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Experiment 

Summary:

Entre un cocktail et une tentative de coiffure au gel, Ego Jinpachi tente de rester l'observateur impartial qu'il a toujours été. Mais face à une Anri qui a décidé de briser les statistiques et la distance de sécurité, Il pourrait bien voir ses certitudes court-circuitées par une variable imprévisible.

Notes:

Ce texte a été écrit lors de la 194e Nuit FOF. Thème : Gel

Cet OS fait partie de la série Lock Party, une anthologie d'histoires se déroulant lors d'une seule et même nuit pour clôturer la NEL. Alors que les murs du Blue Lock tombent enfin, les egos s'entrechoquent sous les néons de Shibuya : une unité de temps, une multitude de perspectives, et des verrous qui ne demandent qu'à être forcés.

Work Text:

 

La Neo Egoiste League n'était plus qu'un écho de statistiques dans les serveurs du Blue Lock, remplacée ce soir par le tumulte électrique de Shibuya. Au cœur d'une boîte de nuit du Vault dont l'invitation anonyme semblait avoir piraté l'agenda de chaque joueur, la fête battait son plein dans un chaos de néons et de basses.

Ego venait de recevoir son verre — un mélange complexe que le barman avait préparé avec un air de défi, empilant les couches de liqueurs sombres. Curieux, Il l'examina à travers ses verres épais comme s'il s'agissait d'une nouvelle espèce de bactérie cultivée en laboratoire, puis il le posa négligemment sur le rebord du comptoir. Il tourna le dos à la boisson pour observer la foule avec son air analytique habituel, ses yeux balayant la piste comme s'il cherchait une faille dans un système de jeu.

— Qu’est-ce que je viens de te dire, Ego ? intervint Anri.

D’un geste sec, elle posa sa main sur le dessus du verre pour le protéger et le ramena vers elle, manquant de renverser le liquide.

— Que cette boisson était intéressante pour ses antioxydants, mais j’en doute fortement, répondit-il sans se retourner, la voix monocorde.

— Non, Ego. Je t'ai dit de garder ton verre en main, sauf s’il est vide. On ne quitte pas son drink des yeux, ici. Tu veux vraiment te retrouver inconscient dans un squat ou à l'arrière d'un taxi ?

Ego daigna enfin lui accorder un regard, ses pupilles dilatées par la pénombre.

— Les probabilités qu'un individu tente d'altérer ma boisson sont statistiquement négligeables, Anri. Je n'ai ni le profil, ni l'esthétique...

— Garde ça en main et arrête avec cette capuche, l'interrompit-elle en lui tendant le verre d'un air autoritaire. On dirait un hacker d'une mauvaise série des années 2000.

— Je souhaite rester incognito, marmonna Ego en reprenant son verre et tentant de s'enfoncer davantage dans son sweat.

D’un mouvement brusque, Anri attrapa le tissu noir et le rabattit en arrière, découvrant le visage d’Ego. Elle resta un instant stupéfaite, les doigts encore en l'air. Ego n'avait pas sa coiffure habituelle ; ses cheveux noirs étaient plaqués en arrière, révélant son front d'une pâleur de porcelaine.

— Mais… qu’est-ce que tu as fait à tes cheveux ? s'exclama-t-elle, partagée entre l'incrédulité et le rire. C’est du gel ?

Ego réajusta ses lunettes, impassible malgré le léger flottement dans sa voix :

— J’ai cru comprendre que c’était une convention sociale esthétique en vigueur dans ce type d'établissement.

— Oui, en 2004, probablement, soupira Anri en détaillant le résultat avec une moue dubitative.

Elle marqua une pause, l'observant sous la lumière crue d'un stroboscope blanc. Le changement était si radical qu'il le rendait presque... humain. Trop humain, peut-être.

— Bon, remets cette capuche, finit-elle par décréter.

Ego ramena docilement le tissu sur son crâne, retrouvant son apparence de spectre urbain. Il y avait quelque chose dans l'autorité naturelle d'Anri, mêlé à une rigueur professionnelle absolue, qui court-circuitait sa répartie habituelle. Ego resta silencieux un instant, savourant sa boisson. Il releva légèrement la tête, laissant apparaître ses lunettes rondes qui reflétaient les néons roses de la salle comme deux écrans de contrôle déréglés.

— Sinon, Ego, reprit Anri, je te le redemande : qu’est-ce que tu fiches ici ? Ce n'est pas vraiment ton habitat naturel, si ?

— Le centre était... trop silencieux, répondit-il en évitant son regard, préférant fixer les bulles qui remontaient dans son verre. Et puis, je voulais voir comment les joueurs gèraient l'absence de limites. La liberté est un poison bien plus efficace que n'importe quelle substance que ce barman pourrait mettre dans mon verre. Qui lancé cette invitation d'ailleurs ?

Anri laissa échapper un rire cristallin, un son que les couloirs froids du Blue Lock n'entendaient jamais. Elle se tourna complètement vers lui, un sourire moqueur aux lèvres, l'éclat des stroboscopes dansant dans ses yeux.

— Aucune idée, mais ne change pas de sujet ! Tu te sentais seul, n'est-ce pas ? Le grand Ego Jinpachi ne supporte pas de passer trois heures sans avoir quelqu'un à qui donner des leçons de vie ?

— Ne sois pas ridicule, Anri. Je suis venu pour... observer les variables comportementales en milieu festif.

— Tu es venu parce que tu ne sais pas quoi faire de toi-même quand je ne suis pas là pour organiser ton planning, le taquina-t-elle en s'approchant un peu plus de lui.

L'odeur de son parfum, un mélange de fleurs légères et de la fraîcheur de la nuit, vint bousculer les certitudes d'Ego. Elle attrapa le bord de sa capuche et la tira à nouveau légèrement vers l'arrière, dégageant à nouveau son visage pâle.

