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La fête battait son plein. Les hommes et les femmes se mélangeaient, tournoyaient au rythme de la musique mélodieuse qui emplissait la pièce.
C’était un bal. Un bal pour les Conseillers, pour les personnes haut-placées, un bal auquel Viktor n'avait pas voulu aller.
Mais Jayce avait insisté, Jayce l’avait fixé de son regard implorant, et Viktor n’avait pas pu résister. Alors il était là, à présent, crispé, dans une chemise trop serrée, un verre rempli d'une boisson immonde dans la main, les yeux dans le vague, à étouffer au milieu de ces corps chauds qui s’entrelaçaient sur la piste de danse.
Viktor avait envie de fuir. Il n'était pas à sa place, il le savait, il le sentait au plus profond de ses os, mais il restait immobile, comme vissé contre ce mur, peut-être parce qu'il pensait que Jayce allait revenir vers lui.
Mais Jayce avait été happé par des discussions importantes, emporté dans un débat sur les échanges commerciaux avec Noxus, et il avait oublié Viktor pour se concentrer sur les Conseillers qui le dévisageaient tantôt avec curiosité, tantôt avec mépris, suivis de ces belles jeunes femmes qui ne rêvaient que d'une chose : danser avec l’Homme du Progrès.
Alors Jayce dansait. Comme tous les autres. Il dansait sous les yeux de Viktor qui tentait tant bien que mal d'ignorer sa silhouette sous les lumières éclatantes.
Il dansait avec Mel. La Conseillère Mel Medarda.
Et les doigts de Viktor se serraient un peu plus sur son verre encore rempli. Parce que Jayce parlait avec Mel, parce que Jayce passait du temps avec elle, parce que Jayce semblait la regarder comme s'il n’y avait plus qu'elle dans cette pièce.
Viktor n'aimait pas être sous le feu des projecteurs. Il préférait l'ombre. Mais égoïstement, il en voulait à Jayce. Parce que c’était Mel qui avait toute son attention. Parce que c'est elle qui était admirée par tous, c’était elle que Jayce avait choisie.
Viktor n'était pas celui qu'on choisissait. Il n’était pas celui vers lequel on se tournait – ou alors si, quand on avait besoin de lui. Par nécessité, pas par envie.
Il y avait toujours mieux que lui. Il y avait toujours quelqu'un qui brillait plus. Quelqu’un de plus intéressant, de plus talentueux, de meilleur.
Viktor était un solitaire. Il n'avait pas besoin d’attention, il n'aimait pas être au centre de tout.
Mais là, dissimulé dans les ombres, aveuglé par le faste et les lumières étincelantes, Viktor ne pouvait s'empêcher d’écouter les pensées enfouies au plus profond de lui.
Ce n'était jamais lui.
Et il devait l'avouer, ça le faisait souffrir.
*
Viktor avala une gorgée, plus pour s’occuper que pour étancher sa soif. Il envisageait pleinement l'idée de s’éclipser discrètement et de retourner travailler. Il perdait du temps.
Alors il posa son verre sur une table, agrippa sa canne, et s’immisça entre les invités pour se frayer un chemin jusqu'à la porte.
— Viktor !
Sa voix.
Viktor fronça les sourcils, se retourna. Jayce se précipita vers lui, les joues rouges à cause de sa danse. Il esquissa un sourire.
— Tu viens ?
Il lui tendit sa main. Une invitation silencieuse, un geste d’amitié.
Viktor secoua la tête, dérouté.
— Où ça ?
— Eh bien, danser !
Jayce n’attendit pas sa réponse, il glissa sa paume dans la sienne et le tira jusqu'à la piste de danse.
— Jayce, je ne peux pas danser, grommela Viktor.
Mais intérieurement, une douce chaleur commençait à gonfler dans sa poitrine.
— Mais siii, tu peux, je suis là pour t'accompagner et te soutenir ! répondit Jayce avec un sourire chaleureux.
Viktor voulut répondre, lancer une remarque sarcastique, mais les mots se figèrent dans sa gorge. Jayce effleura son dos, leva délicatement leurs mains entrelacées et amorça quelques pas. Viktor se laissa entraîner, muet, décontenancé, mais étrangement apaisé.
— Pourquoi tu danses avec moi ?
Jayce ne cilla pas, il continua à dévisager Viktor.
— Parce que j'ai envie de passer du temps avec toi.
Viktor se balançait sur ses pieds sans vraiment y faire attention. Toute son attention était focalisée sur Jayce et ses paroles.
— Mais… tu ne dois pas rester avec les Conseillers ?
Jayce laissa échapper un rire. Un rire profond, sincère, et réconfortant.
— J'étais obligé de faire bonne figure, désolé de t'avoir abandonné, Viktor… Mais je n'ai pas besoin de rester avec eux, et je n’en ai pas non plus envie, donc je suis là, maintenant, et je ne te lâcherai pas de la soirée !
Viktor sourit alors à son tour. Ses prunelles ambrées rencontrèrent celles de Jayce, et là, pendant un instant, il n’y avait plus qu'eux qui tournoyaient au rythme de la musique.
Une étincelle s'alluma dans les yeux de Jayce. Et Viktor y décela tout ce dont il avait besoin.
Jayce le regardait comme si le monde avait disparu autour d'eux.
Et dans ce moment suspendu, un sentiment nouveau éclata en Viktor.
Il se sentait important.
Enfin.
