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Monkey D. Luffy is an intelligent idiot

Summary:

Pourtant, si vous demandiez si Monkey D. Luffy était un idiot à quelqu’un qui le connaissait bien – à ses frères, son équipage ou Shanks par exemple – ils vous répondraient très certainement que oui, il était le plus idiot d’entre tous, mais que cela ne l’empêchait pas d’être affreusement intelligent.

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Ou l'équipage au Chapeau de Paille découvre à ses dépens à quel point son capitaine est intelligent.

Notes:

Alors j'ai écrit ça lors d'une insomnie et c'est mon premier travail pour le fandom One Piece donc je m'excuse pour toute erreur/incohérence que je n'aurais pas relevé à la relecture.

De plus, pour le déroulement de l'histoire, j'ai inventé un fruit du démon qui de toute évidence ne pourrait pas exister dans l'œuvre, mais j'ai pris la liberté de le faire quand même. Au moins, vous êtes prévenus.

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24/11/2025 : en me relisant, je me suis apperçue qu'il manquait une partie du texte dans ma publication originale, à savoir ce qui se passe à l'infirmerie dans la partie 3. Désolée pour ça et voici l'histoire en entier cette fois !!

(See the end of the work for more notes.)

Work Text:

Ils étaient certaines choses qui, pour la plupart des gens, étaient des choses toutes à fait évidentes et pour lesquelles seulement quelques secondes de réflexion – voire aucune pour les plus brillants d’entre nous – étaient nécessaires pour s’accorder à dire qu’elles étaient ce qu’elles étaient.

Tout le monde pouvait ainsi dire que le soleil était jaune, que les fleurs fleurissaient au printemps et que l’eau de la mer était salée.

Ces affirmations, aussi banales soient-elles, tenaient de la vérité générale et si la rudesse de leur formulation et la simplicité de leur énoncé n’en faisait pas des proverbes, elles n’en restaient pas moins des discours qui ne souffraient que de très peu de contradictions.

Ainsi, il en était de même pour beaucoup de choses en ce monde, des choses qui n’était pas de la même banalité.

Gol D. Roger était le roi des pirates.

Le One Piece existait.

Les fruits du démon avaient un goût parfaitement immonde.

Et pour ceux qui avaient eu l’honneur – bien que cela soit variable en fonction de la personne à qui vous poseriez la question – de le rencontrer et, dans une moindre mesure, ceux ayant eus vent de ses accomplissements, Monkey D. Luffy était un parfait idiot.

Le genre d’idiot dont il est courant de se moquer et de rire, qui ne pourrait pas vous résoudre une multiplication même si sa vie en dépendait et qui vous conduirait sûrement à vous arracher l’entièreté de vos cheveux avant qu’il ne comprenne ce que vous venez de lui expliquer.

Monkey D. Luffy était ce genre d’idiot. Il était de ceux dont la bêtise paraissait impossible et incroyable tant qu’elle n’était pas vue.

Pourtant, si vous demandiez si Monkey D. Luffy était un idiot à quelqu’un qui le connaissait bien – à ses frères, son équipage ou Shanks  par exemple – ils vous répondraient très certainement que oui, il était le plus idiot d’entre tous, mais que cela ne l’empêchait pas d’être affreusement intelligent.

C’était peut-être un peu déroutant au début, car comment quelqu’un d’idiot pouvait être intelligent ? Cela semble très improbable n’est-ce pas ?

Et bien, oui, ça l’était. Ça l’avait été également pour tous ceux cités précédemment, pour Law, Vivi et Kinnemon aussi. Probablement que Sogeking avait lui aussi trouvé cela étrange.

Mais encore une fois, Monkey D. Luffy était une personne singulière, si singulière qu’au final, ce n’était peut-être pas aussi étrange que ça.

Et comme pour tous les autres, il ne vous suffirait que de quelques jours, peut-être quelques heures s’il était suffisamment enjoué, pour comprendre ce qu’ils voulaient dire et où résidait l’intelligence de Monkey D. Luffy.

Prenons ce jour banal par exemple, dans une semaine sans importance, alors que l’équipage au chapeau de paille avait quitté Wano Kuni depuis quelque temps et se dirigeait vers la prochaine île.

Le ciel était clair depuis quelques heures et, s’il ne s’agissait pas de Grand Line, probablement qu’aucune goutte de pluie ne tomberaient durent les prochains jours. Même le vent était faible, à peine suffisant pour gonfler les voiles.

Il faisait bon vivre sur le pont d’un bateau.

Sur le Sunny, chacun vaquait à ses activités et tout était plutôt silencieux.

Zoro était dans la tour de guet, en train d’effectuer ce qui était la septième partie de son entraînement spécial en 50 parties (adapté à ses blessures, évidemment, il ne voulait pas de la colère de Chopper). Il en aurait probablement jusqu’à la fin de l’après-midi.

Nami était assise dans sa chaise, celle installée en dessous des mandariniers et travaillait sur sa carte, tout en gardant un œil sur le Log Pose et la météo, car elle avait appris que se considérer comme sur le bon cap sur Grand Line était s’approcher trop proche de la mort à son goût.

Usopp, muni de ses lunettes spéciales, était assis sur le bois du pont, adossé à l’un des parapets et travaillait sur ses billes. Personne ne l’approchait, car il était difficile de savoir si le déconcentrer ferait exploser l’une de ses billes au piment – ce qui n’était grave que pour les yeux d’Usopp – ou ferait apparaître des plantes carnivores sur tout le pont.

Sanji était comme à son habitude dans la cuisine, il travaillait sur un nouveau cocktail, à base des spécialités de Wano qu’ils avaient chargées à bord du bateau au moment de partir, et qu’il ferait bientôt goûter à sa tendre Robin et à sa chère Nami. Il avait également des verres d’eau fraîche qui attendaient au frigo pour les autres.

Chopper était attelé à son bureau dans l’infirmerie. Il n’avait rien d’urgent à faire, les blessés de Wano était en fin de guérison et tout ce dont il pourrait peut-être avoir besoin était posé bien en évidence sur son chariot, prêt du lit. Ces derniers jours, il avait tenté de comprendre comment fonctionnait le corps nouvellement découvert de Sanji mais comme ce-dernier n’avait accepté de le laisser faire que par compassion pour la profonde curiosité de Chopper et qu’aujourd’hui était une journée trop belle pour qu’il l’embête avec ça, il avait renoncé à continuer. Non, Chopper, pour une fois, était occupé avec quelque chose qui ne tenait pas de la médecine. Il consignait dans un carnet qu’il gardait secret toutes les récentes aventures qu’il avait vécues parce qu’il avait la ferme attention de tout raconter au Dr Hiluluk et, dans la mesure où elle le laissait faire, au Dr Kureha s’il remettait un jour le sabot sur Drum.

Robin profitait que le pont soit pour une fois parfaitement calme pour lire au soleil. Sa peau pâle était protégée de la chaleur par un large chapeau et son sourire énigmatique habituel étirait ses lèvres. Cela n’avait aucun rapport avec sa lecture, qui bien que passionnante, ne prêtait en aucune façon à rire. Sa bonne humeur était du à Franky, qui était allongé dans un transat bien plus large que le sien juste à ses côtés. Il dormait, ronflant une respiration sur deux et sa main tenait celle de Robin, ses doigts robotiques entrelacés avec sa peau douce sur l’accoudoir du fauteuil de la jeune femme.

Brook, peu désireux de déranger le calme paisible et agréable de ce début d’après-midi, se tenait à l’écart des autres membres de l’équipage. Il s’était assis sur la tête du Sunny, profitant du fait que Luffy n’y était pas, et avait replié ses membres osseux – sans tentatives de mauvaises blagues – sous lui. Il avait emmené avec lui son violon et l’air qu’il jouait était vieux et nostalgique. S’il ne faisait pas attention et qu’il se laissait porter trop loin dans ses souvenirs, il pourrait peut-être entendre le son d’autres instruments l’accompagnant et le chant d’une jeune baleine. Cela lui arrivait souvent.

Jinbe s’était isolé au cœur du bateau, près de l’aquarium, car le bruit de l’eau l’aidait toujours à se relaxer. Ce que beaucoup ne comprenait pas, c’était que le karaté des hommes-poissons, comme toutes techniques nécessitant la manipulation d’un élément requéraient un état de calme et de relaxation important. C’était quelque chose qu’il fallait travailler tous les jours et il était certain qu’un jeune équipage – si l’on ne comptait pas Brook, évidemment – fou comme le sien n’était pas ce qu’il y avait de plus propice à cela. Il ne le regrettait pas du tout, ravi de partager des aventures et un avenir commun avec un équipage en lequel il croyait, mais cela ne voulait pas dire qu’il ne profiterait d’une journée parfaite comme celle-là pour travailler sur sa concentration profonde.

Ainsi, chacun était concentré sur sa propre affaire, ne prêtant qu’une attention relative aux autres.

Quel était le rapport, me diriez-vous ? Rien ici n’indiquait que Monkey D. Luffy était un idiot intelligent, il n’était même pas mentionné.

