Work Text:
Depuis que Yoichi avait emménagé avec Michaël, huit mois auparavant, dans ce bel appartement au cœur de Munich – d’abord en tant que colocataire, puis très vite en tant que petit ami – il avait sans cesse dû s’habituer aux nouvelles facettes que le jeune prodige allemand lui dévoilait. Il avait ainsi découvert que Michaël était bien plus sensible et abîmé par la vie qu’il ne le laissait paraître. Il s’était donc adapté tour à tour aux cauchemars qui venaient gâcher ses nuits (Yoichi avait rapidement pris l’habitude de dormir avec lui pour l’apaiser) ; à l’alcool qui était totalement prohibé au sein de leur logement (ce qui ne le dérangeait pas, puisqu’il n’aimait pas particulièrement boire) ; au fait que rien, jamais, ne devait venir toucher le cou de Michaël, que ce soient des habits trop serrés ou bien même les doigts tendres de son amant (Yoichi l’avait bien compris le jour où il avait effleuré son tatouage. Il n’avait jamais vu Michaël avec un regard aussi craintif. Yoichi faisait donc extrêmement attention à ne plus commettre la même erreur) ; ou encore à l’attitude changeante dont Michaël pouvait faire preuve (apprenant à décrypter chacune de ses micro-expressions pour savoir s’il avait besoin d’espace ou, au contraire, s’il ne fallait surtout pas le laisser seul).
Vivre avec Michaël n’était donc pas de tout repos. Pourtant, Yoichi ne regretterait sa décision pour rien au monde. Parce qu’il devait bien l’avouer : il était complètement amoureux de ce foutu Michaël Kaiser, si arrogant, si adorable. Et puis, il le voyait bien. Il voyait que Michaël faisait énormément d’efforts pour que leur relation se passe au mieux. Il avait fini par réussir à lui faire entièrement confiance. Si auparavant, Michaël craignait qu’il ne le quitte pour se mettre en couple avec l’un de ses amis (dont Yoichi avait toujours été très proche), aujourd’hui il ne ressentait plus aucune crainte à ce sujet. Il s’était même rapproché d’eux. Il jouait régulièrement en ligne avec Hiori et échangeait ses avis sur différents films d’horreur avec Rin.
Non, vraiment, Yoichi se sentait bien avec Michaël. Rejoindre le Bastard München avait clairement été la meilleure décision de sa vie. Mais voilà, il restait une zone d’ombre. Une zone d’ombre que Yoichi avait délibérément ignorée jusque-là, mais qu’il ne pouvait plus nier à présent. En effet, ses parents venaient lui rendre visite la semaine prochaine. Et, bien que Yoichi soit heureux de les revoir – cela faisait presque un an qu’il n’était pas retourné au Japon – il ne pouvait empêcher la nervosité de le ronger. Oh, ses parents étaient au courant de sa relation avec Michaël. Ils n’avaient aucun problème avec ça et avaient même hâte de rencontre le jeune Allemand. Le souci se situait ailleurs. Yoichi ne savait pas du tout quelle serait la réaction de son petit ami lorsqu’il apprendrait leur venue...
Le passé de Michaël renfermait de sombres secrets. Des secrets que son petit ami n’était pas encore prêt à partager. Mais Yoichi était persuadé que ça avait un lien avec sa famille. La seule information que Michaël avait laissé glisser, c’était qu’il n’avait pas de parents. Il avait ensuite été très clair sur le fait qu’il ne voulait pas en parler. Yoichi avait respecté sa demande. En retour, il n’avait pas mentionné les siens non plus. Seulement voilà… il allait bien falloir qu’il en parle maintenant… D’autant plus qu’il n’allait pas laisser dormir ses parents à l’hôtel alors qu’ils avaient une chambre d’amis. Mais ah ! Pourquoi s’était-il montré aussi stupide ?! Il aurait dû en parler à Michaël bien plus tôt ! C’était évident que ses parents viendraient le voir un jour ou l’autre. Mais non, comme un idiot, il avait attendu que la situation se présente pour faire face à Michaël.
