Chapter Text
La pluie tombait sur Beacon Hills avec cette obstination froide et régulière qui semblait transformer chaque lumière en halo flou. Les rues luisaient sous les réverbères, les arbres noirs se balançaient lentement dans le vent, et le parking du lycée était presque vide.
Stiles Stilinski était réveillé depuis trente-six heures.
Peut-être trente-sept.
Il n’en était plus certain.
Sa chambre ressemblait au champ de bataille d’un cerveau en surchauffe : feuilles froissées au sol, gobelets de café vides, ordinateur portable ouvert au milieu du lit défait, plusieurs onglets de recherches absurdes affichés sur l’écran.
« Comment écrire une tension romantique crédible ».
« Différence entre attraction émotionnelle et physique ».
« Les gens aiment-ils les personnages grincheux ? »
Et surtout :
« Comment écrire une romance gay sans avoir l’air d’un idiot hétéro qui ne comprend rien ».
Stiles fixait son document Word comme si le curseur clignotant se moquait de lui personnellement.
— Pourquoi est-ce que j’ai commencé ça… marmonna-t-il.
Parce qu’il s’ennuyait.
Parce que Lydia lui avait dit qu’il avait une imagination « étonnamment exploitable quand il arrêtait de paniquer toutes les trois secondes ».
Parce qu’un soir, Danny avait plaisanté sur le fait que toutes les romances écrites par des hétéros gays-friendly donnaient l’impression que deux mannequins sans organes internes se regardaient intensément pendant trois cents pages.
Et surtout…
Parce que Stiles écrivait quand il n’arrivait pas à dormir.
Et ces derniers mois, il ne dormait presque jamais.
Alors il avait écrit.
D’abord une scène.
Puis un dialogue.
Puis une histoire entière.
Le problème, c’était que cette histoire avait lentement cessé d’être juste une histoire.
Le personnage principal était censé être fictif.
Vraiment. Totalement. Absolument.
Sauf qu’il faisait un mètre quatre-vingt-cinq, portait du cuir noir, fronçait les sourcils comme activité principale et grognait plus qu’il ne parlait.
Et l’humain maladroit qui tombait amoureux de lui était incapable de se taire quand il stressait.
Pure coïncidence.
Évidemment.
Stiles enfouit son visage dans ses mains.
— Oh mon dieu…
Il relut le dernier paragraphe qu’il venait d’écrire.
« Le loup-garou le regardait comme s’il voulait le dévorer entier, mais il y avait quelque chose de fragile derrière cette colère permanente. Quelque chose de seul. »
Stiles gémit.
— Je vais mourir.
Parce que maintenant qu’il avait terminé… il fallait un avis.
Et il n’allait certainement pas demander à Scott.
Scott penserait immédiatement que le personnage du loup-garou était Derek.
Ce qui était faux.
Techniquement.
Enfin.
Pas complètement faux.
Danny, en revanche, était parfait.
Danny était intelligent.
Danny était sarcastique.
Danny lirait la romance sans juger.
Danny ne poserait pas de questions.
Probablement.
Et surtout, Danny pourrait lui dire si la romance gay semblait crédible ou si Stiles avait accidentellement écrit “deux hétéros émotionnellement confus qui se regardent intensément
Stiles attrapa son téléphone.
Puis hésita.
Son pouce resta suspendu au-dessus de l’écran.
Parce que soudain… envoyer cette histoire devenait terrifiant.
Ce n’était pas seulement une romance.
C’était embarrassant.
Personnel.
Vulnérable.
Il y avait des morceaux de lui partout dedans.
Des pensées qu’il n’avait jamais dites.
Des envies qu’il n’avait jamais admises.
La façon dont le personnage humain regardait le loup-garou.
La manière dont il décrivait ses épaules.
Sa voix grave.
Ses yeux.
La fatigue dans son expression.
Le besoin presque douloureux de le voir sourire.
Stiles resta immobile quelques secondes.
Puis il secoua brutalement la tête.
— C’est bon. C’est juste de l’écriture créative. Les gens font ça tout le temps.
Il sélectionna le fichier. Ajouta un message.
“Besoin de ton expertise homosexuelle immédiatement.”
Puis il appuya sur envoyer.
Ensuite, satisfait de lui-même, il lança le téléphone sur son lit.
— Voilà.
Mission accomplie.
Maintenant il pouvait officiellement paniquer.
Il attrapa un oreiller.
Enfouit son visage dedans.
Et poussa un long cri étouffé.
—
À plusieurs kilomètres de là, Derek Hale fronçait les sourcils devant son téléphone.
Le loft était silencieux.
L’odeur de pluie entrait par les grandes fenêtres ouvertes.
La télévision était allumée sans le son.
Et Derek venait de recevoir un message de Stiles.
Ce qui signifiait généralement :
1. catastrophe,
2. danger,
3. catastrophe dangereuse.
Il ouvrit la conversation.
Et lut :
“Besoin de ton expertise homosexuelle immédiatement.”
Derek resta immobile. Très immobile.
Puis son regard descendit lentement vers la pièce jointe.
“Moonlight Instincts_FINAL_v7”.
…
Derek ouvrit le fichier.
Et dès les premières lignes, quelque chose devint extrêmement étrange.
“Le loup-garou avait des épaules assez larges pour bloquer une porte entière.”
Derek cligna des yeux.
Continua.
“Il portait du cuir noir comme si c’était une seconde peau.”
Derek fronça davantage les sourcils.
Puis continua encore.
Et au bout de cinq minutes, il comprit deux choses très importantes.
Premièrement : Stiles lui avait envoyé ça par erreur.
Deuxièmement : Le personnage principal était clairement lui.
Le loup-garou du récit vivait dans un loft.
Conduisait une vieille voiture noire.
Grognait au lieu de communiquer.
Et regardait l’humain bavard comme s’il représentait simultanément sa plus grande migraine et la meilleure chose de sa vie.
Derek relut plusieurs passages.
Puis encore. Et lentement, son expression changea.
Parce que ce n’était pas juste embarrassant.
C’était…
Incroyablement intime.
Comme si Stiles avait ouvert son crâne pour écrire tout ce qu’il ne disait jamais à voix haute.
“Personne ne demandait jamais au loup-garou s’il allait bien. Ils exigeaient seulement qu’il reste fort.”
Derek fixa la phrase longtemps. Très longtemps.
Quelque chose de chaud et d’étrange lui serra la poitrine.
Et ce qui le perturbait encore plus…
C’était qu’il aimait lire ça. Vraiment.
Il tourna une page. Puis une autre.