Que faisait-il d’ailleurs ? Vous voulez le savoir ?

Attendez encore un instant. Imaginez cela comme une pièce sur le point de débuter, les acteurs sont en place, mais immobiles, attendant le lever de rideau qui sonnerait le début de l’histoire.

Encore une seconde et tout basculera, le calme sera rompu.

Et voilà ! Regardez, là, le voyez-vous ? L’élément déclencheur, juste sous vos yeux !

Dois-je vous le dire ? Très bien, je le ferai.

Le temps passait sans qu’on ne le voie filer à bord du Sunny et bientôt, la lumière du soleil devin jaune et dorée. Il faisait encore jour bien sûr, mais cela signifiait que Sanji commencerait à préparer le dîner et que chacun se dirigerait, à son rythme, vers la salle à manger.

Aujourd’hui, se déroulait comme tous les autres jours sans incident qu’ils avaient passés sur le Sunny.

À la seule exception – l’élément déclencheur, vous vous souvenez ? – que Zoro était en train de descendre l’échelle du poste de guet. Rien de particulièrement étrange me diriez-vous, mais il était encore trop tôt, beaucoup trop tôt, pour qu’on le voit réapparaître.

Il était presque toujours le dernier à les rejoindre à table, souvent encore couvert de sueur parce qu’il venait tout juste de finir son dernier exercice. Il mangeait vite et repartait tout aussi rapidement.

Alors, lorsque les barreaux de l’échelle grincèrent les uns après les autres sous son poids, toutes les têtes se tournèrent vers lui.

Il atterrit au sol sans aucune grâce et marcha sans leur prêter d’attention vers la porte de la salle à manger.

Pourtant, aucun de ceux qui n’était sur le pont ne put détourner les yeux de lui, enfin non, d’eux.

Nami avait relevé les yeux de sa carte et était scotchée à la barrière, la bouche ouverte et muette. Robin ne lisait plus et donnait de vif coup de coude  à Franky, qui se réveilla en sursaut et secoua la tête à la recherche d’un danger qui n’existait pas, jusqu’à ce qu’inévitablement, il ne remarque Zoro et ne cri de stupéfaction. Personne n’entendit son cri, parce qu’au même moment, Usopp, de stupéfaction, laissait échapper l’une de ses billes qui explosa en touchant le sol. Une épaisse fumée l’enveloppa et se répandit autour de lui et une seconde plus tard, Usopp se mit à crier qu’on vienne l’aider, car il ne voyait plus rien.

Personne ne bougea, ni même ne lui répondit.

Brook, de son côté, ne s’était aperçu de rien. Il n’avait pas pu résister à l’attrait de ses souvenirs et s’était éloigné dans un monde disparu depuis longtemps, ses doigts continuant de jouer cette mélodie par pure mémoire musculaire – il n’y aurait toujours aucune blague.

Zoro non plus ne s’était pas aperçu du chaos qu’il venait de provoquer. Il montait les escaliers vers le pont supérieur.

Quoi ? Vous ne voyez toujours pas ?

Très bien, je vais préciser. Mais je vous assure que vous êtes aveugle.

S’il fallait savoir une chose sur Zoro – outre le fait qu’il voulait devenir le meilleur sabreur du monde, qu’il pouvait s’endormir partout, que son entraînement passait avant tout et qu’il était lui aussi un parfait idiot – c’était qu’il n’était absolument pas friand de contact.

Il n’aimait pas qu’on le touche, pas du tout, et s’il pouvait s’en abstenir, il ne touchait personne. Il faisait parfois des exceptions, quand il n’avait d’autres choix que de se faire soigner, qu’il était contraint de porter l’un de ses compagnons au bord de la mort ou lorsque les médicaments le shootaient suffisamment pour que l’idée de câliner le poil doux de Chopper lui paraisse attrayante.

Et pour Luffy, apparemment.

Enfin, il n’avait pas l’air de se plaindre de l’avoir enroulé tout autour de lui. Zoro le portait sur son dos, ses mains glissées sous les cuisses de Luffy pour le maintenir. Il n’en avait probablement même pas besoin, parce que les jambes et les bras élastiques de Luffy avaient fait au moins trois tours autour de ses épaules et de son bassin et qu’il n’avait pas du tout l’air décidé à s’éloigner de son sabreur. Ses mouvements n’étaient absolument pas entravés par le poids qu’il portait et c’était comme s’il ne le remarquait pas.

Mais le plus étrange restait qu’il l’accepte. Luffy était tactile, tout le monde le savait, mais lui aussi savait qu’il y avait certaines choses qu’il ne devait pas faire s’il voulait s’en sortir intact. Cela ne l’empêchait pas de le faire quand même, mais Zoro le rejetait systématiquement, s’il n’était pas en train de dormir.

Et là, il n’y avait aucune plainte, pas même un froncement de sourcils.

Il n’y en eut pas jusqu’à ce qu’il disparaisse par la porte de la cuisine.

D’un seul coup, ce fut comme si le navire reprit vie. Nami ferma la bouche, Usopp parvint à dissiper la fumée autour de lui, Robin cessa de rigoler – pourquoi rigolait-elle ? Personne ne le savait – et Franky, ce dramatique, s’était évanoui.

Seul Brook n’avait toujours pas bougé.

Mais suivons plutôt Zoro et Luffy, car c’était ce qu’il y avait d’intéressant.

Zoro entra dans la cuisine, Luffy sur son dos. Ils étaient les premiers.

Sanji releva brusquement la tête, délaissant les fruits qu’il coupait et la cigarette qui pendait à ses lèvres tomba sur le bois du plan de travail.

Ce que les autres n’avaient pas remarqué, c’était que Luffy dormait sur l’épaule de Zoro, la bouche ouverte et bavant sur son t-shirt blanc et élimé. Ce qu’il n’avait pas vu non plus, mais que Sanji remarqua tout de suite, était le doux sourire qui étirait le visage de cette tête d’algue.

Il le suivit du regard et le regarda s’asseoir sur le banc devant la table sans déloger Luffy, soulevant seulement un peu ses jambes pour qu’elles ne se retrouvent pas coincées quand il se penchait.

Il commença à remplir son assiette sans attendre.

« Oï Cook, qu’est-ce que tu fais là à baver ? », s’écria soudain Zoro, sans cesser d’ajouter de nouvelles choses à la pile déjà élevée dans son assiette.

Sanji sursauta brusquement, prenant seulement conscience qu’il avait arrêté de fonctionner et le couteau lui échappa des mains, tombant au sol dans un bruit étonnamment fort.

Zoro se redressa.

« Qu’est-ce qui t’arrive Cook ? »

« Je- euh » marmonna Sanji, en se penchant pour ramasser son couteau. La porte s’ouvrit au moment où il se redressait et les autres membres de l’équipage se glissèrent un à un dans la salle à manger. « Rien, euh, tout va bien », se reprit-il quand plus de bruit s’éleva dans la pièce.

Des chuchotements, remarqua-t-il, quand il se remit à couper les fruits et en regardant les autres, il fut tout à fait rassuré par le fait que les autres semblaient tout aussi étonné que lui par le comportement étrange de Zoro.

Quand Chopper et Jinbei, alerté par les bruits venant de la salle à manger, se montrèrent à leur tour, la scène fut presque comique.

Chopper pila net, sur le pas de la porte et Jinbei, qui n’avait rien remarqué – ou qui n’avait pas compris ce qui était étrange, comprenez-le, il lui manquait encore certains codes – manqua de lui marcher dessus et ne l’esquiva que grâce à la vivacité de ses réflexes.

Cela attira l’attention sur eux.

« Mais qu’est-ce que vous foutez tous ce soir ? », cria Zoro, désormais agacé. Luffy dormait toujours comme un bébé sur son épaule.

Jinbei releva la tête, confus face à tous ces visages incrédules fixés sur Zoro.

Étonnamment, compte tenu de sa précédente stupéfaction, Chopper répondit.

« Zoro, est-ce que tout va bien ? », demanda-t-il en s’approchant. Il avait sur son visage cette expression qu’il portait toujours lorsqu’il cherchait à comprendre de quoi souffrait quelqu’un.

« Mais oui, tout va bien ! Pourquoi vous êtes tous étrange ? »

Zoro avait la bouche pleine de riz et parlait au travers. Il regardait Chopper comme si une deuxième tête lui avait poussé au-dessus de la première.

« Et Luffy ? Il est blessé ? », enchaîna-t-il, en cherchant un quelconque signe de blessure ou de douleur chez leur capitaine.

« Quoi ?! Non- », cria-t-il, tout à fait frustré, avant de s’interrompre et de tourner la tête pour regarder le visage de Luffy, blotti et bavant contre son cou. Son expression se détendit et il soupira. « Oh, c’est de ça que tu parles. Il va bien, il dort. »

Il les regarda tous avec étonnement lorsqu’il ne reçut en réponse que des soupirs frustrés et qu’Usopp dut retenir à la fois Nami et Sanji qui avaient de toute évidences= l’intention de lui en coller une.