Enfin, c’était comme ça. Il ne pouvait pas revenir en arrière. Il inspira alors profondément, puis avança d’un pas décidé vers le salon où son petit ami se prélassait en jouant sur son téléphone. Il portait ses adorables lunettes anti-lumière bleue pour protéger ses yeux et cette vue… même après plusieurs mois, cette vue faisait toujours craquer Yoichi. Il s’approcha de lui et caressa doucement ses cheveux pour attirer son attention. Michaël pencha aussitôt sa tête vers lui pour pouvoir encore plus en profiter. Comme un vrai petit chat. Yoichi sourit tendrement.
« Mihya, finit-il ensuite par lancer, il faut qu’on parle.
—Quelle horrible phrase pour commencer une conversation, se moqua le jeune Allemand.
—C’est sérieux !
—C’est encore pire. »
Yoichi soupira. La situation était déjà assez compliquée comme ça. Michaël dut le sentir parce qu'il afficha aussitôt un air grave. Presque inquiet, même.
« Tu veux me quitter ? »
Il essayait d'avoir un ton détaché, mais il ne trompait personne. Yoichi roula des yeux. Pourquoi fallait-il toujours que Michaël saute aux pires conclusions ?
« Ne sois pas stupide, soupira-t-il. Ça n'a rien à voir avec ça. En fait, c'est... Eh bien... mes parents viennent me rendre visite la semaine prochaine...
—... Oh... D'accord. »
Le visage de Michaël était étrangement serein. Yoichi fronça les sourcils. D'accord ? Juste d'accord ?
« Je me disais qu'ils pourraient rester ici... dans la chambre d'amis...
—Oui, si tu veux. »
Yoichi était de plus en plus perplexe. Alors... il aurait angoissé pour rien ? Ça ne posait réellement pas de problème à Michaël que ses parents viennent ?
« Tu en es sûr ?
—Pourquoi je ne le serais pas, ricana Michaël. Ce sont juste tes parents. Je m'attendais à bien pire, franchement. »
Bon... Visiblement, Yoichi s'était trompé sur toute la ligne. Il avait du mal à y croire, mais Michaël semblait réellement à l'aise avec sa demande. Yoichi savait que ça ne servait à rien d'insister, Michaël ne lui donnerait pas d’autre réponse. Il allait donc devoir lui faire confiance. Il sourit alors, soulagé. Il aurait été bien embêté, après tout, si Michaël avait refusé que ses parents restent ici.
Dans les jours qui suivirent, Yoichi fit malgré tout attention à l'attitude de Michaël, guettant le moindre signe qui trahirait ses véritables pensées. Mais rien. Michaël était aussi insupportable que d'habitude. Yoichi devait donc bien l'admettre, il avait mal évalué la situation. Ce qui... eh bien, pour être honnête, ce qui le vexait quelque peu. Lui qui se croyait spécialisé en Michaël Kaiser... Enfin, très vite, il n'eut plus le temps d'y penser. Après tout, il devait préparer la venue de ses parents. Ce qui impliquait de ranger de fond en comble l'appartement, de faire des courses spéciales et de programmer plusieurs visites, afin de leur faire découvrir Munich sous tous les angles. Jusqu’au jour de leur venue, Yoichi eut donc l’esprit bien trop occupé pour s’inquiéter outre mesure de la non-réaction de Michaël.
Lorsqu’il se retrouva enfin à l’aéroport, il eut du mal à contenir son impatience. Son cœur bondit même de joie quand il aperçut ses parents. Cela faisait tellement longtemps qu'il ne les avait plus vus ! Très vite, il se retrouva étouffé sous leur étreinte.
« Yo-chan, tu m'as tellement manqué, sanglota sa mère. Laisse-moi te regarder... Tu as encore grandi, non ? »
Ah ! Enfin quelqu'un qui le remarquait !
« J'ai pris cinq centimètres, oui, déclara-t-il avec fierté.
—Ha ha, tu vas finir par me rattraper », rigola son père.
Yoichi sourit, avant de les aider à porter leurs valises jusqu'au taxi qui les attendait. Tout au long du trajet, son père lui raconta, dans les moindres détails, ce qui s'était passé durant le vol, comme si Yoichi lui-même n'avait jamais pris l'avion. Yoichi l'écouta, amusé. Son père avait une façon bien à lui de raconter les choses, faisant d'un rien une grande aventure. Ah... ça aussi, ça lui avait tellement manqué.
