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Braided Armor

Summary:

Entre le chaos du Vault de Shibuya et l'intensité du Blue Lock, Chigiri est une île de calme au genou fragile. Quand Kunigami remarque que sa tresse est aussi serrée que ses angoisses, un geste simple suffit à faire tomber les masques. Loin du bruit, le Héros et la Panthère cherchent un instant de paix.

Notes:

Ce texte a été écrit lors de la 194e Nuit FOF. Thème : Tresse

Cet OS fait partie de la série Lock Party, une anthologie d'histoires se déroulant lors d'une seule et même nuit pour clôturer la NEL. Alors que les murs du Blue Lock tombent enfin, les egos s'entrechoquent sous les néons de Shibuya : une unité de temps, une multitude de perspectives, et des verrous qui ne demandent qu'à être forcés.

Work Text:

La musique de la boite du Vault n'était qu'un bourdonnement sourd pour Kunigami. Adossé à un pilier en béton brut, il réalisa qu’il préférait largement faire partie de la structure du bâtiment que de participer à cette fête censée cloturer la Neo Egoist League et dont personne ne savait qui en était à l'origine. Ses yeux d'ambre balayaient la foule sans passion, jusqu'à ce qu'ils s'accrochent à nouveau à la silhouette assise à quelques mètres de lui, sur une banquette de cuir sombre.

Chigiri.

La Panthère ne courait pas ce soir. Au contraire, Chigiri restait assis, une jambe allongée avec précaution. Dans ce chaos de corps en mouvement, il était une île calme, la tête inclinée sur le côté, le regard perdu sur le verre en face de lui. Il était là depuis une heure et n’avait toujours pas entrepris de se mêler aux autres.

Kunigami se décida enfin à quitter son pilier pour aller s’asseoir à côté de lui, notant la frustration visible de son ancien coéquipier. Chigiri aurait probablement voulu danser avec les autres membres du Blue Lock. Ses yeux suivaient le mouvement frénétique de la piste où Raichi et Gagamaru s'agitaient avec une énergie brute, faisant presque oublier qu'ils n'étaient pas sur un terrain. Plus loin, dans un halo de lumière diffuse, la silhouette de Ness semblait dériver, étrangement éloignée de la table des Bastard München où Isagi paraissait verrouillé dans une conversation intense, presque électrique, avec Kaiser. Même Rin semblait avoir trouvé le chemin de la danse, accompagné par un Bachira hypnotique. Mais tout cela n’était pas à la portée de Chigiri. La foule était un champ de mines, un coup de coude, une bousculade maladroite d'un fêtard ivre, et l'équilibre fragile de son genou pouvait vaciller.

— Tu ressembles à une statue de Madonne, finit par lâcher Kunigami d'une voix rauque qui perça le rythme des basses.

Chigiri tourna la tête, un sourire amer étirant ses lèvres. Ses doigts montèrent machinalement à sa tempe pour lisser sa tresse. Elle était impeccable mais serrée comme un bandage de compression.

— Et toi à un videur qui n'est pas payé, répliqua Chigiri. Tu ne vas pas danser, le Héros ?

—Non. Trop de bruit. Trop de gens.

Kunigami observa la tresse de Chigiri. Depuis son pilier, il l’avait vu la refaire encore et encore. C'était probablement sa manière de canaliser l'adrénaline qu'il ne pouvait pas libérer sur la piste. Rensuke tendit la main et effleura sa nuque, là où les petits cheveux rebelles commençaient à boucler avec l'humidité sous le regard étonné de son ancien coéquipier.

— Ta tresse, elle est trop serrée, dit Kunigami. Tu vas finir par avoir mal au crâne avant que ton genou ne te lâche. Je peux ?

Chigiri esquissa un léger signe de tête, ses yeux s'adoucissant alors que d'un geste lent, presque solennel, Kunigami fit glisser l'élastique entre ses doigts rugueux. Il entreprit alors de défaire les rangs de la tresse, un par un, avec une patience qui jurait avec la rudesse qu'il dégageait à présent.

Kunigami laissa son regard dériver sur le profil de Chigiri, et pour la première fois depuis des mois, le tumulte sombre de son esprit parut s'estomper. Hyoma était d’une beauté presque irréelle, une finesse de traits que même la lumière crue et intermittente de la boîte de nuit ne parvenait pas à altérer. À ses côtés, l’air semblait plus frais, plus pur, moins empoisonné par les fumigènes colorés. Kunigami sentit une douceur oubliée l'envahir, une chaleur qui n'avait rien à voir avec la moiteur du club. Paisible.  Pendant un instant éphémère, le poids du Blue Lock s'allégea et il se sentit comme avant : simplement lui-même, un jeune homme capable d'admirer la grâce du moment présent. 

— Si on reste plantés là, autant qu'on soit à l'aise, ajouta Kunigami en laissant la chevelure rouge se répandre sur l’épaule de Chigiri. 

Celui-ci sembla se détendre un peu, ses épaules s'abaissant tandis qu'il laissait échapper un soupir que les basses du club recouvrirent aussitôt.

— Merci, Rensuke.

Kunigami lui tendit l'élastique, leurs doigts se frôlant brièvement dans l'échange, avant que Chigiri ne le récupère d'un mouvement souple. Puis, ce dernier se leva avec précaution, s'appuyant un instant sur l'épaule solide du garçon pour stabiliser son appui. 

— Sortons d'ici, proposa Chigiri. Shibuya est plus belle quand on ne l'entend pas hurler.

— Bonne idée.

Ils traversèrent la boîte de nuit comme deux ombres contrastées, l'un massif et sombre, l'autre aux cheveux rouges flamboyants flottant librement derrière lui. À la sortie, l'air frais de la nuit tokyoïte les frappa de plein fouet, un soulagement après la moiteur du club. Près de l'entrée, ils croisèrent deux silhouettes familières, Nagi et Reo, sans que leur regard ne se croisent. Ils marchèrent ensuite côte à côte dans les rues plus calmes, loin des écrans géants de l'intersection.

— Ta tresse, dit soudain Kunigami en s'arrêtant. Tu vas la refaire demain ?

Chigiri s'arrêta sous un lampadaire dont la lumière crue donnait à ses cheveux une teinte vive. Il attrapa l'élastique que Kunigami lui avait rendu et le fit sauter entre ses doigts.

— Pour le prochain match, oui. J'en aurai besoin pour rester concentré. Mais pour ce soir...

Il rangea l'élastique dans sa poche et regarda Kunigami droit dans les yeux :

— Pour ce soir, je préfère rester un peu relâché. Avec toi.

Kunigami ne répondit pas, mais il ne détourna pas le regard. Dans l'intensité de ce silence partagé, il sentit les derniers échos de la Wild Card s'étouffer, remplacés par une sérénité qu'il croyait avoir perdue. Près de Chigiri, l'obscurité de Shibuya n'était plus une menace, mais un refuge. Le héros et la panthère entamèrent alors leur propre marche, d'un pas accordé et tranquille. Loin du fracas du monde et de la fureur des stades, ils trouvaient enfin, l'un auprès de l'autre, cette paix profonde que le terrain leur refusait encore.

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