Chapter Text
Il y avait une maison qui occupait constamment l’esprit d’Adam.
Située à quelques petites dizaines de minutes à l’extérieur de Lille, elle avait attiré son attention de manière inexpliquée alors qu’il se rendait avec Morgane sur une scène de crime quelques semaines après le début de leur collaboration forcée. Un peu éloignée de la route, tout en étant facilement accessible, elle était au milieu d’un grand espace vert laissé malheureusement à l’abandon depuis un certain nombre de mois, voire d’années, à en juger par la hauteur des herbes. Ces derniers cachaient partiellement la maison, sans totalement l’occulter, laissant entrevoir la couleur bleue des volets. De ce qu’il en voyait pourtant, elle avait l’air d’apparence banale. À l’abandon, certes, mais banale. Malgré tout, elle l’intriguait.
À chaque fois, Adam se promettait d’aller faire un tour sur la propriété ou au moins s’en approcher suffisamment pour la voir convenablement sans jamais le faire. De toute façon, il en avait rarement l'opportunité lorsqu’il passait devant.
Un jour, par un dimanche ensoleillé et chaud, ce qu’il attendait inconsciemment se présenta. Roxane et lui avaient passé une grande partie de la journée dans une forêt à proximité. Au retour, alors qu’ils passaient devant cette maison, il suggéra alors à Roxane qu’ils aillent enfin la voir. La bonne humeur dans laquelle ils étaient depuis leur balade semblait l’avoir convaincue à dire oui.
La première chose qu’il vit lorsqu’il se gara, était ces hautes herbes qui trahissaient l’abandon du terrain. Il n’y avait rien qui indiquait que la propriété appartenait à quelqu’un. Pas de panneaux, pas de barrière, ni de chaîne qui délimitait la zone. Aucune trace de passage de voitures, à part celle des siennes.
Roxane le rejoignit à l’extérieur, attrapant sa main comme elle le faisait si souvent. Elle le suivit en silence, regardant autour d’eux.
L’air était encore chaud et une légère brise essayait vainement de les rafraîchir. Elle amenait avec elle les parfums de l’été et des arbres à proximité. Adam inspira, avec l’impression d’être loin de tout, bien que le son des rares voitures cassait de temps en temps cette quiétude.
Lorsqu’ils arrivèrent aux abords de la maison, il s’arrêta.
La maison avait l’air récente—enfin, plus récente que certaines autres alentours—, probablement une trentaine ou quarantaine d’années. Les murs étaient d’un blanc légèrement terni par les années et le manque d’entretien. Les volets en bois étaient recouverts d’une peinture qui commençait doucement à laisser place à l’aspect naturel du matériau. Bien qu’elle semblait terminée, des objets de constructions avaient été laissés ça et là dans ce qui devait être autrefois le jardin. La pluie et le temps les avaient rouillés et fait disparaître les couleurs qu’ils avaient auparavant.
Un sentiment, qu’il n’arrivait pas à définir, s’empara de sa poitrine. C’était quelque chose qui s’approchait de l’espoir, quelque chose d’optimiste, quelque chose qui étira ses lèvres.
Ses yeux se posèrent sur la porte et il hésita. Une partie de lui voulait voir l’intérieur ; une autre, plus raisonnable, voulait juste qu’il se contente de l’extérieur. Une petite voix lui suggéra d’essayer. Si la maison était abandonnée, comme tout semblait l’indiquer, la porte s’ouvrirait facilement, songea-t-il.
– Je sais pas si t’es au courant, Adam, mais c’est illégal ce qu’on fait, nota sa compagne, un peu amusée.
– On va juste jeter un œil, Roxane.
– Y’a une raison particulière ?
Comment lui expliquer qu’il avait besoin de voir cette maison ? Comment lui expliquer que tout semblait le mener vers celle-ci, sans qu’il n’en comprenne la raison ? Comment pouvait-il lui expliquer qu’il s’y projetait, qu’il s’y voyait avec une famille, peut-être même celle qu’il formerait tous les deux ?
– Non, aucune, mentit-il.
– Alors, on devrait y aller, lui répondit-elle doucement en serrant avec délicatesse sa main.
Roxane avait probablement raison, pensa-t-il, en jetant un regard vers la maison, pour le ramener ensuite vers elle. Comment pouvait-il justifier leur présence si quelqu’un les voyait ?
– Va à la voiture, je te rejoins, lui fit-il, malgré lui.
Il l’entendit soupirer avant qu’elle ne le lâche.
– Je te préviens que si quelqu’un te voit…
Il lui sourit avant de secouer la tête.
– J’en aurai pas pour longtemps, lui assura-t-il.
– J’espère bien pour toi, plaisanta-t-elle avant de s’approcher et de l’embrasser.
