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Sans cavale

Chapter 2: Fallait bien que j’tente, non ?

Notes:

J’ai glissé chef.

Chapter Text

Morgane ne répondit pas tout de suite. Ses yeux balayaient la cellule dans laquelle elle venait d’entrer. Elle avait froid. Mais pas seulement à cause de la faible température et de l’humidité qui régnaient dans la pièce. Elle avait froid en dedans à la vision de l’homme qu’elle aimait jeté dans un tel lieu de désolation. Rien dans cette pièce ne lui ressemblait. Et pourtant, il était là.

Quand ses yeux trouvèrent enfin ceux de Karadec, elle ne put retenir un large sourire de se former sur son visage. Lui, qui avait jusque-là gardé une expression de surprise figée, le lui rendit. Aucun des deux ne savait quoi dire. Il ne résonnait dans la pièce que le faible bruit de leurs respirations. Morgane était toujours debout devant la porte, Adam toujours assis sur son banc.

Ce fut Morgane qui rompit le silence, ouvrant sa veste de police bleue marine, farfouillant visiblement à la recherche de quelque chose. Elle n’avait pas vu que Karadec s’était levé et qu’il s’approchait doucement d’elle. Quand elle trouva le document, elle fut surprise de le voir déjà si proche.

— Kara j’ai… J’ai réussi mon concours !

Son sourire était tout autant éclatant que rempli d’émotion. Il ne la quittait pas du regard, ne baissant même pas les yeux pour voir ce qui était écrit sur la feuille qu’elle brandissait devant elle. Dans ses yeux, elle retrouvait l’expression qu’elle y avait lue lorsque, des semaines plus tôt, elle lui avait fait une promesse.
La promesse de passer ce concours. La promesse de ne pas tout faire foirer au dernier moment. 

Pour toute réponse, Karadec hocha lentement la tête. Il avala difficilement, comme si quelque chose s’était logé dans sa gorge. Comme si des mots qu’il avait longtemps refoulés cherchaient à en sortir. 

— Bien sûr que tu l’as réussi, murmura-t-il enfin.

Il esquissa un sourire timide, presque maladroit. Ce n’était pas tant la réussite qui l’émouvait que le fait qu’elle ait tenu parole. Elle, l’anti-flic, l’anti-système par excellence, avait choisi de respecter une règle - la sienne. 

Ils se regardaient sans plus sourire. Il flottait entre eux quelque chose de trop intense pour être dit. Morgane fit un pas vers lui qui suffit presque à combler la distance restante entre leurs corps. Leurs mains se frôlèrent à peine, mais assez pour que le silence devienne insupportable.

Le bruit d’une porte claquant au loin éclata la bulle qui s’était formée autour d’eux. Morgane baissa la tête, lissant de ses mains les quelques plis - plus ou moins imaginaires - qui s’étaient formés sur son pantalon.

— Bon par contre, le bleu, c’est définitivement pas ma couleur.

Elle avait dit ça sur le ton de la plaisanterie, comme pour reprendre le contrôle.
Ces mots projetèrent instantanément Adam quelques années en arrière. Il la revoyait s’avançant vers lui dans cette robe bleue, au restaurant de De Wulf, lors de leur enquête à Malo-les-Bains. Son cœur se serra un peu, surpris par la force du souvenir.
Lorsqu’ils avaient pris place à table, il n’avait pu empêcher son regard d’être captivé par elle. Par la manière dont la lumière tombait sur le velours de sa robe. Par le contraste saisissant entre ce bleu foncé, son teint diaphane et le roux de sa chevelure tombant en cascade sur ses épaules. 

— Morgane, je suis pas sûr qu’il existe une couleur qui vous aille mieux que le bleu.

Il avait prononcé cette phrase en la parcourant du regard de bas en haut, puis de haut en bas. Elle esquissa un petit sourire, se mordant les lèvres pour essayer de le retenir.

