Chapter Text
max a toujours détesté les cours. peu importe la forme, les enseignements à en tirer, l'agacement est tel que la moindre erreur la pousse à abandonner les cahiers et les devoirs à peine entrée dans l'appartement qu'elle partage avec les autres. la porte claque derrière elle, son sac finissant dans un coin de la pièce avant même que will ne lui fasse remarquer son air fatigué. à cette heure de l'après-midi, c'est sûrement le seul présent dans son bureau, le seul qui va écouté ses complaintes vis-à-vis des heures passés dans un amphithéâtre désagréablement vide. alors elle pénètre dans sa chambre, se laisse tomber sur le matelas qui rebondit au léger choc.
— j'ai ENCORE loupé un contrôle.
— lequel ? qu'il demande, les yeux rivés sur la toile aussi colorée que ses mains.
— devine.
— hm. l'espagnol ?
ding, ding. bonne réponse. la rousse secoue ses jambes dans le maigre espace qui la sépare de la peinture acrylique en équilibre, tient sa tête entre ses mains dans l'espoir de remettre en ordre ses neurones. peut-être ses derniers lui faisaient une mauvaise farce. peut-être n'étaient-ils que des flemmards dont un bon coup de pied au cul allait leur offrir - par miracle - la bienséance de comprendre le moindre mot où l'on roule les r ? will dépose doucement son pinceau, le laisse diffuser de jolies couleurs dans un verre d'eau déjà kaki.
— et si tu demandais à quelqu'un de ta classe ? il essaie, se rétracte presque automatiquement quand les yeux de la demoiselle le fusille de mécontentement. tu n'as toujours pas de contact avec eux ?
— ça ne fait que deux mois. marmonnement, le corps se tourne sur la couette douce au contact. laisse-moi un mois supplémentaire et je pourrais - peut-être - sourire à un de ses gars qui ne sait pas aligner deux mots sans parler de ses relations passées.
will pouffe presque silencieusement et max soupire, se redresse pour lui faire face. pour jeter un œil à la toile qu'il laisse sécher pour le moment.
— t'as pas l'air emballé par le résultat.
— pas vraiment. il manque quelque chose.
les rétines sombres, il donne souvent l'impression d'un garçon toujours dans ses pensées et dans le doute malgré les compétences qu'il possède indubitablement. silencieux, la tête pleine des horreurs qu'a pu lui cracher son père à l'époque où il résidait toujours à hawkins. et max comprend, sait ce que ça fait d'être sous-estimé. elle se relève, quitte la pièce quelques instants pour s'affairer dans la petite cuisine. une main qui attrape une bouteille de lait, l'autre qui met en marche la cafetière bon marché, elle se laisse porter par l'inspiration d'une vidéo tik-tok et mélange les ingrédients comme une magicienne des temps modernes. la cannelle flotte dans les airs, le lait se colore d'un joli brun alors que le café fumant se confond au tout dans une odeur alléchante. tout semble parfait. encore une preuve de son génie à tout épreuve. accrochée à la anse de la tasse en céramique, elle dépose le breuvage sur le bureau encombré de son ami. ce dernier sourit, s'amuse de remarquer des pépites de chocolats hachés grossièrement sur la crème fouetté.
— pour le mage, seulement.
— merci, max.
max esquisse un sourire, un sorte de promesse entre eux qu'il s'agit d'un secret, puis s'engouffre dans le grand salon pour se laisser tomber dans le canapé. la télé s'allume, diffuse une émission stupide que la rousse n'écoute même pas. les yeux sur son téléphone, elle remarque les messages de ses colocataires. des dizaines et des dizaines. l'agacement prend le dessus, son pouce appuie sur les notifications à gogo et tente de se concentrer sur le sujet principal de la conversation.
dustin : c'est soirée à l'appart ce soir !!
mike : depuis quand ?
dustin : depuis une semaine mais j'ai juste oublié de vous le dire ! deso pas deso
jane : j'ai des devoirs mais j'essaierai de passer une tête ^^
mike : tu saoules ptn
lucas : tu invites les gars du groupe de science ?
dustin : juste un ami ouais mais pas du groupe de science
will : on doit faire des courses ?
dustin : tkt je m'occupe de tout !!
max : sans moi
mike : rabat-joie
max : ta gueule mike
c'est la nouvelle lubie de dustin : d'inviter des inconnus pour boire un verre et s'amuser autour d'un mario-kart. si max n'a aucun problème à l'idée de donner son temps à Nintendo juste pour savourer les cris de défaite des autres, devoir sociabiliser avec un potentiel ami de son colocataire lui arrache un soupir. jeudi dernier, son groupe de science avait passé la soirée à lui raconter comment se souvenir convenablement de la suite de pi, pire encore quand ils se sont mis a réciter chaque chiffre en rythme avec le rock miteux de mike. les nerds ne comprennent pas le sarcasme, malheureusement. elle aurait du s'en douter en étant amie avec dustin depuis si longtemps. le corps bouge, s'en va récupérer son sac avant de monter à l'étage et de claquer la porte de sa chambre derrière elle. le silence l'enveloppe, la quiétude avant la tempête l'emporte. les paupières sont lourdes, le souffle ralentit considérablement et avant même que max ne s'en rende compte, elle s'endort sur le lit qu'elle n'a pas eu l'énergie de refaire convenablement le matin.