Et soudain—
“Elias voulait embrasser Rowan juste pour voir s’il arrêterait enfin de froncer les sourcils.”
Derek ferma brusquement l’ordinateur portable.
Le silence du loft devint énorme.
Puis, lentement…
Très lentement…
Il recommença à lire depuis le début.
—
Le lendemain matin, Stiles arriva au lycée dans un état proche du décès clinique.
Ses cheveux partaient dans tous les sens.
Ses yeux étaient cernés.
Et il tenait un café comme un homme agrippé à sa dernière raison de vivre.
Scott le regarda approcher avec inquiétude.
— Mec… t’as l’air horrible.
— Merci.
— T’as dormi ?
— Techniquement j’ai cligné des yeux pendant quarante minutes.
Scott grimaça.
— Encore des recherches surnaturelles ?
Stiles hésita une demi-seconde.
— Oui.
Ce n’était pas totalement faux.
Scott le regarda plus attentivement.
— Tu mens bizarrement.
— Je mens toujours bizarrement.
— Pas à ce point-là.
Stiles prit immédiatement une énorme gorgée de café pour éviter de répondre.
Parce qu’il refusait absolument de parler de cette histoire.
Personne ne devait savoir.
Jamais.
Surtout pas Scott.
Scott comprendrait beaucoup trop vite que Rowan était Derek.
Et ensuite Stiles devrait probablement mourir.
Son téléphone vibra.
Il jeta un coup d’œil rapide à l’écran.
Derek : “On doit parler.”
Stiles fronça les sourcils.
— Huh.
Scott leva un sourcil.
— Derek veut te parler ?
— Apparemment.
— T’as encore fait exploser quelque chose ?
— Pas récemment.
Puis Stiles haussa les épaules.
— Probablement une histoire de meute.
Parce qu’évidemment il ne faisait aucun lien.
Pourquoi ferait-il un lien ?
Dans sa tête, son histoire était chez Danny.
Danny qui ne répondait toujours pas.
Le traître.
—
Toute la journée, Derek fut bizarre.
Vraiment bizarre.
Pas un “je vais tuer quelqu’un” bizarre ni un “je suis de mauvaise humeur” bizarre.
Non.
Autre chose.
Et c’était perturbant.
La première fois, Stiles le remarqua dans les couloirs.
Derek était venu déposer quelque chose à Scott.
Normalement, Derek ignorait largement l’existence des adolescents du lycée.
Mais cette fois, en passant devant Stiles…
…il s’était arrêté.
Juste arrêté.
Et il l’avait regardé.
Longuement.
Avec cette intensité dérangeante qu’il avait parfois.
Stiles s’était immédiatement senti nerveux.
— Euh… salut ?
Derek avait ouvert la bouche. Puis l’avait refermée. Comme s’il hésitait sur ce qu’il voulait dire.
Ce qui, chez Derek Hale, était profondément inhabituel.
Puis il avait simplement répondu :
— Salut.
Avant de repartir.
Stiles le regarda s’éloigner.
— Okay…
Scott mâcha ses frites.
— C’était bizarre.
— MERCI.
—
La deuxième fois arriva après les cours.
Stiles fouillait dans son casier lorsqu’il sentit soudain une présence derrière lui.
Il sursauta.
— Jésus CHRIST Derek !
Derek était debout juste derrière lui. Immobile. Grand. Intimidant.
Et en train de le regarder avec une expression impossible à comprendre.
Stiles déglutit.
— …Pourquoi tu me fixes comme ça ?
Derek sembla hésiter.
Encore.
— Rien.
— C’est absolument pas “rien”.
Silence.
Puis Derek demanda calmement :
— Tu écris souvent ?
Le cerveau de Stiles se bloqua complètement.
— Quoi ?
— Des histoires.
Stiles cligna plusieurs fois des yeux.
Son cœur accéléra légèrement.
— Euh… parfois ?
Derek continua à le regarder. Beaucoup trop intensément.
— Intéressant.
Puis il partit. Encore. Comme un psychopathe émotionnellement confus.
Stiles resta figé devant son casier.
— …Okay qu’est-ce qui se passe ?
—
Ce soir-là, Stiles finit par appeler Danny.
Directement.
Parce qu’il refusait d’attendre plus longtemps.
— Enfin ! s’exclama-t-il dès que Danny décrocha. Alors ??
— Alors quoi ?
Stiles fronça les sourcils.
— Mon histoire ?
Silence.
Puis :
— Quelle histoire ?
Le monde entier s’arrêta.
Le cerveau de Stiles cessa immédiatement de fonctionner.
— …Pardon ?
— Stiles, de quoi tu parles ?
Le sang quitta lentement son visage.
Très lentement.
Comme dans un film dramatique.
Puis il ouvrit sa conversation avec Danny.
Et vit le dernier message envoyé.
Un meme.
Pas de fichier. Pas d’histoire.
Rien.
Stiles sentit soudain un froid absolu traverser tout son corps.
Non.
Non non non.
Il ouvrit sa liste de conversations.
Et regarda le nom juste au-dessus.
Derek Hale.
Le fichier.
Le message.
“Oh mon dieu.”
— Stiles ? demanda Danny au téléphone. Pourquoi t’as l’air de mourir ?
Stiles fixa l’écran avec horreur.
Puis murmura :
— J’ai envoyé ma romance érotique sur Derek Hale… à Derek Hale.
Le silence au bout du fil fut immédiatement remplacé par un hurlement.
Danny riait tellement qu’il n’arrivait plus à respirer.
— OH MON DIEU.
— Je vais mourir.
— STILES—
— IL L’A LUE.
— COMMENT TU SAIS ?
Stiles eut un flash immédiat des regards étranges de Derek toute la journée.
La question sur l’écriture.
L’intensité bizarre.
Le “on doit parler”.
Et surtout…
L’absence totale de menace de mort.
Ce qui était encore plus inquiétant.
— Oh non…
— Oh SI, répondit Danny entre deux rires hystériques.
— Danny je suis sérieux je vais devoir changer d’identité.
— Attends attends… tu veux dire que Derek Hale a lu CINQUANTE PAGES de toi qui fantasmes émotionnellement sur lui ?
— SOIXANTE-TROIS.
Danny recommença à hurler de rire.
Stiles se laissa tomber contre son mur.
— Je vais me jeter sous un bus.
— Non parce que là ce qui me tue c’est que tu as probablement écrit des trucs ultra spécifiques.
Stiles devint écarlate.
— Peut-être.
— Stiles.
— Il y avait… des descriptions.
— QUEL GENRE DE DESCRIPTIONS ?
