Work Text:
- Et c’est comme ça que mes recherches ont fini par avoir un impact significatif sur notre compréhension globale de la théorie des cordes !
- Très intéressant, ça, McKay.
Est-ce que John Sheppard avait vraiment écouté son collègue alors que celui-ci lui décrivait ses exploits universitaires ? Peut-être un peu moins qu’il l’aurait dû. Mais il pouvait compter sur Radek Zelenka pour se montrer attentif à sa place, et ça, ça n’avait pas de prix.
Les trois hommes se trouvaient à la cafétéria d’Atlantis, savourant un repas bien mérité après une semaine d’exploration intensive. Elizabeth avait insisté pour qu’ils prennent tous quelques jours de repos, et John obéissait à ses ordres à la lettre. Il était même tellement relaxé qu’il s’était dit qu’il pouvait bien partager son temps avec Rodney et le laisser se vanter autant qu’il le voulait. Le pauvre homme le méritait, il s’était beaucoup sacrifié pour l’équipe ces derniers temps. Et puis il appréciait que le scientifique ait été sincèrement inquiet pour lui quand il s’était fait capturer par Kolya. C’était une douleur qu’ils pouvaient comprendre et partager.
- Bon sinon, commença John en ayant l’idée de proposer à ses deux comparses de venir voir un match enregistré avec eux.
- Oh mais que je suis distrait, je vous ai pris tout votre temps ! Pardon colonel, Radek, je vous laisse finir en paix ! A plus tard !
Le canadien se leva sans attendre avec son plateau et partit le ranger, sous le regard médusé des deux autres hommes. John se tourna vers Radek qui secoua la tête. Comment ça McKay s’excusait de les avoir abreuvés de paroles pendant une heure ? Ce n’était pas lui, ça ! Et il n’avait même pas fini sa gelée bleue, sa préférée !
- Est-ce qu’on peut se joindre à vous ?
- Ah Teyla, bien sûr, sourit le militaire en levant les yeux vers la jeune femme qui venait d’arriver à leur table. Et vous aussi, Ronon. Vous sortez d’un entraînement plutôt musclé, je suppose ?
L’Athosienne sourit en prenant place face à John alors que Ronon Dex s’installait à côté d’elle, se contentant d’un grognement pour toute réponse.
- Il est dur de rester sans rien faire comme le demande Elizabeth. Ce concept de vacances est très intéressant, mais je ne me sens pas à l’aise à l’idée d’être… complètement oisive.
- Bah vous finirez par vous y faire, lui promit John avec un sourire. Vous verrez, nous les Terriens on est très forts pour ce genre de choses. Enfin. Presque tous.
Il jeta un regard à Radek qui s’était plongé dans la lecture d’un article scientifique en tchèque et secoua la tête.
- Je vais sur le continent, plus tard, si vous voulez, proposa Teyla à ses compagnons. Pas pour du travail, je vous promets, mais pour se balader un peu dans la forêt.
- Oh… Et bien j’avais dans l’idée de regarder les plus grands matchs du siècle cet après-midi, soupira John en se massant la nuque. Peut-être que Ronon peut vous accompagner ?
- Pas le temps.
Le Satedien se leva et salua les autres d’un rapide signe de tête, avant de partir déposer son plateau qu’il avait à peine touché. John lui lança un regard intrigué, et se pencha vers Teyla pour lui murmurer.
- Ça lui a pas fait du bien, votre entraînement, il a l’air tendu.
- Et pourtant c’est lui qui est venu me chercher pour se défouler, sourit la jeune femme. J’y ai peut-être été trop fort, cela l’aura vexé.
Le militaire hocha la tête, il connaissait la force et la technique de sa partenaire d’entraînement. Ronon avait beau être une force de la nature, quasiment une bête sauvage, lui-même ne pouvait pas faire le poids face à Teyla.
- Au fait je n’ai pas vu Rodney ces derniers jours ? demanda l’Athosienne en regardant autour d’eux.
- Oh il était là avec nous, intervint Radek en refermant son journal. Mais il a dû avoir une nouvelle idée géniale et il est parti comme un voleur.
- Il doit faire parti de ces Terriens mal à l’aise avec le concept de vacances, sourit-elle. J’irai le saluer plus tard.