— Non mais Kara, moi j’vous parle du bleu poulet ! Le bleu des pantins qui sont au milieu des carrefours à faire la circul’ avec leur sifflet ! C’est la couleur de personne ça !

Karadec ne put s’empêcher de rire à cette phrase. Décidément, cette femme avait un talent indéniable pour alléger n’importe quelle situation.

— Pourtant, je vous le redis : ça vous va.

— Ah ben du coup, j’sais pas comment j’dois l’prendre ! Oh mais attendez, en fait ce serait pas l’uniforme qui vous fait secrètement kiffer ? Hein ? Z’auriez pas un petit fantasme sur…

— Morgane ! 

Il avait ouvert des yeux ronds comme des soucoupes et cette fois-ci, c’était au tour de Morgane de rire. Adam se racla une fois de plus la gorge.

— Du coup… Vous êtes venue pour m’annoncer que vous avez eu votre concours ?

— Ben oui, oui.. Enfin non… Pas que. Hum, on peut peut-être s’asseoir ?

— Ah oui, tout à fait !

Lorsque Morgane s’avança en direction du banc, elle sentit la main de Karadec se poser avec une extrême délicatesse dans le creux de ses reins, comme pour la guider. Ce simple contact fit s’agiter à nouveau dans son ventre les innombrables papillons qu’elle essayait tant bien que mal de calmer depuis son arrivée. Elle s’assit, déposant à côté d’elle sans trop d’égard son diplôme fraîchement obtenu. Karadec prit place à sa droite, son genou gauche appuyé contre le sien. Leurs regards se croisèrent un instant, un frisson silencieux parcourant la pièce.

— Alors, hum, dites-moi tout, je vous écoute.

— Ben je voulais venir pour… Déjà pour avoir des nouvelles de vous à donner l’équipe, parce que j’vous cache pas que c’est assez insoutenable de devoir subir leurs questions h24 alors que pour une fois, j’connais pas les réponses.

Morgane termina sa phrase tout sourire, en donnant un léger coup de coude à Karadec. Puis détournant le regard, fixant un point imaginaire sur le sol, elle continua.

— Et puis, je voulais vous parler… Je voulais vous voir.

Le visage de Morgane s’était fermé et Adam n’arrivait pas à décrypter l’expression qui y était apparue.

— Il y a un problème, Morgane ? C’est les enfants ? Léo ? Votre voisin qui vous importune encore ?

— Non, non ! Tout va bien, tout le monde va bien. Mais tiens, c’est marrant que vous parliez de mon voisin justement. En fait, finalement, il est vachement sympa, le gars.

— On parle bien de celui qui vous prend pour une prostituée ? Celui-là même ?

— Ah… Oui, boh, ça va… Ça vous est jamais arrivé de juger les gens un peu hâtivement ? 

Si, effectivement. Ça lui était arrivé de nombreuses fois. Forcément, à cet instant, il pensa à la façon dont il avait mal jugé Morgane lorsqu’il l’avait rencontrée. Il secoua la tête pour en chasser ce souvenir.

— Quand même… Je ne vous connaissais pas si peu rancunière.

Morgane aurait pu prendre la mouche si Karadec n’avait pas prononcé cette phrase d’un sourire rempli de malice.

— Je vous ai déjà dit, j’apprend de mes erreurs. Bon. Toujours est-il que finalement, c’est pas un mauvais gars.

— Alors vous êtes venue jusqu’ici pour m’apprendre que votre voisin est sympa, si je comprend bien. C’est ça ?

— Rha, mais si vous arrêtiez de m’interrompre aussi ! C’est pas possible ça ! Rholala ! Bref. Par un concours de circonstances, j’en suis venue à lui parler de vous et de votre… situation actuelle.

— Ah, alors, finalement il a compris que j’étais le père de votre fils et pas l’un de vos clients ? Génial, on avance !