Après qu’elle se soit détachée de lui, avec un sourire amusé et attendri, il la suivit du regard jusqu’à la voiture avant de se décider à s’avancer vers la porte. Cette dernière ne montra aucun signe de résistance à son grand étonnemment et soulagement, s’ouvrant sur un petit couloir sombre. L’odeur de poussière et d’ancien le submergea à peine étaient-ils entrés. Il continua à s’avancer avec prudence, sentant, sous ses pieds, la fragilité du parquet.
Le couloir déboucha sur une grande pièce, très certainement le salon. Une cheminée, dans laquelle avaient été posés des cartons et autres objets potentiellement inflammables, se trouvait à leur gauche, au milieu de la pièce. À en juger par l’état de celle-ci, cela faisait bien des années qu’elle n’avait pas été entretenue.
Sur les murs, quelques graffitis avaient été dessinés, certains promettant un amour éternel, d’autres avec des jurons dont il découvrait, pour certains, l’existence. Des outils, des mégots de cigarettes et des bouteilles vides jonchaient le parquet poussiéreux. Au fil des années, cette maison était devenue un squat, bien loin de son objectif principal.
Des cris et des rires d’enfants résonnèrent soudainement dans son esprit, et une voix—qui ressemblait un peu trop à la sienne—les sermonnant gentiment. Et puis une autre— qui n’était pas celle de Roxane, il en était certain—lui disant de laisser faire.
Adam secoua la tête et s’avança ensuite vers ce qu’il devina être la cuisine, aussi poussièreuse que tout le reste. Quelques vaisselles cassées traînaient sur les comptoirs qui longeaient les murs, mais ne laissaient rien paraître sur leurs âges en dehors de leur état. À part ça, il n’y avait que quelques meubles de cuisine, qui, avec beaucoup de nettoyage, n’auraient pas de mal à retrouver leur état d’origine.
Il tourna les talons et se dirigea vers la baie vitrée opaque du salon. Après avoir mis des gants, il tenta de l’ouvrir, sans succès. Alors, il essuya autant que possible la vitre et observa.
Une terrasse, ou du moins ce qu’il en restait, donnait sur une grande étendue verte qui semblait s’arrêter au petit bois plus loin. Observant les hautes herbes qui dansaient au rythme du vent, il se sentit soudainement apaisé, bien que l’endroit où il était aurait dû l’inquiéter.
Les escaliers grincèrent de manière inquiétante lorsqu’il continua son exploration et il était soulagé d’arriver sur le palier en un seul morceau. Un long couloir s’offrait à lui, seulement éclairé par la lumière provenant des portes ouvertes des chambres. Adam s’avança vers la première.
C’était une petite pièce, suffisamment grande pour accueillir un enfant. La tapisserie Winnie L’Ourson, terni par le temps et la lumière, trahissait l’âge de celui pour lequel elle était destinée. Adam s’enfonça un peu plus dans la chambre, avec un mélange d’appréhension et d’espoir qu’il ne comprenait pas.
Secouant la tête, il quitta la pièce, non sans veiller à fermer la porte derrière lui.
Les quatre autres pièces étaient plus neutres et plus grandes. Celle qui était probablement la chambre parentale l’était encore plus. Il y avait une baie vitrée qui semblaient donner un sur un petit balcon qui surplombait le jardin.
Malgré l’état de la chambre, Adam s’y sentait paradoxalement bien, presque comme s’il était chez lui. Il confirma son ressenti lorsqu’il regagna prudemment le rez-de-chaussée.
– Alors, y’avait des trucs intéressants ? lui demanda Roxane lorsqu’il la rejoignit aux abords de la voiture.
Des trucs intéressants, il ne savait pas, mais une certitude, ça, oui.
– On devrait se renseigner sur la maison, fit-il.
Roxane haussa les sourcils et il regretta presque sa réponse. Ils n’avaient jamais parlé de l’éventualité de vivre ensemble, même si cela faisait quasiment un an qu’ils étaient en couple. Évidemment, Roxane passait le plus clair de son temps libre chez lui et elle laissait de plus en plus d’affaires chez lui. Il lui demandait souvent son avis quant aux aménagements auxquels il pensait et le suivait. Emménager ensemble ne serait qu’une formalité s’ils y songeaient.
– La maison t’intéresse ?
– Peut-être, répondit-il avant de la prendre dans ses bras.
Il crut sentir Roxane se tendre à cette éventualité et essaya de repousser vivement la vague de déception qui s’empara de lui. Il vit son regard quitter le sien pour se poser derrière lui, vers la maison.
– Je pense pas qu’elle soit à vendre, Adam, fit-elle remarquer. Et même si elle l’était…
Il n’eut jamais la fin de sa phrase, mais sa légère grimace et son regard désolé suffirent.
Adam n’évoqua plus le sujet de cette maison, même lorsque Roxane emménagea brièvement avec lui.