Stiles ferma les yeux.
Et immédiatement son cerveau décida de lui rappeler exactement ce qu’il avait écrit.
La vapeur de la douche.
Les carreaux froids contre le dos d’Elias.
Rowan qui avançait lentement vers lui avec ce regard sombre et affamé.
La façon dont Stiles avait décrit les mains du loup-garou glissant contre les hanches d’Elias avant de le plaquer doucement contre le mur humide.
“Le souffle de Rowan brûlait contre sa peau pendant que l’eau coulait le long de ses épaules.”
Oh mon dieu.
OH MON DIEU.
— Stiles ? demanda Danny. T’es toujours vivant ?
— À peine.
Parce qu’il se rappelait maintenant chaque détail catastrophique.
La façon dont il avait décrit les muscles du dos de Rowan.
Sa voix grave sous la vapeur chaude.
Le moment où Elias pensait :
“S’il mourait maintenant, au moins il mourrait heureux.”
Stiles se cogna doucement la tête contre le mur.
— DANNY JE REFUSE DE MOURIR AU TÉLÉPHONE.
Son portable vibra.
Un nouveau message.
Derek : “Tu es chez toi ?”
Stiles regarda le texte comme s’il contenait sa condamnation à mort.
— Danny.
— Hm ?
— Il arrive.
— OH ÇA DEVIENT MEILLEUR.
— C’EST PAS DRÔLE.
— C’est la chose la plus drôle arrivée à Beacon Hills depuis l’existence de Jackson.
—
Pendant ce temps, dans le loft, Derek était assis sur son canapé.
Le fameux chapitre trente-deux ouvert devant lui.
Il aurait dû arrêter de lire.
Vraiment.
C’était probablement la décision saine.
Mais il n’arrêtait pas de revenir à ce chapitre.
Parce que c’était impossible de ne pas imaginer Stiles écrire ça.
Impossible de ne pas entendre sa voix derrière certaines phrases.
Derek relut lentement :
“Rowan bloqua Elias contre le mur de la douche avec une lenteur presque cruelle.”
Sa mâchoire se crispa.
Puis :
“L’humain trembla quand les doigts du loup-garou glissèrent contre sa gorge.”
Derek expira lentement. Très lentement.
La chaleur dans son ventre devenait franchement problématique maintenant.
Et ce qui n’aidait absolument pas…
…c’était qu’il imaginait beaucoup trop facilement Stiles.
Le vrai Stiles.
Avec ses yeux immenses.
Son sarcasme nerveux.
Sa bouche incapable de rester silencieuse plus de dix secondes.
Derek passa une main sur son visage.
Puis continua malgré lui.
“Elias sentit son cœur s’emballer quand Rowan grogna doucement son nom contre sa peau.”
Derek ferma brusquement l’ordinateur portable.
— Bordel.
Son visage était chaud. Ridiculement chaud.
Et il se sentait beaucoup trop serré dans son jean pour quelqu’un qui était supposé être calme et adulte.
Ce qui était profondément humiliant.
Il resta immobile plusieurs secondes.
Puis rouvrit quand même le fichier.
Parce qu’il avait un sérieux problème maintenant.
Un problème qui s’appelait Stiles Stilinski.
Et ce problème était en train de détruire sa capacité à réfléchir normalement.
—
Stiles passa les quinze minutes suivantes à paniquer.
Vraiment paniquer.
Il faisait les cent pas dans sa chambre.
Se cognait aux meubles.
Essayait de décider s’il devait :
1. fuir,
2. mourir,
3. prétendre qu’il avait été piraté.
Puis il entendit le moteur de la Camaro.
Son cœur s’arrêta immédiatement.
— Oh mon dieu.
Des pas sur l’échelle extérieure.
Et quelques secondes plus tard, Derek entra dans sa chambre.
Le silence fut instantanément atroce.
Parce que maintenant Stiles savait.
Maintenant il savait que Derek savait.
Et soudain tous les passages du livre revenaient le hanter.
Les descriptions.
Les scènes sexuelles.
Les pensées romantiques.
Le chapitre trente-deux.
MON DIEU LE CHAPITRE TRENTE-DEUX.
Derek referma la fenêtre derrière lui.
Puis regarda Stiles.
Longuement.
Et Stiles sentit immédiatement ses jambes devenir faibles.
Parce que Derek avait cette expression calme.
Cette expression dangereuse où il réfléchissait trop.
— Salut, dit Derek doucement.
Stiles ouvrit la bouche.
Puis :
— Alors avant que tu parles je voudrais dire que techniquement je peux tout expliquer.
Derek croisa lentement les bras.
— Vraiment ?
— Absolument pas mais je tente quand même.
Et contre toute attente…
Derek eut un minuscule sourire.
Ce qui déstabilisa encore plus Stiles.
— Tu n’as pas l’air en colère, dit-il prudemment.
— Je suis surtout curieux.
— Curieux ??
— Tu as écrit soixante-trois pages.
Stiles couvrit immédiatement son visage avec ses mains.
— Derek…
— Sept versions.
— DEREK.
— Tu as vraiment réfléchi à cette histoire.
Stiles voulait mourir.
Vraiment.
Immédiatement.
— Je peux expliquer le contexte artistique.
— Le contexte artistique inclut-il la scène de douche ?
Stiles émit un bruit catastrophique.
Et cette fois Derek rit.
Un vrai rire.
Court.
Grave.
Incroyablement beau.
Stiles resta figé.
Parce que Derek riait rarement.
Et quand il riait, ça changeait complètement son visage.
Il paraissait plus jeune. Plus doux. Moins fermé.
Et le pire, c’était que Stiles réalisa immédiatement pourquoi il avait écrit autant de descriptions dans cette stupide histoire.
Parce qu’il regardait Derek beaucoup trop attentivement depuis beaucoup trop longtemps.
Derek s’appuya légèrement contre le bureau.
— Tu pensais vraiment que je ne reconnaîtrais pas Rowan ?
Stiles gémit.
— Je sais pas, j’espérais que tu serais aveugle.
— Le personnage vit dans un loft.
— Beaucoup de gens vivent dans des lofts.
— Il porte du cuir noir.
— Beaucoup de gens—
— Il grogne.
— Okay ça c’était peut-être spécifique.
Derek secoua légèrement la tête.
Mais son regard restait fixé sur lui.
Intense.
Presque troublé.
Comme s’il essayait encore de comprendre quelque chose.
Puis il demanda doucement :
— Tu me vois vraiment comme ça ?
Le ton avait changé. Plus sérieux maintenant.
