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Characters:
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Language:
Français
Series:
Part 2 of Draco Malfoy et l’envers de poudlard
Stats:
Published:
2025-09-20
Completed:
2025-09-20
Words:
47,849
Chapters:
19/19
Kudos:
9
Hits:
793

Draco Malfoy and Harry Potter

Summary:

Draco Malfoy n'a jamais été aussi excité qu'à son onzième anniversaire, car il peut enfin aller à Poudlard.

Draco attendait ce jour depuis qu'il était petit garçon, et maintenant il est enfin là ! Il a hâte d'apprendre de nouvelles choses et de se lier d'amitié avec des gens qui lui ressemblent, des gens intelligents et ambitieux, comme lui.

Et peut-être même que Harry Potter serait a Poudlard aussi.

/!\ Bien sur tout les personnages appartiennent à J.K.Rowling je ne fais que réadapter ce que j'aurais aimé voir dans les films /!\

Chapter 1: 1 septembre 1991

Chapter Text

Poudlard, pre-au-lard, Écosse

Le quai 9¾ débordait de vie : des adieux précipités, des étreintes maladroites, des cris d'enfants mêlés aux hululements nerveux des hiboux et au ronronnement inquiet des chats. Au cœur de ce désordre bigarré, Draco Malfoy avançait d'un pas calculé, presque théâtral, ses chaussures noires parfaitement cirées captant la lumière du matin comme pour rappeler à tous la rigueur qui lui avait été inculquée.

Il ne se retourna pas. Il n'en avait pas besoin pour sentir le regard de son père, aussi tranchant qu'une lame, fixé sur lui. Ce regard qu'il redoutait autant qu'il recherchait, qui l'écrasait mais dont il ne pouvait se détacher. Chaque geste, chaque respiration de Draco était une démonstration muette : je suis digne de toi, je ne faillirai pas.

Lucius n'avait pas prononcé un mot d'adieu. Draco non plus. Les Malfoy ne se perdaient pas en effusions inutiles. Pourtant, au fond de lui, une brûlure persistait : le désir enfantin d'une main posée sur son épaule, d'un mot qui prouverait que derrière l'exigence glaciale, il y avait une once de fierté.

Alors il continua d'avancer, raide et impeccable, comme si son silence pouvait être une victoire.

C'était inutile.

Une fois monté dans le Poudlard Express, il passa devant plusieurs compartiments. Beaucoup trop de monde, trop de bruit, trop de premières années surexcités qui riaient trop fort. Finalement, il trouva un espace libre au fond du train, qu'il partagea rapidement avec Crabbe et Goyle, qui semblaient avoir reçu l'ordre explicite de rester avec lui. Ils le suivaient comme deux molosses dévoués, sans grande conversation mais avec une loyauté solide.

Il s'assit près de la fenêtre, le menton posé dans sa main. Il avait espéré voir à nouveau ce garçon étrange de la boutique de Madame Guipure, ce garçon au regard vert, aux habits de moldu trop grands, aux lunettes hideuse, qui ne s'était pas laissé impressionner par lui. Il n'avait rien dit à personne, mais depuis cette rencontre, il le cherchait des yeux. Il aurait juré que c'était Harry Potter. Il en avait le pressentiment.

Mais aucun signe de lui. Juste des rumeurs comme quoi Harry Potter serait dans le train mais il n'allait certainement pas se déplacer lui-même jusqu'à lui.

Une heure passa dans un mélange d'ennui et de surveillance. Il testait ses compagnons de compartiment par des remarques pleines de fiel pour s'assurer qu'ils n'étaient pas trop idiots, leur lançait des questions sur les maisons, les professeurs, les rumeurs. À chaque fois que quelqu'un ouvrait la porte de sa cabine par mégarde, il guettait discrètement en dehors, mais aucun d'eux ne ressemblait au garçon de la boutique.

