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Tentées

Summary:

En camping avec les Weasley, Tonks se réveille dans une tente inconnue aux côtés de la fiancée de Bill sans aucun souvenir de la soirée précédente… C’est déjà un problème en soi, mais plus grave encore : la sortie semble avoir disparu.
Comment a-t-elle bien pu se retrouver dans cette galère ?

Notes:

Cette fic a été écrite lors de ma participation à l’ASPIC (Ateliers Scripturaux Promouvant l'Imagination et la Créativité) Prompt Unique organisé par le serveur Discord Potterfictions.
Vous pouvez nous rejoindre via le lien suivant : https://discord.gg/5FHmSpEfvh

Work Text:

Lorsque Tonks ouvrit les yeux, elle avait la bouche pâteuse et une méchante migraine. Elle se passa une main sur le visage en se redressant dans le lit.

Clairement, elle avait un peu trop forcé sur la boisson hier soir. À sa décharge, Bill et Charlie avaient une sacrée descente. Elle se rappelait vaguement leur discussion autour du feu pendant que les autres partaient dormir. Ensuite, c’était le trou noir.

Elle regarda autour d’elle, désorientée.

Elle se trouvait dans un lit inconnu. Ce lit occupait une tente ronde, coquettement décorée, en toile bleu ciel. Près d’elle trônait une table de chevet style Louis XV et, sur cette table de chevet, un recueil de Baudelaire en langue originale. Ce dernier détail l’interpela.

Elle se tourna alors vers la forme indistincte sous les couvertures, juste à côté d’elle.

Sur l’oreiller, une longue tresse d’un blond argenté dépassait des draps.

Ses entrailles se nouèrent.

Que disaient les Français, déjà ? Ah, oui.

Merde.

 

⛰️⛺️🏕️

 

Le chemin était raide et le soleil impitoyable. À chaque pas, les cheveux de Tonks viraient un peu plus au grisâtre.

— Charlie, ralentis ! lança-t-elle, loin derrière.

— Faut pas qu’on traîne, ou ils vont arriver avant nous.

— Mais j’ai mal aux pieds, moi !

Charlie s’arrêta pour la regarder d'un air goguenard.

— T’as qu’à utiliser ton pouvoir pour te faire des jambes plus musclées !

— Mes jambes sont musclées, tête de kumquat ! ronchonna Tonks. J’avais juste pas prévu des chaussures de rando !

Elle buta sur une pierre et manqua de s’étaler par terre, mais Charlie la retint par le bras.

— Je sais pas comment t’as pu devenir Auror alors que tu tiens à peine sur tes pieds, se moqua-t-il.

— Je compense avec ma capacité à assommer un homme d’un seul coup de poing. Tu veux tester ?

Charlie la poussa dans le dos en riant.

— Allez, on y est presque !

Après avoir passé un dernier col, ils débouchèrent dans une petite vallée nichée au cœur des montagnes. Le tapis d’herbe tendre était parsemé de grandes étendues de rhododendrons sauvages d’un rose vibrant. Un ruisseau scintillant s'écoulait en contrebas. Tonks était bouche bée.

— Wow. C’est magnifique. C’est ici ?

— C’est ici, confirma Charlie avec un clin d’œil.

Elle poussa un râle de soulagement et s’étala de tout son long au milieu des fleurs fuchsia. Le temps resplendissant compensait la fraîcheur de l’altitude par cette après-midi d’été. Sa tignasse revigorée se fondait presque dans la végétation.

Depuis la disparition de Sirius quelques semaines plus tôt, l’ambiance au sein de l’Ordre était devenue franchement glauque. La jeune Auror en manque de vacances n’avait donc pas hésité longtemps avant de débarquer sans invitation dans la réserve de Charlie, dont la compagnie était toujours la garantie de beuveries joyeuses et de paysages spectaculaires. Elle n’avait toutefois pas anticipé que la famille Weasley profiterait également du mois de juillet pour rendre visite au dragonnier.

— Je crois que je les vois ! annonça Charlie.

Tonks se redressa sur un coude. Une main en visière, elle distingua sept silhouettes sur des balais. Ron volait en tête avec les jumeaux, suivis de leurs parents, après lesquels venaient probablement Bill et… Tonks plissa les yeux. Charlie n’avait pas dit que Ginny restait chez une amie ? Percy se serait rabiboché avec sa famille ? Ou bien…

— Euh, Charlie… Pourquoi la meuf de Bill est là ?

— Parce que c’est sa meuf ? hasarda Charlie.

— Tu m’as dit qu’il y aurait juste tes parents et tes frangins !

— Parce que tu crois que toi, t’as plus de légitimité à squatter ma réunion familiale ?

— Je t’emmerde, carrot cake.

Tonks n’était pas prête à la voir ici, maintenant. Mais était-on jamais prête pour quelqu’un comme Fleur Delacour ?

Bientôt, la jeune femme atterrit avec grâce et élégance au milieu des fleurs parfumées tandis que les différents membres de la famille Weasley échangeaient des commentaires sur le trajet. La splendeur de la Française irradiait autour d’elle, comme si elle altérait la lumière dans sa proximité immédiate pour rendre le monde un peu plus merveilleux. Il était très difficile de détourner le regard lorsque Fleur était là. Au demeurant, Tonks n’en avait pas particulièrement envie.

