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Espagne

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Work Text:

Espagne.

Difficile.

Il avait toujours été difficile de comprendre les autres.

Leur peine, leur joie, leur colère, leur injustice, leur peur, leur tourment, leur bonheur, leur dégoût, leur combat.
Des émotions complexes, intimes, profondément ancrées en chacun, une incompréhension humaine et commune. Des années de combats pour les comprendre, les assimiler, les partager.

«Tu manques d’empathie.»

«Tu ne comprends vraiment rien !»

«Arrête de pleurer, c’est pour les faibles.»

«T’énerver ne te servira à rien.»

Pourtant, tout lui avait semblé si simple depuis toujours.
La joie, la colère, la tristesse, le dégoût, la peur, l’anxiété, la panique, l’embarras…

Il avait toujours ressenti tout ça.

Si les yeux étaient le reflet de l’âme, Espagne en était le lecteur.

Non seulement il savait lire, mais également écouter et comprendre, bien au-dessus du simple «j’espère que tu iras mieux.» Il laissait les gens parler, s’exprimer et s’extirper de leurs soucis.

Parce qu’il avait dû vivre ainsi depuis tout petit, il avait appris à intégrer ses émotions sans les laisser déborder, à se gérer tout seul. Car dans une grande famille avec des parents négligent de sa santé et de celle de ses frères, seul leur restaient le soutien et l’amour qu’ils avaient les uns pour les autres.

Il avait toujours souri à la vie et à ses mésaventures.

Peu importe la situation, il devait garder la tête droite.

Sourire pour ses frères, sourire pour ses parents, toujours sourire.
Bien sûr, il pouvait pleurer, avoir peur, être en colère…
Mais, avec discrétion.

Mais, ça ne voulait pas dire qu’il se forçait, qu’il était obligé de le faire, non.
Son sourire, ses larmes, ses crises, sa joie, sa bonté, tout était naturel chez lui, il avait toujours été très honnête. Un brin d’émotion si puissant et contrôlé.

Avec tout ça, il ne pouvait contenir un petit sourire, contemplant les fleurs dans son jardin, quelle vie incroyable et riche de sensations.

L’amour.
Oh qu’il l’avait ressentie celle-là, mais deux étaient plus intenses que d’autres, en premier l’homme assis sur son canapé, ce suédois qui lui donnait une raison supplémentaire de se lever.
Mais également, cette femme.

Ah, son sourire changea, quelque chose de plus compliqué à lire, ses yeux brillants aussi avaient changé.

Tenochtitlan.

Sa femme, celle pour laquelle il avait ressenti tant de papillons dans le ventre, perdue par un imposteur. Espagne n’aimait pas insulter les gens, mais lui, il le méritait tout de même. Tuer un être aussi sublime que cette femme ? Quel… Monstre.

Touillant son chocolat chaud pour essayer de se reprendre, il soupire.

Oui, la vie avait été injuste avec lui sur ce point-là, sur lui et ses enfants, vivre sans elle n’avait pas été chose facile.
Pourtant, il pouvait se féliciter d’avoir réussi malgré les difficultés.

Bien content d’avoir eu une vie riche d’expérience et de divertissement.

Espagne était un homme sage et passionné, non pas de la douleur, mais de vivre. Le monde était trop beau pour se laisser faire et martyriser par ce dernier. L’une des raisons amenant la peine et le chagrin qu’il ressentait en voyant ses deux grands frères.

Italie, France… Quand est-ce que la paix dormant dans vos cœurs pourrait se réveiller ?

Ils avaient eu le temps de s’en remettre, mais pourtant… Ils avaient besoin de plus de discussion visiblement.

Et ses petits frères, Portugal et Roumanie ? Pas grand-chose de nouveau, eux ils étaient plus sages, moins matures pour Roumanie, mais plus sages.

Son sourire changeait encore une fois, il aimait sa famille à une grande échelle, il ne pouvait pas vraiment quantifier son amour pour ceux qui l’entouraient.

Heureux, en paix et serein, voilà de magnifiques mots le décrivant à la perfection. On pouvait également ajouter, doux, gentil, compatissant et attentif… En fait, la plupart des mots positifs lui allaient bien.

Il savait se gérer tout seul, comme un grand et ça depuis toujours, ce qui aurait pu être inquiétant pour les autres, ne l’était pas quand il s’agissait d’Espagne. Non pas qu’il ne pouvait pas souffrir aussi, mais il savait faire la part des choses.

Il était aimé de tous, ça le dérangeait un peu sur certains points, après tout son seul souhait était d’être tranquille avec Suède, de vivre une vie plus paisible et calme.

Il avait besoin de ça.

Sa tasse de chocolat vidait, il marcha entre les champs de fleurs, caressant délicatement ces dernières, on aurait pu le nommer fou qu’il n’en aurait rien à faire. Le jugement des autres ? Il n’y prêtait pas attention. Espagne pouvait se mettre à danser, chanter, rigoler, devant le monde entier, que peu de regards pourraient l’atteindre. Encore une fois, seule sa famille avait son importance, les autres ? Il était empathique, mais pas stupide. Si des gens lui voulaient du mal pour sa liberté d’esprit… Il se battrait jusqu’à la fin pour rester celui qu’il était.

Un homme très serein.