Et Stiles sentit immédiatement son cœur se serrer.
— Comme quoi ?
Derek hésita.
Puis :
— Comme quelqu’un de… seul.
Le silence remplit immédiatement la pièce.
Parce que cette question-là n’était plus drôle.
Plus du tout.
Stiles regarda Derek. Le regarda vraiment.
Les épaules tendues.
La fatigue dans ses yeux.
Cette manière qu’il avait de toujours rester prêt à partir ou à se battre.
Comme s’il ne croyait jamais vraiment qu’un endroit pouvait devenir sûr.
Et merde.
C’était exactement ce qu’il avait écrit.
Parce que c’était exactement ce qu’il ressentait quand il regardait Derek.
— Oui, répondit Stiles doucement.
Derek resta immobile.
Alors Stiles continua, incapable de s’arrêter maintenant :
— Tu portes tout tout seul depuis des années.
Silence.
— Tu protèges constamment les autres.
Toujours aucun mouvement.
— Et personne te demande jamais comment toi tu vas.
Quelque chose passa dans les yeux de Derek. Quelque chose de fragile.
Très bref.
Mais Stiles le vit.
Et soudain cette histoire n’était plus juste une humiliation géante.
C’était pire.
C’était honnête.
Derek baissa légèrement les yeux. Puis demanda :
— Le personnage humain…
— Elias ?
— Oui.
Stiles sentit immédiatement sa panique revenir.
— Hm ?
Derek releva les yeux vers lui.
— C’est toi, pas vrai ?
Le souffle de Stiles vacilla. Parce qu’il pouvait mentir. Il aurait dû mentir.
Mais Derek le regardait comme s’il voulait une vraie réponse.
Alors Stiles eut un rire nerveux.
— Je refuse légalement de répondre à cette question.
Le coin de la bouche de Derek bougea légèrement.
— Stiles.
— Derek.
— Tu as écrit une scène entière où Elias décrit les yeux de Rowan pendant deux pages.
— Ils sont très descriptibles.
Le silence tomba.
Puis les yeux de Derek glissèrent brièvement vers sa bouche.
Le cœur de Stiles s’arrêta net.
Oh.
OH.
Attends.
Une pensée énorme et terrifiante commença soudain à se former dans son cerveau.
Parce que Derek n’avait pas l’air dégoûté.
Pas du tout.
Il avait l’air… Nerveux.
Et Derek Hale nerveux était une chose profondément déstabilisante.
— Derek… dit lentement Stiles.
— Hm ?
— Pourquoi t’es pas en train de me tuer ?
Derek sembla sincèrement surpris.
— Pourquoi je te tuerais ?
— J’ai écrit une romance érotique inspirée de toi !
— Oui.
— Et ça ne te dérange pas ??
Derek resta silencieux quelques secondes.
Puis :
— Non.
Le cœur de Stiles rata un battement.
— …Oh.
Derek s’approcha lentement. Très lentement.
Et Stiles oublia immédiatement comment respirer correctement.
— Tu veux savoir ce qui m’a dérangé ? demanda Derek doucement.
Stiles acquiesça faiblement.
— Le fait que personne ne m’ait jamais regardé comme ça avant.
La poitrine de Stiles se serra violemment.
Derek continua :
— Tu as écrit des choses sur moi que personne ne remarque.
Le souffle de Stiles vacilla encore.
— Derek…
— Et j’ai passé tout le livre à essayer de comprendre si Elias aimait vraiment Rowan ou si j’imaginais des choses.
Stiles cligna des yeux. Puis encore.
Très lentement.
— …Quoi ?
Derek le regardait droit dans les yeux maintenant.
Sans détour. Sans fuir.
— Il était amoureux de lui depuis le début, murmura Derek.
Le cerveau de Stiles explosa.
Parce que soudain il comprenait.
Les regards bizarres.
Les questions.
L’absence totale de colère.
Et cette tension étrange depuis que Derek était entré dans sa chambre.
Oh mon dieu.
OH MON DIEU.
— Attends…
Derek s’approcha encore.
Ils étaient proches maintenant.
Trop proches.
— Stiles, dit-il doucement. Tu crois vraiment que j’aurais relu soixante-trois pages si ça me dérangeait ?
Le cœur de Stiles battait tellement fort qu’il avait l’impression qu’il allait traverser sa cage thoracique.
— Tu les as relues ?
— Trois fois.
Stiles émit un son étranglé.
— Le chapitre trente-deux aussi ?
Derek eut un très léger sourire.
— Surtout le chapitre trente-deux.
— JE VAIS MOURIR.
Et Derek rit encore.
Avant de tendre la main vers lui.
Lentement.
Comme pour lui laisser le temps de reculer.
Mais Stiles ne recula pas.
Impossible.
Pas quand Derek le regardait comme ça.
Comme s’il était important.
Comme s’il était précieux.
La main de Derek se posa contre sa nuque.
Chaude.
Immense.
Et Stiles oublia instantanément comment penser.
— Tu sais ce que j’ai compris en lisant ton histoire ? murmura Derek.
— Hm ?
— Que je voulais probablement la même chose qu’Elias.
Le monde entier sembla basculer.
Puis Derek l’embrassa.
Et plus rien n’eut le moindre sens après ça.
Le premier contact fut presque trop doux.
Bien plus doux que ce que Stiles avait imaginé.
Il s’était attendu à quelque chose de brutal, d’impatient, peut-être même maladroit à force d’être retenu trop longtemps. Mais Derek l’embrassait comme s’il posait enfin une question qu’il n’avait jamais osé formuler.
Comme s’il attendait une réponse.
Stiles répondit immédiatement.
Pas élégamment. Pas calmement.
Mais avec toute la panique, le soulagement et le désir qu’il avait gardés enfermés quelque part sous ses plaisanteries depuis des mois.
Ses mains attrapèrent la veste de Derek.
Le cuir était froid sous ses doigts.
Derek, lui, était chaud.
Beaucoup trop chaud.
Stiles inspira brusquement contre sa bouche.
Derek se recula à peine.
— Ça va ?
Stiles ouvrit les yeux.
— Tu viens vraiment de m’embrasser et de me demander si ça va ?
— Oui.
— Derek, je suis à deux secondes de perdre définitivement ma capacité à parler.
Un sourire minuscule apparut sur le visage de Derek.
— Ce serait nouveau.
— Wow. Première soirée ensemble et déjà les insultes conjugales.
Derek fronça les sourcils.
— Ensemble ?
Stiles se figea.