Lorsque les yeux outremer de la jeune femme se posèrent enfin sur elle, une expression étrange passa sur son visage. Tonks eut soudain un mauvais pressentiment.

Quelque chose clochait.

 

⛰️⛺️🏕️

 

Tonks bondit hors des draps. Elle portait son débardeur et sa culotte de la veille. Au moins, elle n’était pas nue, ce qui était plutôt bon signe. Elle renfila son pantalon laissé en tas par terre tout en essayant sans succès de se souvenir du moment où elle était arrivée là. Il fallait qu’elle demande à Charlie. Charlie saurait.

Elle chercha la sortie sans parvenir à trouver l’ouverture dans la semi-clarté de la tente. Perplexe, elle dégaina sa baguette pour lancer un Lumos. La lumière vive lui agressa les yeux et accentua le tambour dans son crâne, qui lui arracha un grognement de douleur.

— Que se passe-t-il ? dit mollement une voix, dans un français charmant. C’est le matin ?

Elle avait réveillé Fleur, qui s’étirait à présent voluptueusement, son masque de nuit assorti à son caraco en soie rose poudré. Le cerveau déjà mal en point de Tonks se grippa.

— Euuuuuuuuh. Salut ?

Fleur releva son masque.

— Tonks… Bonjour.

Son ton n’exprimait pas un enchantement absolu.

— Ouais. Euh. Désolée. J’ai la tête qui va exploser et je sais pas du tout ce que je fous là.

Fleur tourna la tête vers la place encore chaude à côté d’elle dans le lit et ses pommettes rosirent légèrement.

— Les garçons et toi vous êtes couchés tard, hier soir. Vous étiez… Comment dites-vous ?

— Fatigués ?

— « Torchés ».

— Ah. Oh non ! Me dis pas que je me suis gourée de tente ?!

— Non non… Je ne voulais pas que Bill m’empêche de dormir avec ses ronflements d’ivrogne, du coup vous avez échangé vos places.

C’était donc ça. Évidemment que ce n’était que ça.

— Tu as l’air un peu déçue, nota Fleur.

— Absolument pas. Je suis soulagée. Très.

— Qu’est-ce que tu imaginais ?

— Rien du tout !

Tonks porta la main à son front. Elle avait l’impression qu’on lui sciait le crâne en deux. 

Fleur sortit des couvertures ses longues jambes galbées, uniquement vêtues d’un short frangé de dentelles, et se leva pour enfiler nonchalamment un déshabillé. Elle alla ensuite ouvrir le tiroir d’une commode à gauche du lit.

— Tiens, bois ça, dit-elle doucement en lui tendant une fiole. C’est de la potion anti-gueule de bois.

— C’est bon, ça va passer… maugréa Tonks.

— Ne fais pas l’idiote et bois !

— …Merci.

Le breuvage était infâme, poisseux en bouche, avec un goût d’anis rance sur un fond de chou bouilli. Elle s’étrangla à moitié et écarta la fiole d’elle en grimaçant. Heureusement, l’effet sur sa migraine fut quasi immédiat et elle n’eut pas besoin d’en prendre une deuxième gorgée.

— C’est de la bonne, commenta-t-elle en toussotant.

— Recette familiale, se vanta Fleur.

— Je trouve touchant que tes parents te transmettent des potions pour pochtrons, ricana Tonks.

— C’est quoi, « pochtron ” ?

— C’est euh… Non, rien.

Son rire laissa place à un silence gêné. Fleur baissa les yeux.

— Écoute… Je sais que j’ai pu t’envoyer des signaux contradictoires…

— Non ! Bien sûr que non, mentit Tonks. Je sais que vous, les Français, vous êtes… comme ça.

— Comme quoi ?

— Un peu, euh, chauds.

— Pardon ?!

— Spontanés, si tu préfères. Vous n’avez pas notre flegme.

Fleur l’observa des pieds à la tête, manifestement peu convaincue par le terme. Le fait que ses cheveux soient devenus rouge brique ne devait pas aider. Tonks éluda le sujet.

— Désolée pour cette intrusion, Fleur. Je vais te laisser tranquille, juste… Tu sais par où on sort ?!

 

⛰️⛺️🏕️

 

Avant que Tonks ait pu réagir, Charlie s’avança pour accueillir Fleur.

— Bonjour, Charles ! lança celle-ci chaleureusement en lui claquant la bise.

Elle se tourna ensuite vers Tonks avec une réserve inhabituelle.

— Hum…

— Hey ! lança Tonks en lui offrant une poignée de main secourable. Ça fait un moment, non ?

— En effet, dit Fleur qui lui accorda tout juste le bout de ses doigts, le visage fermé.

Pour la dérider, Tonks fit pivoter son poignet et mima un baise-main dans une révérence exagérée.

— Enchantée de te revoir, mademoiselle Delacour.

Un reflet doré dans les yeux, Fleur ne put réprimer un sourire. Elle retira néanmoins ses doigts, un tantinet embarrassée.

— Tes pitreries m’auraient presque manqué…

— Comment ça, « presque » ?

