Actions

Work Header

Le réveil

Summary:

Viktor n'est plus le même. Il a changé. Il s'est métamorphosé.

Il n'est plus humain.

Il était censé mourir.

Et Jayce l'a sauvé.

Notes:

Coucou !

On s'attaque aujourd'hui à une de mes scènes préférées de la saison 2 ! J'ai décidé de retranscrire le moment où Viktor se réveille et qu'il a cette conversation déchirante avec Jayce... (dans l'épisode 2 !).

Bonne lecture !

Work Text:

Viktor.

Une voix.

Un son étouffé.

Son nom soufflé.

Viktor.

Il ne pouvait pas bouger. Chacun de ses membres était paralysé, figé, bloqué par une substance qu'il ne savait pas nommer. Ses yeux étaient clos. Il le savait. Il le sentait. Il était comme plongé dans un lac gelé, mais ses sens anesthésiés reprenaient doucement vie. Une énergie courait dans ses veines. Il y avait ce pouvoir qui résonnait dans chacune de ses cellules. Il grimaça. Ou il essaya. Son corps lui était étranger.

Son corps était-il vraiment toujours là ?

La voix continuait. Son nom résonnait dans son esprit. Son esprit était toujours là. Oui, il était toujours là. Il revenait. Viktor. Oui, c'était lui. Viktor. L'appel était plus fort. Il devait s'extirper de sa prison. Était-ce vraiment une prison ? Il lui sembla que ses poumons s'emplirent d'un coup. Son cœur reprit sa course.

S'était-il vraiment arrêté ?

Viktor.

Viktor ouvrit les yeux. Il haleta. L'air pénétra dans ses narines. Il battit des paupières, tenta de distinguer son environnement. Le monde était flou. Le monde était obscur. Où était-il ? Était-il quelque part ? Était-il... ?

Il remua les doigts. Remua ses membres. Il tenta de reprendre le contrôle de son corps, de s'extirper de cette étrange prison. Il était englouti, à moitié immergé, à la verticale, dans une substance visqueuse et colorée, transparente et inconnue. Il se sentait serein. Apaisé. Son esprit était éloigné de tout, de toutes ces préoccupations et ces doutes qui paraissaient si intenses auparavant. Il n'y avait plus qu'une vague de chaleur qui remplaçait petit à petit le froid glacial qui avait engourdi son corps. Il n'y avait plus que la paix.

Viktor.

Il aurait aimé rester dans cette bulle protectrice pour toujours, mais la voix l'appelait, le tirait vers l'avant. C'était une voix qu'il connaissait mais qu'il n'arrivait pas à identifier. Une voix chaleureuse et rassurante. C'était cette voix qui le poussait, qui l'encourageait à bouger petit à petit ses doigts, à se libérer de ce cocon si agréable.

Alors, il l'écouta. Il continua à se mouvoir, gêné par la substance qui s'agrippait à sa peau. Il bougea. Encore et encore. Et enfin, il sentit son pied se poser à l'extérieur. Il réussit à s'extraire. Ses pieds nus rencontrèrent le sol et l'entraînèrent vers l'avant. Un pas. Un autre. Puis, il s'écroula sur ses genoux.

Il y eut comme un bruit de métal. Un bruit sourd qui résonna longtemps. Le regard de Viktor tomba sur ses jambes. Elles étaient... différentes. Métalliques. Pleines d'énergie. Ce n'était plus seulement sa jambe blessée qui avait une apparence inhumaine. C'était son corps tout entier.

Il papillonna, désorienté. Il ne comprenait pas où il était. Il ne comprenait plus rien. Il ne savait pas ce qu'il s'était passé. Son esprit n'était plus vide. Il s'était rempli. Il s'était trop rempli.

C'était comme si une multitude de voix se mélangeaient. Une multitude de sentiments. Des étincelles de lumière. Des vibrations. Des énergies puissantes. Viktor prit une longue inspiration, mais il ne sentit pas ses poumons se gonfler. Il baissa les yeux sur son torse. Métallique. Traversé par des rais de lumière. Inconnu. Étranger.