— Je veux dire— pas ensemble ensemble, enfin pas si tu ne veux pas, c’était une blague, enfin une semi-blague, une blague pleine d’espoir et d’humiliation—
Derek l’embrassa encore.
Cette fois plus franchement.
Et Stiles se tut immédiatement.
Ce qui était probablement la manière la plus efficace de le faire taire.
Le baiser devint plus assuré.
Plus chaud.
Assez intense pour que Stiles sente ses genoux devenir inutiles.
Derek recula juste assez pour murmurer :
— Je veux.
Stiles cligna des yeux.
— Quoi ?
— Être ensemble.
Le silence devint énorme.
Stiles le fixa.
Puis son visage se transforma lentement.
Comme s’il essayait de ne pas sourire trop fort et échouait complètement.
— Oh.
Derek haussa un sourcil.
— C’est tout ?
— Non, c’est juste que mon cerveau redémarre.
— Ça prend longtemps ?
— Quand Derek Hale m’annonce qu’il veut être mon petit ami après avoir lu ma romance érotique de soixante-trois pages ? Oui, un peu.
Derek secoua la tête, mais son expression était douce.
Incroyablement douce.
Et Stiles sentit quelque chose se défaire dans sa poitrine.
Quelque chose qui avait été tendu depuis trop longtemps.
Derek resta près de lui, sa main toujours contre sa nuque, le pouce effleurant doucement sa peau.
— Tu as peur ? demanda-t-il.
Stiles aurait pu plaisanter.
Dire qu’il avait peur de beaucoup de choses.
Des kanimas. Des darachs. Des factures médicales. De Lydia quand elle souriait trop calmement.
Mais la question de Derek était trop sérieuse.
Alors il répondit vraiment.
— Oui.
Derek ne bougea pas.
— De moi ?
— Non.
Stiles inspira lentement.
— De ça.
Il fit un geste vague entre eux.
— De vouloir trop. De tout gâcher. De découvrir que j’ai écrit quelque chose de plus beau que ce qui peut réellement exister.
Le regard de Derek s’adoucit encore.
— Stiles.
— Je sais, je sais, c’est dramatique, mais tu m’as lu, donc tu sais déjà que je suis dramatique à l’écrit aussi.
— Ton histoire n’était pas plus belle que la réalité.
Stiles resta silencieux.
Derek prit une respiration lente.
Comme si ce qu’il allait dire lui coûtait.
— Dans ton histoire, Rowan met longtemps à comprendre qu’Elias l’aime.
— Oui.
— Mais il finit par comprendre.
— Oui.
— Et après ça, il arrête de fuir.
Stiles sentit sa gorge se serrer.
— Derek…
— Je suis fatigué de fuir.
La pièce sembla devenir plus silencieuse encore.
La pluie continuait contre la fenêtre, mais elle paraissait loin.
Très loin.
Stiles posa lentement sa main sur le poignet de Derek.
— Alors reste.
Derek le regarda.
Et pendant une seconde, Stiles vit clairement tout ce qui passait derrière ses yeux.
La peur.
L’envie.
La méfiance apprise trop jeune.
Le besoin de croire que quelque chose pouvait être simple.
Pas facile.
Jamais facile à Beacon Hills.
Mais simple dans son évidence.
Derek posa son front contre celui de Stiles.
— D’accord.
Stiles ferma les yeux.
Son cœur battait encore trop vite.
Mais ce n’était plus seulement de la panique.
C’était autre chose.
Quelque chose de chaud.
Quelque chose qui ressemblait dangereusement à du bonheur.
Puis, évidemment, son cerveau décida de ruiner le moment.
— Attends.
Derek soupira.
— Quoi ?
— Tu as vraiment lu le chapitre trente-deux trois fois ?
Derek ferma les yeux.
— Stiles.
— Non parce que maintenant je vais devoir vivre avec cette information.
— Tu l’as écrit.
— Oui mais je ne savais pas que TU allais le lire.
— Tu voulais que Danny le lise.
— Danny ne me plaque pas mentalement contre les murs de douche quand il lit.
Derek ouvrit les yeux.
Le silence tomba.
Stiles se figea.
— Je viens de dire ça à voix haute.
— Oui.
— Je vais déménager.
Derek sourit lentement.
— Trop tard.
— Pourquoi ?
— Parce que maintenant je sais.
— Tu sais quoi ?
Derek pencha légèrement la tête.
— Que tu as pensé à moi sous la douche.
Stiles fit un bruit étranglé.
— Je retire ma déclaration d’amour implicite.
— Trop tard aussi.
— Tu es terrible.
— Tu as écrit “Rowan était terrible, mais Elias voulait quand même l’embrasser.”
Stiles resta bouche bée.
— Tu cites mon texte contre moi ?
— Oui.
— C’est une trahison littéraire.
Derek eut un petit rire.
Et cette fois Stiles sourit sans pouvoir s’en empêcher.
Parce que c’était absurde.
Parce que c’était humiliant.
Parce que Derek Hale était dans sa chambre, à citer sa propre romance érotique, et à le regarder comme s’il venait de lui offrir quelque chose de précieux.
— Tu sais, murmura Stiles, je pensais vraiment que tu serais furieux.
— Je l’ai été.
Stiles se tendit légèrement.
Derek caressa doucement sa nuque.
— Pas parce que tu l’as écrit.
— Alors pourquoi ?
— Parce que tu ne me l’as pas dit.
Stiles cligna des yeux.
— Quoi ?
— Tu as réussi à mettre tout ça dans une histoire, mais jamais à me le dire en face.
Stiles eut un rire sans joie.
— Derek, avec tout le respect que je te dois, ton visage de repos ressemble à une menace de mort.
— Tu m’as déjà affronté alors que j’étais beaucoup plus menaçant.
— Oui, mais là il s’agissait de sentiments. Les sentiments sont plus dangereux que les alphas.
Derek sembla réfléchir.
— Pas faux.
Stiles le fixa.
— Merci de reconnaître ma sagesse.
— Ne pousse pas.
Le sourire de Stiles trembla un peu.
Puis il devint plus sérieux.
— Je ne savais pas que tu pouvais vouloir ça.
— Moi non plus.
La réponse était simple.
Honnête.
Et elle toucha Stiles plus qu’elle n’aurait dû.
Derek détourna légèrement les yeux.
— Je ne suis pas très doué pour ça.
— Pour quoi ?
— Être avec quelqu’un.
Stiles avala difficilement.
— Moi non plus.
— Tu parles beaucoup.
— C’est mon mécanisme de survie.
— Tu paniques.
— Également mon mécanisme de survie.
— Tu risques d’écrire encore des choses embarrassantes sur moi.