Charlie haussa un sourcil.

— Attendez… Vous êtes copines, toutes les deux ?

— Non, répondit Fleur.

— Ouais, répondit Tonks au même moment.

Elles échangèrent un regard.

— On aurait dû se mettre d’accord sur notre version des faits avant, plaisanta Tonks.

— Vous vous êtes revues, depuis mon anniversaire ? s’enquit Charlie.

— Nous nous sommes croisées quelquefois… dit évasivement Fleur.

— Quand je finis tôt au Ministère, il arrive que je tombe sur ce pilier de bar au Chaudron Baveur, expliqua Tonks, espiègle.

— J’y vais seulement de temps en temps… pour travailler mon anglais ! précisa Fleur en tapant le bras de Tonks d’un revers de main.

— J’ai dû à une ou deux occasions sortir mon physique d’armoire à glace pour la sauver des attentions de mecs bourrés.

Pour illustrer le propos, la métamorphomage se fit pousser une musculature de culturiste.

— Comment oses-tu ? protesta Fleur. Je sais très bien me défendre toute seule ! 

— On peut dire que sans moi, elle aurait déjà plié bagage pour retourner en France, la taquina Tonks.

— C’est évidemment faux. Ma vie est en Grande-Bretagne, désormais. Et malgré votre culture culinaire déplorable, je n’ai aucune intention de repartir.

Tout en parlant, Fleur faisait des moulinets avec sa main gauche. Un éclat scintillant attira alors l’attention de Tonks. 

Une bague ornait l’annulaire délicat… et pas n’importe laquelle. 

Un diamant blanc.

Les cheveux de Tonks virèrent au rose pâle tandis que le sang quittait son visage.

— Tiens… Tu… C’est…

Elle était trop éberluée pour former une phrase complète. Suivant son regard, Fleur parut soudainement se rappeler l’existence de l’anneau.

— Ah. Oui, fit-elle en brandissant sa main sous leur nez. Bill et moi, nous… venons de nous fiancer.

— Non, c’est vrai ?! Mes félicitations ! s’exclama Charlie. Bill, cachotier, viens par ici !

Tonks en resta bouche bée. Bill et Fleur allaient se marier ?

— Oh. Euh. Wow. Je m’attendais pas à…

— À quoi ?

La question fut posée par Bill, qui passa un bras autour de la taille de Fleur. Ignorant le vertige qui la saisissait, Tonks se réfugia derrière une énième boutade :

— … à voir un jour Fleur Delacour faire du camping.

— Je suis une personne pleine de surprises, rétorqua l’intéressée en ramenant fièrement sa chevelure d’or blanc sur son épaule.

— De toute évidence…

Bill lui glissa sur le ton de la confidence :

— Je précise qu’elle a voulu prendre la tente la plus élégante du marché.

— C’est ma malédiction… admit Fleur avec un soupir contrit. J’ai un goût irréprochable.

 

⛰️⛺️🏕️

 

— Zut, c’est curieux. Ça devrait s’ouvrir ici, dit Fleur en touchant la toile.

— Tu te fiches de moi, c’est ça ? demanda Tonks, incrédule. C’est de l’humour français ?

— Bien sûr que non, sinon ce serait drôle.

Après quelques minutes de tâtonnements infructueux, Tonks décida de couper court à la plaisanterie et de créer une sortie elle-même à l’aide de sa baguette. Mais tous les sortilèges qu’elle testa rebondirent sur la toile sans parvenir à l’altérer.

— Là… Ça commence à être un poil inquiétant.

— Je n’en reviens pas qu’on m’ait vendu une tente défectueuse ! pesta Fleur.

— Peut-être qu’on peut appeler les autres ? suggéra Tonks. CHARLIE ! OH, TRONCHE DE MANDARINE, RÉVEILLE-TOI !

Elles tendirent l’oreille.

— C’est moi, ou on n’entend aucun bruit de l’extérieur ? remarqua Fleur. C’est comme si le son ne passait pas…

Tonks se pinça l’arête du nez. Cette situation était grotesque. Elle puait, sa vessie était sur le point d’exploser, et elle était coincée avec… elle. 

— J’ai besoin d’une douche. Ça te dérange pas si…?

— Non, vas-y, dit Fleur. Il y a une salle de bain juste là.

Tonks se réfugia aussitôt dans la seconde partie de la tente, et roula des yeux en découvrant une baignoire à pattes de lion. Toutefois, l’eau de la douche était claire et fraîche, exactement ce qu’il lui fallait pour relancer sa matière grise.

Était-il possible que Fleur ait orchestré ce scénario improbable pour la draguer ? Cela ne lui ressemblait pas : cette femme n’avait jamais eu à fournir le moindre effort pour séduire qui que ce soit. Et après l’annonce de ses fiançailles, c’était d’autant moins vraisemblable.

Au début, Tonks n’avait pas fait grand cas de l’attirance que la Française lui inspirait. Fleur était, par nature, irrésistible. Pourtant… Depuis l’anniversaire de Charlie, l’univers n’avait cessé de les placer sur la route l’une de l’autre, et la joie de chaque rencontre avait semblé terriblement mutuelle. L’humour de l’une se mariait à la perfection avec le snobisme décomplexé de l’autre. La maladresse avec la prévenance. La débrouillardise avec la détermination.