Il leva la tête et ses cheveux tombèrent de chaque côté de son visage. Ils caressèrent sa peau. Ses cheveux... Si longs. Étrangers.

Il trouva la force de se lever et d'avancer. Ses pas étaient lourds et hésitants mais le monde retrouvait son sens autour de lui. Il distingua les murs, la table sur laquelle reposait sa béquille, les murs tapissés d'étagères qui débordaient de livres et d'outils.

Il se jeta sur sa béquille et s'appuya dessus pour faciliter sa marche. Elle aussi était différente. Elle ressemblait plus à... un bâton. Une nouvelle canne, plus haute que lui, à laquelle il se sentait connecté.

Ses doigts se crispèrent autour du manche. Il avança d'un pas lent vers le fond de la pièce. Il y avait le grand bureau, recouvert de feuilles de papier, mais surtout, il y avait un homme affaissé, la tête contre ses bras, endormi contre la surface. Viktor reconnut Jayce. Mais c'était comme s'il le voyait vraiment. Il avait une vue plus claire. Une vision éclairée par ces vagues d'énergie qui pulsaient en lui.

Le dos de Jayce était recouvert d'un bandage taché de sang. Une blessure... Viktor put presque en connaître la cause. Rien qu'en l'observant. Son esprit lui lançait des messages étranges. Des appels incompréhensibles. Il fronça les sourcils et avança encore, fragile, faible malgré ce pouvoir qu'il sentait en lui.

De longs filaments de lumière se détachaient de sa peau pour se raccrocher au bloc visqueux mais pourtant compact dans lequel Viktor s'était réveillé. Comme un lien qui se distendait et qui décidait de se rompre, parce que Viktor s'éloignait toujours un peu plus de cette prison de magie.

Son corset métallique était incrusté dans sa peau. Il ne faisait qu'un avec lui. Sa peau était métallique. Son corps entier était taillé dans une matière qui n'était pas de la chair. Une matière à laquelle il n'arrivait pas à s'habituer, décontenancé par toutes les nouvelles sensations qui le submergeaient.

— Jayce, dit-il simplement lorsqu'il arriva auprès de son ami.

Jayce ouvrit les yeux et se retourna. Son regard trouva celui de Viktor. Un voile de surprise et d'incompréhension traversa son visage, avant d'être remplacé par une expression de soulagement.

— Viktor, souffla-t-il.

Il posa machinalement sa main sur son bandage avec un gémissement. Il prit une longue inspiration. Ses pupilles passaient des doigts de Viktor à son visage. Puis à ses jambes. Son torse. Ses bras. Il avait besoin d'un moment pour réaliser ce qu'il avait devant lui. Qui il avait devant lui.

— Par l'ethos !

Viktor resta immobile. Les émotions de Jayce lui apparaissaient clairement. Comme s'il regardait à travers une loupe. Tout était clair. Limpide. Facile.

Il entendait le cœur de son ami battre plus fort dans sa poitrine. Il aperçut la goutte de sueur qui coula sur son front. Mais Viktor ne ressentit rien, lui. Il n'y avait que cette lumière, cette énergie en lui. Il ne se sentait pas réellement lui-même.

Il leva légèrement sa main devant son visage et la retourna lentement pour la contempler. L'analyser. Il ne comprenait toujours pas. Tout était clair, sauf ça. Sauf lui.

— Que... que suis-je ?

Il se cramponna un peu plus fort à son bâton et planta son regard dans celui de Jayce.

— Tu... oh, tu es vivant ! s'exclama celui-ci en se passant une main dans ses cheveux, comme pour se prouver que tout était réel, que ce n'était pas un rêve.

Jayce avait du mal à réaliser. Son incompréhension résonnait au sein de l'esprit de Viktor. Le bonheur qu'il ressentait également.