Stiles leva un doigt.
— Ça, c’est mon mécanisme artistique.
Derek secoua la tête.
Mais il souriait.
Encore.
Comme si Stiles avait trouvé une fissure dans son armure et s’y était installé sans permission.
— Et toi, reprit Stiles doucement. Tu grognes au lieu de parler.
— Je parle.
— Tu utilises trois mots quand vingt seraient nécessaires.
— Efficace.
— Terrifiant.
— Tu t’y feras.
Le cœur de Stiles fit quelque chose de stupide.
Parce que “tu t’y feras” voulait dire qu’il y aurait un après.
Un demain.
Une suite.
Pas juste un baiser dû à un choc émotionnel.
Pas juste une réaction bizarre à une histoire accidentellement envoyée.
Une vraie possibilité.
Stiles sentit son expression se ramollir malgré lui.
Derek le remarqua.
Bien sûr.
— Quoi ?
— Rien.
— Stiles.
— Je viens juste de réaliser qu’on va devoir le dire à Scott.
Derek se crispa.
— Non.
— Si.
— Pas ce soir.
— Pas ce soir, évidemment. Ce soir je suis encore dans ma phase “je ne crois pas que ça arrive”.
— Bien.
— Mais bientôt.
Derek grogna doucement.
Stiles pointa un doigt vers lui.
— Voilà. Ça. C’est exactement pour ça que Rowan grogne tout le temps.
Derek lui lança un regard.
— Je ne grogne pas tout le temps.
— Derek.
— Quoi ?
— Tu viens de grogner contre l’idée de parler à Scott.
— C’était justifié.
Stiles éclata de rire.
Un rire nerveux, soulagé, presque trop fort.
Derek le regarda comme si ce son le surprenait.
Puis son expression s’adoucit.
— J’aime bien quand tu ris, dit-il.
Stiles se tut immédiatement.
— Oh.
— Quoi ?
— Rien. C’est juste… très injuste quand tu dis des choses comme ça avec ta voix.
Derek leva un sourcil.
— Ma voix ?
— Ne fais pas semblant de ne pas savoir.
— Je ne sais pas.
— Mensonge. Tu as lu mon histoire. Tu sais exactement l’effet de ta voix.
Un éclat amusé passa dans les yeux de Derek.
— Celle qui “vibrait comme un grondement contre la peau d’Elias” ?
Stiles poussa un cri étranglé.
— Arrête de citer !
— Pourquoi ?
— Parce que je suis à deux secondes de la combustion spontanée.
Derek s’approcha encore.
— Ce serait dommage.
— Très dommage, oui, je suis un élément précieux de la meute.
— Tu es plus que ça.
Le sourire de Stiles disparut lentement.
Parce que Derek ne plaisantait plus.
Sa main était toujours contre sa nuque.
Son pouce bougeait à peine.
Un mouvement discret.
Presque inconscient.
— Tu es plus que ça, répéta Derek.
La gorge de Stiles se serra.
Il n’avait plus envie de plaisanter.
Plus maintenant.
— Toi aussi.
Derek ferma brièvement les yeux.
Comme si entendre ces mots lui faisait mal.
Ou du bien.
Peut-être les deux.
Stiles leva la main et posa ses doigts contre la joue de Derek.
Le geste était maladroit.
Hésitant.
Mais Derek se pencha légèrement contre son toucher.
Et ce simple mouvement faillit briser Stiles.
Parce que Derek Hale, qui avait survécu à tant de choses, qui portait son corps comme une arme et sa colère comme une armure, acceptait cette douceur comme s’il n’était pas certain d’y avoir droit.
— Tu mérites qu’on te regarde comme ça, murmura Stiles.
Derek ouvrit les yeux.
— Comme dans ton histoire ?
— Non.
Stiles sourit faiblement.
— Mieux que dans mon histoire.
Derek l’embrassa encore.
Lentement.
Profondément.
Sans chercher à prouver quoi que ce soit.
Juste pour être là.
Pour dire oui.
Pour rester.
Quand ils se séparèrent, la respiration de Stiles était un peu tremblante.
— Okay.
Derek fronça légèrement les sourcils.
— Okay ?
— Oui. Okay. Nous. Ça. Tout ça.
— Tu es sûr ?
Stiles le regarda comme s’il était fou.
— Derek, j’ai accidentellement envoyé la preuve littéraire de mon crush monumental sur toi, tu as lu le chapitre de douche trois fois, tu es venu ici, tu m’as embrassé, et je suis toujours debout. À ce stade, je pense qu’on peut considérer que l’univers a fait un choix.
Derek eut un rire bas.
— L’univers ?
— Ou mon manque de sommeil. Mais je préfère l’univers, c’est plus romantique.
— Tu es impossible.
— Et pourtant tu veux être mon petit ami.
— Oui.
Le mot était simple.
Direct.
Sans hésitation.
Et Stiles sentit son cœur faire cette chose terrible, immense, incontrôlable.
— Redis-le.
Derek le regarda.
— Je veux être ton petit ami.
Stiles ferma les yeux.
— Wow.
— Tu vas survivre ?
— Incertain.
Derek l’attira doucement contre lui.
Cette fois, Stiles ne paniqua pas.
Pas vraiment.
Il se laissa juste aller contre la chaleur de Derek.
Son visage contre son épaule.
Ses mains agrippées au cuir de sa veste.
Derek passa un bras autour de sa taille.
Prudent au début.
Puis plus ferme lorsque Stiles ne recula pas.
Et pendant quelques secondes, ils restèrent ainsi.
Sans parler. Sans plaisanter. Sans se cacher derrière le sarcasme.
Stiles entendait la pluie.
Le souffle de Derek.
Son propre cœur.
Et, étrangement, il se sentit calme.
Pas complètement.
Il était toujours Stiles.
Son cerveau continuait à produire dix-sept scénarios catastrophes à la minute.
Mais sous tout ça, il y avait une certitude neuve.
Derek était là.
Derek restait.
Derek savait.
Et il n’était pas parti.
— Tu devrais rester, murmura Stiles contre son épaule.
Derek se raidit légèrement.
— Cette nuit ?
— Oui.
Puis Stiles recula juste assez pour le regarder.
— Pas pour… tu sais. Pas forcément. Juste rester.
Le regard de Derek s’adoucit.
— D’accord.
— Vraiment ?
— Oui.
— Parce que mon père est en service de nuit donc il ne rentre pas avant demain matin, mais si jamais il rentre plus tôt et te voit sortir de ma chambre par la fenêtre, il pourrait tirer.