Fleur avait beau avoir tous les hommes à ses pieds, aucun ne retenait son attention lorsque Tonks était dans la pièce. Bill, tout ami et amant occasionnel qu’il fût pour elle, n’y faisait pas exception… Du moins, c’était ce que Tonks avait cru jusqu’ici.

— Qu’est-ce que tu lis ?

Rhabillée avec ses vêtements de la veille passés au Lessivatus, Tonks était revenue dans la chambre pour trouver Fleur assise confortablement contre une pile d’oreillers.

— Le manuel de la tente, répondit celle-ci. Si ça se trouve, c’est seulement une option à désactiver.

Intriguée, Tonks la rejoignit sur le lit.

— Du genre ?

— Ça pourrait être un système anti-intrusion… En cas d’attaque d’ours ? Ou d’homme, d’ailleurs. Je ne sais pas sur quoi il vaudrait mieux tomber.

— L’ours, sans hésitation, affirma Tonks.

Elle leva son visage vers celui de Fleur.

— Tu es très maligne.

— Je sais, répondit Fleur avec simplicité.

Vus de près, ses yeux ressemblaient à des lapis-lazulis, bleu sombre, veinés d’or. Lorsqu’ils rencontraient les iris presque noirs de Tonks, ces marbrures semblaient luire d’une chaleur particulière. La métamorphomage dut s’arracher de force à ce spectacle pour reporter son attention vers le manuel.

— Je, hum… Je peux y jeter un œil ?

— Si tu veux.

Fleur tendit le livret à Tonks qui commença à tourner les pages, avant de relever la tête.

— C’est… en français.

— Eh bien, oui. C’est une marque française. Les tentes De Cattelon sont les meilleures du monde…

— Mouais. Bon, je te laisse lire le manuel de ta tente qui enferme les gens. Moi, je vais inspecter.

 

⛰️⛺️🏕️

 

Tonks aida Charlie à préparer un tas de bois pour le feu pendant que le reste des campeurs dressait les tentes.

— Je me demande ce que manigancent encore Fred et George, lui confia son ami. Ils ont l’air un peu trop contents d’eux.

— Pourquoi ? Ils ont bien le droit d’être heureux d'être ici.

— Tu les connais pas, ils ont toujours des idées à la con. La dernière fois, ils se sont éclipsés pendant la nuit pour essayer de voler un œuf de dragon.

— Classe, commenta Tonks, admirative.

— Tu veux dire dangereux et interdit par la loi ?

— Oui, et ça.

— Viens, on va jeter un œil sur eux, au cas où.

Le campement était constitué de deux tentes. Celle de la famille Weasley, qui ne payait pas de mine vue de l’extérieur, permettait d’abriter huit personnes dans un confort sommaire. Celle de Bill et Fleur, en revanche, ne jouait pas dans la même catégorie. Ronde et soutenue par un piquet central, elle ressemblait à un petit chapiteau de cirque bleu bordé de franges jaune-orangé. À leur approche, Fleur en sortit de sa démarche légère.

— Tout est en place, annonça-t-elle avec satisfaction.

— Très jolie tente, la complimenta Charlie. Ils la font dans d’autres couleurs ?

— Naturellement. La teinte est sur commande. C’est un bleu céruléen orné de jaune safran, expliqua-t-elle.

— Je devrais peut-être m’assurer de ne pas jurer avec ? fit mine de s’inquiéter Tonks en déployant une cascade de cheveux azur.

Toute moqueuse qu’elle fût, elle ne pouvait s’empêcher d’admirer la Française. Fleur était entière, sans peur et pratiquement impossible à vexer. Elle se fichait totalement de ce qu’on pensait d’elle, et cet aplomb constituait une force inébranlable.

— Non… Le rose te va mieux, répondit Fleur avec son éclat doré au fond des yeux.

Tonks sentit ses entrailles faire des nœuds. Juste à ce moment, Charlie s’accouda cavalièrement sur son épaule.

— Vous dites si je vous dérange, hein.

Tonks le repoussa en grognant.

— Toi, tu vas finir en purée de carotte !

— Je te rappelle qu’on cherchait les jumeaux, scroutt à pétard.

— Oh, dit Fleur, ils m'ont aidée à monter ma tente et maintenant ils donnent un coup de main dans l'autre.

— Tu vois ? fit Tonks à Charlie. Ce sont des anges, tes frangins.

 

⛰️⛺️🏕️

 

— Rien dans le manuel, regretta Fleur en jetant le livret de côté.

Tonks venait de détecter, à l’aide d’un sortilège, une émanation magique anormale provenant du tiroir en bas de la commode.

— Qu’est-ce qu’il y a, dans ce tiroir ? demanda-t-elle en le pointant du bout de sa baguette.

— Mes sous-vêtements, répondit Fleur.

— Je peux y jeter un œil ?

— Pardon ?

— Euh, pas tes sous-vêtements… le… le tiroir, se rattrapa Tonks précipitamment. Je peux l’ouvrir ? J’ai l’impression qu’il y a autre chose dedans.