Draco fronça les sourcils. Cela l'agaçait. C'était absurde, mais il s'était préparé mentalement à cette rencontre. Il avait même répété ce qu'il dirait si Potter se retrouvait dans son compartiment. Et maintenant ? Rien. L'occasion s'était envolée.

À un moment Blaise, Pansy et Théodore, arrivèrent dans son compartiment. Il ne parlait pas beaucoup, trop absorbé dans ses pensées tout comme Theodore qui ne parlais presque plus depuis la mort de sa mère, littéralement. Mais personne ne le fronça non plus, comprenant sa douleur et l'acceptant, en plus Blaise parlait bien assez pour deux. Pansy c'était bien rapproché du groupe de garçon mais c'était surtout une excuse car elle n'arrivait pas à se lier d'amitié avec les filles de son âge, bien trop masculine pour être leur amie.

Lorsqu'ils arrivèrent, au quais de pré-au-lard, le demi-géant nommé Hagrid, qui parlait fort et riait plus encore, les escortas au lac où des barques les attendaient. Draco observa le paysage avec un mélange d'impatience et d'admiration contenue. Poudlard. Enfin. Il pouvait enfin y être élèves, ça n'avait pas été facile se pendant, son père avait commencé à insisté pour qu'il aille à Durmstrang mais heureusement sa mère avait réussit à le convaincre de l'envoyer à Poudlard. Les tours sombres, les vitraux, les reflets de la lune sur l'eau. Tout ce qu'on lui avait décrit depuis qu'il savait parler, il rêvait encore plus d'y aller depuis qu'il y était aller avec son père il y a quelques années.

Mais il ne voyait toujours pas Harry Potter. Il était pourtant sûr qu'il était de son année.

On les fit patienter dans une antichambre glaciale, comme un sas entre deux mondes. Le bruit diffus des voix, des rires et des couverts leur parvenait par vagues étouffées. Crabbe tapait nerveusement du pied contre le dallage. Goyle mâchonnait un caramel trop collant pour ses dents. Nott, en retrait, contemplait les vitraux comme s'il cherchait à s'y dissoudre.

Draco, lui, restait debout. Droit. Silencieux. Il fixait la porte comme s'il pouvait la faire céder par la seule force de sa volonté. Il n'y avait aucune raison d'avoir peur, pourtant, il sentait ce léger pincement dans la poitrine, cette tension dans la nuque. Pas de faiblesse. Pas maintenant.

Soudain, le garçon maladroit de tout à l'heure, celui qui s'était accrocher à sa robe dans le train quand il était presque tomber, ce qui avait beaucoup agacée Draco, s'agita en murmurant qu'il avait perdu quelque chose. Une bestiole, apparemment. Il trébucha dans un demi-tour pathétique et disparut en trottinant à la recherche de sa précieuse... grenouille ?

Draco roula des yeux. Quelle entrée en matière. S'il avait pu choisir ses camarades, il aurait filtré un peu plus sévèrement.

Il aperçu aussitôt celui qu'il avait croisé chez Madame Guipure, ce garçon au regard encore incertain, auréolé de rumeurs qui couraient déjà partout. Potter. Le fameux. Cette fois, Draco le détailla avec une attention plus soutenue, guettant dans ses traits la moindre confirmation de tout ce qu'on disait sur lui.

- Alors, c'est vrai ? Lança Draco. On dit que Harry Potter se trouve dans notre promotion. C'est toi ?

Quand le garçon confirma, Draco sentit un mélange étrange de satisfaction et d'excitation. Voilà l'instant parfait pour montrer ce qu'il valait, pour se distinguer. Derrière lui, Crabbe et Goyle encadraient sa silhouette avec leur présence massive : deux remparts silencieux qui accentuaient son assurance.

- Moi, je m'appelle Malfoy. Draco Malfoy.

Il avait laissé traîner son nom avec soin, presque comme une carte de visite, sûr que Potter comprendrait la portée de ce patronyme. Mais le rouquin à ses côtés étouffa un rire. L'affront fit jaillir dans la poitrine de Draco une bouffée de chaleur piquante. Son regard se planta aussitôt sur lui, glacé.