— Mais c’est que vous continuez en plus ! Bon. Donc je lui ai parlé de vous. Et une chose en a entraîné une autre et il m’a raconté l’histoire d’une connaissance d’une connaissance d’un vieux pote à lui qui avait kidnappé un gars en lui filant des somnifères avant. 

Karadec se leva, sentant une trop grande tension s’accumuler en lui. Il se plaça face à Morgane, arborant à présent un air résolument sérieux.

— Oh bah c’est de mieux en mieux ! C’est ça que vous faites pendant votre temps libre ? Vous faites copains-copains avec des criminels ? 

— Eh Kara, baissez d’un ton, vous oubliez où vous êtes ? Et puis en plus c’est pas un criminel, j’vous dit que c’est une connaissance d’une connaissance d’un vieux pote à lui.

— Morgane, dans quoi vous vous êtes encore fourrée ? Vous croyez que c’est pas suffisant pour moi d’être en prison ? Vous avez prévu d’en rajouter ? 

Morgane qui jusqu’alors était restée calme sentit une vague de colère naître en elle. Elle se leva à son tour, lui faisant toujours face.

— Mais je rajoute que dalle ! Vous pouvez pas juste écouter ce que j’ai à vous dire plutôt que de monter sur vos grands ch’vaux ? C’est trop compliqué de juste m’écouter ? Ah bah oui, là vous pouvez pas vous barrer dans votre AirBnb hein, s’cusez-moi ! Moi j’y suis pour rien si vous êtes coincé ici. J’vous ai rien demandé.

Morgane le contourna en s’assurant de lui donner un coup d’épaule au passage. Lui aussi était en colère, mais il savait qu’il se devait de calmer le jeu. Il savait que réagir à son « j’y suis pour rien si vous êtes coincé ici » n’aurait fait qu’envenimer la situation. Et s’il y a bien une chose qu’il ne voulait pas, c’était que Morgane quitte cette pièce irrémédiablement fâchée. 

Pourtant, c’était ce qui était en train de se produire, car cette dernière se dirigeait d’un pas décidé vers la porte. Adam la rattrapa par le bras gauche, la faisant pivoter afin de planter ses yeux dans les siens. Quand elle leva la tête, il vit que ses yeux étaient remplis de larmes.

— Morgane attend… Arrête… Ne pars pas, pas comme ça. Pardon, j’aurais pas dû m’énerver, ok ? Pardon. 

Il s’attendait à ce qu’elle se débatte ou à ce qu’elle lui jette une pique dont elle seule a le secret au visage. Mais elle n’en fit rien. Elle se contentait de le regarder, alors que ses larmes dévalaient ses pommettes, puis ses joues. Il leva sa main libre dans un mouvement plus qu’incertain avant de la déposer tout doucement sur le visage de Morgane. De son pouce, il tenta tant bien que mal de faire disparaître les larmes qu’il venait de faire couler.

— Te savoir toute seule avec Léo dans la caravane pourrie de Serge, sur un parking au milieu de nulle part, ça me rend dingue, tu comprends ? Je supporte pas d’imaginer qu’il pourrait vous arriver quelque chose. Je supporte pas de savoir que tu dois tout gérer toute seule. Je supporte pas l’idée que tu puisses te retrouver dans une galère pendant que moi, je serais bloqué entre quatre murs à rien pouvoir faire pour t’aider. Tu comprends ?

Morgane ne dit tout d’abord rien et se contenta de hocher la tête. Son regard s’était adouci.

— C’est pas la première fois que je dois tout gérer toute seule, tu sais. Quand Romain a disparu des radars…

Il ne la laissa pas continuer.

— Mais je suis pas Romain. Je pourrais pas vivre comme ça.

Il faillit rajouter que lui, contrairement à Romain, n’était pas parti de son plein gré. Mais il se ravisa, sachant pertinemment que le moment était mal choisi pour rouvrir davantage une telle plaie.