La peau diaphane de Fleur se teinta légèrement.

— D’accord…

Tonks tira les poignées du meuble. Cramoisie, elle mit délicatement de côté différentes pièces de lingerie fine. Ce n’était PAS le moment de commencer à imaginer Fleur là-dedans.

Au fond du tiroir, elle finit par trouver une pierre jaunâtre grossièrement taillée en forme de croissant de lune. L’objet émettait un fort parfum de cire d’abeille et luisait légèrement au toucher. Tonks lança aussitôt des sortilèges d’inspection.

— C’est quoi ce machin ?

— Un désodorisant hideux ? suggéra Fleur d’un air dégoûté.

— Je crois pas… Regarde, y’a un mot.

En la tapotant avec sa baguette, Tonks venait d’ouvrir la pierre en deux et d’y trouver un morceau de parchemin étroitement roulé. Elle l’étira entre ses doigts et lut à voix haute :

 

Cher Bill, Chère Fleur,

(Chers Bifleurs ???)

 

Nous sommes

TRANSPORTÉS DE JOIE

par l’annonce de vos fiançailles. 

Votre amour est une véritable

SOURCE D'INSPIRATION !!!

C’est pourquoi nous vous offrons notre dernier prototype :

 

⁺₊⋆☾⋆⁺₊

L’AMULETTE

LUNE DE MIEL

₊⁺⋆☾⋆₊⁺

 

Vous allez pouvoir mettre à l'épreuve votre

CONFIANCE MUTUELLE.

En effet, ce lieu vous retiendra

PRISONNIERS

jusqu'à ce que chacun de vous révèle

UN SECRET INAVOUABLE.

 

Vous ne pouvez

PAS

briser l’amulette ni contrer ses effets. 

Vous ne pouvez

PAS

communiquer avec l’extérieur.

Le seul moyen de sortir d’ici est

L’HONNÊTETÉ.

 

Profitez bien de votre lune de miel…

tant qu’elle dure !

 

F&G

 

— Bon sang, c’est une blague ?! s’exclama Tonks.

Fleur hocha la tête, atterrée :

— Il faudra vraiment leur dire d’améliorer l’aspect esthétique du produit.

 

⛰️⛺️🏕️

 

Le soleil déclinait. Charlie n’avait pas réussi à obtenir le moindre aveu de la part des jumeaux. Ron, manifestement, n’était au courant de rien et ronchonnait à présent qu’on ne lui faisait jamais confiance. Ses parents avaient rassuré le dragonnier en lui disant qu’ils les tenaient à l’œil. 

Molly Weasley semblait absolument ravie de la présence impromptue de Tonks au campement. Beaucoup moins, en revanche, de celle de Fleur. La matriarche et la jeune Auror observaient de loin le spectacle consternant de Bill et Fleur qui se prenaient en photo dans les rhododendrons, dans les poses d’amoureux les plus ridicules. C’était pour le moins crispant.

Tout en tranchant des courgettes pour le dîner, Molly confia à Tonks à voix basse :

— Cette fille s’est invitée chez nous, avec cette histoire de mariage qui sort de nulle part. Je ne sais pas quoi en penser…

— C’est… assez soudain, opina Tonks.

— N’est-ce pas ? Ils se connaissent à peine ! 

— J’imagine que lorsqu’on a trouvé la bonne personne, on le sait très vite… soupira Tonks, dépitée.

— Permets-moi d’en douter, maugréa Molly en massacrant un malheureux cucurbitacée. Cette… gourgandine me semble être du genre à ne s’intéresser à mon fils que pour son physique.

— Ah, bah… C’est sûr que c’est pas pour l’héritage, plaisanta Tonks.

Molly cligna des yeux, couteau à la main, puis choisit d’ignorer cette remarque.

— Tu sais qu’elle s’est fait embaucher à Gringotts, l’été dernier ? Comme par hasard ! Elle n’aurait pas agi autrement pour piéger Bill dans ses filets.

— Hum… Tu crois ? douta Tonks.

— J’en ai bien peur. Je commence à penser qu’elle l’a complètement envoûté et qu’elle le manipule. Il n’est plus lui-même !

— Il faut avouer qu’elle est assez… envoûtante.

— Si seulement Bill pouvait ouvrir les yeux et se trouver une femme digne de lui ! s’exclama Molly. Quelqu’un qui ne mise pas sur sa beauté, mais sur son intelligence, sa force, son courage…

Tonks n’aima pas trop le regard entendu que lui lança Molly Weasley à cet instant précis.

— Je, hum… Je vais allumer le feu pour griller les courgettes.

 

⛰️⛺️🏕️

 

Tonks eut un rire nerveux.

— C’est ça qui te chagrine ? Que l’amulette soit moche ?

— S’ils veulent la commercialiser, c’est un faux pas, argua Fleur.

— Avant de s’occuper de leur business plan, on devrait peut-être s’inquiéter d’être enfermées ici par un artefact magique illicite, non ?!

Les mains dans le dos, Fleur s’appuya contre la commode avec un petit sourire.