*
La maison ne quitta pas pour autant son esprit. Pire, elle semblait progressivement prendre une place plus importante et devint presque une obsession, au point où il s’était mis à chercher des informations sur cette maison, sans en trouver.
Il passait régulièrement devant, bien malgré lui. Comme toujours, son regard y était attiré, comme si quelque chose l’y en forçait. Et à chaque fois, le sentiment qui l’avait submergé apparaissait.
Souvent, la nuit, il se voyait à l’intérieur. Il pouvait sentir le parfum de peinture fraîche, celui des meubles tout neufs mais aussi celui d’une femme. Il la voyait toujours sans la voir, son visage occulté par son inconscient. Ses vêtements ne lui donnaient jamais d’indices, et ses étreintes et baisers, encore moins. Il l’entendait parler et rire, mais ne se souvenait jamais du son qui le faisait pourtant sourire dans son sommeil. Ceux des enfants, par contre, il n’arrivait pas à les oublier. Il entendait leurs pas, leurs chamailleries, sentait parfois leurs bras l’entouraient, mais comme pour la femme qui semblait partager sa vie, il ne voyait jamais leurs visages.
De temps en temps, il se voyait dans la cuisine et sentait l’étreinte de cette femme. Il sentait ses cheveux qui le chatouillaient, sentait son parfum qui lui donnait envie de l’embrasser mais dont les senteurs lui échappaient au réveil, sentait l’amour qu’elle avait pour lui, qui semblait être aussi intense qu’il n’en avait pour elle. Quand il baissait les yeux, il voyait leurs alliances. C’était le seul bijou discernable dans son rêve et dont il se souvenait lorsqu’il se réveillait.
À chaque fois, il s’efforçait d’essayer de mémoriser chaque élément pouvant lui permettre d’identifier cette inconnue qui faisait pourtant battre son cœur et sourire comme un idiot. Et à chaque fois, au réveil, tout ce dont il se rappelait, c’était les sensations.
*
– Elle est sympa, cette maison, vous trouvez pas ?
Adam se tourna vers Morgane. Elle était concentrée sur le paysage qui défilait sous ses yeux. Elle avait gardé une main sur son ventre et caressait doucement celui-ci, comme si elle attendait d’autres mouvements du bébé. Depuis qu’ils avaient senti ensemble les premiers coups de pieds du bébé, de leur bébé, il avait eu l’impression de la retrouver. À cette simple pensée, sa poitrine se réchauffa et un sourire un peu béat étira ses lèvres. Il éprouva beaucoup de difficulté à détacher son regard de Morgane pour se concentrer sur la route mais ne put s’empêcher de le poser à nouveau sur elle quelques secondes plus tard.
Quelque chose avait changé entre eux pendant leur court séjour à Kermolen et Adam ignorait si le changement venait d’elle ou de lui, ou encore un mélange des deux. Morgane était devenue plus taquine, plus pétillante qu’elle ne l’avait été depuis son retour à la DIPJ. Les sourires qu’elle lui offrait avaient une autre saveur, une autre façon de faire battre son cœur. S’il s’était donné comme règle de ne limiter leur relation qu’à l’aspect professionnel, il se sentait progressivement faillir à son projet, encore plus après ces derniers jours avec elle.
Comme si Morgane sentait son regard sur elle, elle pivota vers lui. À nouveau, son sourire et l’éclat dans ses yeux l’enveloppèrent dans une douce étreinte qui lui fit soudainement oublier le sujet de leur conversation. Adam cligna des paupières, se concentra une fois de plus sur la route, avant de reporter brièvement son attention sur Morgane.
– Quelle maison ? demanda-t-il après s’être râclé la gorge.
Il avait reconnu le paysage. Une part de lui espéra que Morgane ne parle pas de la maison qui le hantait tout autant que l'autre priait pour que ce soit le cas.
– Celle qu’on vient de passer, Karadec, répondit-elle sur le ton de l’évidence. Celle avec les volets bleus.
Son cœur sembla se figer dans sa poitrine et il reporta son attention sur la route, sa mâchoire se mouvant nerveusement.
Depuis sa rupture avec Roxane, et encore plus depuis la trahison de Morgane, il avait fait tout son possible pour oublier cette maison et tracer un trait sur ce qu’elle aurait pu être. Quand il passait devant, il se forçait à ne pas y prêter attention, même s’il la voyait dans le coin de son œil, malgré les quelques arbres qui la masquaient. La nuit, il essayait de penser à autre chose avant de s’endormir mais le lieu continuait de le torturer avec ce qu’il n’aurait dorénavant plus.
Il avait pensé, pendant un temps et un peu naïvement, que les rires des enfants qu’il entendait, que l’étreinte de cette femme—sa femme—finiraient par l’abandonner, mais ils semblaient s’empirer, encore plus pendant les quelques mois pendant lesquels il s’était éloigné de Morgane. Dans son rêve, il ressentait un bonheur inédit, de ceux qui vous donnaient l’impression d'être sur un petit nuage. Pour la première fois de sa vie, il était épanoui.
