déroulent entre eux. D’accord, il râle aussi quand Deku se pointe à sa fenêtre mais juste pour rester dans son personnage, juste pour la forme et dans le seul but de maintenir l’illusion. Le cendré aime se complaire dans cette petite comédie et puis quelque part, il est effrayé, il avoue. Peut-être que Izuku cessera son manège le jour où il lui montrera qu’il apprécie ces moments plus que de raison ? 

Enfin bon … Si Eijiro est bête comme ses pieds, Bakugo sait néanmoins qu’il ne dupe pas Deku. Le vert a parfaitement compris au fil de ses visites impromptues que le cendré n’est pas assu ennuyé qu’il ne le prétend. Ils ont grandi ensemble après tout, ont vécu dans le même bâtiment pendant trois ans alors le vert sait forcément comment Katsuki fonctionne. Il en connaît tellement sur lui que cela aurait dû mettre la puce à l’oreille de l’explosif, qu’il aurait dû y penser … Deku est le seul à le connaître comme sa poche. 

— Au lit, Katchan. 

La main chaude de son ami d’enfance sur sa joue lui offre l’opportunité de se reconnecter avec la réalité. Et merde … Maintenant, ses joues chauffent dangereusement. Stupide nerd. 

— Ne reviens pas ! 

— Oui, Katchan. 

Le rire du vert atteint ses oreilles et putain de merde, qu’il dégage rire ailleurs parce que son estomac se retourne d’une façon étrange. Le bruissement caractéristique du départ de son ami grâce à son alter retentit et la place qu'occupait Izuku est vide. Peut-être que c’est la déception qui lui fait refermer si vite le carreau. Peut-être que l’absence de la présence du nerd qui le fait se jeter au fond de son lit pour savourer son petit-déjeuner pour combler une quelconque absence. 

N’empêche, il se sent un peu chanceux de l’attention que Izuku lui porte lors de ses matins de congés … Rien qu’un peu, seulement. Katsuki ne sait pas si c’est le genre de chose “normale” entre amis d’enfance, mais ça ne le dérange plus tant que cela depuis longtemps. En réalité, peut-être que c’est sa vieille sorcière de mère qui a missionné le nerd et qu’il ne fait rien d’autre que lui rendre service ? 

 

Bizarrement, l’idée ne lui plaît pas. 

*

 

— Qu’est-ce que tu veux, tête d’ortie ? Katsuki ronchonne en décrochant.

Il est encore venu ? le rouge s’excite à l’autre bout du fil, quelques secondes après avoir entendu la voix du cendré. 

L’explosif se cale mieux dans le fond de son lit, de sorte à avoir tout son corps encore emmitouflé dans sa couette, le téléphone posé sur un de ses oreillers et le visage apparent. Bordel … Il déteste avoir sur le bout de son nez et pourquoi est-ce qu’il a décroché, même ? Il aurait dû faire comme à l’usuel, c’est-à-dire, laisser son portable sonner dans le vide, parce que maintenant Kirishima va l’emmerder. 

— Qui ça ? 

Ouais, il préfère largement feindre de ne pas comprendre, de ne pas saisir la question et de jouer à l’imbécile plutôt que de répondre. Et puis, si jamais il ose répliquer trop rapidement, il a peur de se faire griller en beauté. 

Arrête de faire semblant, tu sais très bien que je parle de Midoriya. Alors ? 

— Comme d’habitude, il abdique finalement en grognant. Lâche-moi maintenant.

Alors ? Eijiro redemande tout de même, ignorant le caractère ronchon de son meilleur-ami.

— Mais qu’est-ce que tu veux que j’te dise, bordel ? Bakugo s’emporte enfin. Il est venu, a toqué comme une brute à ma fenêtre, m’a filé mon p’tit-déjeuner et ensuite j’lui ai dit de s’barrer ! 

Bon. 

Peut-être qu’il vient tout juste de mentir, rien qu’un peu , en disant que Deku a cogné comme un bourrin, mais et alors ? Franchement, qu’est-ce que ça peut bien lui foutre à l’autre caillou ? De toute façon, il ne le saura jamais, parce que ce n’est pas comme si ce maudit nerd allait aller lui raconter. 