- Mon nom te fait rire ? Inutile de te demander le tien. Un rouquin et une robe de seconde main, tu es forcément un Weasley. Cracha alors Draco.

Il n'avait pas pu s'empêcher d'appuyer la phrase avec un certain mépris, comme on frappe du talon pour rappeler une évidence. Puis, revenant à Potter, il baissa légèrement la voix, presque complice :

- Fais attention à qui tu fréquentes. Si tu veux éviter les mauvaises fréquentations, je peux t'être utile.

Il tendit la main, geste calculé, offrande de son nom, de son amitié, et peut-être de son avenir. Mais Potter hésita à peine avant de la repousser du regard.

- Je n'ai besoin de personne pour savoir qui sont les gens douteux, dit-il avec froideur.

Le refus s'abattit sur Draco comme une gifle invisible. Son poing se crispa un instant. Derrière le masque de détachement qu'il s'efforçait de maintenir, une seule pensée s'imposa : Il regrettera.

La porte s'ouvrit dans un grincement solennel. La professeure en robe émeraude, McGonagall, si sa mémoire était bonne, entra dans la pièce, les lèvres pincées, les sourcils sévèrement arqués. Un soupir lui échappa en voyant l'autre garçon revenir en courant, brandissant une grenouille visqueuse avec l'air triomphal d'un héros de conte.

Elle ne dit rien. Se contenta d'un regard, d'un de ceux qui n'exigeaient aucune réponse.

- Suivez-moi, les enfants, lança-t-elle d'une voix nette.

Draco s'avança le premier. Droit. Le port altier, comme on le lui avait appris. Il sentit les regards se poser sur lui à peine eut-il franchi les doubles portes. Des centaines d'yeux, des murmures retenus. Il ne cligna pas des paupières. Il ne baisserait pas les yeux.

Ce soir, il allait leur montrer qui il était.

Lorsqu'on les fit entrer dans le grand hall, le plafond enchanté reflétant les étoiles, Draco oublia un instant son irritation. Il y avait quelque chose de profondément solennel, presque sacré, dans cette atmosphère. Les torches aux murs, les tables des quatre maisons, les murmures excités des élèves plus âgés... Il se sentit soudain très petit, malgré tous les mots de son père.

Draco entendait les chuchotements, les noms soufflés, les murmures.

« Potter. »

« Tu crois que c'est lui ? »

« Regarde sa cicatrice... »

Malgré lui, il tourna légèrement la tête. Il chercha son visage arrogant ou cette stupide cicatrice. Mais il ne le vit plus. Seulement des élèves anonymes, trop absorbés par leur propre peur, leur propre attente.

Le Choixpeau chantait sa chanson. Draco remua son nez en l'entendant, que de mièvrerie qui l'exasperais. Il ne fit même pas attention au nom prononcer, il n'attandait réellement que son nom et peut-être juste un peu celui du garçon à la cicatrice. Et enfin Draco sentit son nom résonner dans toute la salle, porté par la voix assurée de la professeure McGonagall.

- Malfoy, Draco !

Il n'hésita pas. Il connaissait déjà ce moment, il l'avait rejoué dans sa tête une centaine de fois. Il se leva, rectifia d'un geste presque imperceptible le pli de sa robe de sorcier, et avança. Droit. Le menton légèrement relevé, le dos parfaitement aligné. Il sentait chaque regard posé sur lui, certains pesants, d'autres curieux, quelques-uns envieux. Il ne les regarda pas. Il n'avait pas besoin de vérifier.

Il traversa la salle lentement, sans précipitation. Ses pas résonnaient contre la pierre du sol. Il entendit au passage quelques murmures à propos de Harry Potter, et, malgré lui, il écoutait ce qu'on pouvait bien dire de lui.

Le tabouret l'attendait, avec le Choixpeau rapiécé posé dessus, la bouche entrouverte comme s'il bâillait encore de ses répartitions avant le nom de Draco. Draco s'installa avec calme, posant ses mains sur ses genoux. Une seconde plus tard, le tissu usé lui tombait sur les yeux, voilant la salle entière.

