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La fille d'Alice Love

Summary:

Après le match contre les Ubers, Michaël se sent au plus mal. Mais alors qu'il lutte déjà péniblement pour garder le contrôle de ses émotions, une simple photo pourrait bien tout faire basculer.

« Eh, Kaiser, regarde ! Elle te ressemble trop ! Tu nous avais caché que tu avais une sœur ! »

Si pour ses coéquipiers, ce n'était qu'une blague, pour lui, la réalité était tout autre.

Notes:

Comme toujours, un immense merci, Moira_chan, pour avoir bêta ce texte 😊

Ce texte a été écrit sur le thème : Contrôle.

Work Text:

Les conversations allaient bon train, dans le vestiaire. Tous les joueurs semblaient euphoriques de leur victoire contre les Ubers. Comment pouvaient-ils être aussi stupides ? Michaël n'avait aucune raison de se réjouir. Leur équipe avait peut-être gagné, mais lui avait bel et bien perdu son pari contre Yoichi. Et c’était juste- 

« Eh, les gars, vous avez vu ça ? »

La voix de Grim s'éleva dans les airs, suivie rapidement de sifflements. Michaël fronça les sourcils, ne faisant pas attention au téléphone que Grim brandissait. Il ne voulait pas se mêler à eux, de toute façon. Il allait, au contraire, se changer au plus vite et s'enfermer dans une salle multimédia pour analyser chaque seconde du match. Il fallait qu'il comprenne comment Yoichi avait fait pour le surpasser. Parce qu'il ne pouvait pas... ne supporterait pas que le monde entier se rende compte à quel point il était merdique ! Il était censé être au-dessus des autres. Et-

« Sérieusement, reprit Grim, cette meuf est trop canon ! Elle fait beaucoup plus que seize ans ! 

—Ah ouais, elle est pas mal, commenta Ali. C'est qui ? 

—C'est la fille d'Alice Love. »

Le corps de Michaël se tendit aussitôt. Son souffle se bloqua dans sa gorge. 

« C'est une photo de son premier tournage avec sa mère. Ah, il n'y a pas à dire, les enfants de célébrités ont quand même de la chance. Même pas majeure et déjà dans une grosse série. »

Michaël sentit sa tête tourner. Fermant les yeux l'espace d'un instant, il se concentra sur sa respiration. Il n'allait certainement pas craquer. Pas maintenant, pas ici. Pas devant ses coéquipiers. 

« Eh, Kaiser, regarde ! l'apostropha Sachs. Elle te ressemble trop ! Tu nous avais caché que tu avais une sœur ! »

Des éclats de rire résonnèrent dans le vestiaire. Pour eux, ce n'était qu'une blague. Mais pour lui... 

Ses yeux tombèrent, malgré eux, sur l'image que lui montrait Grim. Une femme, Alice Love, avait ses bras autour des épaules d'une jeune fille et la regardait avec tendresse et fierté. Et ce fut comme si une fissure se créait dans son corps. Michaël eut envie de vomir. 

« On dirait toi en meuf, hein ? » rigola Ali.

Michaël remit son t-shirt, restant silencieux. Si Ness ne trainait pas inutilement sous la douche, il les aurait déjà tous remis à leur place pour lui, mais là... 

« T'aurais dû être une femme, soupira Grim. Quel gâchis... »

De nouveaux rires. C'en était trop. Michaël ferma brutalement la porte de son casier. Le silence s'abattit aussitôt dans le vestiaire. Michaël regarda froidement Grim, le faisant déglutir. 

« Mec, attends ! C'était juste de l'humour ! »

Michaël ne répondit pas et tourna les talons pour quitter la pièce. Son sang bouillonnait, à présent. Il fit de son mieux pour garder son souffle stable. Pour maintenir ses mains le long de son corps. Parce qu'il n'était pas encore à l'abri des regards, chaque putain de couloir étant truffé de caméras. Mais ça devenait de plus en plus dur. Ses doigts tremblaient, à présent, si désireux de se plonger dans sa chair pour lui faire du mal. Vite ! Il fallait qu'il trouve rapidement une pièce isolée. Merde ! Jusqu'ici, il n'en avait rien eu à faire que chaque moment du tournoi soit diffusé sur une application, comme dans une télé-réalité. Il se fichait bien que des millions de téléspectateurs suivent ses routines. Parce qu'il avait été persuadé de pouvoir garder le contrôle de ses émotions. De ses pulsions destructrices. Mais il avait fallu une phrase. Une seule phrase pour que son équilibre bascule. 

C'est la fille d'Alice Love. 

Putain ! Quelle blague ! 

