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Grape candy

Summary:

"C'était bizarre, nous deux, c'était une chose qui pouvait pas exister, bafouille-t-il enfin de sa petite voix éraillée, comme pour se justifier. — On parlera demain, promet Scott d'une voix qu'il aurait aimé plus douce. Essaye de dormir. J'crois qu'on a assez cavalé pour cette nuit, Twenty-four."

Notes:

Il faut croire que le fandom Teen Wolf m'inspire terriblement – sans blague – et que je suis incapable de me tenir à mes résolutions. Alors je poste avant l'heure le début de cette fic, qui est toute entière un cadeau d'amour à l'adresse d'Exces qui m'a filé quelques lignes directrices et un titre formidable par la poste. Ainsi qu'une bande-son qui colle grave, merci : "Sleazy bed track" des Bluetones. Le « C'était bizarre, nous deux » de Stiles fait référence à Hale, je précise. La suite arrivera quand j'aurais le temps de l'écrire, je n'ai pour le moment bouclé que le prochain chapitre. Sachez que je réponds avec joie aux questions, critiques ou autres. Merci à Exces pour le formidable fanart réalisé pour ce premier chapitre, t'as tout compris baby. (Et si quelqu'un sait comment centrer l'image, merci de vous manifester, moi je coince...) Vivez heureux !

Chapter 1: Grape candy (Leurs cœurs ont des tas de pépins)

Chapter Text

"Grape Candy", Exces

(Grape candy, Exces a.k.a. Cappuccino-Noisette)

 

Grape candy

(Leurs cœurs ont des tas de pépins)

La lune croque le ciel zinzolin, y laisse une mâchoire ivoire qui tranche les rares nuages de ses dents facettées.

Elle plaque un sourire de lumière sur le parquet clair de la pièce ; lorsqu'un doux ronflement retentit dans la chambre, Scott esquisse le même sourire. Il lance un bref regard à la masse sombre que forme le corps de son ami sous les couvertures et se passe une main dans la nuque, massant lentement sa peau brillant d'une fine pellicule de sueur froide. La pulpe de ses doigts s'enfonce dans la chair tendre, il se laisse aller à fermer les yeux une seconde. Il se serait bien passé de l'hide and seek nocturne qui lui a dégueulassé les baskets et le cœur, mais le soulagement d'avoir remis la main sur Stiles avant que quelque chose ne dérape sérieusement l'empêche de se prendre la tête pour le moment. L'adrénaline bat encore doucement dans ses veines, pulse au bout de ses doigts, sous ses ongles, cogne contre sa peau. A son rythme régulier se superpose celui, terriblement vivant, de son BFF : Scott se sent putain de bien.

A pas de loup (garou), Scott s'approche de la fenêtre entrouverte et juste avant de refermer le store à guillotine, observe une volée de seconde la rue paisible qui se déballe au pied du domaine McCall. Le vent caresse à peine les feuilles des arbres. La fenêtre de la chambre de sa mère, au rez-de-chaussée, projette dans l'herbe gorgée de rosée un parallélogramme de lumière jaune – elle vient de se lever pour aller bosser, elle est de garde cette nuit. Un réverbère éclaire, au loin, l'asphalte nu de la route. On se croirait dans un plan de La nuit du chasseur. Scott tire le store, perdant doucement son sourire. La peau de ses mains est vierge de tout, pas de tatouage sur les phalanges : lui a hate comme love dans la gorge.

Une longue douche le débarrasse de la boue coincée sous ses ongles, séchée sur sa peau. Lorsqu'il en sort, la buée chaude lui enveloppe le corps entier, formant de grosses bouffées tièdes qui lui lèchent la peau. Il fait sombre, dans la salle de bain. Scott prend garde à ne pas déraper sur le carrelage trempé – Melissa lui a pourtant dit de faire gaffe à remettre un tapis, deux ou trois semaines plus tôt. L'ampoule du plafonnier n'est pas grillée, mais le mouflet a bêtement peur que la lumière ne gêne le sommeil de son ami. Peur de fermer la porte et de risquer une autre cavalcade nocturne, aussi, alors il se contente d'y aller à tâtons, mettant à profit ses sens surdéveloppés de loup-garou, et ne râle pas lorsque l'angle de la porte vient se ficher entre la chair et l'ongle de son orteil.

Par réflexe, il essuie du revers de la main la condensation qui enduit le miroir et note, dans la pénombre, que ses yeux ont perdu leur or pour retrouver leur couleur naturelle.

Il enfile distraitement un pantalon traînant sur le rebord du lavabo, s'essuie à demi les cheveux d'un coup de serviette et retourne dans sa chambre. Ses pieds tapotent le parquet en rythme, la peau humide s'y colle et s'en arrache silencieusement. Il soulève à peine la couverture pour se faufiler en-dessous et s'enfonce dans le matelas mou du lit double.

