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Français
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Published:
2025-04-13
Updated:
2025-12-11
Words:
40,958
Chapters:
8/?
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L'enfant des Miracles

Summary:

À la fois fléau et enfant, les porteurs de la Macula ont tous été le signe funeste d'un monde dont le destin repose sur ceux qui les entourent. Juge de la moralité des hommes, ils possèdent le don de condamner ou de bénir leurs empires au fil des siècles.

Une nouvelle fois dans l'histoire, le dernier enfant affublé de ce mal fut arrêté de justesse avant que tout ne soit noyé dans la nuit. Mais à quel prix ? Comment survivre dans ce monde ravagé par les pillards, les armées Anglaises conquérantes et inarrêtables, et l'Inquisition toujours plus omniprésente. Comment retrouver le courage d'affronter une nouvelle fois la même tragédie, quand la rumeur court qu'un nouveau porteur serait en vie, quelque part sur les côtes du sud de la France ?

Afin de briser le cercle perpétuel de cette malédiction, Amicia et Lucas devront à nouveau faire route ensemble et mettre de côté leur lourd passé. Parviendront-ils à achever cette quête qui leur a tant coûté sept ans plus tôt ?

***

Fanfiction sur l'Univers du jeu vidéo A Plague Tale, qui appartient au fantastique studio ASOBO !

***

Une faute d'orthographe ? Merci de me prévenir par MP ! Bonne lecture !

Chapter 1: Prologue : Fleurs Macabres

Chapter Text

 

France, Comté de Provence, Août 1349.

 

Les fleurs n’avaient jamais été si belles dans les rues dévastées de Montpellier.

Une douce odeur macabre flottait dans l'air, accompagnant le parfum frais des roses et des œillets florissants. Lovée dans les coins sombres des allées, dans les arrière-cours et parmi les décombres autour des maisons, elle embaumait les narines de ceux qui s’affairaient.

Le mois d’Août était arrivé et avec lui la chaleur réchauffant les sols secs éclaboussés par les eaux sales d’un sceau ou d’un tonneau percé. Des murs détruits encerclaient la ville, recouvert de chèvrefeuille rampant sur les vieilles pierres mises à nu. Dans leur enceinte, les pas pressés des habitants se mélangeaient aux lourds sabots trottant sur les chemins boueux.

On évacuait les morts. Le cimetière trop étroit pour tant de cadavres. Les blessées attendaient dans les couloirs bondés de l'Hôtel-Dieu, éclairés de torches brulant jour et nuit. Baignant dans les vapeurs des encens, les malades perdaient peu à peu l’espoir de recevoir une onction avant leur heure, entassés dans les salles les plus reculées. Quelque part sur le seuil d’une boulangerie abandonnée, une mère pleurait son enfant sous l’œil scrutateur des soldats.

Dans le sillage de la peste, une mort fleurie avait saisi la cité à travers les coups de marteau et le chant des oiseaux. Déchiré par un destin si brutal, personne n’osait espérer d’autre miracle que le soulagement de vivre un jour de plus.

Un chariot tiré par un cheval de trait massif arriva sur la place, ses roues grinçantes s'arrêtèrent au son du souffle bruyant de la bête, épuisée. Les passagers descendirent au milieu des passants sous l’écrasante ardeur de l’été et après des heures de marche, l’équidé transpirant réclamait son dû.

Son maître essuya son front suintant et posa pied à terre.

— Oui… une seconde !

La jument impatiente frappa le sol de sa jambe.

À l’intérieur du chariot, Lucas se réveilla.

Le plancher vacillait sous ses mains fragiles, mais il parvint à ramper jusqu'à la sortie. Apercevant sa petite silhouette dans le noir, l’homme lui saisit le bras et le força à descendre.

...Fou l’camp d’ici toi ! beugla-t-il.

Il contourna le chariot pour se saisir d’un sceau, laissant le garçon ébloui par le soleil. Quelques mèches de cheveux ondulées collaient à sa peau.

— …de l’eau…

— Je t’ai emmené là où tu voulais ! Tente ta chance à l’église ! Vagabond !

Le charretier le repoussa et son corps se rappela subitement chaque blessure qu’il portait dans sa chute. Des bleus et coupures parsemant sa peau, de ses articulations endolories jusqu'à sa lèvre fendue et couverte de sang séché. Hagard, il observa les alentours avant qu’une nouvelle menace ne s’élève au-dessus de lui.