- Vous recherchez la présence de McKay ? Vous êtes bien courageuse, plaisanta John avant de se faire réprimander d’une tape sur la main.
Le docteur Beckett finissait d’organiser ses échantillons à l’infirmerie quand il lui prit l’idée soudaine d’aller vérifier d’où venait ce bruit étrange qui résonnait dans la salle d’à côté. Il finit par tirer le rideau cachant un lit de réserve et y découvrit Rodney allongé dessus, qui se réveilla en sursaut.
- Rodney ?!
- Ah, Carson ! J’étais… Je passais vous voir et… Une subite fatigue, voilà ! J’espère que vous ne m’en voulez pas !
- Mais pourquoi vous n’allez pas dans votre chambre ? soupira le médecin. De ce que je sais, Elizabeth vous a demandé de prendre quelques jours de repos. Profitez-en, sortez prendre l’air.
- Oh vous savez, se balader comme ça dans les couloirs, ce n’est pas vraiment mon truc.
- Quoi, vous préférez peut-être aller au laboratoire ? C’est un peu contre l’esprit des vacances, mais…
- Laboratoire ? Oh non on m’y retrouverait facilement, fit nerveusement Rodney en se redressant dans le lit.
- … Vous vous cachez ? Mais de qui ?
Le canadien pinça les lèvres, avant de secouer la tête avec un rire.
- Me cacher, moi ? Mais non enfin, quelle drôle d’idée !
- Regardez-moi dans les yeux quand vous dites ça ?
- Ooh mais que le temps passe ! J’ai suffisamment pris de votre temps, à plus tard Carson !
Le docteur Beckett ne put qu’assister impuissant à la fuite de Rodney McKay, qui prit quand même bien soin de vérifier que le couloir était vide avant de s’y engouffrer.
- Colonel !
John, qui se dirigeait tranquillement vers sa chambre avec l’espoir de pouvoir y regarder la télévision, s’arrêta net pour se tourner vers Radek qui venait de le rejoindre en courant.
- Oui, Zelenka ?
- Est-ce que vous pourriez parler à votre ami, s’il vous plait ? Ne le prenez pas mal, mais sa présence est un peu… elle stresse l’équipe !
- McKay, stresser votre équipe ? rit John. Vous n’êtes pas habitué, depuis le temps ?
- Mais non, pas Rodney ! Ronon !
- Ron… Hein ? Attendez, je ne vous suis pas, là.
Le tchèque laissa échapper un profond soupir avant de repartir dans ses explications.
- Oui, Ronon. Il s’est arrêté au laboratoire il y a déjà une heure et… Il reste là, sans rien dire, les bras croisés, à tous nous juger du regard ! Surtout moi, d’ailleurs !
- Alors ça, c’est étonnant, marmonna John en se massant la nuque. Mais vous avez essayé de lui demander ce qu’il fait là ?
- Sans vouloir me montrer insultant, colonel, il fait quand même drôlement peur. Si vous pouviez… aller lui parler ? Et si j’ai fait quelque chose qui lui a déplu, j’aimerais bien savoir quoi !
- Je vous avoue que moi aussi. Je vous suis.
A voir la reconnaissance dans le regard du scientifique, John ne put s’empêcher de sentir de la compassion pour lui.
Teyla se dirigeait vers le hangar des Jumpers quand elle croisa Rodney au détour d’un couloir, qui fit un bond incroyable en la voyant avant de se plaquer au mur, la main sur le cœur.
- Teyla ! Vous m’avez fait peur !
- Ce n’était pas dans mes intentions, Rodney, mais je m’en excuse. Vous allez bien ?
- Oh je… je ne disais pas ça pour vous accuser, veuillez m’excuser ! s’empressa de la rassurer le scientifique. Je suis juste un peu nerveux, ces temps-ci !
Elle l’observa avec inquiétude, se rendant compte qu’effectivement, il semblait bien plus stressé qu’à l’accoutumé. Ces fameuses vacances ne lui faisaient visiblement aucun bien.
- Ecoutez, Rodney, je me rends sur le continent pour saluer mon peuple. Est-ce que cela vous tenterait, de m’accompagner ? Le major Lorne doit me conduire d’ici cinq minutes.