Ses cheveux mouillés trempent la housse de l'oreiller qu'il a piqué dans le canapé du salon quand Hale a déboulé chez lui avec l'ado lové dans les bras, yeux fermés contre son torse, inhabituellement calme et– il préfère ne pas y penser. De dos se soulève paisiblement le corps de Stiles : cinq millimètres vers le haut, cinq millimètres vers le bas à chaque respiration. Scott reconnaît à l'arrière de son crâne la courte cicatrice héritée d'une après-midi à jouer au plus con dans les escaliers des Stilinski, un petit trait blanc à peine distinct sous les cheveux coupés court. Il se retient de la toucher, de coller sa mine tout contre la nuque chaude du gamin, de compter du bout des lèvres les grains de beauté éparpillés qui débordent du hoodie rouge comme des paillettes volatiles ; alors sa main s'interrompt dans le vide et retombe sur le drap qui couvre le matelas, avant de grimper jusqu'à ses tempes pour les masser pensivement, en fermant les yeux.

Cela le surprend plutôt, mais il n'a pas envie de dormir. Pas dans le sens où il ne le peut pas, car la fatigue s'accroche quand même salement à ses paupières, mais dans le sens où il ne veut pas laisser s'échapper bêtement ces quelques minutes à veiller celui qui compte. A se laisser porter par son souffle régulier que n'agite aucune hyperactivité, à deviner ses poumons gonfler sa poitrine, à simplement l'écouter exister.

Il rouvre les yeux.

L'abat-jour du plafonnier fait un cercle parfait de là où il est. Le plafond déploie quelques imperfections de peinture mais dans l'ensemble, Maman McCall a quand même fait du sacré bon boulot lorsqu'elle a décidé de reprendre la maison en main des années plus tôt. Aucun réveil ne tictaque, il n'y a rien d'autre que le silence de la chambre et les bruits lointains du frigo qui s'ouvre, du micro-onde qui vrombit et des couverts qui cliquètent. Quelques minutes passent avant que Scott ne réalise qu'il n'entend plus le discret ronflement de son meilleur ami.

Le cœur de Stiles bat toujours, il ne panique pas.

Il devine plutôt ses yeux ouverts dans le vide de la pièce, déchiffrant dans la pénombre violette le matériel de lacrosse, les fringues chevauchant la chaise du bureau, les baskets boueuses lâchées sur le pas de la porte. Pas un mot n'est échangé, on se contente de se sentir, de se vivre l'un à côté de l'autre.

Au bout de quelques instants, Scott esquisse un vague mouvement en arrière, un pli inconfortable ou un besoin de s'arracher au microcosme étouffant des silences de l'amitié ; alors les lèvres hésitantes et sèches, terriblement sèches de Stiles pulvérisent le calme de la nuit et le bazar matinal de Melissa MacCall ne compte plus le moins du monde. Pendant une seconde, il n'y a que la peur, celle, folle et dévorante, irrationnelle, qui fait croire qu'on ne va pas passer la nuit, que la fin du monde est pour maintenant – celle qui attendrit.

« Te barre pas, » sort Stilinski d'une voix que les conneries de la nuit ont rendue rauque – et s'il s'agissait d'une falaise, elle serait salement escarpée.

« Me laisse pas, » comprend Scott à juste titre. L'envie de le toucher se fait plus grande, plus oppressante : il s'imagine prendre le gosse dans ses bras et je suis là, il veut que sa bouille d'enfant paumé se niche contre son torse à lui, que ses cils trop longs, collés par des larmes froides, lui filent un frisson, fassent bander le duvet de poils qui lui couvre les bras… Il inspire une brève goulée d'air.

Une fois de plus, il retient l'élan qui le fait vibrer, chasse de derrière ses yeux le large triskèle étalé sur le dos boursouflé de muscles de Derek Hale, les mains constellées de grains de beauté qui se posent sur le tatouage, et se confine sagement dans son rôle de BFF :

« Derek t'a ramené, » chuchote-t-il pour répondre à la question restée jusque-là informulée, ignorant les auto-insultes qui lui bouffent le crâne.

Le hoodie rouge se ride de plis. Stiles se tend, manque de se retourner. Quelques secondes de silence chaud s'étirent.

« C'était bizarre, nous deux, c'était une chose qui pouvait pas exister, bafouille-t-il enfin de sa petite voix éraillée, comme pour se justifier.

— On parlera demain, » promet Scott d'une voix qu'il aurait aimé plus douce. « Essaye de dormir. J'crois qu'on a assez cavalé pour cette nuit, Twenty-four. »

Un sourire timide étire les lèvres de Stiles, le surnom le séduit, et ne disparaît que lorsqu'il répète dans un murmure un « Me laisse pas » tendre et dur à la fois. Sa tête se penche en avant, contre l'oreiller se déroule son cou blanc.

Peut-être ne se frotte-t-il les yeux que par fatigue, mais Scott s'en fiche ; il sait les crises d'angoisse, le souffle haché, et plus que tout les sourires à côté de la plaque. Alors il se rapproche timidement du dos de l'adolescent et tend un bras pour le passer par-dessus son flanc. Une étincelle pourrait éclater entre eux tant le contact leur paraît chaud, vivant, plus que tout : essentiel. Leurs cœurs, le tout plein entre leurs côtes se gonflent de chaleur.

C'est comme un vertige sans lequel il mourrait, il a (il espère « ils ont ») besoin de ce creux sous leurs pieds et Scott le sait, Scott le décide, il veut devenir équilibriste. Pourtant demain matin, il renoncera une fois de plus à prendre le risque de tout faire foirer et se jurera de garder les pieds sur terre, de se contenter de ce qu'il a : des œillades appuyées, des tapes sur l'épaules et des fous rires à n'en plus finir. L'amertume qui lui débordera de la gorge n'y changera rien.