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Crépuscule

Summary:

Satoru Gojo ne pensait pas revoir Suguru Geto un jour. Son ancien ami.

Mais il avait été là, devant lui, avec ses menaces, porté par une étincelle de folie que Gojo n'avait jamais vue.

Mais l'instant est déjà derrière lui. Comme si tout avait disparu en un clignement de paupières.

Alors, plongé dans la contemplation du crépuscule, Gojo s'immerge dans le passé.

Dans leur passé.

Et peut-être que Geto fait la même chose lui aussi.

Avant l'affrontement.

| FANFICTION QUI SE PASSE PENDANT JUJUTSU KAISEN 0 |

Work Text:

Les rayons du soleil déclinaient dans le ciel. Le crépuscule peignait ses couleurs sur la toile bleutée, parsemée de nuages, qui se teintait lentement de noir.

La nuit allait tomber, le monde allait s'assoupir.

Mais Satoru Gojo, lui, savait que le sommeil ne serait qu'un mirage en cette soirée si différente des autres.

Il ressentait le bois de la chaise sous lui. Le tiraillement dans ses jambes levées, étendues sur le pupitre scolaire devant lui.

Il entendait le silence de l'école. Il entendait chaque frémissement à l'extérieur, chaque vibration dans l'air.

Il observait derrière ses yeux bandés. Chaque détail infime que personne ne pouvait voir à part lui. Chaque nervure sur les feuilles qui se balançaient au-dehors, dans le vent, chaque craquelure sur les troncs des arbres qui peuplaient la cour. Chaque fluctuation dans le spectacle de la nature qui se jouait, là, tout près de lui.

Mais derrière les sensations, derrière les sons, derrière les images, demeuraient les pensées.

Les pensées intenses, obsédantes, parasites.

Celles qui s'immisçaient dans l'esprit pour ne jamais s'en extirper. Qui restaient malgré le désir de les chasser.

Et Satoru Gojo se noyait dans ses propres pensées.

Il les laissait grandir, tapisser chaque recoin, raviver les souvenirs et les émotions enfouies.

Habituellement, elles n'étaient pas. Elles étaient fugaces, futiles, absorbées par ses préoccupations, ses responsabilités, son pouvoir qui l'invitait à s'attarder sur tout ce qui l'entourait. Et non pas sur tout ce qui était en lui.

Mais Satoru Gojo pensait. Parce que le passé avait resurgi et avait tout balayé.

Revoir Suguru Geto aurait pourtant dû être facile. Il n'était plus personne. Il n'était qu'une connaissance lointaine, qu'un ancien camarade de classe.

Ce n'était qu'un homme parmi tant d'autres.

Mais il avait été là. Devant lui. Avec ses cheveux noir de jais autrefois attachés, cette tunique ample si différente de l'uniforme qu'il portait avant, avec ce sourire fier, amusé, délirant.

Avec ses mots terrifiants. Sa terrible menace.

Même si Suguru Geto n'était plus le même, la vision que Gojo avait de lui après leur échange se superposait à celle du passé. À une époque lointaine où tous deux étaient amis.

Mais cette amitié s'était dissoute avec le temps et leurs idéaux. Confrontation silencieuse. Lien distendu. Des plaies ouvertes, trop difficiles à soigner. Une mission soldée par un échec. Une mort trop impactante.

Et le monde avait basculé. Et Gojo avait accepté de perdre Geto. Mais au fond de lui, les regrets s'amoncelaient.

Qu'aurait-il pu se passer si les choses avaient été différentes ?

Si lui n'avait pas été Satoru Gojo et son ancien ami Suguru Geto ?

À présent, il était trop tard pour faire machine arrière. Les enjeux étaient gigantesques. La toile de ce passé partagé devait être déchirée définitivement.

Alors, Satoru lâcha un profond soupir. Enferma les souvenirs dans les tréfonds de sa mémoire. Et il chercha en lui la force de lutter contre la morsure amère de la culpabilité.

Qu'aurait-il pu faire pour aider son ami si tourmenté ?

À l'autre bout de Tokyo, comme un écho aussi évident que douloureux, Suguru Geto contemplait le soleil se coucher à l'horizon.

Son esprit vagabondait, tiraillé, secoué par les émotions qu'il tentait de réfréner.

Sa lourde tunique pesait sur ses épaules. Ses cheveux étaient emmêlés. Son sourire s'était figé.

Le grand jour allait enfin arriver. Le combat qu'il avait tant désiré. La certitude de pouvoir bientôt créer un monde à l'image de ses rêves les plus fous le remplissait d'une joie incommensurable.