- Le continent ? Vous y allez seule ?
- J’ai bien proposé à John et Ronon de m’accompagner, mais ils ont poliment décliné l’invitation.
Un large sourire se dessina sur les lèvres de Rodney, qui eut l’air tout à coup soulagé d’un grand poids, à la grande surprise de l’Athosienne.
- Et bien ce sera avec plaisir ! Cela fait très longtemps que je n’ai pas joué avec les enfants là-bas !
- Ils seront ravis de vous voir, mais je croyais que vous détestiez passer du temps en compagnie d’enfants ? fit Teyla, perplexe.
- Moi ? Vous devez confondre avec Radek, j’adore les enfants !
Elle n’osa pas le contredire une nouvelle fois, mais pourtant elle était certaine de ce qu’elle avançait. Mais bon, elle n’allait pas se plaindre : le pauvre homme était bien trop pâle et nerveux, le grand air lui ferait le plus grand bien !
- Mais enfin Ronon, vous ne pouvez pas passer l’après-midi ici.
- Pourquoi pas ?
John se pinça l’arête du nez et laissa échapper un profond soupir. Autour d’eux, un groupe de scientifiques apeurés lui lançaient des regards pleins d’espoir. Il ne pouvait pas se permettre de les décevoir, et pourtant, la situation lui échappait complètement.
- Ces pauvres gens travaillent, et vous ne faites que les distraire.
- Je dis pas un mot.
- Mais ce n’est pas le problème, enfin ! Vous…
Le militaire vérifia que personne ne pouvait les entendre, ou du moins le moins possible, avant de chuchoter à son collègue.
- Vous les intimidez, Ronon. On dirait un lion qui cherche sa proie parmi les moutons.
- Oui, c’est un peu ça.
- … Dites donc, c’est moi ou ça vous amuse en plus ?
Le Satedien tourna enfin la tête vers lui, et effectivement ses yeux pétillaient comme… comme quand ils s’entraînaient ou qu’il était en chasse.
- Ronon, je ne peux pas vous laisser terroriser nos geeks ! Sortez d’ici immédiatement, c’est un ordre !
- Je plaisante, Sheppard. J’attends juste… quelqu’un.
- Ah ! Et bien c’est déjà plus rassurant, je vous l’assure ! … Vous attendez qui, exactement ?
Avant que son ami ne puisse lui répondre, Elizabeth, qui passait par là, les aperçut et se dirigea vers eux avec un sourire.
- Messieurs ! Et bien ce n’est pas commun de vous trouver là, surtout durant vos congés. Je croyais que toute l’équipe était partie se dégourdir les pattes sur le continent ?
- Ah oui, Teyla nous l’a proposé mais j’ai un match à regarder et Ronon attend… quelqu’un.
Elizabeth leva un sourcil, intriguée, mais John secoua la tête pour lui indiquer qu’il n’en savait pas plus.
- Et bien si on m’avait dit que Rodney était le plus aventureux de vous trois…
- Rodney est sur le continent ? demanda Ronon en se décollant du mur, soudainement en alerte.
- Oui, enfin ils sont en route. Je leur ai donné l’autorisation de décoller il y a quoi… vingt minutes ? Selon Teyla, il a très hâte d’aller jouer avec les enfants.
- Rodney ?! répéta John, incrédule.
- Le hangar, hein ? Merci de l’info, j’y vais.
Et sous les regards ébahis de tous les spectateurs de la scène, Ronon finit enfin par quitter le laboratoire pour se diriger vers les hangars à Jumpers d’un pas énergique.
- Bon et bien mystère résolu, il attendait Teyla, sourit Elizabeth en se tournant vers John.
- Hein ? Mais pourtant il… Non… Vous devez avoir raison.
Et pourtant, quelque chose lui disait qu’il n’avait pas vraiment fait la lumière sur toute cette affaire.