Ah, mec … 

Eijiro soupire puis se met à rire la seconde suivante comme un con à travers l’appareil électronique et Katsuki commence à sentir l’agacement lui monter au nez. C’est toujours le même cirque avec le rouge : chaque soir de ses journées de congés ce con lui tient la jambe pendant une heure parce qu’il – et là, le cendré le cite – désir, veut, souhaite et exige de tout savoir de ses entrevues avec Izuku. Vraiment tout. Parfois, il est à la limite de lui demander comment l’autre emmerdeur était fringué ou bien ce qu’il a pu mettre dans son sachet. Comme s’il en avait quelque chose à foutre. 

Tu lui as déjà demandé de rester ? 

Oh. Pas bête ça. 

En plus d’un an, c’est vrai qu’il n’est jamais resté plus d’une quinzaine de minutes avec lui le matin, parce que Deku est celui qui décrète quand il est temps pour lui de décamper. Et puis, honnêtement, Katsuki avoue un peu honteusement qu’il n’a jamais cherché non plus à le retenir. Évidemment parce qu’au départ il avait été plus énervé et agacé de sa présence, plus que usuellement du moins. Mais maintenant … Maintenant qu’il a appris – à contrecoeur – à apprécier la présence de Izuku, à savourer les picotements dans son estomac et les tiraillements au niveau de son coeur et à être presque heureux de le retrouver le matin devant son carreau, il se sent stupide de ne pas avoir pensé à lui dire de rester, ne serait-ce qu’une fois. 

— Ah ? Pour quoi faire ? 

Mais bon … Avec Kirishima à l’autre bout du fil, il vaut mieux tenter la carte du mec qui y a déjà réfléchi mais qui n’a pas trouvé d’utilité à cette demande, pas d’intérêt. Garder le personnage arrogant, sûr lui. 

Tu ne t’es pas dit que ça lui ferait plaisir ? 

— C’est Deku, hein. Il est heureux pour un rien. 

Et quoi, alors ? C’est vrai, non ? Rien que ce matin, l’abruti en vert souriait comme un demeuré alors qu’il venait tout juste de tirer sur son rideau. Rendez-vous bien compte du degré de simplicité du mec. Izuku avait réellement eu le sourire, le genre de sourire qui remonte jusqu’aux oreilles, qui lui mange la moitié du visage, qui illumine ses yeux. Le type de sourire que Bakugo n’a jamais pu se voir en peinture lors de leurs années collèges pour des raisons qu’il qualifierait de stupide, mais qui le réconfortait dans les situations désespérées qu’ils avaient affrontées en entrant au lycée. Ce sourire trop lumineux qui lui retourne l’estomac, qui donne à son coeur envie de battre un brin plus vite. 

Tu n’es vraiment pas croyable, Kats. Essaie de lui demander de rester un jour … La tête d’ortie le conseil, moqueur. 

— Qui t’a sonné, toi ? Katsuki attaque, très peu enclin à recevoir ce genre de conseil et surtout de la part d’un mec qui n’a rien vu des avances de Denki pendant quelques années.

Peut-être qu’il répondra à toutes tes questions, de cette manière ? 

Là, l’idée est très loin d’être stupide, Katsuki concède ce point à Kirishima. Et il est même à deux doigts de lui dire “merci” ou de le féliciter pour son sursaut d’intelligence. Mais parce qu’il est Katsuki Bakugo et qu’il s’agit de Eijiro Kirishima à l’autre bout de la ligne, que ce dernier lui tape gratuitement sur le système les trois-quarts du temps, le cendré lui raccroche au nez. 