Il ne comprenait pas pourquoi, cependant. Seul Jinbei avait l’air tout aussi perdu que lui, assis au bout de la table. Il remarqua aussi que Brook n’était pas là.

Chopper qui semblait plus calme que les autres – déformation professionnelle sûrement – grimpa sur le banc à côté de lui en forçant Robin, qui s’était assise à ses côtés, à se décaler. Zoro la regarda, s’attendant à trouver sur son visage une expression similaire à celle des autres, mais ne le fit pas. Elle avait simplement ce sourire singulier qu’elle avait toujours et qui, pour Zoro, lui donnait l’impression qu’elle pensait tout savoir.

Il grimaça, de plus en plus perdu face à leur comportement étrange.

Nami, qui s’était apparemment calmée et s’était rassise, le regardait avec insistance, les mains croisées devant elle.

« S’il n’est pas blessé, que fait-il sur ton dos ? » siffla-t-elle et Zoro, s’il avait compris quoi que ce soit à ce qu’il était en train de se passer, se serait énervé à son ton inquisiteur.

« Je te l’ai dit, il dort », répondit-il, la trouvant stupide, et il recommença à manger. Luffy s’agita sur son dos, reniflant disgracieusement. Zoro, qui cherchait à savoir si Luffy était en train de se réveiller, ne vit pas venir le coup de Nami et le prit en pleine tempe.

Usopp n’avait apparemment pas réussi à la retenir cette fois.

« Aïe, mais qu’est-ce qui te prend à la fin ?! », gémit-il en s’éloignant autant qu’il le put d’elle malgré le peu d’espace dont il disposait sur le banc.

Cela lui confirma néanmoins que Luffy était bel et bien en train de se réveiller, car il s’agitait de plus en plus dans son dos et resserrait, sûrement sans même sans rendre compte, ses bras et ses jambes autour de lui.

« Ce que Nami veut dire… », reprit Chopper, ne sursautant qu’une seule fois au grincement mécontent qu’elle laissa échapper. « C’est comment s’est-il retrouvé à dormir sur ton dos ? »

« Il s’est allongé là pendant que je faisais mes pompes et a fini par étendre ses bras et ses jambes autour de moi en s’endormant », répondit-il en haussant les épaules. Était-ce vraiment ce qui les inquiétait tous, se demanda-t-il ? Luffy s’endormait partout, ce n’était pas nouveau et il ne voyait pas ce qu’il y avait de surprenant là-dedans. Rien qui ne valait la peine de repousser son repas en tout cas et il commençait à sérieusement avoir les talons dans l’estomac à force de ne pas pouvoir manger en paix.

« Marimo de mes deux, ne fait pas l’imbécile ! », s’écria Sanji, faisant sursauter tout le monde et hausser les sourcils de Zoro. « Ce qu’on te demande, c’est pourquoi l’as-tu laissé faire ? »

Zoro ouvrit la bouche d’incompréhension, du riz en tombant, et s’apprêta à tous les envoyer se faire foutre, car vraiment, s’en était trop pour lui. Il s’arrêta cependant, lorsque qu’un bras élastique fila à côté de son oreille et saisit la cuisse de poulet qu’il avait posé dans son assiette.

Sans surprise, la main se rétracta jusqu’à être à la hauteur de la bouche de Luffy et il commença immédiatement à manger. Zoro le regarda et vit qu’il n’avait même pas encore totalement ouvert les yeux.

« Posez-lui la question puisque vous voulez savoir, j’en ai assez de vous tous », se renfrogna Zoro et il s’attela enfin à sérieusement remplir son estomac qui criait famine.

« Quelle question ? », baragouina Luffy, la bouche pleine et les paupières clignotantes. Sa tête était toujours posée confortablement juste à côté de celle de Zoro, son menton touchant son épaule à chaque fois qu’il mâchait, mais son sabreur s’était totalement décroché de la conversation et n’écoutait plus du tout.

« Pourquoi Zoro te laisse rester sur son dos ? », demanda finalement Robin, comme personne ne répondait, et qu’elle sentait bien qu’ils étaient tous sur le point de craquer et de taper sur ces deux idiots.

Un sourire plein de dents étira, littéralement, le visage de Luffy et son rire caractéristique et joueur résonna dans la salle à manger.

« Parce que je le lui ai demandé » dit-il, avant de sérieusement se mettre à manger, élançant ses deux mains en attrapant toutes les viandes et poissons étalés sur la table pour les fourrer dans sa bouche. Il était toujours logé dans le dos de Zoro, se tenant par les jambes, et aucun des deux ne s’en plaignait.

Quant aux autres, et bien, ils étaient pris par le désespoir de ne toujours avoir aucune réponse. Sauf Robin qui s’épanouissait en riant, Jinbei qui cherchait toujours ce qu’il avait bien pu manquer et Brook qui n’avait pas bougé de son perchoir sur la tête du Sunny.

C’était une nuit bien étrange sur le navire du Chapeau de paille.

-

Comment ça, vous ne comprenez rien ? Êtes-vous, vous aussi, con comme un balai ?

Je commence à penser que vous pourriez faire concurrence à notre très cher Monkey D. Luffy.

Vous dites que j’explique mal ? Mais je ne vous permets pas, c’est vous qui ne comprenez rien à rien !

Mais enfin, je suis de bonne humeur et je veux bien vous laisser une autre chance.

Prenons un autre moment, un autre jour, quelque temps après.

Ils avaient accosté sur une île pour récupérer des vivres et n’avaient pas prévu de rester longtemps, pas suffisamment pour que le Log Pose enregistre l’île sur l’une de ses trois aiguilles.

La plupart de l’équipage était parti en vadrouille, pour explorer l’île. Sanji parcourait le marché, soucieux de faire les courses lui-même. Robin et Franky, assez inséparables, étaient partis en excursion archéologique à la demande de la jeune femme. Brook avait besoin de nouvelles cordes pour son violon et avait embarqué Nami de force pour qu’elles les payent à sa place, car il ne voulait pas faire fuir le commerçant – il lui paierait les intérêts bien sûr.

Ne restait plus que Jinbei, qui travaillait son karaté dans l’eau de la baie dans laquelle mouillait le bateau. Usopp qui tournait en rond sur le pont à la recherche d’une occupation, ne cessant de jeter des regards vers l’île, en regrettant sûrement de ne pas avoir eu le courage d’y aller avec les autres, car la forêt à traverser lui avait semblé trop dense. Chopper qui jouait distraitement sur le pont supérieur, semblant lui aussi s’ennuyer à mourir.

Et enfin, Zoro et Luffy, installés en plein milieu du pont, à la fois au soleil et abrité par l’ombre du poste de guet. Luffy était assis en tailleur, son poids appuyé sur ses mains et les bras tendus derrière lui. Son visage était levé vers le ciel, son chapeau baissé sur son front.

Zoro dormait, la tête posée sur les jambes de Luffy et ses cheveux, un peu plus longs que d’habitude, effleuraient la peau hâlée du ventre que révélait la chemise rouge remontée. Si vous regardiez attentivement, vous pourriez voir que les jambes élastiques de Luffy étaient molles là où reposait Zoro, s’adaptant à la forme de sa nuque et de sa tête pour qu’il soit confortable.

Son visage était totalement détendu, paisible et il ronflait légèrement, comme une sorte de ronronnement à chaque respiration.

Ils avaient l’air bien comme ça, heureux de ne simplement rien faire.

Ils étaient déjà comme ça lorsque les autres étaient partis, allongés ainsi depuis quelques heures et sans avoir bougés depuis. Zoro était épuisé, maintenant que ses blessures étaient totalement remises et que Chopper lui avait donné son aval, ses entraînements avaient repris à leur pleine intensité et il n’était donc pas étonnant de le voir dormir un peu partout dans le navire dès qu’il quittait l poste de guet.

Les autres s’y étaient habitués, même au fait de les voir lui et Luffy collé l’un à l’autre. Ils marquaient toujours une pause, encore étonnés de voir Zoro s’endormir promptement à ses côtés, sur son épaule ou, comme maintenant, sur ses jambes.

C’était devenu une sorte de sursaut quotidien, toujours étonnant mais plus étrange, aussi incongru que cela puisse sonner quand vous y réfléchissiez.

Mais ce qui était particulier, voire absolument inconcevable en temps normal, était qu’au moment où le bateau avait jeté l’ancre dans la baie et que chacun avait suivi son chemin vers l’île, Robin s’était arrêtée à leur hauteur, projetant sa propre ombre sur eux, et avait proposé à Luffy de venir explorer avec eux, et qu’il avait balayé l’idée d’un vague geste de la main.

Aucune hésitation, ni même un tic de réflexion, il ne releva même pas son chapeau pour regarder l’île qu’il ne pouvait pas voir de sa position.

« Non. Amusez-vous. », avait-il simplement dit.

Luffy ne refusait jamais, et par jamais j’entends absolument jamais, d’explorer une île. Il était le premier à sauter à terre et le dernier à remonter sur le bateau, systématiquement.