Rodney était un homme étonnant, aux yeux de Teyla. Plus d’une fois, elle l’avait entendu se caractériser de lâche, et pourtant elle devait avouer qu’elle connaissait bien peu de gens aussi courageux que le scientifique canadien. Qu’il ait une estime de lui aussi basse, malgré tous les exploits dont il était capable, c’était aussi étonnant que d’entendre Carson dire de lui-même qu’il n’était pas un homme de terrain. Mais elle ne se permettrait pas de mettre son nez dans leurs affaires, surtout que ni l’un, ni l’autre, ne semblaient encore près à ouvrir leur cœur aux autres. Surtout Rodney, en fait. Carson était un ange.
- Hm… Teyla ?
La jeune Athosienne sourit au scientifique, assis en face d’elle, sur une des banquettes du Jumper. Ils revenaient de leur petite expédition sur le continent, qui avait été tout à fait charmante. Mais plus l’heure de leur retour s’avançait, et plus le stress du docteur McKay devenait palpable.
- Oui Rodney ?
- Est-ce que je… Je peux vous demander un conseil ? Pas pour moi, évidemment, mais pour un… un ami.
Elle haussa un sourcil mais ne fit aucun commentaire. Le pauvre se triturait suffisamment les mains comme ça, il allait finir par se faire mal. Elle pouvait très bien rentrer dans son jeu par compassion.
- Je ne sais pas si je suis la plus adaptée, mais bien sûr. Je vous écoute.
- Alors… Voilà, j’ai cet ami sur la base. Un scientifique, comme moi ! Une sorte de gringalet, pas très marrant, mais pas méchant non plus !
- Oh ça je n’en doute pas, sourit Teyla. Je suis sûre que vos amis sont tous très sympathiques.
- Oh vous ne diriez pas ça si vous le connaissiez, marmonna Rodney. C’est un affreux vantard, un tyran au travail, et puis pas franchement le genre que vous avez envie de côtoyer tous les jours. Il n’a vraiment pas beaucoup d’amis ou de… de relations.
- Je vous trouve un peu dur, avec cet ami. Il se sent peut-être seul et a du mal à communiquer avec les autres, mais c’est sans doute le premier à en souffrir. Vous devriez, vous le premier, être dans l’empathie. Pour votre ami.
Rodney eut un sourire qu’elle trouva triste, et cela lui serra le cœur. Elle s’était toujours doutée que malgré ses bravades, le pauvre homme cachait de grandes blessures émotionnelles.
- Empathie, oui. On me dit toujours que j’en manque. Mais c’est vrai, je vais faire des efforts. Pour lui ! Evidemment !
- Oui évidemment. Et donc, votre ami a… un souci ?
- Et bien… N’allez pas rire, hein, mais il m’a confié récemment qu’il a eu une… euh… une aventure.
- Une aventure ? répéta Teyla en penchant la tête sur le côté, intriguée. Quel genre d’aventure ?
- Oh vous savez, le genre qui implique… deux personnes ?
- … Oh ! Ce genre d’aventures !
Elle cacha un sourire, faisant mine de ne pas remarquer que le visage de McKay s’était empourpré.
- Une aventure, donc. Et ?
- Et bien la première fois, m’a-t-il expliqué, il avait un peu bu et… les choses se sont passées. Et je vous assure que ce n’est pourtant absolument pas dans ses habitudes !
- Hm je vois. Et l’autre personne de l’aventure ?
- Avait bu aussi, répondit Rodney en se serrant davantage les mains. Mais c’était consentant ! Enfin je veux dire que dans le feu de l’action, mais avec l’alcool, vous savez, ça arrive !
- Bien sûr, et je ne juge pas votre ami, rit la jeune femme. Mais pourquoi votre ami s’en fait autant, si c’était consenti entre les deux parties ?
- Et bien voilà, après cette… aventure, il ne savait plus quoi faire. Et il s’est dit que le plus simple était d’en discuter, vous voyez ? Donc il est allé voire l’autre personne eeet…
Teyla attendit la suite de la phrase, intriguée, avant de comprendre ce qu’il voulait dire.
- Vous voulez dire qu’il y a eu une… seconde aventure, mais sans l’alcool, j’imagine ?
- Oui, c’est ça !
- Et ce n’est pas une… bonne chose ? Cela pourrait être le début d’une belle relation, si ces deux personnes s’entendent assez ?
- Hein ? Une relation ? Mais enfin vous m… z’avez vu mon ami ?!