Le doux soleil du matin caressait ses bras et ses cheveux, même la température semblait s’allier avec lui.

Suède l’observait, car il avait fini par se lever. Voyant qu’il n’était pas revenu, il restait là, proche de la porte du jardin. Admirant son espagnol chaleureux. Espagne ne le voyait pas, mais les autres pouvaient le dire, il avait comme une sorte d’aura autour de lui, quelque chose d’aimable et de réconfortant.

Quand il marchait dans la rue, les gens en danger venaient lui parler, chercher de l’aide, car sa simple présence pouvait apaiser la souffrance des gens passant à ses côtés.

Il semblait irréel, comme un cadeau du monde pour se faire pardonner du mal qu’il causait.

Une bénédiction sûrement. Un remède, un pansement… N’importe quoi pouvant soigner les blessures.

« Un petit rayon de soleil »

Admettait Grèce quand il s’occupait de lui.

Et c’était vrai, en l’observant s’amuser avec les fleurs, marchant comme si le regard des autres n’existait pas… Il ne faisait qu’un avec le soleil.

Suède fit demi-tour, retournant sur le canapé. Il le laissait vaguer à ses occupations, ne voulant pas le déranger.

Espagne ne l’avait même pas remarqué. Pas en mal, non. Le cadre était trop beau pour être dérangé.

Si le blond voulait vraiment lui dire quelque chose, il l’aurait fait.

Le brun s’arrêta proche d’une petite rose rouge, deux êtres sublimes s’observant. Une petite abeille sortit de la rose, partant pour sa prochaine destination. Espagne laissa échapper un petit rire.

Bien, je te la laisse alors. Pensa-t-il avant de partir vers un autre rosier. L’état de ses fleurs… Un joli parallèle entre celui de l’espagnol.

De l’extérieur jusqu’à l’intérieur, tout était si bien entretenu. Rien ne sortait de l’ordinaire, la mosaïque dans la cuisine sur le mur, les briques sur le pillier de l’entrée… Les couleurs.

Toutes ces couleurs.

Une des choses qu’il aimait le plus, les couleurs. Il avait même étudié la théorie pour pouvoir la pratiquer, il n’était pas un grand artiste, mais si l’art ne se définissait que par un simple dessin, cela serait du gâchis… La maison d’Espagne était un art à elle-même. Elle était ordonnée comme il le fallait, du moins, elle était au goût de l’espagnol.

Mais lui aussi était un art comme un autre, danseur de profession, il était doué. Il pouvait faire plusieurs styles et n’avait pas de préférence, il s’adaptait si bien.
Il toucha sa joue, un petit rire suivant ce geste. Au moins, il n’avait plus de petite blessure sur cette partie-là. Il retenterait le patin à glace, c’était marrant et les mouvements étaient fluides, assez surprenants.

De retour sur son patio, il s’étirait. Ce matin était impeccable, ça sentait comme une bonne journée. Son chocolat étant fini depuis un moment, il retourna dans la maison, lavant sa tasse. Il resta bloqué un temps faisant une petite fixette sur sa tasse. Un cadeau d’anniversaire de sa famille.

Italie, France, Portugal, Roumanie, Mexique, Usa, Danemark, Suisse, Allemagne, (Costa Rica, El Salvador, Honduras, Nicaragua), Canada, Angleterre, Norvège, Écosse, Irlande, Argentine, Paraguay, Uruguay, Cuba, Pays-Bas, même Guatemala avait signé dessus.

Et évidemment, Suède.

Une larme de bonheur s’échappa d’un de ses yeux.

Et encore, si ce n’était que ça, il en avait connu du monde. Être extrovertie lui en avait offert du bonheur, du mal aussi, mais Espagne ne restait pas concentré sur le négatif. Des humains, des pays des villes, son univers était rempli de gens tous plus uniques les uns que les autres.

Il était assez fier.

Suède intervint, pour couper l’eau, sortant Espagne de ses pensées.

« Est-ce que ça va ?

- Oui, oui. Pardon. J’étais… ailleurs. »

Malgré ce petit moment de perte, il riait. Quel homme. Même si c’était pour relâcher la pression, au moins Suède était plus tranquille. Il posa sa tasse dans son coin, elle était basique, mais si importante pour le brun. Sa famille avait eu raison de lui offrir cette tasse, il s’en servait souvent et elle trônait quelque part dans sa cuisine. L’importance que ce simple objet avait pour lui maintenant.

Il essuyait ses mains, se débarrassant de l’eau sur ces dernières.

Il en avait de la chance, ou bien peut-être sa naturelle bonté lui offrant une vie sans pareille, il voyait souvent son existence sous son meilleur cadre. Malgré de nombreux périples et mésaventures, il n’avait pas baissé les bras.

Et puis ce midi, vu la magnifique journée s’annonçant il allait proposer à Suède de manger avec lui dans le jardin.

Voilà un programme charmant qui les attendait.

Espagne souriait, quel bonheur de vivre.

Notes:

Voilà, c'était la dernière histoire des vacances ! Ça fais un moment que je devais la poster, honnêtement, ce n'était pas facile à écrire, mais j’espère qu'elle vous procurera de la joie autant qu'à moi. Les prochaines histoires seront plus longues !
Si les anges devaient exister, Espagne serait définitivement l'un d'entre eux.