Robin ne réfuta pourtant pas, lui souhaitant de s’amuser lui aussi et riant doucement au fredonnement détaché que Luffy lui répondit.

Et il était resté ainsi immobile, le nez en l’air, à caresser de temps en temps les cheveux de Zoro, jusqu’au début de l’après-midi. Usopp leur avait amené les bentos que Sanji leur avait laissé quand son ventre avait commencé à gronder et Luffy se redressa pour attraper le sien, le remerciant vaguement avant qu’il ne reparte en marmonnant qu’il avait trop chaud.

Lorsque Luffy ouvrit son bento, Zoro remua un peu, reniflant visiblement la bonne et douce odeur qui les entourait, mais ne jugeant pas ça suffisamment convainquant pour mériter qu’il se réveille et très vite, il retourna à son sommeil profond.

Chopper, qui lui aussi avait reçu son propre bento, s’approcha d’eux pour le manger.

« Zoro dort beaucoup ces derniers temps », dit-il, presque de nulle part, après avoir longuement inspecté le sabreur.

Luffy ne dit rien, hochant la tête en enfournant plus de nourriture que ce que sa bouche pouvait contenir et étirant ses joues jusqu’à ressembler à un hamster.

« Je pense que tu l’aides », réfléchit le renne. « À bien dormir, je veux dire. »

« Shishishi », rigola Luffy en posant sa cuillère une seconde. Il avala tout ce qu’il avait dans sa bouche, déglutissant bruyamment. « Zoro pense que je suis confortable. »

« Il te l’a dit ? », s’étonna Chopper, troublé car cela ressemblait beaucoup à quelque chose que dirait Luffy et qui jamais, dans aucun monde auquel il pouvait penser, ne sortirait de la bouche de Zoro.

« Non. Mais je le sais », sourit Luffy, quelque chose de trop compliqué pour que Chopper puisse comprendre ce qu’il voulait vraiment dire.

Il ne chercha pas plus loin, cependant. Luffy avait recommencé à manger et il se doutait que poser trop de question ne serait que malvenu, son capitaine ne répondait jamais vraiment de toute façon.

Ils finirent de manger en silence. Zoro ne se réveilla pas une seule fois.

Puis Luffy se réinstalla comme il l’avait été, passant quelques secondes ses doigts dans les cheveux de Zoro.

Chopper les regarda, presque fasciné et figé, n’osant pas bouger par peur de déranger le tableau qui se jouait devant lui.

Il resta ainsi un long moment, observant Luffy gratter doucement – presque tendrement – le crâne de Zoro et ce-dernier ronflant un peu plus fort dès qu’il appuyait sur un endroit particulièrement agréable. Ils avaient l’air si confortable que Chopper bailla brusquement.

« Chopper », dit Luffy, de nulle part. Quand le renne leva les yeux vers lui, il le trouva en train de le fixer, les paupières mi-closes et le sourire facile. « Tu peux dormir avec lui. »

Il ne le dit pas comme une question et Chopper écarquilla les yeux, ne se rendant compte qu’à ce moment-là qu’il avait en fait, très envie de dormir et que la poitrine de Zoro, qui montaient et descendait régulièrement, semblait être l’endroit parfait. L’idée était attrayante, il en avait très envie maintenant que l’image s’était dessinée dans sa tête, et il se demanda comment Luffy l’avait deviné.

Mais ce n’était pas ce qui l’inquiétait. Il était craintif de ce que pourrait penser Zoro du fait qu’il dorme sur lui parce qu’il savait pertinemment que si il avait été éveillé, jamais il n’aurait laissé Chopper le faire. Il ne voulait pas être balancé à la mer si Zoro se réveillait avant lui et le trouvait là.

« Ne t’inquiète pas Chopper, je suis sûr que Zoro sera content », dit Luffy et il tendit sa main à Chopper. Cela finit de le convaincre, il était désormais trop fatigué pour s’en soucier de toute façon, alors l’autorisation de son capitaine fut suffisante.

Il s’aida de la main de Luffy pour grimper sur Zoro, qui ne bougea presque pas et s’installa confortablement. Il s’allongea sur son ventre, la tête posée sur le haut de son sternum et se recroquevilla sur lui-même, absolument ravi de la source de chaleur sous lui.

Il soupira de bonheur et ferma les yeux, se berçant avec les respirations régulières de Zoro.

Chopper ne s’en rendit pas compte, déjà endormi, mais Luffy, lui le fit. Il vit Zoro inconsciemment passer un bras autour de Chopper, ses doigts se glissant entre les poils de sa fourrure, pour le tenir plus près de lui. Il le sentit, se détendre encore un peu plus contre lui.

Il sourit largement et se reposa à nouveau sur ses bras, fermant les yeux et laissant la légère brise qui s’était élevée brossée les cheveux qui s’échappaient de son chapeau.

Les trois étaient encore allongés comme ça quand tous les autres rentrèrent.

-

Vous avez compris maintenant, n’est-ce pas ?

Vous pensez ? Comment ça vous pensez ? Vous n’êtes pas sûr ? C’est pourtant évident, carrément évident.

Qu’avez-vous compris alors ? Que Monkey D. Luffy est doué avec les gens.

Oui, c’est vrai… Vous y êtes presque, mais pas encore tout à fait !

Soyez attentif.

Une semaine plus tard – à peu près, car il était difficile de tenir la mesure du temps sur un bateau – le Thousand Sunny rencontra un autre navire pirate.

Ce fut presque agréable de rencontrer un adversaire après autant de temps à profiter d’un calme plat. Pour la plupart d’entre eux, cela signifiait se dérouiller les articulations et se détendre les muscles avec un peu d’action, mais surtout une occasion beaucoup trop belle pour être manquée. Il fallait dire que le statut d’Empereur de Luffy dissuadait la plupart des autres pirates de s’en prendre à eux.

Ils avaient de la chance de tomber sur un capitaine stupide pour une fois.

Ils n’attendirent pas que leurs adversaires approchent, dès que le premier boulet de canon tomba dans l’eau près de leur bateau, ils s’élançaient déjà.

Enfin, pour la plupart, Robin ne s’était même pas levée de sa chaise et Zoro dormait comme une masse sous les mandariniers, sans compter que tous ceux qui n’étaient pas sur le pont et qui ne se sont pas inquiété de savoir s’ils étaient en danger.

Donc Luffy, Sanji et Franky s’élancèrent.

L’affaire fut vite réglée, leurs adversaires n’étant absolument pas à la hauteur de seulement trois d’entre eux. La présence de Luffy n’aurait même pas été nécessaire, mais il s’amusait trop à les détrousser pour ne pas y aller lui-même.

Ils croyaient en avoir fini, Sanji récupérant les trésors de leur équipage pour les ramener avec fierté à Nami et Franky effectuant son étrange danse de la victoire, lorsque l’un des pirates auquel il n’avait pas prêté assez d’attention se releva.

Luffy aurait pu le voir venir, mais il était trop concentré à chercher d’où venait la délicieuse odeur de viande qu’il sentait sur le bateau pour se rendre compte de ce qu’il se passait. Il ne le fit que lorsque l’attaque le frappa de plein fouet, l’envoyant trébucher de trois pas en arrière en chancelant.

Cela attira immédiatement l’attention de Franky et Sanji sur eux. Il ne fallut pas plus de deux secondes pour que Franky assomme la femme qui l’avait attaqué – il ne remarquait que maintenant qu’il s’agissait d’une femme – et que Sanji soit sur lui, s’inquiétant de ce qui lui arrivait.

« Rien, tout va bien », dit-il honnêtement, en inspectant son corps. Il ne remarquait rien de différent chez lui, et même s’il n’avait aucune idée du genre d’attaque qu’il venait de subir – probablement liée à un fruit du démon – elle ne semblait pas l’impacter.

Sanji ne se détendit pas pour autant, il fronça les sourcils à la recherche d’une blessure qui leur aurait échappé et n’en trouva aucune.

« Tu ne te sens pas bizarre ? », demanda-t-il, en réfléchissant à quel genre de fruit du démon pouvait être source d’attaque aux conséquences invisibles.

« Non, rien de différent de d’habitude », réfléchit Luffy à voix haute.

Peut-être l’attaque avait-elle manquée Luffy ? Mais Sanji l’avait très clairement vu reculer et vaciller.

« Allons-y, on demandera à Chopper de faire un contrôle une fois sur le bateau », dit Franky en revenant vers eux. Il désigna la femme qu’il tenait comme un sac à son bras. « Je prends celle-là avec nous, elle répondra à nos questions sur son fruit quand elle se réveillera. »

Sanji était tiraillé, prêt à protester à l’idée de prendre une femme en otage, mais soucieux que quelque chose qu’ils ne comprendraient pas sans elle puisse arriver à Luffy.

« Ne t’inquiète pas Sanji, aucun mal ne lui sera fait », le rassura son capitaine et il hocha la tête, conscient que c’était la vérité.