Comme toujours, il ne voyait pas le visage de son épouse et rien ne lui permettait de le mettre sur la piste, à part ce qu’il ressentait pour elle. C’était un amour fort, presque illimité, et il s’en voulait de penser qu’il s’approchait de celui qu’il avait pour Morgane. Pourtant, Adam savait au fond de lui que ce n’était pas elle, que ça ne pouvait pas être elle. La vie qu’il rêvait était beaucoup trop rangée pour elle, beaucoup trop parfaite. Morgane vivait dans le chaos et son rêve n’en était pas un.
Une grande partie de lui continuait à s’y accrocher, ignorant toutes les raisons pour lesquelles il ne se réaliserait pas.
– Me dites pas que vous l’avez pas vue ! s’exclama-t-elle en le faisant sortir de sa rêverie.
Adam cligna des paupières, ajusta sa position et secoua la tête. Il sentait le regard appuyé et offusqué de Morgane.
– Je conduis, Morgane, répondit-il.
– Bah, faîtes demi-tour !
– Mais ça va pas ? rétorqua-t-il en se tournant brièvement vers elle. On a pas le temps de faire une balade, Morgane !
– Roh, c’est bon ! Vous allez pas me dire que vous avez un truc de prévu ce soir, je vous croirai pas.
– Non mais—
– Alors, faites demi-tour !
– Et vos enfants ?
– Ludo peut bien s’en occuper deux heures de plus, marmonna-t-elle.
– Vous lui avez promis de revenir avant dix-sept heures, Morgane.
– Eh bah, on dira qu’il y avait des bouchons !
– Un dimanche ? En pleine journée ?
– Les accidents, les retours de week-end, ça vous parle ? Allez, Kara, s’il vous plaît !
Il commit l’erreur de jeter un coup d’œil vers elle. Toute son expression le suppliait de céder. Elle avait haussé les sourcils, adoucit son regard et faisait trembler ses lèvres.
Adam soupira.
– On y reste pas longtemps, Morgane, prévint-il en actionnant le clignotant pour faire demi-tour.
– C’est pas vous qui décidez, chantonna-t-elle, victorieuse.
Adam se gara quelques minutes plus tard dans l’allée de la maison. Morgane se détacha avec impatience et ouvrit la portiére. Lorsqu’elle sembla noter qu’il ne bougeait pas, elle pivota vers lui.
– Bah alors, vous descendez pas ? demanda-t-elle tandis que son regard glissait sur la ceinture non-défaite.
– Allez-y, je vous rejoins, répondit-il avec un sourire qu’il voulait assuré.
Morgane le fixa pendant un instant avant de hausser les épaules et de sortir de la voiture. Adam hésita alors qu’elle se dirigeait, avec toute la maladresse apportée par sa grossesse, vers la maison. Elle enjambait les hautes herbes, préférant couper à travers champs que de suivre le chemin partiellement dégradé par les mauvaises herbes.
Sans réprimer le sourire qui étirait ses lèvres bien malgré lui, il se détacha à son tour et quitta enfin la voiture pour suivre Morgane, autant qu’il le pouvait. Son regard refusa de lâcher cette dernière, presqu’autant que celui de Morgane refusait de lâcher la maison. Elle semblait presque hypnotisée par cette dernière, et lui, contre son gré et tout ce qui était raisonnable, par Morgane.
Comme lors de sa première venue, il n’y avait toujours rien qui laissait trahir une présence humaine régulière. Aucun panneau de mise en vente, aucune délimitation.
Une partie de lui avait souhaité au moins voir un numéro à joindre, avant de se raviser. De toute façon, cette maison, actuellement, ne l’intéressait plus.
Adam se remit à repenser à la fois où il était venu avec Roxane et repoussa le souvenir de la déception qu’il avait ressentie en la voyant si peu incline à y vivre. Pendant quelques mois—qui, maintenant qu’il y songeait, correspondaient à ceux marqués par l’absence de Morgane—, il s’était dit que c’était avec Roxane qu’il voulait fonder une famille. Même si leur famille n’était qu’eux. Et puis, Morgane était revenue dans sa vie et il avait essayé de s’accrocher autant qu’il le pouvait à cette pensée jusqu’à ce qu’elle ne s’évapore au même rythme que ses sentiments pour sa collègue s’intensifiaient. Cette même collègue qui était, probablement, enceinte de lui.
– Mais aïe ! entendit-il soudainement.
Il releva la tête pour voir, un peu plus loin, Morgane, légèrement penchée, se frotter avec force la cheville. La panique le submergea et il se précipita vers elle.
– Morgane, ça va ? demanda-t-il, inquiet, dès qu’il fut près d’elle.