— Je trouve que la situation pourrait être pire…

Le déshabillé en soie avait glissé de l’une de ses épaules, dévoilant sa peau veloutée jusqu’à la naissance de sa poitrine. Malgré elle, Tonks sentit sa bouche s’assécher. 

— Euh. Comment ça ?

— Eh bien… Nous savons maintenant comment sortir, répondit Fleur ingénument.

— Oh ! Oui. Certes.

Tonks se ressaisit.

— Ça ressemble quand même beaucoup à un bizutage. Je serais furieuse contre ces deux crétins si j’étais pas aussi impressionnée.…

— Tu veux essayer de désactiver l’amulette ?

— La neutralisation des artefacts magiques est vraiment pas ma spécialité, et j’ai pas mes grimoires de travail, soupira Tonks. Y'a un risque que j’empire la situation…

— Alors avouons un secret et finissons-en, trancha Fleur. 

Elle se hissa sur le dessus de la commode en laissant pendre ses jambes et réfléchit quelques instants.

— Je sais ! C’est quelque chose que je n’ai jamais dit à personne. Pas même à ma sœur.

Fleur prit une grande inspiration. 

— Quand j’avais quatorze ans, je… J’ai eu de l’acné.

Tonks planta ses poings sur ses hanches et la fixa d’un regard blasé.

— Quoi ? fit la Française. C’est vrai !

— Qu’est-ce que c’est que ce secret à deux noises ? On a dit « inavouable » !

— J’ai dû brûler toutes les photos de cette période ! rétorqua Fleur. 

— Ton secret c’est que t’es qu’à 99 % parfaite ? Ma pauvre !

Le menton haut, Fleur passa sa tresse dans son dos d’un revers de main.

— Eh bien vas-y, toi, si c’est si facile !

— Tu veux un secret ? T’es sûre de vouloir l’entendre ?

— Je n’attends que ça !

— Alors sache que je t’ai menti : je suis pas DU TOUT ravie que tu te maries avec Bill !

 

⛰️⛺️🏕️

 

Tonks s’apprêtait à embraser le feu de camp lorsqu’elle surprit sur elle le regard de Fleur, à quelques pas de là, un bouquet de rhododendrons à la main. La Française rougit légèrement, comme prise en faute. Agacée par sa façon de souffler le chaud et le froid, Tonks demanda d’un ton mordant :

— Tiens donc. Où est ton siamois ?

— Mon quoi ?

— Bill. Vous êtes devenus inséparables.

— Oui… C’est le grand amour.

Tonks regretta immédiatement d’avoir lancé le sujet.

— Bien. C’est bien.

— Quoi ? tiqua Fleur.

— Mais rien. Je suis ravie. Pour vous deux.

— …Merci.

Il y eut un blanc. Tonks enflamma le bout de sa baguette pour démarrer le feu. Au dernier moment, pourtant, elle retint son geste en expliquant avec tout le calme dont elle était capable :

— J’aurais juste aimé savoir avant que t’avais des sentiments pour Bill…

— Il me semblait te l’avoir dit, répondit Fleur.

— Tu m’as dit exactement le contraire, grogna Tonks.

— Mon anglais est parfois approximatif… C’est sans doute un malentendu.

Sa baguette toujours allumée, Tonks se retourna vers le tas de bois, contrariée par ce numéro d’idiote. Mais elle se redressa presque aussitôt.

— Enfin, j’ai quand même des principes ! Si j’avais su ça, j’aurais pas flirté avec toi comme je l’ai fait !

Fleur croisa les bras et braqua son regard résolument ailleurs.

— Je ne pense pas avoir de leçons à recevoir de toi en matière de cachoteries.

— Comment ça ?

La jeune femme asséna avec dédain :

— Tu sais très bien de quoi je veux parler.

Sur ces paroles cryptiques, elle tourna les talons pour retourner auprès de Bill. Tonks resta à la regarder, hébétée, jusqu’à ce qu’une odeur de brûlé parvienne à ses narines.

— Rah, bordel ! J’ai cramé mon pantalon !

 

⛰️⛺️🏕️

 

Fleur eut un rire sans joie en entendant la révélation de Tonks.

— Ce n’est pas exactement un secret… Te réjouir pour moi est trop te demander, manifestement.

— Mais bon sang, Fleur ! Tu m’as toujours dit qu’entre Bill et toi, c'était que de l’amitié et quelques bénéfices ! Et maintenant vous roucoulez comme deux amoureux transis et vous allez vous marier ?

— Qu’est-ce que ça peut te faire ?

— Ça me fait que je comprends rien ! T’as dix-neuf ans ! C’est la guerre ! Je te croyais pas capable de quelque chose d’aussi stupide !

Fleur avait à présent le visage fermé.

— Je vois. Ça fait plaisir de savoir que toi aussi, tu me prends pour une idiote.

Elle semblait réellement blessée. Elle n’était peut-être pas aussi imperméable à l’opinion des autres que Tonks le croyait, tout compte fait.

— …J’te prends pas du tout pour une idiote, Fleur. Mais mets-toi à ma place…

— Je n’ai pas à me justifier.

— Alors ce qu’on a partagé toutes les deux ces derniers mois, c’était du vent ?