Ils rejoignirent vite le bateau après ça, Sanji s’occupant des trésors tout en gardant un œil attentif sur Luffy qui grignotait un morceau de viande trouvé comme si de rien n’était, et Franky ramena la femme.

Sanji, toujours soucieux de son capitaine, déposa les trésors sur le pont sans aller les donner à Nami en main propre comme il l’avait prévu et le tira par le bras jusqu’à l’infirmerie en criant après Chopper, des fois qu’il n’y soit pas déjà.

Il poussa la porte qui s’écrasa contre le mur avec fracas et dès qu’il repéra le petit renne, il commença à déblatérer, manipulant Luffy pour essayer de lui donner une idée de la scène.

« Ralentis Sanji, je ne comprends rien », râla Chopper, en délaissant les fioles dont il s’occupait jusque-là et qu’il avait failli renverser avec l’entrée fracassante de Sanji. « Assis le sur le lit et redis moi tout ça. Lentement. »

Sanji poussa Luffy à s’asseoir, bien qu’il essaie de s’échapper pour manger la viande qu’il avait faite tomber au sol et lui ordonna, sa voix profonde et colérique, de rester tranquille.

« On pensait les avoir tous eu, on était déconcentré, et une femme en a profité pour l’attaquer à distance. L’attaque était invisible et je ne sais pas du tout ce qu’elle lui a fait. » commença-t-il à raconter, ses bras bougeant autour de lui alors qu’il tentait de garder un discours clair pour Chopper. « Mais je sais qu’elle l’a touchée, il a vacillé. Et j’ai cherché des blessures, mais il n’y en a aucune et il dit qu’il se sent bien. »

Il fut interrompu de ce qu’il voulait dire ensuite quand Luffy rit en attrapant enfin le bout de viande qui traînait au sol et l’avalant tout rond.

« Shishishi. Sanji s’inquiète trop », dit-il la bouche pleine en souriant à grandes dents.

Il ne fallut pas plus à Sanji pour vriller, envoyant le talon de sa chaussure frapper la mâchoire de son capitaine et son corps valser de l’autre côté de la pièce.

« Évidemment que je m’inquiète Triple idiot ! », hurla-t-il en revenant sur ses deux pieds. Il se calma ensuite et revint à Chopper dont la mâchoire touchait le sol. « On a la femme qui l’a attaqué, si cela peut t’aider. »

« Tu penses qu’il a quelque chose et tu viens de le frapper… », balbutia-t-il.

« Il ne s’en portera pas plus mal », lui assura Sanji et il s’alluma une cigarette qu’il plaça délicatement entre ses lèvres.

Comme pour lui donner raison, Luffy se releva, frais comme un gardon, et sans même une bosse sur la mâchoire.

« Sanji est méchant ! » Riait-il et, aussi docile qu’un chien, vint tranquillement se rasseoir sur le lit, comme s’il n’en avait jamais bougé.

Sanji maugréa, mais ne dit rien de plus, expirant la fumée qu’il gardait dans sa bouche comme seule réponse.

« Très bien, je vais l’examiner », finit par dire Chopper, se remettant enfin des pitreries stupides de ses camarades. « Essaie de savoir quel genre de fruit du démon possède cette femme. » Dit-il, en s’adressant à Sanji.

Le cuisinier hocha la tête et tourna les talons, attrapant au passage la poignée de la porte dont il avait maltraité les gonds tout à l’heure pour la refermer derrière lui.

« Amène-moi Zoro ! », entendit-il Luffy crier derrière lui, avant que la porte ne se referme sur sa voix.

Super, maintenant il devait réveiller cette tête d’algue, pesta-t-il pour lui-même.

-

« Je ne trouve rien » finit par dire Chopper après de longues minutes de silence. « Tout semble aller bien. »

« Tu en es certain ? »

Chopper sursauta et manqua de tomber de son tabouret en entendant cette voix grave et rauque qui ne ressemblait en rien à celle de Luffy. Il se tourna brusquement vers la porte, d’où elle venait et trouva Zoro, appuyé contre le mur.

Il ne l’avait absolument pas entendu entrer et n’avait aucune idée du temps qu’il avait passé dans la pièce, complètement silencieux.

« Zoro, tu es réveillé ? », haleta-t-il, pas encore remit, de sa surprise. Il ne pensait pas que Sanji réussirait réellement à le convaincre de venir.

« Tu vois Zoro ? Pas besoin de te morfondre d’inquiétude, je vais bien ! » cria Luffy et il n’attendit pas que Chopper le lui permette pour élancer ses bras jusqu’à Zoro et s’enrouler autour de lui. La seconde suivant, il était pressé contre Zoro, son visage enfouit dans son cou.

« Je ne me morfonds pas. » marmonna Zoro, le rose colorant ses joues et le bout de ses oreilles. Il passa néanmoins un bras sous le corps de Luffy pour le soutenir.

« Oh bien-sûr que Zoro le fait. Tu es un gros nounours inquiet ! »

« Luffy ! » hurla-t-il, mortifié et Chopper de là où il était cru voir le rose de ses joues s’étendre au haut de son torse. « Mais qu’est-ce qui te prend ? Chopper tu es sûr qu’il n’a rien ? »

« Je ne peux pas être certain tant qu’on ne sait pas quel est le fruit du démon de cette femme mais il n’a aucune blessure externe ou interne et ne semble souffrir d’aucune sorte de contusion mentale. » lui répondit Chopper en lisant les notes qu’il avait prise pendant son examen. « Donc pour l’instant tout va bien. »

« Hum. » dit Zoro, qui ne semblait pas vraiment convaincu et dont le pli entre les sourcils et la moue des lèvres s’accentuèrent quand Luffy commença à embrasser tout son visage en rigolant entre chaque baiser.

Il était vrai que le comportement de Luffy était un peu en décalage avec son attitude habituelle. Chopper le savait parce qu’il passait beaucoup de temps avec Zoro – depuis que Luffy lui avait démontré que Zoro ne le refuserait pas (sous-entendu, il ne l’avait pas jeté à la mer lorsqu’il s’était réveillé, cette fois, sur le pont), il hésitait beaucoup moins avant de solliciter sa compagnie – et par conséquent avec Luffy et il pouvait dire que leur relation était discrète. Jamais en sa présence, il n’avait vu Luffy embrasser Zoro ou leur étreinte dépasser un seuil extrêmement respectable de décence. Il se doutait que cela avait plus avoir avec la pudeur de Zoro qu’avec celle de Luffy, mais son capitaine – qui n’était pas réputé pour son tact et sa retenu – n’avait jamais semblé dépassé une ligne que Zoro aurait pu tracer ni paraître contrarier de ne pas pouvoir exprimer totalement son affection.

Ses réserves avaient désormais disparu apparemment, puisque depuis quelques secondes, Luffy cherchait à embrasser les lèvres de Zoro qui lui tentait vaillamment de le tenir un peu à l’écart.

D’un autre côté Luffy était une personne expressive, collante et qui possédait un filtre cerveau-bouche équivalent à celui d’un nouveau-né donc il était aussi très probable qu’il ait décidé, sur un parfait coup de tête, que son attachement était trop important pour être restreint ou gardé privé.

Chopper n’avait rien à dire pour rassurer un Zoro de plus en plus rougissant qui commençait à manquer de solution pour garder Luffy à distance (il avait apparemment décidé qu’il n’était pas assez proche de son sabreur et tentait maintenant de se glisser sous ses vêtements).

« Hum, Cook a dit qu’il préparait le diner. Je vais emmener ce crétin dans la cuisine dans l’espoir que la viande lui redonne une raison. » soupira Zoro, la tête de Luffy dissimulé sous son t-shirt et clairement enfoui entre ses pectoraux.

Chopper hocha la tête.

« Surveille-le et si quoi que ce soit te paraît plus étrange que ça… » indiqua-t-il en agitant son sabot dans la vague direction de Luffy. « Amène-le moi. »

Zorro maugréa en réponse et quitta précipitamment l’infirmerie, le visage si rouge qu’il semblait sur le point de s’évanouir.

Il remonta vers la cuisine aussi vite qu’il le put, sa gêne augmentant à chaque nouveau compagnon qu’il croisait et qui jetait un regard étrange à la masse tortillante aillant élue domicile sous son t-shirt.

Quand il ferma la porte de la salle à manger derrière lui, il s’affaissa contre le bois et gémit de soulagement. L’effet fut instantané, la tête de Luffy sortit de son t-shirt, faisant craquer le tissu élimé, et renifla l’air autour de lui.

« VIANDE ! », hurla-t-il et Zoro commença enfin à se détendre à l’idée que Luffy le lâchera bientôt mais, à son plus grand damne ce ne fut pas du tout le cas. Luffy commença à tirer sur son corps, tendant son bras jusqu’au comptoir de la cuisine et traînant Zoro de force.

« Luffy, lâche-moi ! », murmura Zoro, espérant que Sanji, qui les regardait avec étonnement, ne l’entendrait pas.

« Non. Zoro ne veut pas que je le lâche, il me serre dans ses bras ! », cria-t-il, profitant de la stupéfaction absolue de Zoro pour finir de les amener jusqu’au bar (en embrassant sa gorge par la même occasion.)

