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Dancing to compete

Summary:

Rin préférerait être n'importe où ailleurs, mais Bachira ne le laissera pas bouder dans son coin. Pour l'abeille du Barcha, Shibuya est l'endroit idéal pour tester les limites du numéro 10.

Notes:

Ce texte a été écrit lors de la 194e Nuit FOF. Thème : Compétition

Cet OS fait partie de la série Lock Party, une anthologie d'histoires se déroulant lors d'une seule et même nuit pour clôturer la NEL. Alors que les murs du Blue Lock tombent enfin, les egos s'entrechoquent sous les néons de Shibuya : une unité de temps, une multitude de perspectives, et des verrous qui ne demandent qu'à être forcés.

Work Text:

Après une Neo Egoist League épuisante, la fête battait son plein dans cette boite de Shibuya. Le Vault, c'était un nom intéressant pour cet endroit où tous s'étaient retrouvés sans que personne ne sache qui avait bien pu se charger de la logistique.

Bachira récupéra les deux verres qu’il venait de commander au bar, le liquide oscillant au rythme des basses qui faisaient vibrer le comptoir. À l'autre bout de la salle, il le sentait : son Monstre s'impatientait, tapi dans l'ombre, les griffes grattant les parois de son esprit.

C’est bon, j’arrive, lui souffla-t-il en pensée, un sourire flottant sur ses lèvres.

Il s'élança sur la piste, fendant la marée de corps avec une aisance de funambule. Son regard accrocha la table des Bastard München. Isagi y était installé, le visage baigné par une lumière crue, prisonnier de l'aura magnétique et toxique de Kaiser. Bachira leva les yeux au ciel en sentant le Monstre ricaner en lui. Combien de temps Yoichi allait-il rester dans le déni total face à l'attirance électrique qu'il éprouvait pour son rival ?

Il finit par atteindre sa table, nichée dans un coin sombre à proximité des arcades de jeux, enfin, leur table. Rin y était installé, le dos plaqué contre la banquette de cuir, les bras croisés sur son torse. Il dégageait une arrogance glaciale doublée d’une lassitude impériale. C'était un prince qui semblait avoir déclaré la guerre au monde entier, ou du moins à cette soirée.

— Rin-rin... T'en fais pas un peu trop, là ?

Rin releva lentement les yeux, un sourcil arqué avec froideur.

— Sérieusement, c'est quoi cette tête ? reprit Bachira en posant les verres, dans le genre Je suis le prince de Shibuya et je déteste tout le monde, on dirait un poster pour ados en pleine crise existentielle.

Rin laissa échapper un soupir nasal méprisant.

— Dégage, Bachira. Je ne suis pas d'humeur.

Il marqua une pause, ses yeux verts fixant les mains de Bachira avant d'ajouter d'un ton sec:

— Mais file-moi mon verre avant quand même.

Bachira lui tendit sa commande mais resta planté là, sirotant sa boisson avec une désinvolture étudiée. Son regard dériva vers les hauteurs du club, là où la lumière se faisait plus rare et intime. Il repéra Sae Itoshi. Le génie semblait immobile, observant d'un œil clinique Shidou Ryusei, qui était en pleine conversation avec une silhouette non identifiée. Enfin, conversation était un bien grand mot pour Shidou étant donné qu’il avait toujours plutôt l'air d'être en pleine parade nuptiale, chaque geste étant une provocation physique. La présence de Sae, là-haut, agissait probablement comme un poison lent sur l'humeur de Rin. Bachira songea qu’il fallait lui offrir un exutoire. 

— Tu sais Rin-rin, commença Bachira, quand je te regarde, tout ce que je vois, c'est un bad boy malheureux qui s’ennuie...

Rin l'ignora complètement. Il semblait opter pour la technique qui consistait à ne plus alimenter la conversation espérant qu'elle s'éteigne d'elle même et que Bachira s'en aille. C'était mal connaître l'abeille du Barcha. Le Monstre lui fit signe qu'il fallait frapper un grand coup

D'un mouvement souple, Bachira posa son verre et s'allongea carrément sur la table, s'invitant de force dans le champ de vision de Rin. Ce dernier interrompit sa dégustation, surpris par l'audace, mais il garda sa contenance de glace en reposant son verre avec une lenteur calculée.

— Et si tu ne sais pas comment t'occuper... moi je peux te donner des idées, susurra Bachira. Mais ça demande de sortir de ton trou et de venir danser.

— Dans tes rêves, l'asticot, cracha Rin.

Bachira ne se démonta pas. Il se redressa légèrement et posa une main sur le torse de Rin. Sous le coton du t-shirt, le muscle était dur comme de la pierre, une armure de tension. Mais sous sa paume, Meguru sentit que le cœur de Rin venait d'accélérer.

— Oh... t'as peur ?

Bachira se releva un peu plus, son visage étant à la hauteur de celui de Rin. 

— T'as peur qu'on braque tous les yeux sur toi pour une autre raison que ton air de Dieu torturé ? Viens sur la piste, Rin-rin. À moins que tu préfères rester ici à attendre que quelqu'un vienne te plaindre ?