quand elle ouvre les yeux, la musique pulse dans le salon. un mélange de basse et de synthétiseur martelé en rythme. difficile de passer à côté. un grognement s'échappe de sa gorge, son corps s'étire pour reprendre consistance et sa main cherche son téléphone. rien. que ce soit sur sa table de chevet, sur son bureau et encore moins dans son sac à dos. il ne peut être qu'à un endroit : en bas, sur le canapé. évidemment. devant la porte close, elle hésite. peut-être pourrait-elle faire sans, se réveiller comme une rose au levé du soleil et être à l'heure à son cours de langue. fraiche, pimpante. elle souffle du nez. bien sûr que ça n'arrivera jamais. alors elle se met en mouvement, pénètre dans le couloir. des voix s'élèvent. celles de dustin, de mike mais aussi de lucas. jane aussi semble être présente. will marmonne, parfois. elle semble l'entendre. mais elle n'est pas sûre. max descend les escaliers prudemment, essaie de ne pas se faire remarquer par les autres dans l'espoir de retourner dormir. accroupie derrière le comptoir, les cheveux en désordre, max prie de tout son cœur. peu importe que dieu n'existe pas, qu'on la laisse en paix jusqu'à demain.
— max ?
mike lui fait face, fronce les sourcils. mais un sourire en coin se dessine. max le sait : c'est le karma qui frappe. pour chaque réplique désagréable, pour chaque moment gâché par sa faute. elle accepte, se tortille cependant quand le jeune homme l'attire vers le petit groupe tous assis dans le salon. les bouteilles ne se comptent plus, les manettes déposées à la va-vite sur le tapis. des chips jonchent la table, se déversent dans de grandes cascades.
— t'es venue, alors ! viens, viens ! on comptait refaire une partie ! puis t'as même pas dit bonjour à peter !
dustin se relève d'un bond, essuie ses mains sur son short et la pousse jusqu'à l'endroit de fête. là, sur le canapé de coin, au plus proche de l'inconnu. tout le monde a l'air ivre mort. même jane qui avait promis de ne pas rester longtemps laisse sa tête basculer de droite à gauche en fredonnant les paroles d'une musique entendue à la radio.
— j'viens juste chercher-
— ton téléphone ?
le garçon parle et max a l'impression que son cœur loupe un battement. pas un timbre grave, profond. plutôt une mélodie, un air entêtant, sa voix résonne entre ses neurones. les yeux se lèvent, se plongent dans ceux caramel de son interlocuteur. des cheveux corbeaux en bataille, une cicatrice droite qui barre sa joue rosée jusqu'à l'arrête de son nez et surtout, ce sourire tendre qu'elle n'a vu que chez lucas quand ils échangent des baisers en toute discrétion. sa méfiance prend le dessus, attrape brusquement son portable et se relève non sans que les autres exclament leur mécontentement. peut-être n'a-t-elle pas été assez clair sur ses intentions car le fameux peter la suit, cale presque le rythme de ses pas aux siens.
— elle m'accompagne aux toilettes. peter sourit, salue brièvement la foule.
— oh, c'est étrangement sympa de la part de mayfield. mike souffle narquoisement, reçoit presque immédiatement un coussin à la figure de la part de la rousse.
— wheeler, demain, t'es mort.
un rire éclate dans la poitrine du jeune homme à côté d'elle, ça ne fait que lui faire lever les yeux au ciel alors qu'elle invite silencieusement l'inconnu à une aventure brève jusqu'à la salle de bain. l'observe dans la lumière tamisée du couloir, se rend compte qu'il n'est pas plus grand que jane. un petit mètre soixante sept. d'un coup de pied discret, elle pousse la porte et allume la pièce. mais peter ne bouge pas, reste immobile à sonder la rousse mal à l'aise. mais lui ne fait pas meilleure figure qu'elle, finalement.
— quoi ? t'as peur que je m'en aille ?
— c'était une excuse. j'ai pas vraiment envie de- tu avais juste l'air de vouloir repartir.
max fronce les sourcils, passe sa main dans ses cheveux en bataille qui retombent négligemment sur ses épaules.
— wah. merci. grand prince. l'ironie est désagréable mais lui rit de nouveau. étrange.
— avec plaisir, madame.
il effectue une révérence, esquisse un rictus.
— max.
— hm ?
— je m'appelle max. poursuit la rousse.
— enchanté, max. je suis-
— PETER ! TU REVIENS ?!
le duo sursaute, se lance un regard mortifié par le hurlement poussé - se demandant s'il s'agit véritablement d'un humain ou d'un animal.
— ouais. ouais- peter. je m'appelle peter.
— j'avais cru comprendre, oui.
— je pense que les voisins aussi. il pouffe, lui tourne le dos. hâte de te revoir, mayfield.
les escaliers craquent, ses cheveux disparaissent de son périphérique de vision. mais max ne bouge pas, reste immobile alors que son épaule se presse contre le mur comme un moyen de rester stable. inconsciemment, un sourire étire ses lèvres. peut-être que ce n'est pas si mal, d'avoir un nouveau venu dans leur château privé. car elle ne pense même plus à sa note médiocre du matin-même. et s'étonne à se demander quand sera la prochaine fois qu'il viendra s'allonger dans le salon.