Cette dernière s’était appuyée contre la façade. Elle massait sa cheville en grimaçant avant de lever la tête et de fusiller du regard ce qu’elle avait en face d’elle. Par réflexe, Adam se tourna pour voir ce qui l’avait mise en rogne.
– Ronces de merde ! maugréa-t-elle avant de porter son attention sur lui. Ouais, ça va mais putain, ça fait mal !
– Mais pourquoi vous avez pas pris le chemin ?
Cette fois, ce fut lui le destinataire de son regard noir.
– Je vous en pose des questions ? rétorqua-t-elle.
Adam secoua la tête avant de soupirer.
– On devrait pas rester là, Morgane, fit-il, en scannant nerveusement autour d’eux.
Il entendit Morgane expirer bruyamment et il reporta son attention sur elle. Elle le regardait d’un air exaspéré.
– Vous voyez quelqu’un dans les parages, vous ? demanda-t-elle.
– Non mais on a de—
– Bah alors ! s’exclama-t-elle. On va juste regarder vite fait, Kara, d’accord ? On en aura pas pour longtemps.
Adam roula des yeux.
– Mais vous vous rendez compte de ce qu’on fait, Morgane, là ?
– On regarde juste.
– Non, c’est une violation de domicile, Morgane, qu’on est en train de commettre ! protesta-t-il.
Elle le fixa un instant, comme si elle savait que sa remarque était hypocrite, avant de pouffer de rire.
– J’espère que Casper va pas porter plainte contre nous, répondit-elle quand son rire se calma enfin.
– Que ce soit habité ou non, ce terrain appartient à quelqu’un, Morgane !
– Roh, ça va ! rétorqua-t-elle. Personne saura qu’on est venu et au pire, vous aurez qu’à dire que vous avez vu un suspect passer par là et puis c’est tout.
– Une suspecte, vous voulez dire, ne put-il s’empêcher de marmonner.
Morgane se redressa soudainement, arqua ses sourcils et lui offrit un sourire qui l’inquiéta. Elle se pencha vers lui.
– Vous voulez m’arrêter, Karadec ? demanda-t-elle, tout en faisant cligner ses paupières innocemment.
Son ton, sa façon de le regarder et sa proximité le firent frissonner un peu trop agréablement et il mit quelques dizaines de secondes avant de se ressaisir et de se reculer. Morgane le suivit du regard, visiblement amusée.
Elle ne lui laissa pas le temps de répondre avant d’attraper son bras et de l’utiliser comme appui pour se redresser. Adam la laissa faire, essayant de repousser la vague de chaleur qui cherchait à s’emparer de lui à son contact. Morgane sembla le remarquer car elle continua de s’accrocher à lui plus longtemps qu’il ne lui était nécessaire et lui jeta des coups d’œil taquins. Il détourna le regard.
Elle le relâcha enfin et reprit sa route, comme s’il ne lui avait rien dit sur l’illégalité de ce qu’ils faisaient mais surtout, comme si elle ne s’était pas amusée à déclencher en lui des réactions qu’il n’aurait plus dû avoir avec elle.
Adam la suivit du regard, souriant inconsciemment avant de lui emboîter le pas. Il s’arrêta lorsqu’elle poussa la porte grinçante de la maison et qu’elle y entra. Le son l’avait ramené à la fois où il était venu avec Roxane. C’était lui qui avait ouvert la porte, quelques mois auparavant. Il se souvenait de l’enthousiasme qu’il avait ressenti en découvrant l’intérieur, de la façon dont son esprit s’était imaginé comment il serait aménagé.
Secouant la tête, il entra à son tour dans cette dernière et se stoppa net. Morgane évoluait dans la pièce principale comme une enfant dans une salle de jeux. Elle avait l’air émerveillé. Magnifique, même, pensa-t-il bien malgré lui, profitant qu’elle ne le voit pas pour la regarder. Lorsqu’elle sembla remarquer sa présence, elle se tourna et lui offrit un de ses plus grands sourires qui l’incita à faire de même. Comme un papillon de nuit à la lumière, il s’avança vers elle sans la quitter du regard. Quand il arriva près d’elle, il résista à l’envie de l’étreindre et opta pour se racler la gorge.
– C’est bon, on peut y aller, maintenant ?
Morgane se tourna vers lui.
– Mais calmez-vous, Karadec ! rétorqua-t-elle. J’ai pas tout vu !
Elle roula des yeux.
– Non mais je te jure, l’entendit-il marmonner tandis qu’elle se concentra à nouveau sur son exploration.
Adam l’observa s’attarder à des détails. Parfois, elle lui pointait quelque chose qu’elle trouvait drôle ou impressionnant et son cœur s’affolait à chaque fois à l’idée que Morgane aime cette maison presque autant que lui. Il repoussait aussi cette agréable chaleur qui s’était emparée de sa poitrine. S’il y était plus ou moins parvenu, il ne put s’empêcher de l’imaginer dans une version améliorée du lieu, et l’image était beaucoup trop séduisante à son goût.