Le cri d’horreur de Zoro fut similaire à celui de stupeur de Sanji, qui se mêlèrent facilement aux rires bruyants de Luffy.

« Luffy, tu- tu ne peux pas dire ça ! »

« C’est la vérité pourtant, tu le tiens dans tes bras », ricana Sanji, fixant de façon appuyée le bras de Zoro enroulé autour des hanches de Luffy qui n’avait pas bougé depuis qu’il avait sauté sur lui.

« Toi, Cook de merde, tu la fermes ! », gueula Zoro, presque hystérique alors qu’il se laissait tomber sur le tabouret. « File-lui de la viande, qu’il la boucle aussi. »

Sanji grimaça, semblant prêt à répliquer, mais il choisit de ne pas le faire, prenant la viande qu’il n’avait pas encore couper pour le dîner et la tendant à Luffy.

« Qu’est-ce qu’il a ? », demanda-t-il en reprenant ce qui l’occupait avant leur arrivée.

« Rien. Absolument rien », se lamenta Zoro, en se frottant les tempes. « Mais il est étrange. Collant et bavard, plus que d’habitude. »

Ils restèrent silencieux ensuite, regardant Luffy avec plus d’attention, mais rien ne semblait avoir changé si ce n’était qu’il cherchait toujours à rester au plus près de Zoro, même si l’angle pour manger sa viande était dérangeant.

Sanji ne savait pas quoi en penser. Zoro non plus.

Quand Luffy avala la dernière bouchée de son morceau de viande, il tendit presque immédiatement la main vers Sanji pour en réclamer un nouveau.

« Attends le repas, goinfre », répliqua le cuisinier, en tapant sur ses doigts avec le plat de son couteau.

« Tu ferais mieux de lui donner ce qu’il veut, sinon il recommencera à parler », conseilla Zoro, le regard vide de celui qui savait trop bien. Il ne reçut en réponse qu’un regard noir et haussa les épaules quand Sanji ne fit rien de plus « A tes risques et périls. »

Luffy faisait la moue maintenant, le visage enfouit dans le côté du cou de Zoro, ses yeux plissés fixés sur Sanji.

« Zoro a raison », marmonna-t-il, espérant surement le convaincre.

« Rien de ce que tu pourrais dire ne me fera peur, capitaine », railla Sanji, absolument pas impressionné, en agitant son morceau de carotte sous son nez.

Le sourire diabolique qu’affiche Luffy aurait dû lui faire peur, mais il ne le vit même pas, trop occupé à fanfaronner en agitant cette chose orange vers lui.

« Tu devrais lui dire que tu es amoureux de lui », dit-il, avec une désinvolture parfaitement feinte et il sentit la respiration de Zoro se couper. Sanji haleta et il manqua de se couper un doigt en dérapant sur la planche.

« Q-Quoi ? »

« Tu devrais dire à- ». Sanji fit le tour du comptoir plus rapidement que le temps qu’il fallait à Luffy pour finir sa phrase et plaqua sa main sur sa bouche, y fourrant un énorme morceau de viande qui étouffa la fin de ce qu’il allait dire.

Sa précipitation n’était pas dû qu’aux oreilles attentives de Zoro, mais aux autres qui, une demi-seconde plus tard ouvrir la porte de la salle à manger et s’engouffrèrent tous dedans.

« Le repas est prêt San- », chantonna Usopp avant de s’interrompre en remarquant la scène étrange devant eux.

Zoro assis sur un tabouret, avec Luffy engouffré dans son t-shirt, la tête blottie dans son cou et Sanji penché sur eux, les deux mains plaquées contre la bouche de Luffy.

Ils formaient un spectacle étonnant.

Sanji, bien qu’extrêmement mal à l’aise, ne bougea pas, craintif de ce que pourrait dire Luffy s’il lui en laissait la possibilité.

« Laisse tomber Usopp », finit par dire Zoro, quand ils restèrent tous silencieux et immobiles trop longtemps.

Il se releva ensuite, délogeant Sanji du visage de Luffy malgré ses protestations, et il alla s’installer à la table, comme si tout était parfaitement normal. Heureusement pour Sanji, qui poussa un soupir de soulagement et chancela contre le comptoir quand il s’en aperçut, Luffy était trop occupé à mâcher son morceau de viande pour dire quoi que ce soit.

Sa dignité était intacte, se dit-il, pour le moment, se rappela-t-il ensuite et il commença à anxieusement amener les différents plats qu’il avait préparé à table dans l’espoir que Luffy enchaîne sans s’arrêter, pour – à tout hasard – se mettre à raconter de la merde.

En voyant Sanji, Zoro et Luffy agir plus ou moins normalement, les autres se détendirent et rejoignirent à leur tour les bancs de la salle à manger.

Zoro, qui la plupart du temps ne se souciait pas de grand-chose autre que d’enfourner sa nourriture le plus vite possible, prêta aujourd’hui attention à ce qui l’entourait. Il savait qu’il n’était pas la personne la plus consciente ou la plus perspicace – non pas qu’il le reconnaîtrait un jour – mais cette histoire avec Cook l’intriguait réellement. Il savait que Luffy, contrairement à lui, savait beaucoup de choses et en comprenait d’autres sans vraiment avoir à trop y penser – en témoignait leur relation qui, sans Luffy, en serait toujours au point mort – et il voulait savoir ce qu’il avait manqué et qui embarrassait tellement cet abruti de cuistot.

Il le regarda agir, finir d’amener les derniers plats et s’asseoir en bout de table parce qu’il aimait voir que tout le monde mangeait. Ça Zoro le savait, il savait aussi que Sanji ne toucherait pas à son assiette avant que chacun de ses compagnons n’ait commencé la sienne, avant de savoir que tout le monde appréciait son repas.

Ce qu’il n’avait pas vu, en revanche, et qu’il entrapercevait désormais qu’il y portait une attention particulière était que les yeux de Sanji s’attardaient particulièrement sur Usopp, plus que sur aucun autre d’entre eux.

Il vit aussi son expression tendue et le pli d’inquiétude entre ses sourcils qui ne s’apaisa que lorsque Usopp releva la tête vers lui, les yeux brillants et le sourire large, et hocha vivement la tête. Pourtant, il ne dit rien de particulier – pas comme Luffy, Chopper ou Franky qui s’extasiaient à haute voix sur à quel point tout était délicieux – non, il ne fit rien de plus que de hocher la tête, tout sourire, et, néanmoins, Sanji s’affaissa sur sa chaise et sourit doucement, comme s’il était particulièrement fier.

Même, Usopp avait ce quelque chose dans le regard, cette affection lumineuse qu’il ne parvenait pas à cacher.

Il n’en fallut pas beaucoup à Zoro pour comprendre et, sa réaction fut, comment dire, pas des plus discrètes.

« Putain de bordel de merde ! », s’écria-t-il, faisant sursauter absolument tout le monde autour de lui et, même Luffy, qui avala de travers là où sa tête était toujours fourrée dans son cou.

Il se remit vraiment très vite de son trouble, d’un autre côté, et bientôt, il se mit à rire, attirant les regards à lui plutôt que sur Zoro même si la différence n’était pas énorme.

« Zoro a compris aussi, n’est-ce pas ? », dit-il, comme s’il le murmurait à son oreille mais suffisamment fort pour que tout le monde l’entende. Zoro savait qu’il ne cherchait pas à être discret.

« Comprendre quoi ? », demanda naïvement Usopp et ce fut le début de la fin.

« Ferm- », s’écria Sanji, en enjambant précipitamment la table pour tenter de faire taire Luffy, mais il arriva trop tard.

« Sanji et Usopp sont amoureux ! »

Luffy l’annonça comme il annoncerait n’importe quelle autre banalité, ne détournant même pas vraiment les yeux des viandes qui s’étalaient sur la table et paraissant ne pas savoir laquelle manger ensuite.

« Quoi ?! », hurla Usopp.

« Luffy ! », s’écria Sanji, presque en même temps, semblant soit sur le point de pleurer, soit de s’évanouir.

« Quoi ?! », Usopp encore.

« Depuis quand ?! », demanda Nami, pas beaucoup plus rationnelle que les autres.

« Enies Lobby pour Sanji et l’île des hommes poissons pour Usopp ! », dit-il encore, toujours pas dérangé.

« QUOI ?! », Usopp toujours.

« Luffy ! », gémit Sanji, semblant plus horrifié de seconde en seconde.

« Comment sais-tu ça Luffy ? », demanda Robin, elle-même surprise que son capitaine sache des choses dont elle n’avait jusqu’ici qu’un vague soupçon. Elle savait qu’il était intelligent, mais elle n’avait pas pris la mesure de tout ce qu’il avait compris à partir de bribes.

Luffy haussa les épaules, n’ayant pas de réponses à lui donner, il savait c’était tout. Le reste de l’équipage ne semblait pas savoir sur quelle information réagir ou sur quel visage se concentrer.

