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La Convention de Moulinsart du 17 octobre 1962

Summary:

Moulinsart. 25 juillet 1965. À la bibliothèque, une entorse taquine à leur propre règlement conduit Haddock et Lili à s’accorder un amendement par un baiser inattendu.

Notes:

Cette histoire a été écrite dans le cadre du défi « Cap ou cap » du 22 février 2026 : écrire un texte qui se termine par un baiser

Work Text:

Moulinsart. 25 juillet 1965.

La bibliothèque baigne dans la clarté estivale, les rayons du soleil laissant sur les reliures un reflet presque blanc. Lili est dressée sur la pointe des pieds, sa main glissant le long des ouvrages en cuir.

- C’est pas possible, râle-t-elle à mi-voix, il était pourtant là.

Derrière elle, le Capitaine Haddock, concentré, traverse la pièce, un dossier ouvert entre les mains. Il parcourt la liasse de papiers en marmonnant :

- Rotation d’Anvers au 9 août… Chargement à Hambourg… Tonnerre de Brest, ils m’ont inversé les ports !

Il passe derrière elle sans vraiment lever les yeux, laisse par habitude sa main droite glisser le long de sa hanche.

Sa paume reste posée une seconde de trop.

Lili se fige imperceptiblement.

Il relève la tête. L’odeur entêtante de son parfum — bois de santal et patchouli, toujours le même — lui parvient. Il s’approche, sans réfléchir, et dépose un baiser rapide dans le creux de sa nuque.

Un vrai.

Pas un effleurement.

Elle arque un sourcil.

- Eh bien alors, vieux Loup ?

Il grogne vaguement, déjà replongé dans ses papiers.

- Hmm ?

Elle se tourne lentement vers lui et prend un ton taquin, sans méchanceté.

- Commandant, que faites-vous de la Convention de Moulinsart du 17 octobre 1962 ? Article premier : “La chambre constitue le lieu officiel et exclusif des bisous et autres activités moralement répréhensibles.”

Il éclate de rire et baisse enfin ses feuillets.

- Mille Sabords, ladite Convention a été amendée le 4 mars 1963 dans la réserve de foin de l’écurie !

Elle se met à pouffer à son tour, attrape le livre qu’elle a enfin trouvé et reprend avec une dignité feinte :

- Je note néanmoins un manquement au règlement. Il y a des enfants à préserver dans ce château.

- Tu parles de Tintin avec Martine enceinte jusqu’aux yeux ou de Tryphon qui promène la Castafiore en barque à minuit ?

Nouvel éclat de rire général.

Il laisse tomber son dossier sur la table, l’attrape par la taille avec une simplicité désarmante et la rapproche de lui.

- Considérez ceci comme un amendement, Mâdâme la Marquise de la Montagne dorée.

Ses lèvres trouvent les siennes avec une précision presque étonnée. Il hésite une fraction de seconde avant de l’embrasser un peu plus franchement, juste ce qu’il faut pour que le geste ne puisse plus être confondu avec une plaisanterie.

Elle aurait pu évoquer l’article deux, trois ou quatre.

Au lieu de ça, elle laisse tomber le livre. Le bruit sourd du volume sur le tapis restera, à ce jour, la seule protestation officielle de la Convention de Moulinsart.

Il a le goût du café et du tabac.

Elle a celui du thé qu’elle a bu une heure plus tôt.

Elle sent les mains du marin effleurer la courbe de ses reins, le tissu de sa chemise sous ses paumes, cette respiration un peu plus profonde qu’il ne cherche même pas à dissimuler.

Le baiser s’allonge d’une seconde.

Puis d’une autre, avant de doucement s’éteindre, presque à regret.

Il pose son front contre le sien, encore un peu surpris par ce qu’il vient de s’autoriser.

- Amendement adopté à l’unanimité, murmure-t-elle, l’enlaçant un peu plus fort.

Cette fois-ci, c’est elle qui cherche ses lèvres.

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