...Je t’ai dit de dégager gamin ! ‘Me fait pas répéter !

Une douleur vive dévorait chacun de ses membres. Blotti sous sa cape, il sentit les passants frôler sa minuscule présence dans l’indifférence la plus totale. Ses mains s'enfoncèrent dans le sol, tachées de terre et pleines de démangeaisons. Ses doigts devinrent flous.

Il pleura.

Il n’avait pas bu depuis des jours et son estomac aussi vide que la bourse d’un mendiant lui donnait l’horrible sensation d'être frappé au ventre sans fin. La ville tournait autour de lui, emportant avec elle l’insoutenable son de sa propre voix qu'il reconnut à peine.

— De l’eau… supplia-t-il, ses yeux pâles et rougis d’épuisement.

Il poussa sur ses faibles jambes, marchant à demi-vouté sur un chemin menant à une allée plus fréquentée. Ses premiers pas incertains, sa respiration courte, il longea quelques rues pavées et brisées par endroits de profondes crevasses. Ses pieds nus rencontrèrent tantôt la boue tiède tantôt la poussière, évitant avec soin les flaques des caniveaux.

Lucas fini par apercevoir un moine au chevet d’un mourant sous une tente. Il couvrait son front et ses mains d’huiles, répétant une bénédiction à voix basse.

...S’il vous plait…

L’intrusion inattendue pris l’ascète par surprise. Celui-ci nota le jeune âge de son visiteur et fit face au garçon qui tenait à peine debout.

— Comment puis-je t’aider mon enfant ?

— Je… commença Lucas, son regard sautant rapidement sur le bandage entourant le torse du malade, je cherche un refuge… pour les orphelins.

Le vieil homme soupira d’un air désolé.

— Encore un…

— …Vous pouvez m’aider ? Est-ce qu’il existe toujours ?

Un hochement de tête lui répondit, une main ridée s’élevant dans les airs.

— Dans cette direction, tu ne peux pas le rater. La petite église avec le jardin.

Son corps meurtrit frissonna sous ses vêtements déchirés. Était-ce un profond soulagement ou de l’appréhension, Lucas ne sut le dire. Sa voix rauque et fatiguée remercia le moine, qui le retint ;

Puis-je ? lança-t-il, attrapant un tissu.

Il fit un geste visant la blessure qui traversait les lèvres du garçon, probablement infectée. 

— Non, rassura Lucas avant de reprendre son chemin, je vais bien.

Au dehors, la chaleur la brulait comme un fer de sa bouche jusqu’à sa gorge.

Chaque pas était aussi instable que le précédent, le conduisant à une rue plus en hauteur où il la vit enfin.

Une ancienne église au coin d’une allée. Les blocs de ses murs étaient sculptés pour suivre la forme naturelle du chemin et malgré l’austère croix accrochée sur la façade, il s’en dégageait une certaine hospitalité. De solides piliers biscornus et de jolies fenêtres au vitraux colorés lui donnait une allure rustique.

Oui, cela avait tout l’air d’un endroit accueillant. Comme il avait dû l’être pour lui, il y a bien longtemps.

Pourtant, sa gorge se resserra lorsqu’il fit face à l’entrée de la structure.

Lucas ne ressentit rien de familier, bien au contraire.

Le bâtiment semblait vide, mais il approcha le seuil avec attention. Tendant l’oreille au moindre signe de présence possible, foulant les pierres froides du vestibule. Il traversa la grande pièce décorée d’arches. Ses doigts glissèrent sur un banc usé par le temps.

Une odeur flottait dans l’air.

Non celle des encens et des huiles, mais bien d’un repas dont les senteurs portées à ses narines le firent aussitôt saliver.

Lucas se tourna en direction de son origine sans même de s’en rendre compte.  Concentré sur un point invisible, au-delà des murs et des portes closes. Son nez renifla ce parfum qui l’appelait, jusqu’à parvenir dans un couloir au dehors.

 Encadré d’arches de pierres, un grand jardin couvrait une cour intérieure. Un majestueux chêne trônait au centre.

Le jeune garçon l’admira un instant avant que son estomac ne se réveille à nouveau. Ses oreilles captant l’écho d’une conversation dans l'une des entrées du cloitre, il se faufila dans la structure, descendant des marches dans l'obscurité. Les voix devinrent plus audibles.