Se laissant bercer par sa voix, Yoichi ne vit pas le temps passer. Mais lorsque le taxi s’arrêta devant son immeuble, une angoisse – qu'il avait ignorée jusque-là – s'empara de lui. Michaël n'avait rien dit quand il était parti chercher ses parents, seulement... comment allait-il réagir face à eux ? Malgré toute sa bonne volonté, Yoichi peinait à croire qu'il se soit trompé à ce point sur son petit ami. Enfin... il avait fait son possible pour ouvrir le dialogue. Maintenant... il ne restait plus qu'à espérer que Michaël ne soit pas devenu une bombe à retardement.
Stressé par cette perspective, Yoichi monta dans l’ascenseur dans un état presque second, puis ouvrit enfin la porte de l'appartement. Mais la vision qui lui fit alors face était bien loin de tout ce qu'il aurait pu imaginer.
« Bonjour, s'éleva une voix douce et agréable. Je suis Michaël Kaiser. Enchanté de vous rencontrer. »
Avec un sourire adorable, Michaël se pencha légèrement pour saluer ses parents qui en firent aussitôt de même. Mais alors que ces derniers se présentaient, Yoichi, lui, jeta un regard incrédule à Michaël. Mais qu'est-ce que... Bien sûr, et comme toujours, ce dernier était très beau, seulement... Yoichi plissa les yeux. D'où sortait ce pull à col roulé ? Michaël ne portait jamais ce genre de vêtement. Et pourtant, aujourd'hui, il portait un habit qui – comme par hasard – couvrait l'intégralité de ses tatouages. Mais ce n'était pas tout. Le visage de Michaël était dénué de toute trace de maquillage. Et ses cheveux étaient sagement attachés dans un chignon serré. Il... Il avait l'air tellement normal comme ça... Et... et Yoichi n'aimait pas ça !
Les sourcils froncés, Yoichi resta malgré tout silencieux. Il ne voulait rien dire devant ses parents. Mais le long regard qu'il lança à Michaël était des plus explicites : ils en parleraient quand ils seraient seuls. Bien sûr, Michaël l'ignora superbement et se proposa pour faire visiter l'appartement aux Isagi. Il déployait sans peine tout un numéro de charme soigneusement préparé. Yoichi dut se retenir plusieurs fois de rouler des yeux. Surtout que ses parents ne semblaient y voir que du feu. Pas croyable… Michaël pouvait être un sacré acteur quand il s’y mettait.
Heureusement, Yoichi n’eut pas à supporter bien longtemps son cinéma. Ayant déjà mangé dans l'avion, ses parents décidèrent de se retirer tôt dans leur chambre. Le trajet les avait bien fatigués. De plus, ils préféraient aller se coucher tôt pour ne pas trop subir le décalage horaire. Ils tenaient absolument à être en forme dès le lendemain pour profiter des visites organisées par leur fils.
Une fois qu’ils furent hors de vue, Yoichi prit aussitôt Michaël par le bras et le força à le suivre jusqu'à leur propre chambre.
« Je peux savoir ce qui te prend ? demanda-t-il enfin, après avoir fermé la porte.
—Je ne vois pas de quoi tu parles. »
Cette mauvaise foi... Tellement typique de sa part ! Mais Yoichi ne comptait pas le laisser s'en tirer aussi facilement.
« Pourquoi tu as mis ce pull ? Tu dois étouffer là-dedans. »
Mettant un instant son agacement de côté, Yoichi s'approcha de lui et l'aida à retirer son haut, libérant enfin sa gorge. Michaël resta silencieux, évitant même son regard. Mais Yoichi le connaissait bien, maintenant. Il savait qu'il devait juste attendre encore un peu, avant que son petit ami se confie. Et, effectivement, ce dernier ne tarda pas à soupirer, les épaules basses.
« Je voulais juste faire bonne impression, murmura-t-il. En quoi c'est mal ? »
Yoichi cligna des yeux, surpris. Comment ça ? En quoi mettre un pull et attacher ses cheveux, c'était faire bonne impression ?