Le visage affreusement rouge de Sanji, celui complètement estomaqué et vide d’Usopp ou celui totalement normal de Luffy.

« Et que sais-tu d’autre ? », intervint soudainement Robin, ne semblant pas aussi perturbée qu’elle aurait dû l’être, tant par le comportement de Luffy que par ses révélations.

« Robin ! », s’écrièrent-ils tous d’un cri commun, absolument paniqués face à ce qu’ils pourraient découvrir.

« Zoro veut garder secret le fait qu’il aime beaucoup les câlins. Nami est vraiment très attachée à Vivi et a vraiment envie de la revoir. Chopper aimerait dire à Zoro qu’il le considère comme son second père. Franky se demande ce que Robin voit en lui et Robin est simplement ravie d’avoir quelqu’un qui l’aime pour ce qu’elle est. Brook n’ose pas dire qu’il voit en nous un peu de ses anciens compagnons et Jinbei a peur de ne jamais s’intégrer complètement à notre équipage. » dit-il dans un seul souffle, sans même s’arrêter d’engouffrer toutes les viandes à sa disposition.

Quand Luffy ferma enfin la bouche, le silence était royal, chacun plongé dans sa propre stupeur. Néanmoins, une rougeur commune s’étala sur leurs joues.

Zoro recracha tout ce qu’il y avait dans sa bouche, envoyant du riz à moitié manger directement sur le visage d’Usopp, qui ne broncha même pas, trop ébahi pour s’en rendre compte.

« Luffy… » murmura-t-il, abasourdi, plus du comportement de son capitaine que de ses propos en eux-mêmes. « Qu’est-ce qu’il t’arrive ? »

« Rien, je me sens bien » répondit nonchalamment Luffy, totalement inconscient de l’état des autre autour de lui, en étirant son cou pour commencer à embrasser le visage de Zoro, se traçant un chemin jusqu’à ses lèvres entrouvertes et délaissant dans le même temps sa viande à moitié mangée.

« Chopper, quelque chose ne va pas. » affirma Zoro, quand il put enfin se libérer de la bouche exigeante de son capitaine, en se tournant vers le rêne qui s’était pressé contre sa hanche sans s’en apercevoir dès que Luffy avait commencé à parler.

Il oublia de répondre, ou n’entendit pas du tout Zoro, mais son visage s’enfonça bien plus profondément contre son flanc.

« Chopper ! » l’appela brusquement Zoro, mais la main qu’il passa dans ses poiles courts était douce. Le rêne inspira lourdement et tourna la tête, ne révélant qu’une petite portion de son visage cramoisi.

« Je-je ne sais pas Zoro, il n’y a rien de médical dont j’ai connaissance qui puisse expliquer ça. » bredouilla-t-il. « Je suis désolé, je ne sais pas. »

Zoro pinça les lèvres mais ne dit rien, conscient que, malgré la colère d’incompréhension qu’il sentait monter en lui, Chopper n’y était pour rien.

Il se tourna alors vers son dernier recours, la seule personne qui, dans cette pièce, n’était pas en train de paniquer parce son secret le mieux gardé venait d’être révélé.

« Robin, qu’en penses-tu ? » demanda-t-il, en essayant de rester parfaitement calme bien qu’il ne le soit pas du tout et que se reposer sur Robin lui donnait envie de casser un million de trucs autour de lui.

« Ce que je ne comprends pas, c’est pourquoi il nous dit tout ça maintenant. »

« On s’en fout de ça ! » hurla Sanji, proche de l’hystérie, avant même que Zoro ne puisse penser à ouvrir la bouche. Il eut peut-être un peu pitié de lui, pour l’état dans lequel il était.

Robin n’en sembla pas perturbé du tout.

« Réfléchissez, il n’a pas appris tout ça hier et jusqu’ici il avait tenu sa langue. Alors pourquoi maintenant ? »

Vu leur confusion actuelle et l’oreille à moitié attentive que chacun portait à cette conversation, l’information mis un petit moment à monter jusqu’à leur cerveau respectif.

Mais quand elle le fit, leur réaction fut brusque.

D’un même mouvement, ils se tournèrent vers la femme pirate que Franky avait déposé contre le mur opposé pour pouvoir garder un œil sur elle. Elle ne s’était toujours pas réveillée.

« C’est de sa faute. » murmura Nami, les joues rosées mais totalement fades comparées à la colère qui brûlait dans ses yeux et qui était entièrement concentrée sur cette femme.

Luffy s’était enfoui dans le cou de Zoro, son envie de l’embrasser apparemment passée tout comme son envie de manger et il roupillait tranquillement, son souffle régulier chaud sur lsa peau.

La décision revenait donc à Zoro, le vice-capitaine, et il n’avait pas en lui une once de compassion pour cette femme.

« Fais en ce que tu veux Nami. » dit-il, s’attendant à essuyer au moins une plainte – dont il n’avait pas l’intention de tenir compte – mais même Sanji ne dit rien.

Zoro lui jeta un coup d’œil, le voyant encore plus rouge qu’avant parce qu’Usopp était sorti de son hébétude et le regardait avec des yeux brillants.

Les choses ne semblaient plus aussi dramatiques qu’elles ne l’étaient il y a quelques minutes.

Ainsi, le niveau de panique étant redescendu à un seuil plus supportable, aucun d’entre eux n’avait mieux à faire que de regarder Nami faire ce pour quoi elle excellait, outre la navigation, les cartes, le vol, et le comptage de berrys. Elle n’avait pas été nommé interrogatrice en chez pour rien.

Peut-être que jeter de l’eau gelée sur cette femme endormie et lui baffer les joues à trois reprises jusqu’à ce qu’elle reprenne conscience n’était pas la meilleure méthode à employer mais personne ne s’en plaint, pas même Sanji.

A vrai dire, il n’était même pas là. Il n’avait pas tenu plus de trente seconde avec le regard d’Usopp sur lui avant d’attraper sa main, ses joues atteignant la teinte la plus foncée de rouge, et de le tirer vers la porte. Il chantonna qu’il faudrait leur raconter les détails plus tard.

Cela eut au moins le mérite de faire rire Robin et même un peu Franky, qui lui jetait des regards à la dérobé et semblait plus émerveillé à chaque fois.

« Ha ah ! » cria Nami, les faisant tous sursauter, le triomphe éclairant son visage et lui donnant une teinte profondément sombre et effrayante.

La femme gémit en ouvrant les yeux, son regard parcourant la pièce et devenant de plus en plus paniqués à mesure qu’elle prenait en compte tous les regards colériques braqués sur elle.

Nami n’attendit absolument pas qu’elle reprenne ses esprits.

« C’est quoi ton fruit ? » dit-elle, la voix froide, glaçant à divers degrés tout ce qui était dans la pièce.

Chopper gémit et grimpa sur les jambes de Zoro, enfouissant son visage dans son bras pour ne plus avoir à regarder le terrifiante Nami. Il ne semblait plus craindre une quelconque forme de rejet de la part du sabreur maintenant que son côté tendre avait été révélé – ou peut-être qu’il avait tout simplement trop peur pour encore s’en soucier.

« Je- je n’en ai pas » bafouilla-t-elle, ses yeux alternant entre le visage dur de Nami et les regards vides de ses compagnons. Zoro lui trouvait un certain courage de tenter de mentir malgré la pression que Nami exerçait sur elle.

Si Zoro n’avait pas autant envie de lui faire la peau, il aurait pu le reconnaître mais ce n’était pas le cas et il espérait presque que l’interrogatoire de Nami échourait pour qu’ils puissent passer à sa propre méthode.

Qui ne nécessitait aucune discussion et mettrait Sanji dans une rage folle s’il venait à l’entendre.

« Et la vérité ? » assomma Nami, en resserrant la prise qu’elle avait sur sa mâchoire. « Parce que je pourrais vérifier ça en te balançant par-dessus bord. »

La femme bredouilla, cherchant des mots qui ne venaient pas.

« Hum ? » poussa encore Nami et le craquement de sa mâchoire sous ses doigts était franchement inquiétant.

« Enfance, fruit de l’enfance. » finit-elle par dire, les mots déformés par la contrainte exercée sur son visage.

Nami se tourna vers eux, son expression toujours trois fois trop froide, et haussa un sourcil. Zoro les regarda aussi mais aucun d’entre eux ne semblait être familier avec ce fruit, pas même Robin, ce qui l’inquiéta un peu.

Nami soupira et se retourna vers la femme.

« Qu’est-ce qu’il fait ? » demanda-t-elle et Zoro voyait visiblement sa patience s’amenuiser. « Réponds-moi, la vérité seulement. »

Cette fois-ci la femme ne chercha pas à mentir, consciente que c’était probablement sa meilleure chance de s’en sortir.

« C’est comme redevenir un enfant. Normalement le corps change aussi mais j’étais blessé alors je n’avais pas assez de force pour ça et seul l’esprit de votre capitaine a dû rajeunir. »

Qu’un fruit pareil existe stupéfia Zoro, il n’était pas très familier avec le concept et n’avait pas la moindre idée de ce qui était possible ou de ce qui ne l’était pas mais il doutait qu’un fruit de ce genre soit très commun. A voir l’expression sur le visage de Robin, ce n’était vraiment pas bon.