Libérer du rouge, il s’empresse de reposer son portable sur sa table de nuit et de cacher son bras sous sa couette. Katsuki se laisse glisser entièrement à l’intérieur, cachant sa tête entre l’oreiller et le nuage qui lui sert de couverture. La sensation de ne pas comprendre, l’impression de ne pas être plus avancé que cela l’étreint silencieusement, s’enroule autour de lui avec douceur. Il n’y a que Deku pour le mettre dans tous ses états, pour lui donner matière à réfléchir aussi intensément. Et Kirishima qui l’appelle à chaque fois pour connaître le pourquoi du comment, ne l’aide pas plus que cela à mettre de l’ordre dans ses pensées. Heureusement que les deux abrutis ne sont pas complices, parce que Katsuki n’a aucune idée de comment il ferait pour les affronter. 

Bon … Il ne va tout de même pas passer sa soirée à se triturer les méninges, à chercher des excuses à Izuku et à trouver un plan pour fumer Eijiro ; il a beaucoup mieux à faire. Un dernier cri rageur étouffé dans son oreiller et il se redresse, relance la série sur laquelle il a passé la journée. 

Demain est un autre jour. 

Demain lui apportera très certainement d’autres questions, peut-être quelques réponses. Mais Katsuki avisera sur le moment.



*

 

Même si son nouveau jour de congé commence plutôt bien parce qu’il n’a reçu aucun appel pour une quelconque urgence sans importance, quelque chose lui mange tout de même désagréablement le ventre. Peut-être est-ce dû à la pluie battante qui vient cogner contre ses carreaux, au ciel terriblement gris qui donne à sa chambre un air terne, sombre ? Il ne saurait le dire, mais aujourd’hui rien ne lui donne envie de se poser ne serait-ce que le bout de l'orteil en dehors de son lit, rien ne lui inspire confiance. 

Tout son instinct lui hurle que quelque chose ne tourne pas rond, que quelque chose ne va pas. 

Mais par principe, parce que c’est son jour de congé – un de plus – et que personne ne l’a appelé, il décide de laisser couler, décide que son instinct n’est pas toujours au top de sa forme. Si vraiment la population avait eu besoin de lui, les héros de sa génération et surtout son patron possédaient tous son numéro. Aucun appel manqué à l’horizon, alors c’est sûrement son imagination qui lui joue des tours. Le temps y est définitivement pour quelque chose aussi, à n’en pas douter. 

De toute façon, tôt ou tard, il sera amené à sortir de son plumard parce que Deku ne va pas tarder à venir cogner contre sa fenêtre. Katsuki profitera du sauvetage de son petit-déjeuner pour lui demander dans le même temps si un événement particulier avait eu lieu cette nuit ou ce matin, qui sait s’il n’y avait pas véritablement eu une attaque de vilain ? Et puis peut-être qu’il prendre son courage à deux mains pour lui demander de rester, juste le temps de partager ce putain de petit-déjeuner ? Après tout, ouais, il peut s’en servir comme excuse, avoir un sursaut de politesse, un éclair de gentillesse et lui proposer pour cette fois de lui préparer un truc … 

Si l’excuse du petit-déjeuner ne fonctionne pas, Katsuki jure d’utiliser celle du mauvais temps, de cette pluie infernale et de ce froid de canard qui glace la ville. Et bordel, si même cette excuse débile n’a pas raison du nerd, alors il serait – malheureusement – obligé d’oublier de prendre des pincettes et de le forcer à rester avec lui pour répondre à ses questions. Il n’en a rien à foutre de l’avis de nerd qui est pourtant le premier à savoir qu’il n’est pas un exemple de patience ou de la – future – grimace de Kirishima lorsqu’il jugera son acte plus que questionnable. 

Se retournant dans son lit afin de caler le haut de corps contre sa tête de lit en direction de la fenêtre, il n'en revient pas de se trouver là comme un idiot. Depuis quand est-il comme ça, si incertain face au vert ? Depuis quand se retrouve-t-il intimidé par un possible refus de la part de son ami d’enfance ? Bordel, tout ça n’a aucun sens. 

Mais Deku a cette foutu manie de tout remuer sur son passage, depuis toujours et encore plus avec lui et Katsuki n’a jamais su expliquer cette merde. Tout ce qu’il sait, c’est qu’à l’époque tout était forcément de la faute de Izuku, ce bon à rien, ce maudit nerd sans alter qui lui tenait tête pour tout et pour rien, malgré ses larmes, malgré la douleur. Aucun doute sur le fait qu’il l’avait longuement maudit et à de nombreuses reprises, qu’il a parfois souhaité le voir disparaître de sa vie. Heureusement – et putain, il n’en revient pas de penser ça – Deku n’a jamais fichu le camp, a toujours continuer de lui coller au cul. 