Le souffle court, Michaël trouva enfin une pièce sans caméra et s'y engouffra. Aussitôt, il se laissa glisser au sol, le dos contre le mur. Ses mains vinrent agripper ses cheveux avec force. Son souffle devint erratique. 

Il le savait, pourtant. Il savait que cette foutue actrice de merde avait une fille. Mais il avait toujours refusé d'y songer plus que ça. Il s'était blindé, avait entouré son cœur d'une carapace si épaisse que rien ne pouvait l'ébranler. Sauf que...

Sauf que, depuis son arrivée à Blue Lock, plus rien n'allait. À cause de ce putain de Yoichi, toutes ses barrières s'effritaient. Cet enfoiré ne cessait de le pousser dans ses retranchements. Et plus Michaël essayait de garder la tête hors de l'eau, plus il sentait que son armure se brisait. Ses faiblesses étaient de plus en plus visibles. Son esprit, instable. 

C'est la fille d'Alice Love.

Et ces mots, pour la première fois, parvinrent à pénétrer ses remparts. 

Sa mère n'avait eu aucun scrupule à l'abandonner, à le condamner à une vie atroce avec son père. Et pourtant, trois ans après - trois ans seulement ! - elle avait eu un autre enfant. Qu'elle avait gardé. Qu'elle avait aimé. 

Michaël inspira profondément. Merde ! Il le sentait ! Il était en train de perdre le contrôle, ce contrôle si important qui l'avait protégé jusqu'ici. Non ! Il ne voulait pas ! Malgré tout, les questions affluaient dans son esprit, comme de l'eau qui avait enfin trouvé une faille où s'engouffrer. 

Pourquoi avait-elle choisi d'être avec sa fille et pas avec lui ? Qu'est-ce qui lui avait manqué ? Etait-ce parce qu'il était un garçon ? Ou bien parce qu'il était l'enfant de cet homme horrible ? Ou encore avait-elle su percevoir qu'il ne valait rien ? Qu'il n'était qu'un déchet dont elle pouvait aisément se débarrasser ? Qu'une immondice qu'elle n'aurait jamais dû mettre au monde... ? Et si ça avait été si visible pour elle, le reste du monde ne tarderait sûrement pas à s'en rendre compte. Et-

« Kaiser, tu es là ? »

La voix de Ness était si proche, mais Michaël ne répondit pas. Ça n'empêcha pas Ness de pousser la porte, comme s'il avait un sixième sens. En le voyant au sol, Ness se précipita à ses côtés. 

« Hé, tu vas bien ? Tu as mal quelque part ? »

Il avait l'air si inquiet... Michaël inspira profondément, avant d'essayer de reprendre le contrôle de ses émotions. Mais il n'y avait rien à faire. Son foutu rôle d'Empereur lui paraissait impossible à jouer, en cet instant. 

« Grim m'a expliqué ce qui s'était passé, reprit Ness d'un ton hésitant. Ne t'inquiète pas, il est loin de se douter de la vérité... »

Michaël ne lui répondit pas. Ness était à côté de la plaque. Il se fichait pas mal que Grim découvre qu'il était le fils caché d'une grande actrice. Le problème, c'était cette fille. Celle qui avait tout eu. Tout cet amour... N'aurait-elle pas pu lui en laisser quelques miettes ? 

« Qu'est-ce qu'elle a de plus que moi ? »

Sa voix n'était qu'un murmure. Si faible. Comme lui. 

« Kaiser... »

Le regard de Ness se teinta de tristesse.

« Elle n'a rien de plus que toi. Tu es parfait. »

Parfait, hein ? La bonne blague... Ness était si aveugle...  Non, c'était lui qui ne parvenait plus à donner le change. Michaël inspira profondément. Il fallait vraiment qu'il referme cette faille ! Qu'il redevienne cet Empereur imperturbable et, surtout, intouchable ! Cet homme digne d'être admiré par Ness et par tous les autres. Il y arriverait, sans aucun doute, une fois qu'il aurait écrasé Yoichi. Mais en attendant... Est-ce que juste un instant, il pourrait... 

Lentement, il posa sa tête sur l'épaule de Ness. Ce dernier se tendit aussitôt, surpris, mais ne bougea pas. 

« Jusque quelques minutes... »

Le temps qu'il parvienne à reprendre le contrôle.

« Bien sûr, lui répondit Ness d'une voix douce. Prends tout le temps qu'il te faudra, Kaiser. »

Puis, lentement, comme s'il testait ses limites, Ness l'entoura de ses bras. C'était une drôle de sensation. Ses bras semblaient si solides qu’ils pourraient remplacer ses remparts vacillants. Kaiser ferma alors les yeux, se laissant aller dans cette étreinte. 

Et il y resta jusqu'à ce que, enfin, il parvienne à respirer, à nouveau, normalement. 

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