Il n’avait pas réussi à vraiment faire ça avec Roxane, pensa-t-il soudainement avant de secouer la tête.
Cette maison ne l’intéressait plus, se répéta-t-il.
Morgane continua sa visite et se dirigea vers l’escalier qui semblait s’être dégradé depuis la dernière fois qu’il était venu. Des trous étaient apparus dans le bois usé. La première marche sur lequel il vit Morgane poser son pied fit un bruit inquiétant qui n’arrêta pas pour autant sa coéquipière. Il la voyait déjà passer à travers l’escalier, et les conséquences désastreuses qui suivraient.
– Morgane, je pense que—
Elle se retourna et l’escalier grinça. Morgane grimaça, un éclair d’angoisse dans son regard, avant de soupirer :
– Karadec, faîtes-moi confiance, je sais ce que je fais.
Il n’en était pas certain.
Morgane fit à nouveau face au palier et reprit son ascension. Adam hésita avant de la suivre puis se lança à sa suite, une main survolant le dos de cette dernière. Elle semblait s’être donnée comme objectif d’aller aussi vite qu’elle le pouvait, faisant grincer les marches sous ses pieds. Elle lui jetait de temps de temps des regards qui confirmèrent ce qu’il pensait : elle s’amusait à lui faire peur. Si elle n’avait pas été enceinte de six mois, elle aurait très certainement bondi.
Adam, légèrement exaspéré, fut néanmoins soulagé lorsqu’ils arrivèrent enfin sur le palier.
Rien n’avait changé au premier abord, nota-t-il, tandis que Morgane poursuivait son exploration. Elle commença, comme lui quelques mois auparavant, par la première chambre à leur gauche. Adam ne la suivit pas et resta à l’extérieur, mais il pouvait voir que la tapisserie commençait à être recouverte d’inscription diverses et variées, dont certaines semblaient faire pouffer Morgane.
Il continua à la suivre du regard alors qu’elle entrait et sortait de chaque chambre. Enfin, quand elle arriva à la plus grande, la parentale, elle s’approcha, comme lui l’avait fait, de la baie vitrée poussièreuse. Contrairement à lui, elle essaya de l’ouvrir et parvint à le faire par un miracle qu’il ne saurait expliquer. Immédiatement, l’air frais s’engouffra dans la pièce, faisant voler les quelques feuilles et poussière dans la pièce.
– Hé, Kara ! Venez voir !
Appuyé contre le chambranle, les bras croisés, il ne s’était contenté que de l’observer. Voir son enthousiasme l’emplissait d’une joie qu’il ne devrait pas ressentir. Adam secoua la tête avant de rejoindre Morgane qui s’était avancée sur le balcon.
– Sympa le jardin, hein ? demanda-t-elle lorsqu’elle se tourna vers lui.
Il ne répondit pas tout de suite, trop obnubilé par le plaisir qu’il voyait dans les yeux bleus de Morgane et par la façon dont les faibles rayons de soleil qui transperçaient les nuages lui donnaient un air angélique. Elle était sincèrement charmée par la maison, pensa-t-il alors qu’une nouvelle fois, la chaleur qu’il avait ressentie plus tôt envahit sa poitrine. Il cligna des paupières pour se raisonner puis s’intéressa enfin à ce qu’elle cherchait à lui montrer.
Le “jardin” était un champ recouvert de très hautes herbes, avec quelques arbres, d’apparence fruitiers, qui en dépassaient largement. Certains semblaient assez âgés, à en juger par l’épaisseur des troncs. Il n’avait pas eu l’opportunité de le voir dans sa totalité lors de sa précédente visite et il devait avouer que le faire maintenant avec Morgane le justifiait. Il y avait quelque chose de contagieux dans son engouement, quelque chose qui décupla le sien d’une manière inexpliquée.
– Oh, putain, y’a même une balançoire !
Avant qu’il ne puisse répondre, ou ne serait-ce que prononcer la première syllabe de son prénom, elle avait disparu dans le couloir. Il ne put le faire que lorsqu’il l’entendit dévaler les escaliers, comme si elle en avait oublié la dangerosité.
Elle voulait le tuer, pensa-t-il en s’élançant à sa suite.