Jayce se leva et se jeta dans les bras du scientifique.

— Tu es vivant !

Sa voix était pleine de chaleur, rassurante, agréable. Son étreinte aussi. Enfin, c'était sûrement le cas. Mais Viktor ne sentait pas la peau de Jayce contre la sienne. Il répondit tout de même à sa marque d'affection, sceptique, hésitant, en posant sa main sur son dos pour l'enlacer à son tour. Yeux plissés, menton contre son épaule. Viktor pouvait presque apprécier le moment. Presque. Mais il y avait comme un trou béant à l'intérieur de lui.

Jayce le serra un peu plus fort, avant de mettre fin à leur étreinte, gêné.

— Oh, euh...

Il recula, désarçonné, et plaça ses mains sur les épaules de son ami, sans toutefois le regarder dans les yeux. Quelques secondes passèrent. Comme une éternité. Puis il releva le menton, l'air plus assuré.

— Tu dois sûrement avoir froid.

Il le relâcha et se tourna pour aller chercher de quoi le protéger du froid. Mais Viktor n'avait pas froid. Il ne saisissait pas complètement le sens de ce mot. Il lui semblait tout autant étranger que son propre corps et l'espace dans lequel il évoluait.

— Froid ?

Il marqua une pause. Il réfléchissait profondément à la question.

— Non, je ne crois pas.

Même sa voix lui paraissait différente. Qui était-il ?

Viktor.

Oui, c'était cela, Viktor. Viktor.

Jayce le recouvrit d'une cape. Viktor perçut à peine le frottement du tissu contre sa peau.

— Je sens une charge. Un potentiel.

Il se tourna vers Jayce. Celui-ci lui offrit un regard attendri tandis qu'il positionnait la cape pour éviter qu'elle ne glisse.

— Une impulsion récursive, poursuivit Viktor.

Il avait besoin de mettre des mots sur ce qui vibrait au fond de lui. Il avait besoin de trouver un sens à ces sensations nouvelles.

— C'est déplaisant, mais froid n'est pas le terme.

Les mots s'extirpaient lentement de sa bouche. Il se pencha vers le fond de la pièce, là où reposait toujours la prison d'énergie. Des sons étouffés s'en échappaient. La trace de son corps était toujours visible, comme un moule. La substance avait pris sa forme et s'était modelée autour de lui.

Ses gestes étaient lents. Il ne lâcha pas Jayce des yeux.

— Le Cœur Hextech...

C'était ça, il avait compris.

Jayce désigna le bloc d'un geste vif de la main.

— Viktor, il t'a sauvé la vie ! Euh, euh...

Il balbutia un instant.

— J'ignore comment... Il s'est adapté à tes blessures, il a... il a changé, évolué mille fois !

Son discours était convaincu, enflammé par l'excitation d'une expérience qui s'était révélée être une réussite.

Viktor déplia ses doigts lentement. Ses veines étaient des lignes de lumière translucides, ses os étaient taillés dans un métal gris-violet fascinant à observer.

— C'était comme si...

Jayce fit un pas en arrière.

— Comme s'il se liait à toi.

Il saisit vivement les feuilles éparpillées et les tendit à Viktor. Une des feuilles s'échappa du paquet et Viktor la contempla tandis qu'elle tombait sur le sol.

— J'ai fait au mieux avec les notes prises sur ta jambe, j'ai tout consigné. Il y a tant de questions sans réponse mais...

— J'étais censé mourir, l'interrompit Viktor en fermant le poing.

Jayce se figea. Toute sa vitalité sembla se dissoudre dans le ton accusateur de Viktor. Ils échangèrent un regard.

— Tu avais promis de détruire le Cœur, continua Viktor.

Jayce battit des paupières, décontenancé.

— Non mais... est-ce que tu réalises ?

Il marqua une pause.

— Heimerdinger avait tort sur toute la ligne ! Et nous aussi.

Une étincelle s'alluma dans des prunelles.