Morgane se détacha de son étreinte et retourna s’asseoir sur la banc. Elle fit signe à Adam de venir à côté d’elle, tapotant de sa main le meuble en béton. Elle attendit qu’il fut assis avant de reprendre son histoire.

— Alors donc, après cette discussion avec mon voisin, je suis rentrée chez moi, comme d’hab’. Je crois pas avoir précisé, mais c’était le soir après le boulot, j’étais crevée. J’me suis posée sur mon lit, en faisant attention de ne pas réveiller Léo qui dormait déjà. Et puis comme souvent, j’ai pensé à vous. J’vous ai imaginé tout seul dans votre cellule. Enfermé là parce que vous avez voulu me protéger. Alors, forcément, j’me suis dit que je pouvais pas vous laisser là. Parce que c’est quand même un peu à cause de moi, tout ça. Mais qu’est-ce que je pouvais faire ? On est d’accord que jamais vous auriez accepté de me suivre si j’étais arrivée comme une fleur pour vous faire évader ?

— Effectivement, on est d’accord. Surtout que ce serait quand même dommage de finir tous les deux en prison pendant des années alors que je ne risque a priori que du sursis.

Morgane se tourna vers lui, sonnée par ce qu’elle venait d’entendre.

— Hein ? Mais Kara, pourquoi vous me l’avez pas dit plus tôt ? Moi ça fait des s’maines que j’entends tout le monde à la DIPJ parler de vous comme si vous alliez être condamné à mort.

— Je pensais que vous saviez que la peine de mort avait été abolie en 1981. Vous avez jamais vu de documentaire là-dessus ? 

— Non mais oui, façon d’parler, enfin ! Alors du coup… C’est peut-être pas la peine que j’vous parle du plan que j’avais imaginé pour vous faire sortir de prison ? 

Karadec ne savait trop quoi répondre. Alors, même s’il sentait qu’il allait le regretter, il lui posa la question qui lui brulait les lèvres.

— Ça dépend, c’est en lien avec votre histoire de pote qui drogue les gens puis les kidnappe, ou pas ?

— Mais combien de fois va falloir que je vous répète que… Bon oui, c’est effectivement en lien avec ça.

— Alors c’est gentil, mais, sans façon. Et puis Morgane, vous avez pensé à comment on aurait fait pour sortir d’ici ? Comment vous m’auriez transporté ? Et puis où est-ce qu’on serait allés ? 

— Bah c’est rigolo que vous demandiez, parce que justement, j’avais eu l’idée de…

Il la coupa. D’un geste, il saisit la main qu’elle avait levé pour animer l’explication de son plan, reposant leurs mains désormais jointes sur sa cuisse.

— Non, non, mais je vous ai dit… Vraiment, je veux pas savoir. 

Il garda sa main sur la sienne un peu plus longtemps que nécessaire. Morgane baissa les yeux vers leurs mains, savourant ce contact qu’il n’avait toujours pas rompu. Ne disant toujours rien, elle fit pivoter sa main afin que leurs doigts s’entremêlent. Pour toute réponse, Karadec caressa délicatement de son pouce la peau de son poignet.

Enhardie par cette caresse, Morgane leva lentement sa main libre, comme si elle craignait de rompre quelque chose et la posa délicatement sur la joue d’Adam. Elle hésitait. Elle cherchait son regard, comme pour s’assurer qu’elle pouvait y aller. Que tous les feux étaient au vert. Son estomac se tordit quand elle sentit Karadec lâcher sa main.

Mais contrairement à ce qu’elle pensait, il n’allait pas la repousser. Il encercla sa taille de son bras droit. Sa main gauche, quant à elle, s’était posée sur le bras de Morgane, faisait de lents va et vient de son coude à son épaule. 

Morgane releva légèrement la tête, leurs visages ne se trouvant plus qu’à quelques centimètres. Elle sentit son souffle sur ses lèvres.