- Non, Rodney, je n’ai pas connaissance de cet ami, rappelez-vous.
Le scientifique cligna nerveusement des yeux, avant de s’éponger le front. Toute cette conversation était une véritable épreuve pour lui, visiblement.
- Je ne comprends pas le problème, Rodney, lui fit Teyla d’une voix douce. Est-ce que l’autre personne est une horrible personne, qui ne mérite pas votre ami ? Est-ce que c’est ça le problème ?
- Oh non non, ce… c’est quelqu’un de différent, en fait. Quelqu’un qu’on voit partout, qui attire tous les regards, quelqu’un de très charismatique ! C’est là, le problème. Je ne vois pas… Mon ami ne voit pas pourquoi cette personne veut continuer à le voir, en fait. Vous voyez, c’est comme si Samantha Carter me choisissait moi au lieu du général O’neill !
- J’ai peur de ne connaître ni l’un, ni l’autre, donc la comparaison ne me parle pas. Mais ce que je sais, c’est que si la personne de l’aventure a envie de revoir votre ami, c’est qu’elle y a réfléchi. Donc que votre ami lui plait.
- Lui plaire ? Impossible. Je vous assure, c’est vraiment… C’est quelqu’un de très b… beau en fait, et vraiment très magnétique. Enfin ce serait bizarre !
Teyla rit et se leva pour donner une tape affectueuse sur l’épaule de McKay.
- Rodney, je vous en prie. Vous savez être très charmant, quand vous le voulez.
- … Hein ? Quel rapport avec moi ?
Elle sourit et s’assit à ses côtés alors qu’il évitait soigneusement son regard.
- Je suis contente que vous vous soyez confié à moi. En tant que votre collègue et votre amie, croyez-moi, je sais voir vos qualités mieux que quiconque. Vous êtes un homme bon, et un homme courageux. Je ne suis pas vraiment surprise que vous ayez réussi à ravir un cœur.
- Oh… Euh… Je ne pense pas qu’on soit encore à parler de sentiments, si ?
- Pourtant si je comprends bien, l’autre personne recherche votre compagnie et vous avez peur donc vous fuyez ? Croyez-vous cette situation possible, si des sentiments n’étaient pas en jeu ?
Rodney laissa échapper un soupir, se couvrant les yeux des mains. C’était dur, pour son petit cœur solitaire et endurci. Mais si Teyla avait raison ? Qu’allait-il faire ?
- Ceci dit, je crois bon de vous rappeler une chose. N’oubliez pas que ce sont VOS sentiments qui comptent avant tout, d’accord ? Si vous ne ressentez pas la même chose qu’elle, il serait bon de lui en parler. Sinon vous n’allez que la blesser.
- … Elle ?
- Oui, votre amie de l’aventure.
- O…oui… Elle, bien sûr. Il fait de plus en plus chaud, non ?
Teyla ne pensait pas qu’elle pourrait être plus surprise que ça, mais la réaction du canadien l’étonna grandement.
- Eeet atterrissage réussi ! s’exclama la voix du Major venant du cockpit. Mesdames et messieurs, merci d’avoir choisi la compagnie Lorne, vous voilà arrivé à bon port !
- Qu… On est déjà à Atlantis ?! s’exclama Rodney en se levant d’un bond. Mais je… j’ai pas fini de penser !
Le major eut un sourire poli à l’intention de Mckay en passant près de lui, mais visiblement il n’avait pas saisi l’agitation qui animait le scientifique.
- Allez, à plus tard doc’, Teyla. Ce fut un plaisir de vous conduire.
Teyla répondit à son salut distraitement, continuant à observer son collègue, inquiète, alors que le militaire ouvrait la porte du Jumper.
- Tiens, Ronon, bonsoir. Vous faites un tour vous aussi ?
L’Athosienne tourna la tête vers l’ouverture, surprise, et découvrit la silhouette imposante du Satedien dans l’encadrure. Il salua le major d’un signe de tête, mais son regard, lui, était résolument fixé sur…
- … Oh misère.
Elle n’eut pas le temps de comprendre la réaction de Rodney que Ronon se penchait vers elle pour lui dire d’une voix bien trop douce.
- Je vous l’emprunte, désolé.