Se cachant derrière un pilier, il jeta un œil à l’endroit. Une grande pièce remplie de longues tables et de bancs s'étendait devant lui, éclairée de minces rideaux de lumière dévoilant assiettes et plateaux de bois usés.

Quelques morceaux de pain éparpillés entre les couverts laissaient penser qu’un repas venait d'avoir lieu. Lucas ne put en détacher son regard. Ses doigts tremblant d'envie contre le mur rocailleux qui le camouflait.

Ses narines captivées par l’odeur si tentante de la nourriture, il resta immobile et écouta les paroles des personnes encore attablées plus loin.

— J’te l’dis, commença un adolescent robuste, l’os d’un poulet coincé entre les dents, j’ai pas peur des Anglais. Je crains personne !

Il dépassait d’au moins deux têtes ses camarades, ses traits marqués par des cheveux et des iris d’un noir profond.

— J’ai hâte de te voir gagner la guerre, répondit une jeune fille assise à ses côtés, d'un ton ironique, battre toutes les armées anglaises ou mieux, père Gaubert.

Un groupe d’enfants à leur table se mirent à rire.

Elle avait la même couleur de cheveux. Une masse sombre et bouclée qui tombait sur son dos. Une figure plus chaleureuse, et une voix portant un accent que Lucas n’avait encore jamais entendu.

— Tu verras ! Quand je serai devenu soldat, j'leur botterai le cul et je quitterai cet endroit. Tu viendras avec moi.

— J’aime cet endroit-

— Non, coupa le grand en jetant son os de poulet dans un plat.

La fille mangeait en silence. Elle avait l’air triste.

Quand les enfants eurent terminé leurs repas, l’insupportable son de leurs cuillères grattant le fond de leurs gamelles résonna dans la salle. Lucas sentit son estomac grogner.

Il grimaça, mais devait attendre encore un peu.

Jusqu’à ce que les occupants ne partent enfin, laissant leurs plats sur la table. Du pain et un poulet à moitié entamés. Carottes, choux et poireaux furent délaissées, ainsi qu’une grande jarre remplie d’eau. Le silence revint dans la pièce et son corps frêle tressaillit d’impatience sous sa cape.

À la seconde où les enfants refermèrent la porte derrière eux, Lucas bondit de sa cachette.

Il sauta sur le banc précédemment occupé, se saisissant de tout. De l’eau, des restes, tout ce qui pouvait faire disparaître ce nœud si douloureux de son ventre. Buvant si rapidement que ce qu’il restait de sa chemise fut trempée. Une bouchée de pain fu arrachée à un morceau déjà entamé. Ses dents voraces mordirent la viande, la peau huileuse du poulet se colla autour de ses doigts sales. Il n’aurait pu s’arrêter même si l’envie lui pris. Le contact soudain de sa gorge et de ce qu’il avalait le fit tousser, après des semaines de quelques maigres pitance. Il oublia tout comportement civilisé.

— B- Bonjour mon enfant ?

L’appel le figea.

La bouche pleine, Lucas fixa la présence qui était apparue derrière lui avec surprise, le souffle court. Il tenta de ne pas perdre l’équilibre, accroupi sur le bord d’un banc.

...N’aie pas peur, dit la personne.

Un homme trapu d’un certain âge. Il levait les mains comme pour souligner son intention.

...Je ne te veux aucun mal.

Notant son habit de prêtre, le garçon retourna son attention sur la nourriture devant lui, buvant à nouveau après ses premières gorgées maladroites.

— Oh Seigneur… s’éleva une autre voix derrière le religieux, qui contemplait toujours la scène d’un air absent, est-ce un enfant sauvage ?

— Je ne l’ai jamais vu ici auparavant.

Les yeux de l’homme furent attirés par un surprenant détail.

...Mais…

Il approcha doucement de Lucas, son bras se levant en direction du livre accroché à sa ceinture.

Le symbole de l’Ordre.

…est-ce possible ?

Un brusque et rapide geste le repoussa, un couteau tremblant pointé sur lui. Il dévisagea l’enfant qui se défendait par pur instinct.

— Bonté divine ! s’exclama la personne aux côtés du prêtre, Emilius faites attention !