Lorsqu’il atteignit le rez-de-chaussée, le cœur battant d’angoisse, elle avait déjà franchi la porte menant à l’extérieur. Au moins, elle n’était pas tombée ou pire encore. Soupirant, il s’en approcha et l’observa un petit moment. Elle se dirigeait, maladroitement, vers ladite balançoire et lorsqu’elle arriva à proximité de l’arbre, elle se retourna vers lui et lui fit signe de la rejoindre. Pendant quelques instants, il fut incapable de faire quoi que ce soit. Une fois de plus, il était captivé par elle, par la façon avec laquelle ses cheveux flottaient doucement derrière elle, par son sourire qui essayait de l’inciter à venir à elle, par ce ventre qui abritait celui qu’il espérait être leur enfant. Peut-être que c’était lui qui avait le plus changé ces derniers jours, songea-t-il tout en secouant vivement la tête, à la fois pour se sortir de sa rêverie mais aussi pour répondre à la question silencieuse de Morgane. Elle le fixa quelques secondes, et il devina qu’elle roulait des yeux avant de disparaître derrière les hautes herbes en s’asseyant sur la balançoire. Elle semblait se balancer légèrement à en croire la façon dont les cordes bougaient et il profita qu’elle ne puisse pas le voir pour enfin la rencontrer.
Quand elle le vit arriver vers elle, le regard de Morgane sembla s’illuminer et il ne put contrôler son cœur ni s’empêcher de sourire avant de regarder, d’un air dubitatif, les cordes rattachées à l’arbre.
– Morgane, je pense pas que ce soit une bonne idée que vous restiez là, fit-il.
La concernée soupira avant de rouler des yeux.
– Détendez-vous un peu, Kara, répondit-elle. Qu’est-ce qui peut m’arriver ? Au pire, je tombe sur les fesses !
– Ce serait pas mal que vous tombiez pas, tout court.
– Va falloir que vous appreniez à lâcher un peu la bride, là, Kara, parce que si vous continuez comme ça, vous allez finir par avoir une crise cardiaque avant les un an du gosse !
Inconsciemment, le regard d’Adam se posa sur son ventre arrondi. L’envie que ce soit le sien s’empara vivement de lui, cette envie dont l’intensité lui faisait presque monter les larmes aux yeux. Il secoua la tête et se râcla la gorge.
– Elle est pas mal, cette maison, fit-elle. Je comprends pas pourquoi personne y habite.
Il sortit à nouveau de sa rêverie. À vrai dire, lui non plus ne comprenait pas. À chaque fois qu’il passait devant, et bien qu’il s’efforçait souvent de ne pas y prêter attention, il était surpris de voir qu’elle demeurait vide de toute vie humaine.
– Vous avez vu l’état dans laquelle elle est ? demanda-t-il.
Morgane roula des yeux tout en se balançant.
– Y’a des petits travaux à faire, mais c’est rien, ça ! dédramatisa-t-elle. Et puis, c’est pas loin des écoles et y’a un grand jardin. Si j’avais les moyens, je l’achèterais.
Adam empêcha la nouvelle vague de joie qui voulait s’emparer de lui. S’il était d’accord pour élever cet enfant avec Morgane, il n’était pas encore sûr qu’il était prêt à se laisser glisser vers tout ce que son cerveau imaginait.
– Vous êtes pas d’accord ?
Il eut un léger mouvement de recul en réponse à sa question. Pourquoi lui demandait-elle son avis ? Et puis, son regard se posa sur son ventre. Envisageait-t-elle qu’ils vivent ensemble pour élever le bébé ? Non, c’était impossible, répondit-il en son for intérieur. Morgane savait que ce serait invivable, de toute façon. Même si l’idée de vivre avec elle n’était pas aussi déplaisante qu’il aurait souhaité qu’elle soit, il savait qu’ils ne se supporteraient pas longtemps. Et puis, il y avait ses enfants aussi. S’ils vivaient ensemble…
Adam s’arrêta net dans ses pensées. Pourquoi était-il parti dans ces scénarios ? Pourquoi lui avait-il prêté des intentions qu’elle n’avait probablement pas ?
Pour s’en distraire, il se tourna vers la maison. Le nouveau point de vue confirma malheureusement ce qu’il avait compris être un coup de cœur pour cette maison.
Il se mit à repenser à la réaction de Roxane lorsqu’il avait à peine effleuré le sujet de l’achat. Avec le recul, il commença à se demander si sa petite grimace, cette légère réticence, avaient été motivées par les trop nombreux travaux qui pouvaient l’attendre. Morgane avait raison : s’il y en avait beaucoup, il ne semblait pas être insurmontables.
– Euh… si, si, répondit-il, anormalement embarrassé, en faisant face à sa coéquipière. Bon, on y va ?
Morgane plissa des yeux tout en continuant à se balancer doucement.
– Vous êtes bizarre, Kara, nota-t-elle. La dernière fois que vous étiez comme ça, c’était parce que vous vouliez pas que je rencontre vos parents.
Il ouvrit la bouche mais elle reprit :
– Qu’est-ce qu’il se passe ? C’est à vous ou à quelqu’un de votre famille ou quoi ?
– Quoi ? s’interloqua-t-il. Non, non, bien sûr que non. C’est juste que…
– Que… ?
Adam hésita avant d’inspirer.