« Ne fais pas semblant de ne pas comprendre ! s'agaça Michaël en voyant sa réaction. Quel genre de parents apprécieraient ma coupe de cheveux ? Sans parler de mes tatouages ? Je voulais juste paraitre normal !
—... Michaël... Tu sais qu'ils ont regardé BL TV, n'est-ce pas ? Donc ils ont déjà vu tes tatouages et ils savent très bien à quoi ressemblent tes cheveux. »
Michaël fit claquer sa langue contre son palais. Visiblement, ce n'était pas la bonne approche.
« Laisse tomber, lâcha-t-il d'une voix énervée. T'as jamais eu peur que tes parents te rejettent, alors c'est facile pour toi ! »
Les implications que sous-entendait cette réponse lui firent mal au cœur. Mais Yoichi prit sur lui pour rester silencieux, encourageant Michaël à continuer à s'épancher. Soupirant, Michaël s'assit sur le lit et passa une main dans ses cheveux, défaisant facilement sa coiffure.
« ... Je ne veux pas que... qu'ils me détestent... Je n'ai déjà pas dû leur faire bonne impression jusqu'ici, alors il faut que je me rattrape. »
Yoichi s'assit à ses côtés et glissa ses doigts entre les siens. Il caressa ensuite le dos de sa main.
« Michaël... tu ne dois pas te rattraper.... Il faut juste que tu sois toi-même.
—Moi-même ? renifla le jeune Allemand d'un ton moqueur. Comment veux-tu qu'ils m'aiment si je suis moi-même ? »
Sa voix était aussi faible qu'un murmure. Les yeux baissés, il semblait terriblement abattu. Yoichi détestait le voir comme ça. Depuis qu'il s'était mis en couple avec lui, il avait vu Michaël avoir plusieurs phases de... eh bien, de dépression, n’ayons pas peur des mots. Il faisait toujours de son mieux pour le soutenir, mais... mais Yoichi sentait que les zones d'ombre de son passé venaient régulièrement l'étouffer. Yoichi ne savait pas comment l'en soulager.
« Mihya..., tenta-t-il, malgré tout. Tu n'as pas besoin d'être parfait. Tes cheveux bleus, tes tatouages, ton maquillage... tout ça, ça fait partie de toi. Et moi, je veux que mes parents apprennent à te connaitre comme tu es réellement. Ils sont gentils et ouverts d'esprit... En plus... »
Yoichi afficha un petit sourire taquin, avant de poursuivre.
« Le vrai problème, ce n'est pas ton apparence. C'est ton affreuse personnalité. »
Michaël roula des yeux, mais, au moins, ses traits se détendirent un peu.
« Non, vraiment, enchérit Yoichi. C'est ton physique qui te sauve.
—Idiot... »
Yoichi sourit en voyant qu'il allait un peu mieux. D'un geste assuré, il amena alors Michaël à poser sa tête sur ses épaules. Il caressa ensuite tendrement ses cheveux.
« .... Je ne veux pas que tu te brides pour plaire à qui que ce soit. Tu es assez, Mihya. N'en doute jamais... »
Michaël ne répondit pas. Mais Yoichi le sentit s'agripper à ses vêtements.
« ... Tu penses vraiment que... qu'ils pourraient... m'aimer... ? »
Le dernier mot avait été prononcé avec un mélange de peur et d'espoir... Yoichi continua ses douces caresses. Un jour, il allait vraiment falloir qu'il parle avec Michaël de son passé... Mais, en attendant, il allait devoir faire de son mieux pour le rassurer.
« Bien sûr que oui. Ils t'adorent déjà, Mihya. Ils me posent plein de questions sur toi et ils prennent toujours de tes nouvelles. »
Michaël n'avait pas l'air convaincu, mais il n'avait plus la force d'en discuter. Il se laissa aller tout contre lui, se fondant de plus en plus dans ses bras. Yoichi le berça jusqu'à ce qu'il se mette à somnoler. À ce moment-là, il le fit glisser, en douceur, sur le côté et ramena les couvertures sur eux. Il veilla sur lui une bonne heure, pour s’assurer qu’il s’était bien endormi et qu’aucun cauchemar ne venait troubler son sommeil. Puis, il s’autorisa à fermer les yeux à son tour...