— Ton père m’aime bien.
— Mon père tolère ta présence parce que tu aides parfois à sauver la ville.
— C’est suffisant.
— Pas si tu sors de ma chambre à l’aube.
Derek sembla réfléchir.
— Je peux sortir par la porte.
Stiles le fixa.
— Progression énorme dans notre relation.
Derek leva les yeux au ciel.
Puis retira lentement sa veste.
Stiles devint immédiatement rouge.
— Qu’est-ce que tu fais ?
— Je reste.
— Oui mais tu retires des vêtements.
— Ma veste, Stiles.
— Je suis émotionnellement fragile.
Derek eut un sourire presque imperceptible.
— J’ai remarqué.
Stiles pointa le lit.
— Tu peux t’asseoir. Ou rester debout de façon intimidante. Je sais que c’est ton activité préférée.
Derek s’assit sur le bord du lit.
Stiles resta debout une seconde, soudain nerveux.
Parce que maintenant que l’urgence du moment se calmait, il réalisait qu’il avait Derek Hale sur son lit.
Derek Hale.
Sur son lit.
Après l’avoir embrassé.
Après avoir lu ses scènes de douche.
Son cerveau tenta de redémarrer et échoua.
Derek le regarda.
— Tu vas rester planté là ?
— Peut-être.
— Stiles.
— Je gère beaucoup de nouvelles informations.
Derek tendit la main.
Simplement.
Stiles la regarda.
Puis la prit.
Les doigts de Derek se refermèrent autour des siens avec une douceur qui ne collait pas du tout à son image habituelle.
Et pourtant…
Ça lui allait.
Vraiment.
Stiles s’assit à côté de lui.
Le silence revint.
Moins lourd cette fois.
Plus intime.
Stiles fixa leurs mains jointes.
— C’est bizarre.
Derek baissa les yeux.
— Ça te dérange ?
— Non. Non, c’est bizarre dans le bon sens. Genre… mon cerveau a écrit ça, puis la réalité a décidé de faire une version director’s cut.
Derek souffla un rire.
— Tu vas comparer toute notre relation à ton histoire ?
— Probablement, oui.
— Je dois lire la suite alors.
Stiles se figea.
— Pardon ?
— La suite.
— Il n’y a pas de suite.
Derek le regarda.
Stiles évita ses yeux.
— Enfin… pas encore.
— Donc tu comptais continuer.
— Peut-être.
— Comment ça finit ?
Stiles sentit son visage chauffer.
— Je ne sais pas.
— Mensonge.
— Je sais un peu.
Derek attendit.
Stiles soupira.
— Rowan finit par accepter qu’il n’a pas à être seul. Elias finit par arrêter de croire qu’il aime toujours les gens trop fort. Ils se choisissent. Malgré le danger, malgré la peur, malgré tout.
Derek resta silencieux.
Longtemps.
Puis il dit :
— C’est une bonne fin.
Stiles le regarda.
— Oui ?
— Oui.
Derek serra légèrement sa main.
— Mais tu devrais peut-être l’écrire différemment maintenant.
— Ah oui ?
— Oui.
— Comment ?
Derek croisa son regard.
— Ils ne “finissent” pas ensemble.
Stiles sentit son cœur ralentir.
— Non ?
— Ils commencent.
Le silence qui suivit fut probablement le plus beau que Stiles ait jamais entendu.
Puis, parce qu’il était lui, il murmura :
— C’est beaucoup trop romantique pour toi.
— Ne t’habitue pas.
— Trop tard. Je vais le mettre dans le chapitre suivant.
— Stiles.
— “Rowan dit quelque chose de si romantique qu’Elias pensa qu’il était peut-être possédé.”
Derek soupira.
Mais il souriait encore.
Plus tard, bien plus tard, ils finirent par s’allonger.
Pas parfaitement.
Pas naturellement au début.
Stiles bougeait trop.
Derek ne savait pas où mettre ses bras.
Ils se cognèrent les genoux.
Stiles faillit tomber du lit.
Derek le rattrapa avec une rapidité humiliante.
— Je contrôle totalement la situation, marmonna Stiles.
— Bien sûr.
— Tu vas te moquer de moi longtemps ?
— Probablement.
Finalement, ils trouvèrent une position.
Stiles sur le côté.
Derek derrière lui, un bras autour de sa taille.
La chaleur de son corps dans son dos.
Sa respiration contre sa nuque.
Stiles resta parfaitement immobile.
— Tu respires très fort, dit Derek.
— Parce que ton bras est autour de moi.
— Tu veux que je l’enlève ?
— Si tu l’enlèves, je te mords.
Derek resta silencieux.
Puis :
— Je suis censé être le loup-garou.
— Je m’adapte.
Derek enfouit un rire contre son épaule.
Stiles sourit dans l’obscurité.
Et pour la première fois depuis longtemps, il sentit le sommeil venir sans combat.
Juste avant de sombrer, il murmura :
— Derek ?
— Hm ?
— Tu me promets de ne jamais montrer l’histoire à Scott ?
— Oui.
— Ni à Isaac.
— Oui.
— Ni à Peter.
Derek se tendit.
— Peter mourrait avant de la lire.
— Ça ne me rassure pas.
— Je le tuerais avant.
— Ça, ça me rassure.
Un silence.
Puis Derek demanda :
— Danny va vouloir la lire ?
Stiles gémit.
— Oh mon dieu. Danny.
— Il sait ?
— Il sait que j’ai envoyé “soixante-trois pages de mon homosexualité refoulée” à Derek Hale.
Derek resta silencieux.
Puis son torse vibra contre le dos de Stiles.
Il riait.
Encore.
— Je te déteste, marmonna Stiles.
— Non.
— Non, pas vraiment.
Derek resserra légèrement son bras autour de lui.
— Dors.
— Autoritaire.
— Stiles.
— Okay, okay.
Il ferma les yeux.
La pluie continuait doucement.
Le monde était toujours dangereux.
Beacon Hills serait toujours Beacon Hills.
Mais Derek était là.
Et pour cette nuit au moins, c’était assez.
—
Le lendemain matin, Stiles se réveilla avec une chaleur solide dans son dos.
Pendant trois secondes, il ne comprit pas.
Puis la soirée précédente lui revint d’un seul coup.
L’histoire.
Danny.
Le mauvais destinataire.
Derek.
Le chapitre trente-deux.
Le baiser.
Les mots.
Être ensemble.
Stiles ouvrit les yeux brusquement.
Derek était toujours là.
Endormi.
Son bras toujours autour de la taille de Stiles.