Fleur tourna vivement la tête vers elle. Lorsqu’elle était en colère, sa beauté ravageuse se paraît d’une aura effrayante.

— Je ne sais pas, à toi de me dire. Et ton petit-ami ? Il en pense quoi ?

Tonks resta interdite.

— Plaît-il ?

— C’est l’occasion rêvée de m’en parler, non ? L’homme que tu vois en secret ? Celui qui a un nom de personnage de roman ! Rhinus Poirot ou que sais-je…

— …Remus Lupin ?!

— Oui, lui !

— Qu’est-ce que tu sais de Remus ?

— J'ai vu ce « Lupin », une fois. Bill m’avait alors raconté qu’une de ses amies le draguait assez agressivement, mais que le pauvre ne se rendait compte de rien. Je n’avais pas fait le lien avec toi jusqu’à ce que le mois dernier, tu cesses de venir au Chaudron Baveur… et je te voie te pavaner sur le Chemin de Traverse au bras de ce type !

Tonks se passa une main sur le visage, mortifiée.

— OK… haha… C’est embarrassant.

— Ça, tu peux le dire, gronda Fleur en croisant les bras devant sa poitrine. Il n’est même pas beau !

— Oh, si… protesta Tonks en relevant la tête. Un peu, quand même. Non ?

— Il a l’air d’avoir quarante ans !

— Oui, bah, que veux-tu que je te dise ? C’est mon genre de mec. Maigrichon, torturé, presque assez vieux pour être mon père…

Fleur haussa un sourcil.

— D’accord. Je ne juge pas.

— Tu juges, la contredit Tonks, amusée. Tu juges tellement fort que je peux l’entendre d’ici. Tu juges en français, même, ce qui est pire.

Levant les yeux au ciel, Fleur peina à retenir un sourire. Tonks en profita pour s’expliquer :

— Je sors pas avec lui, Fleur.

— Mais je vous ai vus…

— On est proches. Encore plus depuis qu’on a perdu quelqu’un, le mois dernier. Et c’est vrai que comme j’étais là pour lui, et que j’ai eu du travail par-dessus la tête avec ces Mangemorts en fuite, j’ai pas eu trop de temps pour le Chaudron Baveur… Mais je te promets que la tendresse que t'as pu observer entre lui et moi était purement amicale.

Le doute sembla s’immiscer chez Fleur.

— Et tu ne voudrais pas que ce soit plus que ça ? demanda-t-elle, suspicieuse.

Tonks soupira.

— Est-ce que je l’ai dragué ? Oui. Est-ce qu’on a couché ensemble ?

Elle marqua un temps d’hésitation avant d’avouer :

— Une fois, bourrés, au Nouvel An. Terrible connerie. J’ai cru que j’étais enceinte. Il a extrêmement mal réagi. Ça m’a calmée, et… maintenant, on est juste amis.

— Vraiment ? s’adoucit Fleur.

— Vraiment. Pour tout te dire, je suis à peu près certaine qu’il est gay. Ce qui rentre aussi dans mon genre de mecs, par ailleurs.

— Mon Dieu… gloussa Fleur.

— Je sais. J’ai très mauvais goût en hommes, admit Tonks. Plus ils sont pétés et indisponibles, plus ça me plaît. Mais je me soigne !

— Comment ?

Tonks se passa la main dans les cheveux.

— En privilégiant mes relations avec les femmes… enfin, une en particulier.

 

⛰️⛺️🏕️

 

— J’arrive toujours pas à croire que mon grand-frère va se marier ! s’exclame Charlie. Toi qui disais que tu te poserais jamais !

Presque tout le monde était parti se coucher. Il ne restait plus auprès du feu mourant que Bill et Charlie, trop heureux de passer du temps de qualité ensemble, et Tonks, qui repoussait le moment où elle s’allongerait dans le noir et cogiterait sur les erreurs de sa vie pendant la moitié de la nuit.

— J’ai l’impression que tu t’sens trahi, Chacha… le taquina-t-elle, l’élocution laborieuse.

— Un peu… Je pensais qu’on serait les deux célibataires endurcis de la famille. À la vie à la mort !

— Te déprime pas, frangin. Peut-être que si je me marie, maman te lâchera du lest ?

— Si j’avais le moindre espoir que maman me lâche du leste, je serais pas parti aussi vite et aussi loin de la maison.

Tonks commençait à loucher. Elle savait qu’elle avait dépassé son seuil d’alcoolémie depuis un moment. Si elle buvait une gorgée de plus, elle allait finir la tête dans les buissons.

Tandis que Charlie s’éloignait pour répondre à un besoin urgent de la nature, Bill vint s’asseoir à côté d’elle.

— Ça va, Tonksie ? Mollo sur la boisson, hein ?

— T’es pas MON grand-frère, Billywiz. 

— Mmh… Écoute. T’as l’air affectée par tout ça… Fleur m’a dit que tu t’en foutrais qu’on se marie, mais je suis pas sûr qu’elle ait vu juste sur ce coup-là.

— J’vois pas d’quoi tu parles. Je suis liesse et féciti… fétili… félicité.