Le baiser vint sans que ni l’un, ni l’autre, ne puisse dire qui l’avait initié. Un effleurement d’abord, maladroit, timide. A peine un contact. 

Morgane s’éloigna légèrement, pour scanner le visage de son vis-à-vis. Quand elle se trouva nez à nez avec ses pupilles dilatées, elle n’eut d’autre choix que de l’embrasser à nouveau. Adam attrapa la lèvre inférieure de Morgane entre les siennes alors qu’elle ouvrait la bouche pour lui offrir l’accès à sa langue.

Karadec resserra son emprise autour de la taille de Morgane, la rapprochant davantage de lui. Sa main glissa lentement le long de son dos, s’arrêtant au creux de ses reins où elle dessina des petits cercles.

Morgane laissa échapper un souffle, se pressant tout contre son torse. Ses doigts s’agrippèrent à sa cravate, cherchant un ancrage, comme si le monde autour d’eux avait soudain perdu toute consistance 

Leur baiser devint plus exigeant, plus brûlant. Il y avait dans leurs gestes une urgence nouvelle, irrépressible. Karadec saisit la veste de Morgane par le col et la fit glisser le long de ses bras. Il avait besoin de la toucher, de la sentir davantage. Elle n’opposa aucune résistance, se résolvant à lâcher la cravate qu’elle tenait encore fermement. 

Quand la veste termina sa course au sol, Adam encadra son visage de ses mains et captura à nouveau ses lèvres. Morgane, quant à elle, glissa ses doigts dans les fines boucles du commandant, s’y accrochant comme à une évidence. Adam inclina légèrement la tête pour approfondir encore le contact, laissant sa langue caresser la sienne avec une lenteur presque douloureuse. Morgane répondit sans hésiter, se jetant à corps perdu dans ce baiser. Elle se laissait aller contre lui, consciente de chaque frisson qui parcourait son corps, de chaque parcelle d’elle-même qui cédait.

Le temps semblait suspendu. Ils n’existaient plus qu’à travers leurs respirations saccadées et leurs bouches affamées. 

Karadec sentit avec regret Morgane se défaire de son étreinte. Il eut à peine le temps de rouvrir les yeux avant que cette dernière ne vienne s’asseoir sur ses cuisses et déposer ses lèvres sur les siennes de plus belle. 

Ils jouaient tous les deux à un jeu dangereux. Ils le savaient.

Morgane resserra instinctivement ses cuisses autour des hanches d’Adam. Ses mains quittèrent les boucles sombres pour glisser le long de sa nuque puis sur ses épaules, explorant avec une lenteur provocante. Elle mordilla sa lèvre inférieure avant de la relâcher, comme pour le défier, comme pour voir jusqu’où il irait.

Karadec grogna contre sa bouche. Ses doigts se crispèrent dans son dos, la plaquant contre lui sans ménagement. Il enfouit un instant son visage dans le creux de son cou, embrassant chaque centimètre de la peau qui dépassait de son polo. Le parfum de Morgane, la chaleur de son corps contre le sien, la manière dont elle frémissait sous ses gestes… Tout conspirait à lui faire perdre pied.

— Adam… murmura-t-elle, d’une voix à peine audible, plus souffle que mot.

Ce simple son fit voler en éclat ce qui lui restait de retenue. Il laissa sa main glisser sur la courbe de ses seins avant de détacher les quelques boutons qui fermaient son polo. Il glissa sa main dans l’espace nouvellement dégagé, caressant avec délice sa clavicule. Relevant la tête pour retrouver sa bouche, il l’embrassa avec une ardeur nouvelle, presque fébrile.

Leurs respirations se mêlaient, heurtées, désordonnées.