La voix attira son regard et Lucas pu clairement distinguer la seconde silhouette. Une nourrice, agrippée à l’épaule du religieux avec inquiétude, arborait d’étroites pupilles marron et effrayés sous ses sourcils grisonnants.

Examinant le féroce petit être devant lui, l’homme sembla retrouver un vieux souvenir enfoui. Un fragment de mémoire perdu depuis longtemps, ravivé par ce visiteur inattendu. Un voyage en Guyenne et un bambin heureux et fier de rapporter les premiers champignons d’automne. Sa main pleine d’herbes fraiches qu’il venait de cueillir, des iris clairs, brillant comme l’esprit à l’intérieur.

— Il n’y a pas lieu de s’inquiéter Marta…

Le prêtre se redressa, étudiant l’enfant familier devant lui, l’air grave.

...Il ne nous causera aucun souci.

Puis, s’avançant doucement ;

 …n’est-ce pas… Lucas ?

— Emilius ! pressa la nourrice, une pointe d’effroi dans sa voix.

— C’est moi mon garçon ! dit soudain l’homme en se désignant, Père Emilius ! Le vieil ami de ton maître Laurentius !

La lame tomba sur le sol. Un écho froid résonna sur les pierres.

Sa bouche articula, mais Lucas ne put rien répondre de cohérent. Sa vue se perdit dans un courant flou. Son corps entier pesant comme mille, il s’agenouilla, rattrapé par des bras forts qui soulevèrent sa carrure chétive ;

Inconscient.

 

***

 

Les piaillements d’un moineau le réveillaient parfois.

Une caresse légère sur son front. Une porte grinçante qui se refermait. Des voix et le contact des couvertures réchauffant sa peau froide et transpirante.

Il l’entendit encore un rapide battement d’aile et ses paupières s’ouvrirent.

Deux jours s’étaient écoulés.

Assis sur un matelas de paille dans une chambre vétuste, Lucas observa les lieux d’un air absent. Une suite de souvenirs confondant paroles et visages rempli ses pensées, aussitôt chassée par un fort picotement. Il effleura du bout des doigts un tissu humide couvrant son menton et une partie de ses lèvres. Dessous, une entaille à vif le brûlait encore.

Sa main joignit machinalement le livre qui était toujours à sa taille et un frisson le parcouru lorsqu’il se découvrit vêtu d’un unique pantalon de lin.

Il s’affola, cherchant désespérément des yeux l’objet manquant ; et le trouva avec soulagement sur un bureau non loin de lui, rempli de parchemins et de vieux tomes.

Une délicate feuille de chêne en argent posée dessus.

Des rires s’élevèrent quelque part au dehors et le garçon tenta d’atteindre la fenêtre près de son lit. Son pas était instable sur le parquet, mais il réussit à pousser le robuste volet pour voir discrètement au-dessous.

Il remercia mentalement le chêne d’éclipser le soleil aveuglant. Une chaleur suffocante entra dans la pièce mêlée au parfum enivrant d’un jardin de fleurs. L’arbre fut traversé d’une brise, balayant les premières feuilles mortes en petits tourbillons. Parmi les arches où des enfants jouaient, Lucas aperçu l’homme qu’il avait rencontré avant de s’évanouir.

Le prêtre lui fit un paisible salut.

 

***

 

— Quelles horribles choses as-tu traversé mon garçon ?

De toutes les réponses qui lui vinrent à l’esprit, aucune ne pouvait être raconté sans réveiller de terribles angoisses. Un spasme parcourut sa joue. Lucas se retint de gratter une égratignure encore fraîche sur sa pommette.

L’odeur du vin chaud rempli la chambre.

— Je… suis tombé.

Devant lui, le prêtre pliait un tissu imbibé d’alcool et le rangea à côté d’une bouteille joliment décorée. Puis, secouant la tête comme s’il n’avait pas entendu sa réponse ;

— Tu as fait tout ce chemin…

— Je n’avais nulle part d’autre où aller.

Assis sur un petit tabouret, l’homme aux cheveux gris referma une caisse à ses pieds qu’il tapota d’un air satisfait ;

— Tu nous a fichu une sacrée frousse tu sais. Je n’avais pas vu de si forte fièvre depuis l’hiver dernier !

Un sourire fugace apparu derrière sa courte barbe.