Sauf aujourd’hui. 

Peut-être que même lui, aussi fort et invincible qu’il puisse être, n’a pas voulu braver la pluie torrentielle qui s’abat sur la ville pour livrer un simple petit-déjeuner ? En y réfléchissant bien, c’est, après tout, complètement idiot et insensé de risquer sa santé uniquement pour apporter une connerie à quelqu’un qui ne l’a même pas demandé. Encore plus dans leur cas, parce qu’il s’agit de lui, le ronchon de service qui l’envoie toujours sur les roses. Sûrement qu’il a enfin pris au pied de la lettre son “Et ne revient pas !” d’hier matin, sorti sous l’impulsion ? 

Sa tête se secoue d’elle-même alors que son regard ne lâche pas d’une semelle la source de lumière de sa chambre. non, c’est impossible qu’il ait appliqué son ordre … Plus d’un an qu’il lui rabâche la même chose et aujourd’hui il se décide à l’exécuter ? Très peu probable, Deku est le type le plus acharné, le plus buté – après lui – qu’il lui ait été donné de rencontrer, de côtoyer et d’apprécier. 

Pas moyen. C’est assurément le déluge dehors qui lui passe, pour une fois, l’envie de venir le voir. 

 

*

 

Son téléphone sonne une première fois, le tire du sommeil réparateur dans lequel il est plongé pour son troisième jour de repos. Mais il ne s’en formalise pas, il rappellera plus tard, quand il sera un peu plus éveillé, plus alerte et de meilleure humeur après un bon café. Pour l’instant, comme ce maudit appareil vient de le tirer des limbes du sommeil, Katsuki s’accorde au moins le droit d’émerger de la façon qui l’arrange, et aussi longtemps qu’il le souhaite.

Hier soir, il s’est endormi tard, trop plongé dans sa série il en avait oublié l’heure. Avant ça, il a quand même passé une bonne partie de sa journée, le visage enfoncé dans l’oreiller à guetter sa fenêtre d’un œil sombre. Pas qu’il attendait Deku, hein. En réalité, il avait attendu le moment où les nuages et la pluie se lasseraient, s’éclipseraient pour enfin laisser un peu de place au ciel bleu et au soleil chaleureux. De temps en temps, avec un minimum de force, il avait traîné sa carcasse hors de son cocon pour une bonne douche, des besoins pressants et un ventre à remplir.

Et quand la nuit était tombée, avant la pluie et les nuages gris, il avait enfin trouvé le courage de détourner le regard de son carreau et s’était sérieusement attaqué à sa nouvelle série. Série sur laquelle, épuisé, il s’était endormi en profitant du calme qui s’était fait une place à l’intérieur de son crâne – qui n’avait cesser de crier le stupide surnom de Izuku toute la putain de journée – et de sa position plus que confortable, pour se laisser glisser dans les bras de Morphée.

Peut-être que Deku passera ce matin ? La pluie a cessé de tambouriner sur la ville.

La sonnerie de son cellulaire retentit une seconde fois dans sa chambre, l’écartant cette fois de ses pensées douteuses et de son état de somnolence. Visiblement, la personne qui tente de le joindre n’a pas le même avis que lui sur son envie d’émerger calmement et sereinement. Alors à tâtons il cherche son téléphone, avant que l’envie d’éclater cet objet bruyant contre le mur le plus proche ne se saisisse de lui. En voyant le nom de la tête d’ortie s’afficher, il eut un mouvement d’hésitation … Putain. Katsuki a cru avoir la paix avant-hier soir, a cru qu’il avait compris la leçon. Mais non ! 

— Putain, mais qu’est-ce que tu veux, ducon ! Katsuki l’agresse, de mauvais poil. 