« Comment on l’arrête ? »

La femme grimaça et Zoro anticipa que la réponse n’allait pas leur plaire.

« On ne peut pas, il faut attendre que l’effet disparaisse. »

Evidemment, ils n’avaient donc aucune solution et quand la femme avoua qu’elle n’avait aucune idée du temps qu’il faudrait pour ce soit le cas, il faillait hurler de frustration – ou de désespoir, il ne savait pas lequel l’emportait sur l’autre.

Nami l’écouta jusqu’à la fin puis jeta un coup d’œil à Robin et lorsqu’elle hocha la tête, la rousse s’empressa de coller son point dans sa mâchoire pour l’assommer à nouveau. Puis elle vint se rasseoir avec eux.

« Dis-moi ce que ça signifie Robin » demanda Zoro et ses bras se resserrèrent, l’un autour de Luffy – qui dormait toujours – et l’autre autour de Chopper, appréhendant ce qu’elle dirait. Le jeune rêne sortit enfin la tête de son biceps et le regarda, les yeux larges et timides.

« Ça va aller Chopper » le rassura Zoro, en reconnaissant l’inquiétude sur son visage et n’étant absolument pas d’humeur à ses railleries habituelles. De toute façon, son secret était révélé et personne ne l’oublierait alors pourquoi faire semblant de ne pas aimer l’avoir dans ses bras ?

Puis ils se concentrèrent tous les deux sur Robin, qui réfléchissait en caressant la main de Franky qu’elle tenait dans la sienne.

« Je pense que l’esprit de Luffy est celui d’un enfant, il n’a plus de filtre esprit – bouche et plus aucun frein dans ses actions. Donc, en résumé, Luffy dit et fait tout ce qui lui passe par la tête. » conclue-t-elle, mais son sourire habituel et connaisseur n’étirait pas ses lèvres. 

« Ça ne semble pas très différent du Luffy habituel. » réfléchit Brook à voix haute et Zoro, qui avait un peu oublié sa présence, sursauta.

« Si, c’est même très différent. » répondit-il immédiatement.

Les autres lui jetèrent un regard étrange, ne comprenant pas ce qu’il insinuait et Nami, bien loin de sa précédente préoccupation, ricana même. Si Zoro n’était pas aussi tracassé pour son capitaine, il lui hurlerait surement dessus pour l’avoir pris pour quelqu’un de stupide – mais surtout pour avoir insinuer qu’il ne connaissait pas Luffy comme sa poche.

Il soupira et prit sur lui pour leur expliquer le plus clairement possible.

« Il n’a pas révélé nos secrets, alors qu’il les savait depuis des mois, et… ça me répugne de l’avouer, mais Luffy respecte toujours des limites dont je n’ai jamais parlé – comme avec chacun d’entre vous – et sait répondre à des demandes que je n’ai pas exprimées. » éclaircit-il, se rendant compte à mesure qu’il parlait, combien il aimait profondément son capitaine et à quel point la considération qu’il avait pour eux lui était précieuse. « Il fait attention à chacun de nous sans qu’on s’en aperçoive et s’arrange pour qu’on soit tous le plus heureux possible sans jamais rien partagé de ce qu’il sait. »

Zoro ne pouvait pas dire à quel moment de son discours Franky s’était mis à pleurer mais les larmes coulaient à grosses gouttes sur son visage et Robin riait doucement en lui embrassant le joue.

Il trouvait les pleurs un peu extrêmes mais il devait reconnaître que le comportement de Luffy était plutôt adorable.

« Ça m’a l’air censé. » finit par dire Nami. « Il faudrait qu’on le remercie un de ces jours. Tu sais pour tout ce qu’il fait pour nous. »

Zoro ricana devant cette proposition. Si Nami était prête à dépenser ne serait-ce qu’un seul berry pour ça, c’est que ce qu’elle ressentait était bien plus important que le léger sourire nonchalant qu’elle affichait sur son visage.

Il serait prêt à la laisser faire, juste pour voir combien elle pourrait dépenser, mais il savait aussi que ce n’était vraiment ce que souhaiterait Luffy (malgré la quantité de viande que Sanji cuisinerait surement pour l’occasion).

Il ne put s’empêcher de presser un baiser sur la tempe de son capitaine, toujours endormi, parce que bordel, il était tellement amoureux de cet idiot intelligent et affectueux.

« Je ne pense pas qu’on ait besoin de le faire. » dit-il, attirant de nouveau des regards étonnés.

« Qu’est-ce que tu veux dire Zoro ? » murmura Chopper, si faiblement que Zoro eut un peu de mal à l’entendre.

Son visage était vraiment adorable, une moue inquiète plissant son museau bleu. Tellement adorable putain, Zoro avait vraiment du mal à résistez à l’envie d’enfouir son nez dans sa fourrure pour le serrer dans ses bras.

Il devenait tellement tendre, c’était terrifiant.

« Luffy n’est jamais plus heureux que lorsque nous le sommes alors assurez-vous de nagez dans le bonheur. » conclua-il, se trouvant lui-même totalement idiot de dire quelque chose d’aussi mièvre. Mais il sortait avec Luffy alors peut-être qu’il devrait s’y faire ?

Sa réponse sembla plaire à Chopper, elle lui plus tellement qu’il grimpa sur le torse de Zoro et s’enfouit dans le côté de son cou qui n’était pas occupé par Luffy. Autant pour le nez enfoui dans la fourrure, Zoro était servi.

« Tu te ramollis Zoro. » nargua Robin, les faisant tous rire faiblement.

« Peut-être que je le suis. » admit-il, s’autorisant un sourire sincère. Il n’avait plus du tout de quoi nier, avec Luffy et Chopper confortablement logés contre lui. « Mais nous le sommes tous, à cause de cet idiot. »

Ils hochèrent facilement la tête, parce que, qu’ils l’aient voulu ou non, c’était le cas. C’était l’effet Monkey D. Luffy et ils le subissaient tous.

Zoro ne s’en plaignait pas particulièrement.

Il n’y avait plus rien à dire, ni même à faire et la seule chose qu’il pouvait faire était d’attendre jusqu’à ce que Luffy se rétablisse de lui-même. Autant dire qu’il n’avait même pas besoin de discuter pour être d’accord sur le fait qu’il laisserait Luffy dormir autant que possible et croiserait les doigts pour qu’il soit redevenu normal à son réveil.

C’était adorable que Luffy les connaisse aussi bien mais il y avait eu suffisamment de secrets révélés pour toute une vie.

Aucun d’entre eux ne prendrait le risque, merci beaucoup.

« Je savais que choisir Luffy comme capitaine était la bonne chose à faire. » finit par dire Jinbei et personne n’eut besoin de répondre pour qu’on sache qu’ils étaient tous d’accord.

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Plus tard, la nuit tombée depuis longtemps et chacun de retour dans sa couchette, Luffy se réveilla.

Il était blotti contre Zoro, sa tête logée sous son menton et les bras de son sabreur le tenant fermement contre lui. Il soupira de bonheur, confortablement au chaud et se sentant tellement bien.

Il n’avait pas envie de se rendormir, simplement heureux de voir ses compagnons – excepté Nami et Robin – qui dormaient auteur d’eux, si paisibles et ne se souciant de rien.

Il lui fallut un moment pour se rendre compte que Zoro et lui avait un troisième compagnon dans leur couchette, Chopper était confortablement endormi entre eux, paraissant si à l’aise que Luffy fondit tout de suite.

« Tu es réveillé mon amour ? » dit une voix rauque et endormie dans le creux de de son oreille.

Luffy s’était habitué à ce que Zoro soit doux avec lui en privé, mais que Zoro l’appelle comme ça, avec tellement de miel dans son ton, ne cesserait jamais de le faire frissonner de bonheur.

« Je le suis. » soupira-t-il et il leva le menton pour quémander un baiser que Zoro lui accorda gracieusement.  « Désolé pour tout ce que j’ai dit, je ne le voulais pas. »

« Ne t’en fait pas. » murmura Zoro, dans ses cheveux. « Je t’aime. »

Zoro pressa un baiser sur son front qui le fit ronronner.

« Je sais. » sourit-il.

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Ne soyez pas si émotif, je sais que c’est adorable mais il ne faut pas en pleurer non plus.

L’important est que vous ayez compris, tout le monde devrait savoir à quel point le cœur de Monkey D. Luffy est bon, pas seulement les idiots suffisamment chanceux pour le voir.

Alors, si au cours de vos aventures futures vous venez à tomber sur l’équipage au Chapeau de Paille, sachez qu’il sera absolument inutile de tenter de mentir ou de vous dérobez, il le saura.

Prenez ceci comme un conseil d’ami, quoi que vous fassiez, Monkey D. Luffy est trop intelligent pour vous.

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Notes:

Merci d'avoir lu :)

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