Une odeur de vieux parchemin et de poussière lui monta aux narines. Il grimaça légérement.

Une voix grave résonna aussitôt dans sa tête.

- Hmm... intéressant. Très intéressant. Ambitieux. Fier, un sens aigu de l'observation. Et ce besoin de contrôle... Aucun doute, mon garçon. Ce sera SERPENTARD !

Le mot claqua dans l'air avant même que Draco ait pu esquisser une pensée.

Il ôta le chapeau calmement, sans sourire, et descendit de l'estrade. Les applaudissements s'étaient déjà levés de la table verte et argent. Forts, confiants, comme s'il était l'un des leurs depuis toujours. Il croisa la main tendue de Marcus Flint, la serra avec la bonne fermeté, puis alla s'asseoir, les yeux déjà tournés vers les élèves encore en file.

Il n'attendait qu'un nom. Un seul.

Harry Potter.

Les voix s'enchaînaient, les chaises raclaient, les applaudissements éclataient... Draco n'entendait rien. Tout cela n'était qu'un brouhaha lointain. Ses yeux restaient fixés sur la file, ses doigts tapotaient nerveusement le rebord de la table.

Puis le nom tomba.

- Potter, Harry.

Draco se redressa aussitôt. Le silence se fit dans la Grande Salle, un silence si dense qu'on aurait dit que l'air lui-même s'était figé.

Et il apparut.

Draco s'attendait à ce garçon arrogant qui avait rejeter sa précieuse main, une présence qui remplirait l'espace... Mais ce qu'il vit le déconcerta. Potter avançait lentement, la tête basse, les joues un peu rouges. Trop maigre, mal habillé, les épaules rentrées. Rien du fils glorieux dont tout le monde parlait. Rien du garçon qu'il avait tenté d'impressionner un peu plus tôt.

Et surtout, il ne lui jeta pas un regard. Pas même un rapide coup d'œil.

Un pincement serra la poitrine de Draco. Était-ce de la colère ? De la déception ? De l'incompréhension ? Il ne sut le dire. Mais il ne parvenait plus à détacher ses yeux de lui.

Le Choixpeau fut posé sur sa tête. Et rien ne se passa. Pas tout de suite. Le silence s'épaissit encore, insupportable. Draco sentit sa gorge se nouer. Qu'attendait le chapeau ? Qu'hésitait-il à dire ? Une inquiétude sourde s'insinua en lui, comme si le destin même retenait son souffle.

Puis la voix tonna :

- GRYFFONDOR !

Les cris explosèrent aussitôt, couvrant tout. Draco resta figé, les doigts crispés contre le bois de la table. Gryffondor. Pas Serpentard. Pas à ses côtés. Pas dans son monde.

Il détourna enfin les yeux, le cœur battant trop vite. Une certitude s'imposa alors : ce choix n'était pas un hasard. Et, d'une manière ou d'une autre, il allait devoir prouver que Potter s'était trompé.

Les applaudissements éclatèrent comme un orage. La table des Gryffondor s'enflamma de cris et de chants ridicules, comme si un roi venait d'entrer dans leur rang. Potter avec nous ! Potter avec nous ! beuglèrent deux rouquins hilares, debout sur leurs bancs comme des saltimbanques.

Draco roula des yeux. Quelle bande de clowns. Voilà donc le grand Harry Potter, accueilli par des pitres qui n'avaient rien de mieux à faire que de transformer la cérémonie en foire. Même le préfet, ce Weasley prétentieux avec ses airs supérieurs, lui serrait la main comme s'il venait de sauver le monde une deuxième fois. Pathétique.

Et Potter... Potter souriait. Pas franchement, pas avec assurance, mais il souriait tout de même. Comme si cette mascarade avait un sens. Comme s'il était à sa place parmi ces imbéciles en rouge et or.