Malgré tout, ce fut quand même lui qui se réveilla en premier, le lendemain matin.
Yoichi afficha un doux sourire en voyant Michaël toujours profondément endormi. Ses cheveux étaient déjà si indisciplinés… Amusé par cette vision, Yoichi quitta le lit sans faire de bruit. Il se dirigea ensuite vers la salle de bain pour s’apprêter, puis alla dans la cuisine pour s’occuper du petit-déjeuner. Mais il eut à peine le temps de sortir des œufs du frigo que ses parents arrivèrent à leur tour. Yoichi jeta un coup d’oeil à l’horloge. Pile huit heures… Ses parents avaient dû mettre un réveil pour être aussi ponctuels. Surtout après leur long trajet de la veille.
« Vous avez bien dormi ? leur demanda-t-il en guise de salutation.
—Oui, ça nous a fait du bien », répondit sa mère, tandis que son père étouffait un léger bâillement.
Ses parents l'aidèrent ensuite à finir de préparer le petit-déjeuner. Lorsque tout fut prêt, ils s'installèrent à table et commencèrent à manger. Quelques minutes plus tard, comme attiré par l'odeur du café, Michaël apparut dans la cuisine. Son simple débardeur, au-dessus de son jogging, laissait apparaitre tout son tatouage. Ses cheveux, bien que Michaël eût visiblement essayé de les coiffer, partaient encore dans tous les sens. Yoichi sentait qu’il était un peu mal à l'aise, mais il faisait tant d'efforts pour apparaitre comme ça. Yoichi fut aussitôt traversé par un énorme élan de fierté et d’amour.
« Bonjour, salua le jeune Allemand d'une voix pâteuse.
—Bonjour Mihaelu », sourit sa mère, en essayant de prononcer son prénom.
Yoichi vit clairement les pommettes de son petit ami rougir. Il retint un ricanement. Michaël avait beau se montrer arrogant, cette façade ne tiendrait pas longtemps face à sa maman.
« Assieds-toi donc, lança son père. Je te sers un café ?
—Oui, merci... »
Michaël avait l'air un peu intimidé. C'était une vision si amusante !
« Au fait, fiston, reprit son père lorsque ce dernier fut installé, j'ai toujours voulu savoir quelque chose. »
Fiston ? Yoichi se tendit un peu, craignant que le surnom ne plaise pas à Michaël. Ce dernier se figea, d’ailleurs, et lança un regard incertain à Yoichi. Qui lui fit un léger signe de tête pour l'encourager.
« Qu'est-ce que... vous voulez savoir ? » demanda alors Michaël.
Yoichi sentit un nouvel élan d’amour se propager dans son corps. Michaël lui faisait confiance. Même si la situation était compliquée, il ne se braquait pas, ni ne se mettait sur la défensive. Si ses parents n’étaient pas là, Yoichi lui dévorerait les lèvres pour le féliciter.
« Cette teinture de cheveux, répondit son père sans se douter une seule seconde de ses pensées, ça te prend combien de temps pour la faire ? Non parce que ça rend vraiment bien. Je devrais faire pareil. Quelle couleur m'irait le mieux, tu penses ? »
Michaël fut surpris par sa question, mais il reprit vite un visage neutre et lui répondit très sérieusement. Sa mère enchaina ensuite avec des questions sur ses tatouages.
Yoichi but une gorgée de café, en souriant doucement. Ses parents, sans même le savoir, étaient en train d'apprivoiser son Mihya. Et... c’était vraiment agréable à observer.
Bien sûr, il restait encore des zones d'ombre. Yoichi devait toujours faire attention aux réactions de Michaël et à veiller sur son bien-être. Mais, malgré tout, cette vision lui donnait de l'espoir. L’espoir qu’un jour, peut-être, Michaël parviendrait à laisser son passé – quoi qu’il puisse renfermer – derrière lui.
Dans tous les cas, Yoichi savait que ses parents pensaient comme lui. Oh oui… Tous les trois étaient plus que disposés à faire une place à Michaël dans leur famille.
Et ça, Michaël finirait bien par s'en rendre compte...