La jeune femme assista alors à la scène la plus étrange qu’il lui avait été donné d’être témoin. Rodney, dans un élan héroïque, tenta un demi-tour désespéré pour se jeter vers le cockpit, mais Ronon fut le plus rapide des deux et l’attrapa à la taille avant de le soulever sur son épaule et de sortir avec lui, sous le regard médusé de Teyla.
- Ronon, vous n’allez pas me balader comme ça tout du long ?! Reposez-moi, par pitié ! Si quelqu’un nous croise maintenant, ils vont croire que vous me kidnappez ?!
- Mais c’est tout à fait ce que je fais, rétorqua le Satedien en raffermissant sa prise. Ce sera pas un long voyage, calmez-vous.
- Me calmer ?! Comment voulez-vous que je me calme ! Par pitié, je vais finir par avoir le vertige !
Ronon eut un rire, et consentit enfin à déposer l’homme à terre, non sans plaquer ses mains sur ses épaules pour l’empêcher de fuir de nouveau.
- Ça fait deux jours que vous me faites courir, doc’. Je trouve la punition assez légère, non ?
Rodney pâlit légèrement, les jambes tremblantes. Il était foutu, l’autre homme allait lui faire payer pour… pour tout.
- Ecoutez, je suis désolé, j’avais… Je savais pas quoi faire ! Je comprends que vous soyez furieux, mais si j’en parle à personne ?!
- Parler… de quoi, à personne ?
- De ce qu’on… enfin vous savez très bien de quoi !
- Et faire comme si de rien ne s’était passé ? C’est hors de question, Rodney.
Le scientifique crut qu’il allait défaillir, mais heureusement, la prise de Ronon se fit plus douce, plus… câline, même. Une autre forme de stress commença à monter en lui, un mélange d’anticipation, de peur et de désir. Comme la première fois, comme la fois suivante. Non ! Il ne pouvait pas se permettre de ressentir ce genre de choses pour un homme aussi impressionnant que son collègue ! Il connaissait sa place, bon sang !
- Je reconnais que j’suis pas le plus bavard, mais quand même. Je ne suis pas l’homme d’un soir, Rodney. Ou de deux.
- Ecoutez, je veux bien vous croire d’habitude, mais on parle de moi ! Vous m’adressez à peine la parole, d’habitude !
- Vous parlez bien pour deux, rétorqua Ronon en haussant un sourcil, amusé.
Rodney leva les yeux au ciel.
- Oui, je sais, je suis un incorrigible bavard, je suis insupportable, je suis un monstre bouffi d’arrogance, je suis…
- Incroyablement sexy, souffla son collègue avant de le plaquer gentiment au mur pour lui voler un baiser passionné.
Baiser auquel le scientifique se laissa volontiers succomber un temps avant de se ressaisir, les oreilles rougies de honte.
- Ronon !
- Déjà à crier mon nom ? C’est prometteur, ça.
- Qu… Vous êtes… vous êtes insupportable !
Le Satedien rit de nouveau, avant de glisser ses bras autour de lui pour le serrer contre lui avec un soupir.
- Ne me fuyez pas, Rodney. Je comprends que ça vous fasse peur. Moi aussi, je sais pas ce qu’il m’arrive. Mais j’ai pas envie d’arrêter.
- Je… me sens perdu, Ronon, finit par avouer le scientifique d’une voix honteuse. Je me sens pas à la hauteur, d’accord ? Et je comprends pas ce que vous… que moi, je vous trouve attirant, d’accord, mais l’inverse me semble tellement bizarre.
- Alors je dois vous prouver ce que je ressens, on est d’accord ? lui répondit l’homme en s’écartant enfin de lui, mais pour lui tendre la main cette fois. Vous prenez pas la tête comme ça. Pour une fois, ce sera à moi de vous apprendre un tas de trucs.
Rodney hésita quelques secondes, avant de céder et de prendre la main de son collègue pour la serrer doucement dans la sienne. Et il se laissa entraîner sans résister davantage, jusqu’à ses quartiers, son cœur battant la chamade alors que la porte se refermait sur les deux hommes, les laissant à leur intimité nouvelle.