Morgane bascula légèrement en arrière tout en laissant ses mains descendre à plat le long du torse d’Adam. Quand elles atteignirent son bas-ventre, comme frappé par un éclair de lucidité, Karadec lui saisit les mains et rompit le baiser. Il ferma les yeux, inspira profondément, cherchant à reprendre le contrôle de son corps qui menaçait de le trahir.

Morgane resta figée un instant, ses mains toujours dans les siennes, le regard encore voilé. Karadec rouvrit ses yeux brûlant d’un désir qu’il ne prenait pas la peine de cacher.

— Si on continue… On ne saura pas s’arrêter. Et ici, maintenant… C’est pas possible.

— Mais euh, allez Kara, encore cinq minutes ! 

Il posa délicatement les mains sur ses hanches, non pas pour la retenir mais pour l’aider à remettre de la distance entre eux. Le manque fut immédiat. Immédiatement douloureux.

— Morgane, c’est pas que j’en ai pas envie… C’est justement pour ça que je dois dire stop. Et puis quelqu’un risque de débarquer à n’importe quel moment.

— Bah, let’s go ! Plus on est de fous, plus on rit !

— Morgane…

— Oui rho, blagounette. 

Adam passa une main sur son visage, laissant échapper un soupir à mi-chemin entre l’amusement et la détresse.

— Voilà. C’est exactement pour ce genre de phrase que je dis stop.

Morgane haussa les épaules, tentant de masquer la déception qui lui serrait la poitrine.

— Fallait bien que j’tente, non ?

Adam se força à retirer complètement ses mains de ses hanches, les posant à plat sur ses propres cuisses, comme pour se rappeler physiquement la limite qu’il venait d’imposer.

— Morgane, si on continue comme ça, je vais faire une connerie. Et là, comment dire… J’aimerais bien éviter d’en rajouter une à mon dossier.

Elle esquissa un sourire doux.

— Ah ! Vous êtes en train de m’dire que vous êtes raisonnable, là ?

— Non. Je suis en train de vous dire que je me retiens. Et que je ne pourrai pas le faire éternellement.

Elle inspira profondément, hochant lentement la tête, comme pour se donner le courage de redescendre elle aussi. À regret, elle glissa de ses cuisses pour reprendre place à côté de lui sur le banc, laissant entre eux un espace minuscule… Mais aussi volontaire que nécessaire.

Le silence s’installa de nouveau. Adam tourna légèrement la tête vers elle.

— On aura d’autres moments… Bientôt. Dans de meilleures circonstances et pas dans une cellule de prison.

Morgane baissa les yeux, puis releva le regard vers lui, un éclat déterminé au fond des pupilles.

— T’as intérêt à tenir parole, Kara.

Il sourit.

Je te le promets.

Notes:

Voilà voilà. Je débarque aujourd'hui devant vos yeux ébahis avec cette première fic (qui je l'espère, ne sera pas la dernière).
Elle s'est écrite quasi-toute seule et tel celui de Serge (RIP petit ange parti trop tôt) mon cerveau est parti devant pendant que j'essayais de courir derrière.

J'ai longtemps hésité avant d'oser me lancer dans son écriture. Ayant déjà lu teeeellement de fics exceptionnelles dans le fandom HPI, j'avais peur de ne pas être à la hauteur du challenge.

Mais j'ai décidé que vous en seriez les seuls juges. Enfin, soyez gentils quand même siyouplait, déjà que je suis toujours (et à jamais) en goumin du 5x08 (et plus globalement, du fait que la série soit finie).

J'espère que ce premier chapitre vous aura plu et qui sait, vous aura donné envie de lire le prochain.
Faites-vous plaiz' et vraiment, n'hésitez pas à me dire ce que vous en avez pensé.

P.S. : les dialogues en italiques sont directement tirés de la série. I own nothing, except les trucs pas écrits en italique. Enfin, I own pas les personnages non plus, au cas où (et c'est bien dommage, d'ailleurs, parce que je peux vous dire que si c'était le cas, ils se seraient pas barrés à Saint-Domingue).