— C'est pas aussi terrible que... lâcha-t-il précipitamment.

— Il a tué Sky, Jayce.

La phrase claqua dans le laboratoire. L'air sembla se remplir de tension, il devint presque étouffant. Viktor avait parlé d'une voix molle, dépassée. L'expression sur le visage de Jayce changea. Ce fut comme un trop plein d'émotions qui le submergea brusquement. Il secoua la tête, recula, choqué.

— Non, non, non...

Viktor poussa un profond soupir.

— Elle avait de si beaux rêves.

Derrière Jayce, Sky apparut. Viktor écarquilla les yeux. Elle était là. Une apparition inattendue. Agréable. Elle lui offrit un regard timide et remit en place ses lunettes sur son nez. Ses doigts étaient posés sur son carnet. Elle était assise sur le bord du bureau.

Viktor se perdit dans cette illusion un instant avant de reporter son attention sur Jayce.

— Comme nous, par le passé.

Viktor avança vers le bureau. En quelques pas, il avait enfin une vue d'ensemble sur tout ce qui s'y trouvait. Il aperçut le carnet de Sky et fit glisser ses doigts sur la couverture rugueuse.

Il sentait la présence de Jayce derrière lui.

— Je vais renoncer à mon siège au Conseil.

Jayce avait la peau pâle, les joues creuses, l'air fatigué. Toute sa lassitude, Viktor la percevait. Comme une sphère d'énergie qui gonflait dans sa poitrine.

— J'y vois clair à présent, Viktor.

Il se rapprocha. Viktor ne se retourna pas.

— Ma place a toujours été ici, dans ce labo, avec toi.

Son souffle caressa son oreille. Il posa à nouveau sa main sur l'épaule de Viktor. Il serra légèrement, comme pour lui transmettre un message silencieux, une promesse. Un message que Viktor n'arriva pas à décrypter.

— On va trouver une solution tous les deux.

Viktor récupéra le carnet.

— Je dois faire mes adieux à cet endroit à présent. Et à toi aussi.

Le métal de sa canne résonnait à chaque fois qu'elle rencontrait le sol. Il avança vers la sortie, il s'éloigna du bureau et de Jayce.

— De quoi tu parles ?

Viktor ne s'immobilisa pas.

— Viktor, tu es mon partenaire, continua-t-il avec ferveur mais aussi une pointe de douleur.

Viktor se résigna à s'arrêter. Il lui fit face.

— Nos chemins se sont séparés il y a bien longtemps.

Son bâton frappa le sol en un écho terrible.

— Ce n'était que... l'affection qui maintenait ce lien entre nous.

Il haussa les épaules avec dépit. Ses cheveux lui tombèrent devant les yeux. Jayce secouait la tête, les larmes aux yeux, perplexe, perdu.

— Tu crois que c'est aussi facile ? répliqua-t-il. De tourner le dos à un peuple qui me voit comme son unique planche de salut ?

Il fit un pas vers Viktor. Ses bras s'agitaient.

— De me raccrocher à mes principes alors que mon meilleur ami se mourait dans mes bras ?

Et la gorge entravée par l'émotion, il s'écria :

— J'ai jamais rien voulu de tout ça !

Viktor l'écouta d'une oreille distraite mais ne répondit pas. Plus rien ne le rattachait à cet endroit. Plus rien ne le rattachait à Jayce. C'était fini.

Il n'était plus Viktor.

Alors il continua à avancer, de son pas lent et mesuré, bruyant, chaque coup de son bâton comme une fissure dans sa relation avec Jayce. Comme une manière tangible de mettre fin à cette amitié.

— Où est-ce que tu vas ?

Viktor se figea une dernière fois. Il offrit un dernier regard à son partenaire.

— Au revoir, Jayce.

Et il s'éloigna définitivement, laissant Jayce, démuni, seul, et blessé, dans cette pièce pleine de souvenirs et de souffrance.

Adieu, partenaire.