L'insulte fit mouche, cinglante. La lueur de haine familière, celle qui animait Rin sur le terrain, se ralluma brusquement, chassant la mélancolie feinte. Il se décolla de la banquette, sa stature dominant Bachira, dégageant une menace physique immédiate qui fit frissonner le Monstre de plaisir. Bachira quitta la table et recula vers la piste. 

— Tu vas regretter d'avoir ouvert ta gueule, siffla Rin, sa voix vibrant d'une menace sourde qui semblait ramper sous les basses.

— C'est ce qu'on va voir ! s'exclama Bachira. Et si tu l'oses, enlève ton T-shirt !

Le défi fut lâché comme une grenade. Bachira s'éloigna en riant, ses épaules secouées par un délice enfantin et s’enfonça dans la foule. Il savait que l'orgueil de Rin, ce monstre d'ego qu'il nourrissait au quotidien, ne supporterait pas d'être relégué au rang de simple décor.

Et il ne s'était pas trompé. Quelques secondes plus tard, la silhouette de Rin fendit la masse des corps. Sous les flashs blancs qui lacéraient l’obscurité, il se posta face à lui. Son corps commença à bouger avec une intensité. C’était une danse de prédateur, précise, magnétique, où chaque mouvement semblait calculé pour dévorer l'espace. La foule semblait s'écarter, instinctivement, comme consciente du danger. Les stroboscopes hachaient les mouvements de Rin, transformant son allure en une suite d'images brutales, saccadées, presque irréelles. Il ne suivait pas le rythme, il le piétinait, l'asservissait à sa propre volonté. Chaque tour de son buste, chaque pas lourd et ancré au sol était une réponse cinglante aux moqueries de Bachira. En face, celui-ci jubilait. Il se déhanchait avec une fluidité insolente. Ses yeux dorés ne lâchaient pas une seconde ceux, sombres et orageux, du numéro 10.

— Alors ? cria Bachira par-dessus le mur de son assourdissant. C'est tout ce que tu as dans le ventre ? 

Rin esquissa alors un sourire qui n'avait rien de joyeux. C’était un rictus de pur défi, une promesse de destruction. Il fit un pas lent vers Bachira, réduisant l'espace jusqu'à ce que leurs torses se frôlent, une collision de chaleurs contraires. Ses yeux brillaient d'une lueur malveillante, celle-là même qui annonçait ses plus beaux massacres sur le terrain. Soudain, il porta ses deux mains à l'ourlet de son t-shirt. Dans un mouvement fluide et calculé, il commença à le remonter lentement, dévoilant la ligne tendue de ses abdominaux, puis la cambrure de ses hanches. Il s'arrêta juste au niveau du sternum, là où le tissu masquait encore l'essentiel tout en soulignant la puissance de sa carrure d'athlète.

Mais alors que Bachira s'attendait à une reddition totale, Rin s'arrêta. Il ancra ses phalanges dans le coton, maintenant le vêtement soulevé comme un défi, et plongea son regard dans celui de Bachira avec une arrogance dévastatrice. Il n'enleva rien. Il prouvait simplement qu'il tenait son attention au creux de sa main. 

— Tu voulais voir, l'asticot ? murmura Rin. Sa voix vibra contre le cou de Bachira, perçant le vacarme des enceintes. Regarde bien. C'est tout ce que tu auras.

Et Rin relâcha son T-shirt. 

— Pas mal, le Dieu torturé…, haleta Bachira en reprenant son mouvement de danse, plus électrique que jamais. T'as enfin compris comment on s'occupe la nuit...

Rin ne répondit pas, mais il ne retourna pas non plus vers son ombre. Il resta là, dans la lumière, ses mâchoires toujours un peu crispées, mais son corps enfin déverrouillé, suivant le rythme de Bachira. 

Soudain, l'équilibre fut rompu. Kaiser, qui traversait la piste avec une nonchalance royale, bouscula violemment Bachira qui partit à la renverse, mais avant que son corps ne touche le sol, une main solide se referma sur son bras et une autre sur son dos. Rin le rattrapa de justesse, le ramenant contre son torse d'un coup sec. Bachira, le visage niché contre l'épaule de Rin, éclata d'un rire cristallin.

— Merci, Rin-rin ! s'exclama-t-il, les yeux brillants de malice alors qu'il relevait la tête pour plonger son regard dans celui, orageux, du numéro 10. 

Rin le fixa, ses doigts serrant encore un peu trop fort le tissu du t-shirt de Bachira. Il semblait hésiter entre le repousser violemment ou le maintenir là, prisonnier de son périmètre. La lueur de haine s'était muée en quelque chose de plus trouble, de plus dense.

— T'es qu'un boulet, finit par lâcher Rin d'une voix sourde, bien qu'il ne desserre pas sa prise tout de suite.

Bachira sourit, le cœur battant à l'unisson avec les basses du Vault. Peu importe ce qui pouvait encore arriver ce soir, Bachira, lui, venait de déverrouiller la seule chose qui l'intéressait ce soir : le rythme sauvage d'un autre monstre qui, enfin, refusait de danser seul.

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