— Regarde-toi. On dirait un poisson hors de l'eau.

Ego se figea, le cou tendu, alors que la main d'Anri frôlait presque son cou. Autour d'eux, les basses de la musique semblaient battre au même rythme que son pouls, une sensation physique qu'il ne pouvait pas analyser avec une équation.

— Où est passé le Cyborg ? demanda-t-il, les yeux plissés derrière ses verres. Vous deviez prendre un verre ici, non ?

Anri soupira, jouant avec la paille de son cocktail d'un air absent.

— Noel Noa est parti se coucher, finit-elle par lâcher. Il a son sacro-saint cycle de récupération à respecter. Je suis officiellement seule pour le reste de la soirée.

Ego laissa échapper un petit bruit sec, quelque part entre le ricanement et le mépris technique.

— C'est donc un échec critique.

Anri fronça les sourcils, piquée au vif par ce diagnostic sans appel. Elle se redressa, faisant tinter les glaçons de son verre.

— De quoi tu parles, Ego ?

— De ta manœuvre textile, répondit-il sans ciller, désignant sa robe d'un geste de la main. À vue de nez, tu as réduit la surface de tissu de 40 % par rapport à tes tenues habituelles. C’est une tentative évidente d'optimiser ta captation visuelle pour attirer l'attention de Noa. Mais apparemment, même une augmentation drastique de l'exposition cutanée ne peut pas rivaliser avec les neurotransmetteurs du sommeil chez un spécimen comme lui.

Ego marqua une pause, observant la réaction d'Anri qui oscillait entre l'indignation pure et une forme d'amusement résigné.

— Tu es vraiment désespérant, Ego. Tu ne peux pas juste dire que je me suis faite jolie pour sortir  ? 

Jolie est un concept subjectif et paresseux, rétorqua Ego en fixant de nouveau la foule. Je préfère noter que ton choix de design était audacieux, même si ton public cible s'est révélé totalement hermétique à la manœuvre.

— Merci pour le rappel, Ego. Je sais que je me suis donné du mal pour rien.

Anri soupira, une pointe d'amertume déguisée en désinvolture. Ego leva son propre verre, observant les reflets des néons se fragmenter sur le liquide sombre.

— Pour rien ? Pas forcément. Si l'on élargit l'échantillon au-delà de Noel Noa, ta stratégie est un succès absolu. Si l'on en croit la direction des regards et les micro-expressions des mâles présents dans un rayon de quinze mètres, ta tenue génère une réponse positive chez environ 99 % des hommes. C'est une performance statistique assez remarquable pour être soulignée.

Anri releva la tête, un petit éclat de défi dans les yeux. Elle s'approcha d'un millimètre, réduisant encore l'espace entre leurs deux tabourets jusqu'à ce que son épaule frôle presque le bras dégingandé d'Ego.

— Ah oui ? Et toi, Ego ? demanda-t-elle d'une voix plus basse, presque étouffée par les basses environnantes. Dans quel pourcentage tu te situes ?

Le silence qui suivit fut plus lourd que les vibrations de la piste de danse. Ego ne cilla pas. Il ne tourna pas la tête vers elle, restant figé comme une statue de cire sous la lumière rose. Ses doigts se serrèrent simplement un peu plus sur son verre, ses phalanges blanchissant sous la pression.

— Je ne fais pas partie de l'échantillon, finit-il par répondre d'un ton sec, presque clinique. Je suis l'observateur. L'observateur ne peut pas influencer les données en s'incluant dans le résultat. Ce serait une erreur méthodologique élémentaire.

Anri laissa échapper un petit rire étouffé, un mélange d'incrédulité et de tendresse. Ego la regarda. Sans les écrans du Blue Lock entre eux, l'intensité de son regard était troublante. Puis, lentement, avec une hésitation qui ne lui ressemblait pas, Anri laissa sa tête s'incliner pour venir se poser sur l'épaule anguleuse d'Ego. Le corps de ce dernier se figea instantanément. Il resta immobile, le dos droit comme un piquet, son verre de cocktail à mi-chemin de ses lèvres. Il baissa les yeux vers le sommet du crâne d'Anri, ses lunettes glissant légèrement sur l'arête de son nez.

— Anri... Qu'est-ce que tu fais ? demanda-t-il d'une voix monocorde, bien que son rythme cardiaque vînt de trahir sa surprise. C'est une posture totalement inefficace pour la dégustation de boissons alcoolisées.

Anri ferma les yeux, savourant la texture rêche du sweat à capuche contre sa joue. Un petit sourire étira ses lèvres.

— Je fais une expérience, Ego, murmura-t-elle, Je teste la stabilité de mon pilier. 

Ego resta silencieux pendant ce qui sembla être une éternité. Il aurait pu la repousser, lancer une pique cynique sur le besoin de contact humain des êtres inférieurs, ou analyser la perte de calories liée à ce geste. Mais il ne fit rien de tout cela. Il se contenta de fixer la foule sans vraiment la voir, notant néanmoins Rin et Bachira proches sur la piste de danse, Sae suivant Shinsou et finalement Kaiser se pressant vers le couloir de la sortie. Il finit par reposer son verre vide sur le comptoir.

— D'accord, répondit-il simplement.

Ego ne bougea pas d'un millimètre, craignant peut-être de briser ce moment de données imprévues, laissant Anri se reposer contre lui tandis que leur projet, leur Blue Lock, continuait de s'agiter tout autour d'eux. Noel Noa avait sans doute été le partenaire logique pour une soirée de ce standing ; un choix rationnel, prévisible, conforme aux attentes. Mais pour Anri, Ego était peut-être le seul capable de rester là, dans le bruit et le chaos, simplement parce qu'elle y était aussi.

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