Il lui semble discerner un reniflement depuis l’autre bout du fil, mais il n’en est pas bien certain. 

— Tu chiales ? il s’étonne, curieux. Qu’est-ce que tu as encore fait à Denki ? 

C’pas Denki, marmonne le rouge. 

Katsuki est complètement perdu et son agressivité retourne se planquer dans un coin. Il n’est pas un ami en carton.

— Qui alors ? 

Midoriya. C’est Midoriya …

Le cerveau de l’explosif cesse de fonctionner correctement. Midoriya comme Izuku ? Comme ce maudit nerd de Deku qui lui traîne dans les jambes en permanence ? 

— Qu’est-ce que tu lui as fait, Eijiro ? il grogne, soudainement à cran à cause de l’étrange tension qui vient gratter dans son estomac. 

C’n’est pas moi ! le rouge se dédouane rapidement. Je te le jure.

— Explique-toi. 

Son bras repousse la couette noire dans laquelle il se pavanait encore quelques minutes avant, et ses jambes se balancent d’elles-mêmes en dehors de son lit. Le contact avec le sol froid, gelé lui offre une frisson qui lui passe rapidement tant l’angoisse monte en lui, le fait surchauffer. 

Hier tard dans la nuit, Denki et moi on a été appelé en renfort dans le secteur de patrouille de Midoriya et Todoroki. 

Katsuki meurt d’envie de hurler sur Eijiro, de lui dire d’accélérer, de passer la seconde parce que le suspense va le tuer, la tension l’étrangle. La seule chose qui lui importe est Deku . Deku et sa santé. Deku et son état. Deku et qu’est-ce qui avait bien pu se passer là-bas, bordel ? 

On est intervenus. Sauf que les choses ont dégénéré et ça a été un gros bordel.

— Pourquoi personne ne m’a appelé, putain ? Katsuki siffle, le téléphone collé tout contre son oreille. 

Parce que … Eijiro hésite, semble chercher ses mots puis peser le pour et le contre. Bon sang, parce que Izuku nous a demandé de te foutre la paix.

— Quoi ?

Qu’est-ce que l’autre caillou vient de lui dire ? Comment ça, lui foutre la paix ? Izuku n’a quand même pas ordonner aux autres de ne pas le contacter parce qu’il était en congé, tout de même ? Le nerd n’est pas aussi con, pas vrai ? Il n’a tout de même pas privilégié son repos face à des vilains, face à un combat qui engageait aussi la protection d'innocents ? 

— Eijiro, répète-moi ça.

Ne t’énerve pas, il voulait juste … Juste bien faire pour toi, penser à toi. Tu le connais, pas vrai ? Il savait que ça faisait quelques semaines que tu avais enchaîné le boulot sans te reposer.

Très bien.

Katsuki attend juste que Eijiro lui dise où se trouve maintenant Deku. Juste ça, juste cette petite information pour qu’il s’habille et ne file l’attraper par le col pour lui fumer la tronche. Izuku n’est qu’un pauvre con totalement inconscient.

— Où est-ce qu’il est ? 

Là aussi, ne t’énerve pas, Red Riot murmure la voix de nouveau tremblante. 

Putain. C’est vrai que Eijiro pleurait lorsqu’il a décroché. L’idée sordide, fugace qu’Izuku était peut-être … L’idée lui traversa l’esprit un instant, un peu à l’instar d’une étoile filante et s’échoua dans son cœur qu’il sentit tomber au fond de son estomac. Non …, c’est une supposition complètement débile. Deku est plus fort que ça …, pas vrai ? 

— Eijiro, dis-moi. Tout de suite. 

Son ton est pressant car Bakugo ressent le besoin immédiat de savoir, d’en avoir le cœur net. Il faut qu’il se rassure, que Eijiro lui dise que tout va bien, que ce n’est qu’un bras comme d’habitude ou une jambe à la rigueur. Mais rien qui n’était pas insurmontable, rien qui ne l’empêcherait de respirer. 

Il est à l’hôpital, depuis hier, milieu de matinée. Il est déjà passé au bloc et il ne se réveille pas …

Putain de nerd de merde.