Chapter Text
Remus repose la dernière assiette, s’essuie les mains et prend une inspiration.
Dans le salon attenant à la cuisine, la musique gronde et fait trembler les murs. Il marque une pause en franchissant le seuil.
L’essentiel de la vieille génération est parti se coucher.
Il ne reste que les gamins, qui dansent en chantant, au milieu des guirlandes et des lambeaux de papier cadeau.
Remus pense « les gamins », alors que ce sont toustes des héros de guerre dans leur vingtaine. Mais c’est comme ça. Ils seront toujours ses élèves.
Son regard glisse vers un fauteuil dans un coin de la pièce. Une lueur flottante tourne autour du visage de Snape et de ses sourcils froncés. Très droit, il tourne une page de son livre sans prêter attention à la fête qui tourne autour de lui. Remus ne peut retenir un sourire.
Il s’approche et se penche pour poser un baiser sur le haut du crâne de Severus, qui tressaille à peine à son arrivée.
— Qu’est-ce que tu lis ?
— Le cadeau de Granger. Apparemment, elle pense que ma culture moldue laisse à désirer, articule Severus, l’air à la fois concentré et vexé.
Remus s’assoit sur l’accoudoir.
— Elle se trompe ?
Un silence.
— Granger se trompe rarement, n’est-ce pas ? grince Severus
Remus sourit et pose sa main dans la nuque de Snape, qui frisonne légèrement, sans bouger d’un pouce. Il a fini par s’habituer à ces gestes tendres qui viennent à Remus trop spontanément.
Il ne les rejette plus. Il daigne enfin lever les yeux de son ouvrage et lance un regard blasé à la troupe alcoolisée qui saute au milieu du salon de Harry.
— Je ne comprends toujours pas pourquoi Potter nous a invité.
— Granger… Potter… Tu ne penses pas que tu pourrais les appeler par leurs prénoms ?
— Plutôt mourir, Lupin.
Remus les observe en riant.
Harry, perché sur les épaules musculeuses de Charlie, les bras écartés vers le plafond, braillant à tue-tête, alors que Ron s’énerve contre Hermione, parce qu’il n’arrive pas à la porter sur ses épaules à lui, qu’elle lui dit qu’elle s’en fiche et qu’il lui reproche d’abandonner trop vite.
Draco, adossé sur le rebord de la porte-fenêtre entrouverte crachant sa fumée de cigarette de manière synchrone avec celle de Neville. Qui aurait imaginé ces deux-là discuter tranquillement un jour ? Luna, Ginny, George, Pansy, Bill… Tous ces visages familiers qui rient, qui chantent, insouciants pour une fois, malgré l’âge adulte qui les a frappés trop vite.
Pour Snape aussi, ils seront toujours ses élèves.
— On est peut-être un peu vieux pour ce genre d’after, concède Remus. Mais le repas de Noël était sympa, non ?
— La dinde était trop cuite. Potter n’a jamais su faire chauffer une potion, il ne se débrouille pas mieux avec la viande, répond Snape.
Le lycanthrope décide que ça veut dire oui.
— Je suis content que ça t’ait plu.
— Lupin, par pitié, allons-nous-en... demande soudain Severus en levant un regard désespéré vers lui.
— Si tu réussis à convaincre Sirius de quitter la piste, c’est quand tu veux.
Les épaules de Severus se contractent et il se tourne de nouveau vers les fêtards.
Sirius scintille au milieu des confettis, lançant des sortilèges lumineux toutes les vingt secondes transformant la piste en stroboscopes rose, vert, or. Ses cheveux lui glissent dans le visage et ne laissent entrevoir son sourire ravi que par intermittence.
— Ridicule... Est-ce qu’il se rend compte qu’il n’a pas vingt ans ?
Remus sourit. Il se lève et tend la main vers Severus avec un haussement de sourcil suggestif : " Viens être ridicule avec moi."
Snape regarde cette dernière comme si elle allait lui dévorer le visage.
Alors, Lupin s’accroupit, prend le livre de Severus et le referme doucement, avant d’entremêler ses doigts avec ceux du Maître en potion.
— Voyons Severus... Tu sais très bien que Sirius aura toujours vingt ans.