Mais à l'intérieur, comme un poison insidieux glissant dans ses veines, brûlaient des pensées qu'il aurait aimé faire disparaître.

Revoir Satoru Gojo aurait dû être facile. Il n'était plus personne. Il n'était qu'une connaissance lointaine, qu'un ancien camarade de classe qu'il avait laissé derrière lui pour suivre sa propre voie.

Ce n'était qu'un homme parmi tant d'autres.

Mais il avait été là. Devant lui. Avec ses cheveux blancs coiffés différemment, son bandeau blanc dissimulant ses yeux, – des yeux qui l'avaient fasciné, autrefois – avec cette gravité dans la voix qui aurait pu faire trembler le maître des Fléaux le plus coriace.

Mais Geto n'était pas n'importe quel maître des Fléaux. Il se délectait de ce pouvoir. De cette supériorité. De cet idéal qui ne l'avait plus quitté depuis qu'il avait compris quel était le chemin qu'il devait prendre.

Geto n'était pas de ceux que pouvait effrayer Satoru Gojo. Parce qu'il le connaissait, au fond. Parce qu'il l'avait connu. Parce que ce n'était que Satoru Gojo.

Le crépuscule apportait avec lui une touche de mélancolie dont Suguru se serait volontiers passé. Il se calfeutrait derrière les barrières de son esprit mais il ne pouvait s'empêcher de penser.

Les vestiges de son passé se superposaient aux images qu'il avait emmagasinées lors de cette journée. Le visage de ce professeur qu'il avait confronté se dissolvait dans celui de l'élève arrogant qu'il avait côtoyé dans sa jeunesse.

Leur amitié n'avait été qu'un feu volatile, qu'un courant d'air destiné à s'évaporer dans la nuit.

Leurs idées étaient entrées en collision. Leur relation s'était effritée. Et Geto avait pris la bonne décision. La seule décision viable.

Pour échapper à la douleur. À l'injustice.

Les tourments étaient de l'histoire ancienne, avalés avec les Fléaux qu'il ingurgitait encore et encore pour devenir toujours plus puissant.

Mais dans les instants où l'univers devenait trouble, où sa raison d'autrefois, réduite en miettes, absorbée par celle de l'homme qu'il était devenu, refaisait surface, Geto se repassait les images de ce passé commun, devenu lointain.

Le ronronnement des voitures. L'incompréhension inscrite sur les traits de Gojo. Leur conversation inutile, traversée par un adieu qu'aucun d'eux n'avait prononcé.

Qu'aurait-il pu se passer si les choses avaient été différentes ?

Si lui n'avait pas été Suguru Geto et son ancien ami Satoru Gojo ?

À présent, il était trop tard pour faire machine arrière. Mais Suguru n'aurait changé cela pour rien au monde. Les remords ne pavaient pas sa route. Ils étaient réduits en poussière. Il les écrasait. De son pas sûr et déterminé.

Le combat qui se profilait était annonciateur d'un avenir lumineux, porté par une satisfaction profonde. Celle d'avoir rempli ses objectifs. De s'être donné les moyens d'arriver là où il en était en ce jour.

Peut-être que dans une autre vie, il aurait mené ce projet extraordinaire aux côtés de Satoru. Peut-être que cet affrontement aurait pu ne jamais exister, qu'il aurait pu être une volonté commune de bâtir une existence meilleure pour les exorcistes.

Peut-être que dans une autre vie, tout aurait pu être différent.

Mais dans celle-ci, Suguru n'était plus celui qu'il avait été. Il était temps d'effacer définitivement les traces brouillonnes de ce passé partagé, fugace et irréel, qui avait tout de même aidé à construire la personne qu'il était aujourd'hui.

C'était pour cette raison qu'il ne le rejetait pas entièrement. Il marquait la naissance du maître des Fléaux qu'il était. Le début de son ascension. Le commencement d'une ère nouvelle.

Sa mémoire n'était pas seulement un entremêlement de souvenirs confus et d'images saturées d'une souffrance indicible. C'était aussi la certitude qu'il n'aurait jamais pu agir autrement et que plus rien ne pouvait l'arrêter.

La silhouette de Satoru pouvait se disperser dans l'air, lui glisser entre les doigts. Il ne chercherait pas à la retenir.

Mais lorsque tout était calme et que la solitude l'étreignait, une question revenait tout de même le hanter.

Qu'aurait-il pu faire pour garder son ami à ses côtés ?