Gryffondor. Le mot continuait de tourner dans la tête de Draco comme une gifle. Bien sûr. La maison des impulsifs, des inconséquents, des héros de pacotille. Évidemment que Potter s'y retrouvait. Le Choixpeau n'avait pas hésité si longtemps pour rien : il avait sans doute dû lutter pour l'envoyer ailleurs. Et Potter avait gagné. Potter obtenait toujours ce qu'il voulait, apparemment.

Draco sentit une pointe amère lui remonter dans la gorge. Il aurait voulu détourner les yeux, mais ses regards revenaient sans cesse vers cette silhouette frêle, assise parmi les acclamations, comme si tout lui était destiné.

Qu'il profite. Les projecteurs brûlent toujours ceux qui s'y attardent trop longtemps.

Il étira ses lèvres en un mince sourire glacé, se promettant déjà que Potter finirait par comprendre : le monde ne se divisait pas entre héros et admirateurs. Il y avait ceux qui commandaient, et ceux qui obéissaient. Et Draco savait exactement de quel côté il voulait se trouver.

Puis d'autres noms furent appelés. Nott, Théodore.

Draco redressa légèrement la tête en entandant le nom de son ami. Théodore s'avança d'un pas lent, presque détaché, comme s'il n'était pas vraiment là. Il s'assit, calme, sans chercher les regards, et le Choixpeau annonça sa maison après un bref silence.

- SERPENTARD !

C'était évident. Inévitable.

Théodore alla s'asseoir en face de Draco. Il ne dit rien. Il sourit en voyant comme Théodore agissait, fidèle à lui-même.

Se fut au tour de Blaise d'être envoyé à leur table. Son regard était un peu trop lumineux pour cette maison. Il avait l'air plus excité que lui ou Théodore, fier même.

Puis vint Pansy. Elle marchait d'un pas pressé, les bras croisés sur sa robe déjà froissée, le menton levé. Elle afficha un grand sourire en s'approchant, adressé à Draco, à Blaise, à Théodore, un sourire bien connu, celui qu'elle réservait à ceux qu'elle estimait à peine dignes de son temps.

Le banquet apparut sans prévenir, les plats se matérialisant en un éclair sur la table devant eux. Une odeur riche s'éleva aussitôt, chaleureuse, presque rassurante. Mais Draco ne toucha pas à son assiette. Il avait l'estomac noué à cause de sa frustration et de cette sensation inconfortable qu'on a lorsqu'on ne comprend pas entièrement la partie qu'on joue, ni contre qui.

Draco piquait distraitement dans son assiette, sans vraiment savourer. Tout ce bruit autour de lui, les conversations des nouveaux Serpentard, la présence rassurante de Crabbe et Goyle... rien ne retenait son attention. Ses yeux revenaient sans cesse vers la table des Gryffondor. Vers lui.

Potter.

Il mangeait comme si rien d'extraordinaire ne se passait, comme s'il n'avait pas des centaines de regards fixés sur son dos. Il avait même l'air... normal. Trop normal. Pas de port altier, pas de gestes mesurés, pas de prestance. Juste un garçon qui découpait son steak avec un appétit presque maladroit.

Draco fronça les sourcils. Pourquoi le fixait-il ainsi ? Pourquoi n'arrivait-il pas à détourner les yeux ? Il aurait voulu se convaincre que c'était par mépris — par curiosité moqueuse, à la limite. Mais ce n'était pas seulement ça. Il y avait autre chose, un tiraillement qu'il n'arrivait pas à nommer.

Un fantôme se pencha sur Potter, engagea la conversation. Même mort, on venait lui parler. Même sans chercher à attirer l'attention, Potter l'aimantait. Comme si tout, dans cette salle, se réorganisait autour de lui.

Et Draco, malgré lui, suivait chacun de ses gestes, chacun de ses sourires timides, comme un papillon se brûlant volontairement à une flamme.

Il se redressa, raide, et détourna enfin le regard, furieux contre lui-même. Non. Ce n'était rien. Ce n'était qu'un hasard. Ce n'était qu'un garçon.