– Je suis déjà venu ici.
Morgane pencha légèrement la tête vers lui et haussa les sourcils pour l’inciter à continuer.
– Quand ?
– L’année dernière. Avec Roxane.
Il crut brièvement voir de la souffrance dans le regard de Morgane qui disparut aussitôt eut-elle cligné des paupières. Elle acquiesça doucement puis fronça les sourcils.
– On peut retourner à la voiture, maintenant ? demanda-t-il, en commençant à tourner les talons.
Il sentit Morgane lui attraper la manche et le retenir.
– Hep, hep, hep ! Vous m’avez fait un cirque parce que “c’est une violation de domicile, Morgane" alors que vous êtes déjà venu ?
Il ne répondit pas et Morgane soupira.
– Vous… pensiez l’acheter ?
– Peut-être, répondit-il. On y va ? On va—
– Karadec, je peux vous poser une question ?
Il aurait dû se douter à son expression qu’elle n’allait pas s’arrêter. Adam soupira.
– Oui, allez-y, Morgane.
– Pourquoi vous avez jamais présenté Roxane à vos parents ?
De toutes les questions auxquelles il s’attendait à ce qu’elle lui pose, celle-là faisait très probablement parmi des dernières.
– Ça avait l’air sérieux entre vous, continua-t-elle. Vous aviez même emménagé ensemble.
Pas longtemps, rectifia-t-il mentalement. Et pour les mauvaises raisons.
– Qu’est-ce qui vous dit que je leur ai pas présentée ? rétorqua-t-il.
Morgane roula des yeux.
– Votre mère qui pensait que j’étais elle, peut-être ?
Adam grimaça avant de détourner le regard.
– J’ai jamais eu l’occasion de le faire.
– Tout comme vous avez jamais eu l’occasion de leur dire que je bossais avec vous, marmonna-t-elle.
Adam se figea.
– Morgane—
– Je suis pas vexée, Karadec.
Pourtant, sa voix, son regard et l’utilisation de son nom de famille complet, et pas le surnom qu’elle lui donnait, la contredisaient, nota-t-il, même si elle souriait légèrement.
– Mais quand même, ajouta-t-elle après quelques secondes de silence. Ça fait quatre ans qu’on bosse ensemble—bon, je compte pas les mois où… bref— et vous avez jamais parlé de moi.
– Je suis sûr que j’ai—
– Karadec, votre mère savait pas du tout qui j’étais.
Il crut qu’elle allait ajouter “pour vous” mais elle s’interrompit. Adam soupira.
– Vous avez bien vu que j’ai pas une relation facile avec eux, Morgane.
– Avec votre père, ouais, mais vous avez l’air plutôt proche de votre mère.
– C’est… compliqué.
Morgane acquiesça lentement avant de se pencher légèrement en arrière, comme pour regarder la maison. Elle resta ainsi pendant quelques secondes avant qu’elle ne reporte son attention sur lui.
– Pourquoi vous vous êtes pas renseigné pour l’acheter, la maison ?
– C’était trop tôt pour nous et… elle lui plaisait pas.
– Vous auriez pu quand même l’acheter.
– Je suis célibataire et sans enfant, Morgane. Qu’est-ce que je ferai d’une maison aussi grande ?
Quelque chose passa dans le regard de Morgane qui lui fit regretter sa réponse. Elle baissa brièvement les yeux vers son ventre et, une fois de plus, la culpabilité l’étreignit. Si ce bébé était le sien, et ce malgré toutes les chances qui étaient en sa défaveur, dans quelques mois, sa justification tomberait à l’eau. Il serait célibataire, avec un enfant dont il partagerait la garde avec sa collègue, collègue dont il était inéxorablement amoureux.
Une maison pareille serait gaspillée pour une vie comme la sienne.
– Pourquoi vous vous renseignez pas pour l’avoir ? demanda-t-il. Vous avez craqué pour cette maison.
Morgane leva la tête avant de rire.
– Non mais Karadec, vous imaginez le prix qu’elle doit coûter, même dans cet état ? Je le trouve où cet argent ? Et puis de toute façon, on est bien là où on est, avec les enfants.
Elle fit une pause, regarda à nouveau la maison puis posa son regard sur lui.
– Des fois, les coups de cœur, ça doit rester que ça.
Adam se trouva figé par ce qu’il voyait dans ses yeux. Il se demanda si elle parlait encore de la maison ou d’eux, de leur relation si difficile à qualifier. Alors qu’il s’apprêtait à lui répondre, elle détourna son regard et se mit à nouveau à se balancer, puis elle s’arrêta.
– Je peux vous poser encore une question, Kara ?
– Ça servirait à quelque chose si je disais non ?
Un éclat joueur apparut dans les yeux de Morgane.
– Est-ce que vous pourriez me pousser un peu ? demanda-t-elle, en ignorant sa réponse.