Teyla fut rassurée de voir Rodney le lendemain midi, assis seul à une table de la cafétéria. Elle le rejoignit rapidement, et il leva la tête de son journal, surpris en sentant une présence à ses côtés et soulagé en découvrant qu’il s’agissait d’elle.
- Je peux ? demanda-t-elle d’une voix douce en indiquant une des chaises de libre.
- Oh oui, bien sûr ! Je… Je suppose que je vous dois des explications, hein ? fit-il avec un petit rire nerveux.
Elle s’assit et l’observa avec attention, avant de sourire.
- Je ne vous mens pas, je vous imaginais avec une charmante jeune femme blonde… Mais ne croyez pas que je vous juge, loin de là.
- Oui, je sais, c’est surprenant pour tout le monde, souffla Rodney en regardant autour d’eux. Mais j’ai pensé à ce que vous m’avez dit, et vous avez raison. Ce qui compte avant tout, ce sont mes sentiments.
- Vous avez bien raison, approuva vivement la jeune femme. Et je les devine… plutôt positifs ?
- … Comment vous savez ?
Elle se pencha vers lui pour lui murmurer, un peu gênée.
- Vous devriez songer à couvrir un peu plus votre cou, Rodney.
L’homme rougit brusquement et remonta son col autant que possible, bégayant quelques explications qui n’auraient pu convaincre personne.
- J’peux m’asseoir ?
Les deux levèrent la tête vers Ronon qui venait de les rejoindre, Teyla le saluant d’un sourire amical et Rodney le fusillant du regard. Le Satedien eut un rire amusé et n’attendit pas davantage pour s’installer auprès du scientifique, sa main se posant sur la sienne.
- Il m’a dit que vous aviez sans doute compris, vu le cirque qu’on a fait hier, expliqua-t-il à sa collègue qui hocha la tête. Il m’a fait courir pendant deux jours.
- Et vous avez fini par lui mettre la main dessus, comme toujours, s’amusa Teyla. Je suis contente pour vous. Mais pensez à le ménager, c’est compris ? On a tous besoin de Rodney, ici.
- Jamais les veilles de mission, c’est promis.
- Ronon ?!
Rodney lui pinça la main en guise de représailles, se sentant mourir de honte à l’intérieur. Heureusement que l’Athosienne était plus que tolérante !
- Bah alors les gars, on mange sans moi ? Vous me faites une place ?
Rodney leva les yeux au ciel et retira bien vite sa main de celle de Ronon, alors que Teyla se chargeait d’accueillir John comme il fallait.
- Bon alors, Ronon, vous avez fini par trouver la personne que vous cherchiez, hier ? demanda le colonel avec un sourire, avant de confier à McKay. Vous auriez dû le voir, il a terrorisé Zelenka et toute son équipe. C’était qui, au final, la botaniste rousse sympa ?
- Une brunette, répondit très sommairement Ronon, alors que le pauvre Rodney s’étouffait avec son eau. Quand elle sera prête, je vous en parlerai.
- Une timide, hein ? Dommage, vous auriez pu l’inviter à venir voir un match avec nous. Vous venez, j’espère ? Vous m’avez tous faussé compagnie hier, vous me devez bien ça !
Il eut la satisfaction de ne recevoir que des réponses positives cette fois-ci, et ce fut de très bonne humeur qu’il s’attaqua à son plat, avant de lever les yeux vers McKay, pensif.
- Dites-donc, vous vous êtes fait bouffer par les moustiques sur le continent. Vous n’aviez pas votre super lotion à la noix de coco avec vous ? Votre cou est couvert de traces.
Rodney tourna lentement la tête vers Ronon, qui souriait en observant son verre, visiblement très fier de lui.
- J’étais tombé à court. La prochaine fois, j’irai avec un col roulé.
- Ouais, pas sûr que le moustique s’arrête de si tôt, confirma le Satedien.
Rodney se cacha le visage entre les mains alors que Teyla frappait le grand bronzé de sa serviette, lui ordonnant d’arrêter ça tout de suite. Tout ça sous le regard de Sheppard qui se sentait tristement exclu de l’affaire. Heureusement pour lui, il n’eut pas à attendre longtemps avant que l’histoire ne lui soit révélé.