Mais une voix intérieure, insidieuse, lui soufflait déjà qu'il venait de croiser quelqu'un qui allait hanter ses pensées bien plus qu'il ne voulait l'admettre.

Draco détourna les yeux. Il se força à boire une gorgée d'eau, juste pour faire quelque chose. Les voix montaient autour d'eux. Certains plaisantaient, d'autres parlaient déjà de cours ou de balais. La table des professeurs semblait flotter loin au-dessus de tout ça, presque irréelle.

Il leva un instant les yeux dans leur direction. Des robes sombres, des profils divers. Certains ennuyeux à mourir, d'autres vaguement inquiétants. Draco repéra facilement Severus Rogue, il était heureux de l'avoir comme professeur dans une vraie école cette fois. Mais un autre professeur en particulier attira son regard : un homme un peu voûté, avec un turban trop voyant pour être anodin. Il semblait nerveux. Trop nerveux. Il fixait la table comme s'il voulait s'y fondre. À un moment, il releva la tête, par automatisme peut-être.

Et son regard croisa celui de Potter. Draco vit le léger sursaut. Il vit la main que Potter porta à son front. Il ne comprenait pas. Mais il nota le détail. Il notait tout ce qui dérapait.

Le banquet s'acheva dans une agitation confuse. Les préfets commencèrent à appeler les élèves, les regroupant par maison. Une voix familière annonça que les Serpentard de première année devaient la suivre. Gemma Farley et Adrien Pucey qui marchait comme s'il avait été gravé dans le marbre, le regard tranchant, les mots nets.

Ils marchèrent à travers les couloirs. Les torches projetaient des ombres qui dansaient, le sol résonnait sous leurs pas. L'air devenait plus froid, plus dense. Le château avait changé de visage.

Ils s'arrêtèrent devant un mur humide, un coude de pierre rongé par le temps. Pucey murmura :

- Sang-pur.

Le mur s'ouvrit.

Draco sentit comme un souffle ancien les traverser. L'air portait cette odeur métallique de souterrain, mêlée à l'algue et à la poussière. La salle commune se révéla dans une lumière verte tamisée, filtrée par le lac noir. Elle était plus vaste qu'il ne l'imaginait, basse de plafond, aux pierres glaciales, meublée de canapés en cuir sombre et de tapis anciens. Les flammes dans la cheminée se reflétaient dans les yeux des statues de serpents.

C'était à la fois beau et oppressant.

Comme tout ce qu'il avait appris à respecter.

Le silence s'épaissit encore, comme si les murs eux-mêmes retenaient leur souffle, jusqu'à ce que le préfet de leur maison prenne enfin la parole.

- Bienvenue à Serpentard.

Sa voix n'était pas forte, mais elle portait. Calme, posée, tranchante. Chaque mot tombait avec le poids de l'évidence. Adrian Pucey. Un grand garçon aux cheveux noirs coupés court, au visage fermé. Tout en lui respirait la maîtrise, comme s'il avançait toujours trois coups à l'avance. On disait qu'il ne perdait jamais son sang-froid, et qu'il n'était pas nécessaire qu'il crie : son autorité s'imposait d'elle-même.

- Ici, vous n'êtes pas simplement des élèves de Poudlard. Vous êtes des Serpentard. Cela veut dire : ambition, ruse, puissance... mais aussi unité. Nous ne nous exposons pas inutilement. Nous ne gaspillons pas nos forces. Nous protégeons les nôtres, et nous attendons de vous la même chose.

Draco hocha imperceptiblement la tête. Enfin des paroles qui résonnaient juste. Un langage qu'il comprenait.

Adrian marqua une pause, son regard glissant d'un élève à l'autre comme s'il les jaugeait déjà.

- Souvenez-vous de ceci : les autres maisons vous jalousent. Elles vous craignent. Elles chercheront à vous isoler, à vous rabaisser. Ne leur en laissez pas l'occasion. Restez ensemble. Un Serpentard seul est une cible. Un Serpentard en groupe est intouchable.