Son visage beaucoup plus détendu que d’habitude.
Stiles resta immobile.
Complètement immobile.
Parce que Derek Hale dans son lit était une vision qui méritait le silence religieux.
Puis Derek ouvrit les yeux.
— Tu me fixes.
Stiles sursauta.
— Tu fais semblant de dormir pour piéger les gens ?
— J’ai entendu ton rythme cardiaque changer.
— C’est de la triche.
— Oui.
Derek ne bougea pas.
Son regard était encore un peu flou de sommeil.
Et Stiles sentit son cœur faire quelque chose de ridicule.
— Salut, murmura Derek.
Stiles sourit malgré lui.
— Salut.
Un silence doux s’installa.
Puis Stiles demanda :
— Tu regrettes ?
Derek fronça immédiatement les sourcils.
— Non.
— Réponse rapide. J’aime ça.
— Toi ?
Stiles secoua la tête.
— Non.
Puis il sourit.
— Même si je vais probablement paniquer quinze fois aujourd’hui.
— Je sais.
— Même si Scott va faire sa tête de chiot confus.
— Je sais.
— Même si Danny va réclamer des détails.
— Il n’en aura pas.
— Tu ne connais pas Danny.
— Il n’en aura pas.
Stiles sourit plus largement.
— Possessif.
— Protecteur.
— Synonyme émotionnellement acceptable.
Derek leva les yeux au ciel.
Puis son regard glissa vers le bureau.
L’ordinateur de Stiles était encore ouvert.
Le document affichait toujours le titre.
“Moonlight Instincts_FINAL_v7”.
Derek le regarda.
Puis regarda Stiles.
— Tu devrais changer le titre.
Stiles s’indigna immédiatement.
— Pardon ?
— Il est mauvais.
— Excuse-moi, monsieur je-grogne-au-lieu-de-communiquer, mais Moonlight Instincts est un titre parfaitement dramatique.
— C’est trop dramatique.
— C’est une romance de loup-garou.
— Justement.
— Très bien. Propose mieux.
Derek resta silencieux.
Puis dit :
— Le mauvais destinataire.
Stiles ouvrit la bouche.
La referma.
Puis plissa les yeux.
— Je déteste que ce soit bon.
Derek eut un sourire minuscule.
— Je sais.
Stiles attrapa son téléphone.
Il avait dix-sept messages de Danny.
Les premiers étaient des “ALORS ?”
Puis des “IL EST VIVANT ?”
Puis : “Si tu ne réponds pas, j’assume que vous vous êtes embrassés.”
Puis : “Ou que Derek t’a enterré dans les bois.”
Puis : “Les deux sont possibles.”
Stiles tapa rapidement :
“Je suis vivant.”
Danny répondit instantanément :
“ET ?”
Stiles regarda Derek.
Derek haussa un sourcil.
Stiles sourit lentement.
Puis écrivit :
“Disons que ton expertise homosexuelle n’est finalement plus nécessaire.”
Danny répondit :
“OH MON DIEU.”
Puis :
“IL T’A EMBRASSÉ.”
Puis :
“JE LE SAVAIS.”
Puis :
“JE VEUX LIRE L’HISTOIRE.”
Stiles verrouilla immédiatement son téléphone.
— Nope.
Derek demanda :
— Quoi ?
— Danny veut lire.
— Tu vas lui envoyer ?
Stiles le fixa comme s’il était fou.
— Après tout ça ? Jamais. Ce document est maintenant une pièce à conviction dans notre relation.
— Notre relation ?
Stiles devint rouge.
— Oui. Enfin. Sauf si tu veux utiliser un autre terme. Partenariat émotionnellement confus ? Alliance romantique surnaturelle ? Erreur d’envoi devenue miracle ?
Derek se pencha et l’embrassa brièvement.
— Relation, c’est bien.
Stiles sourit contre sa bouche.
— Ouais ?
— Oui.
Derek se leva ensuite du lit.
Stiles essaya très fort de ne pas regarder.
Échoua.
Derek le remarqua immédiatement.
— Stiles.
— Quoi ? Je suis écrivain. J’observe.
— Tu observes beaucoup.
— C’est pour l’art.
Derek enfila sa veste.
— Si tu écris un chapitre trente-trois, je veux le lire avant Danny.
Stiles resta bouche bée.
— Tu veux devenir mon bêta-lecteur ?
— Si je suis le sujet principal, oui.
— Tu réalises à quel point c’est dangereux de me donner ce pouvoir ?
— Oui.
— Je pourrais écrire n’importe quoi.
Derek s’approcha de la fenêtre.
Puis se retourna.
Son expression était sérieuse, mais ses yeux brillaient d’amusement.
— Alors écris quelque chose de vrai.
Stiles resta silencieux.
Parce que cette phrase le toucha en plein cœur.
Derek ouvrit la fenêtre.
— Je te vois plus tard.
Stiles se leva précipitamment.
— Attends.
Derek se retourna.
Stiles traversa la chambre et l’embrassa.
Juste parce qu’il pouvait.
Juste parce que, pour une fois, la réalité était meilleure que ce qu’il avait écrit.
Quand il recula, Derek le regardait avec cette expression douce qui détruisait entièrement sa capacité à fonctionner.
— Plus tard, murmura Stiles.
— Plus tard.
Derek disparut par la fenêtre.
Stiles resta planté là pendant plusieurs secondes.
Puis il retourna vers son ordinateur.
Il ouvrit le document.
Regarda le titre.
“Moonlight Instincts_FINAL_v7”.
Il sourit.
Puis effaça lentement les mots.
À la place, il écrivit :
“Le mauvais destinataire”.
Il resta un moment à contempler le nouveau titre.
Puis, sous le dernier chapitre, il ajouta une nouvelle phrase.
“Rowan ne fut pas la fin de l’histoire d’Elias. Il en fut le commencement.”
Stiles relut la phrase.
Son sourire devint incontrôlable.
Puis son téléphone vibra encore.
Danny : “Je veux tous les détails.”
Stiles répondit :
“Jamais.”
Puis, après une seconde, il ajouta :
“Mais sache que j’avais raison. La romance fonctionne.”
Danny répondit :
“JE LE SAVAIS.”
Stiles rit doucement.
Dehors, la pluie s’était arrêtée.
Beacon Hills restait dangereuse.
Imprévisible.
Pleine de monstres, de secrets et de catastrophes probables.
Mais Stiles avait envoyé son histoire au mauvais destinataire.
Et, d’une manière absolument ridicule, humiliante et miraculeuse…
C’était devenu la meilleure erreur de sa vie.
