Chapter Text
Il entraine Abigail jusqu'à un banc de sable découvert par la marée basse. Ses semelles de chaussures collent et couinent quand ils sautent par dessus les flaques d'eau salée. Là bas - LA BAS MIZ ROOK ! - il a détecté une aura, faible mais présente alors si cela peut aider à leur enquête il faut aller cherche cette chose, quitte à creuser le sol. Ce qu'il fait avec énergie, la jeune femme l'ayant rejoint, elle s'agenouille à ses cotés et l'aide en pelletant petit à petit le sable : le résultat n'est malheureusement pas l'indice attendu, mais plutôt un cadavre de mouette nordique (selon son autopsie).
- Cela valait bien le coup de se salir les mains, que faisons nous maintenant monsieur ?
Monsieur R.F Jackaby ne répond pas.
Il est absorbé par la mouette. Au sens premier du terme. Si vous aviez ses yeux, ce don si mystérieux qui est de voir les auras des êtres, les créatures les plus féeriques comme maléfiques et bien d'autres visions inaccessibles au gens du commun, alors vous auriez vu un tourbillon chaud et coloré provenant de l'animal, aspirant doucement l'image de Jackaby ! le détective se laisse faire, il connait cet oiseau et lui fait confiance. C'est une vielle connaissance d'il y a bien une vingtaine d'années et elle est entrain de remonter le temps - Jackaby entend presque les tick-tack de son horloge cognitive...
...1892 to 1868 :
Ses parents l'avaient emmené en bord de mer cet été là. "Un été aride et chaud nous rend lourds, l'air marin nous allègera les cœurs !" disait mot pour mot Maman. Papa avait obtenu une petite prime, ce qui leur permettrai de s'offrir un weekend de promenade et de friandises.
Le voyage jusqu'à la cote avait été extrêmement long pour la patience d'un enfant de 7 ans, impatient d'aborder les rivages pour la première fois de sa petite existence. La calèche les avaient déposés en banlieue de la station balnéaire de Myrtle Beach, le reste se faisant à pied. Pendant le trajet sur la route principale, Jackaby observait avec des yeux ronds la grande étendue bleu frémissante, infinité impossible à contenir du regard. Il marche sans relâche malgré la chaleur étouffante, ses pensées défilant au rythme de ses pas. Cela attisait sa curiosité, il avait déjà entendu parler de créature marines étranges peuplant les folklores du monde entier. Bien sur, il doutait de voir des sirènes étant donné qu'elles évoluent exclusivement au large, comme l'avait si bien renseigné la Ménagerie médicale de Mendel, son livre de chevet préféré. Il doutait aussi d'assister à l'apparition de cétacés cracheurs de feu, Jackaby n'était pas un enfant naïf il savait que ces géants étaient en voie d'extinction.
Il se perdait dans ses rêvasseries, sous le soleil tapant qui rechargeait sa machine de pensée comme l'on huile un moteur - à créer des choses fantastiques ! - Ses jambes zigzaguent et ses épaulent brulent, il serait tombé dans le bas coté si Papa ne l'avait pas stoppé et forcé à boire_
(- Pourquoi cet enfant marche toujours vite comme ça ?? - Il court après un lapin blanc, voila ce que disait Maman à la stupide voisine)
Le centre de Myrtle était coquet et poussiéreux à la fois. Une tempête de sable venue du Sud était passée par là, ayant laissé derrière elle des trainées jaunes sur les vitrines des boutiques. C'était une ville composée de grands boulevards, de grandes places, de grands marchés lors des jeudis. Une cité qui avait toute la place et toutes les distractions nécessaires pour accueillir les vacanciers, surtout de la classe aisés : ces gens, emplumés avec des chapeaux-soucoupes pour mesdames et saucissonnés dans des chemises à col hauts pour messieurs. Jackaby regarda Papa et Maman puis les terrasses de bourgeois puis encore eux, eux et leurs bagages portés à bout de bras, suant dans leurs vêtements de coton simple.
Le petit garçon se perd presque dans le défilé d'estivaliers alors il se dépêche de les rejoindre et de s'accrocher à la main de Maman. Décidément, l'océan n'est pas si loin, l'on peut en trouver un en ville et se noyer facilement dedans. Au fur et à mesure que la petite famille s'éloigne dans le centre, les hôtels et restaurants disparaissent au profit des maisons de vacances au style colonial, un peu à l'écart de la foule bruyante. Jackaby voit des assiettes à la place des fenêtres, des fourchettes à la place des lampadaires ! Un encas s'imposait avant d'aller à l'auberge...
La chambre ou ils allaient passer la nuit était modeste mais assez confortable avec son espace de bain fermé et ses draps blancs. Une blancheur éthérée accentuée par les rayons de lumières de la petite fenêtre. Jackaby était ébloui. Ces rayons agissaient comme des flashs lumineux dans la pièce, rebondissants sur chaque mur et imprimant dans l'esprit de l'enfant cette image fixe et éternelle. Si Jackaby avait cligné très rapidement des yeux alors peut être une photographie serait sortie de son oreille droite (seulement qui a déjà eu le courage de faire l'expérience ?). Une chose le captivait encore plus et c'était les broderies sur les oreillers. Si fines qu'il se demandait si ce n'était pas l'ouvrage de quelques fées_ (Pourquoi cet enfant a-t-il des fixettes aussi futiles ?? Il tombe dans le terrier répliquait Maman. Elle avait ses proverbes bien à elle). Papa et Maman commençaient déjà à déballer les valises : la valisette en cuir poli de Jack contenait le strict minimum, le seul extra autorisé étant son lot de marionnettes en papier qu'il adorait faire parler. Il leur imaginait des aventures sans début ni fin, souvent le roi finissait décapitait par un malencontreux coup de ciseau !
Depuis la fenêtre on pouvait voir une miette de bleu.
Ce bleu murmurait son nom les appelant à venir lui rendre visite...