Un léger frisson parcourut les rangs des premières années. Draco, lui, sentit une chaleur froide l'envahir. Oui. C'était exactement ce qu'il attendait. Des règles simples. Des certitudes. Un clan.

- Les dortoirs sont séparés, évidemment, reprit Adrian, ses gestes précis comme ceux d'un stratège déplaçant ses pièces. Les garçons de première année, avec moi. Les filles, suivaient votre préfète.

Le groupe se divisa aussitôt, dans un silence presque militaire.

Les garçons le suivirent jusqu'à leur dortoir. Un couloir voûté, de plus en plus profond, de plus en plus silencieux. Puis une porte de pierre, qui coulissa lentement.

La chambre circulaire s'ouvrit. Lits à baldaquins, rideaux vert sombre, coffres impeccablement alignés.

Théo s'assis des qu'il entra et pris un livre à la main en se posant sur son lit. Il leva à peine les yeux. Blaise, plus curieux, balaya la pièce du regard et s'installa aussitôt sur le lit le plus proche.

Draco entra en dernier. Il repéra son lit, en face de la fenêtre qui reflétait l'eau du lac de poudlard. Il s'en approcha et s'installa, posant calmement ses affaires.

Le silence régnait encore dans le dortoir quand Draco s'installa sur son lit à baldaquin. Les rideaux de velours vert foncé filtraient la lumière des torches, diffusant des reflets émeraude sur les pierres humides. Il entendait la respiration régulière des autres garçons, mais deux voix se détachèrent bientôt, tout près.

- Incroyable, dit Blaise avec un sourire qui s'entendait plus qu'il ne se voyait. On est vraiment tous les trois dans le même dortoir.

Théodore s'était déjà allongé, une main repliée derrière la tête. Sa voix résonna calmement dans la pénombre.

- Ça devait arriver. Serpentard ne se trompe pas.

Draco hocha la tête, satisfait. Oui, c'était logique. Évident, même. Le Choixpeau savait reconnaître ceux qui avaient leur place.

- Nos parents vont être contents, ajouta-t-il, d'un ton presque distrait. Je crois que ma mère aurait fait un scandale si j'avais fini ailleurs.

Blaise ricana doucement.

- La mienne aussi. Elle dit toujours qu'un Zabini ne peut pas être autre chose qu'un Serpentard. Question de principe.

Théodore ne rit pas. Ses yeux brillaient faiblement dans l'ombre.

- Mon père n'aurait rien dit. Il ne dit jamais rien. Mais je crois qu'il m'aurait regardé autrement. Et ça suffit.

Un silence bref suivit ses paroles. Draco sentit quelque chose se tendre dans l'air, une gravité qui n'avait pas besoin d'explications. Il comprenait parfaitement. Les attentes étaient un poids qu'on ne pouvait ignorer.

- Peu importe, conclut-il. On est là. Ensemble. Et c'est tout ce qui compte.

Blaise se redressa sur un coude, un éclat d'amusement dans la voix :

- On ferait mieux de rester ensemble, surtout. Tu sais ce qu'Adrian a dit : les autres maisons nous détestent.

Théodore acquiesça lentement.

- Ils nous craignent, surtout. Et la peur fait faire n'importe quoi.

Draco eut un sourire satisfait, invisible dans l'obscurité.

- Alors qu'ils essaient. Qu'ils osent. Tant qu'on reste soudés, personne ne pourra nous toucher.

Les trois garçons se turent à nouveau. Leurs respirations se synchronisèrent peu à peu, mais dans le silence du dortoir, chacun savait qu'une promesse tacite venait d'être faite : protéger les leurs, coûte que coûte.

Et Draco, les yeux grands ouverts dans le noir, se surprit à penser à Potter. Il l'énervait, le fascinait, le dérangeait et pourtant il n'arrivait pas à détournait ces penser de lui ou son regard.