…J’aurai préféré l’ouvrir en de meilleur temps, dit-il en désignant la bouteille sur le bureau.

— Vous êtes Emilius, c’est ça ?

— C’est bien cela. Je suis un ami fidèle de ton maître mais… tu étais sûrement trop jeune pour t’en souvenir. C’est moi qui t’ai confié à lui, quand tu n’étais qu’un nourrisson.

Le jeune garçon resta muet, voyant son regard s’assombrir.

…Je suppose… que si tu es venu seul…

Lucas sentit quelque chose se former au fond de sa gorge. Une sensation d’écrasement devenue trop familière ces derniers temps, comme une tenaille retenant chaque mot.

— Il était malade et- commença-t-il, luttant pour parler, les rats sont rentrés-

Emilius leva les yeux.

— Seigneur…

Il caressa machinalement un chapelet à son poignet.

— Je n’ai rien pu faire, je suis désolé-

— Ce n’est pas ta faute mon garçon, coupa le prêtre, ces horribles créatures ont emmené bien des âmes vaillantes, rien n’entravait leur route. Rien ne… pouvait assouvir leur faim. Qu’aurait-on pu faire contre tel fléau ? Qu’aurais-tu fait ?

Lucas baissa la tête, sa gorge remplie d'épines.

…Laurentius aurait voulu que tu puisses profiter d’un lieu comme celui-ci. Nous n’avons pas grand-chose, mais cette chambre est à toi désormais. 

— C’est… c’est trop-

— J’insiste, reprit Emilius, tu étais bien plus pour lui qu’un simple apprenti. Tu fais partie de la famille.

Ces paroles apaisèrent l’angoisse rongeant son torse. La mine pleine de gratitude du jeune garçon en dit bien assez et, dépoussiérant sa robe ;

…Tu as encore besoin de repos. Marta ne devrait plus tarder, elle t’amène de quoi manger.

Il s’apprêta à sortir de la pièce mais ;

…Aussi… tu appelais quelqu’un dans ton sommeil.

— …qui ça ?

Ses mains se crispèrent sur les draps. Lucas regretta sa question.

— Oh. Il me semble que c’était… 

Emilius s’interloqua, peinant à sortir ce nom de sa mémoire.

 …Amicia, dit-il enfin.

Il attrapa la vieille poignée devant lui ;

…Même dans de telles circonstances… je suis heureux de te revoir. Tu es en sécurité maintenant.

La porte se referma et Lucas cessa de retenir sa respiration, laissant échapper un soupir saccadé.

Dans le silence de cette chambre qui devait à présent être son foyer, il n’entendait plus que ses cris. Chacun perçant déjà ce maigre espoir d’une vie meilleure, comme autant de flèches stridentes et acérées.

Étouffant les piaillements d’un oiseau fragile.

 

***

 

Père Emilius dévalait les escaliers.

Il avait entendu le cliquetis d’un plateau porté dans le couloir.

— Marta ! s‘exclama-t-il, alors que celle-ci croisait son chemin.

Elle sursauta, tenant fermement son précieux chargement dans ses mains.

— Oh bon sang Emilius, que vous arrive-t-il encore ?

Le prêtre se pencha vers elle et chuchota d’une voix rapide ;

— Le garçon ! commença-t-il, surveillant les alentours pour s’assurer qu’aucune oreille indiscrète ne les entendait, vous souvenez-vous bien de ce que j’ai dit ?

— Oui… Mais pourquoi devons-nous mentir à cet enfant ? répondit la nourrice, penchant son visage, Emilius ?

Celui-ci soupira.

— C’est mieux pour lui, croyez-moi.

Marta regarda la soupe fumante devant-elle.

…S’il vous plait, reprit Emilius, j’ai fait une promesse que je me dois d’honorer. Mais…

Il secoua la tête ;

…Il n’est pas prêt.

Un court silence s’installa.

La nourrice finit par acquiescer et reprit son chemin ;

— Pauvre garçon… se lamenta-t-elle, espérons qu’il se rétablira bientôt.

— Je lui souhaite bien cela.

Sous les arches du cloitre, le prêtre contempla le vieux chêne. Ses yeux gris se perdirent dans le feuillage alors qu’il attrapait son chapelet.

…Je vais prendre soin de lui mon vieil ami,

 

…Requiescat in pace.