Hésitant, Bill jeta un œil autour deux et reprit à voix basse :

— Tu sais, je t’apprends rien, mais… notre Ministère n’est pas très ouvert sur l’accueil des étrangers. Quand Fleur arrivera au bout de son visa de travail, elle sera plus employable en Grande-Bretagne et elle devra repartir. Or, Fleur, elle a beau parler de la France comme du meilleur pays du monde, elle est prête à tout pour rester ici. Si bien qu'on s'est dit qu'on pouvait s'arranger… Tu me suis ?

Tonks fronça les sourcils. Elle ne suivait plus grand-chose, à ce stade.

— T’es pas OBLIGÉ d’me raconter toute vot’vie de couple, hein.

— C’est pas ce que je te dis, andouille ! Faut pas que ça s’ébruite parce qu’il va y avoir une enquête, comme toujours avec ce genre de mariages. C’est pour ça, les photos, la sortie en famille… Il faut qu’on force un peu le trait. Mais… c’est rien d’autre qu’un arrangement pragmatique, pour elle et moi. Tu comprends ?

Pour toute réponse, Tonks piqua du nez.

— Wow… fit Bill en la redressant. Bon, il va être temps de se mettre au lit, ma grande.

Tonks ouvrit grand les yeux et tenta une parade de kung-fu.

— Ah non ! Chuis pas intéressée !

— Pas ensemble, banane. Tu me prends pour qui ? T’es comme une petite sœur pour moi.

— Dis-le à ta mère, s’te plaît. J’crois qu’elle essaie de nous maquer.

— Qu’est-ce qu’elle a dit ?!

Tonks lui posa une main sur l’épaule avec gravité.

— Que j’étais moche. Donc apparemment, « digne » de toi.

— Misère, grimaça Bill. Désolé.

— Pas ta faute, répondit-elle, philosophe.

— Viens, je t’emmène à la tente.

Charlie, qui était revenu et assistait à l’échange d’un air désopilé, lança un sortilège pour étouffer les dernières braises tandis que Bill stabilisait une Tonks à la démarche quelque peu vacillante. Ils s’aperçurent alors que Fleur les attendait de pied ferme.

— Elle va bien ? s’inquiéta-t-elle.

— Très bien, affirma Tonks en se redressant fièrement. Je suis un roc. Un cap. Une péninsule !

— C’est demain que ça va être dur, je pense, ricana Charlie en lui tapotant l’épaule.

— J’ai ce qu’il faut pour la gueule de bois, dit Fleur. Mets-la avec moi, elle sera mieux installée que sur un lit de camp.

— Et moi, je dors où ?! protesta Bill.

— Va donc ronfler chez ta mère, William Weasley ! le houspilla gentiment Fleur en guidant Tonks vers l’intérieur de sa tente.

Moins d’une minute plus tard, l’Auror envoya valser chaussures et pantalon et s’allongea dans les draps frais en soupirant de bonheur.

— Ce lit est incroyable, marmonna-t-elle d’une voix ensommeillée.

— N’est-ce pas ? sourit Fleur en s’étendant à côté d’elle.

— Toi aussi, t’es incroyable. 

— Je te retourne le compliment.

— Mmh ?

— Non… rien.

 

⛰️⛺️🏕️

 

Perchée sur sa commode, Fleur baissa les yeux dans un rare accès de timidité.

— Je ne sais jamais ce que « relation » recouvre en anglais… Ça inclut l’amitié ?

— Hum… Pas là, non.

Tonks s’approcha de Fleur, qui la surplombait légèrement.

— Je sais que je devrais pas dire ça, vu que t’es fiancée à Bill, mais… 

Elle se mordit la lèvre. Si elle avait un secret à avouer, c’était celui-là.

— Le souci c’est que… je suis un peu trop amoureuse de toi pour qu’on soit amies, à ce stade.

Un éclair doré traversa les yeux outremer. La tente autour d’elles frémit au même moment.

— Pourquoi tu m’as rien dit avant ? s’étonna Fleur.

— Ça me semblait égoïste, rougit Tonks. On vit une période tellement instable. C’est peut-être idiot, mais…

— Oui, la coupa Fleur. C’est idiot.

Tonks n’avait pas réalisé à quel point leurs visages étaient proches, jusqu’à ce que Fleur s’incline vers l’avant et exhale son souffle chaud contre sa bouche. L’effleurement ne dura qu’un instant, mais le frisson qu’il provoqua la traversa de part en part.

Les sens soudain en alerte, elle eut un bref mouvement de recul et scruta le visage de Fleur. Celui-ci exprimait un mélange de désarroi, d’envie et de détermination. Le cœur battant, Tonks fondit sur les lèvres incarnat qui s’écartèrent au contact des siennes. Elle sentit se refermer sur sa nuque les doigts de Fleur, qui semblait décidée à ne pas la laisser s’enfuir une seconde fois. Des mèches de cheveux blonds échappées de sa tresse caressèrent son visage. Tonks saisit Fleur par la taille tandis que celle-ci refermait ses jambes autour de son bassin.

Lorsqu’elles s’écartèrent pour reprendre leur souffle, Tonks murmura, saisie d’un doute :

— Fleur… Dis-moi que tu t’es pas fiancée avec Bill juste parce que t’étais jalouse de Remus ?

— Bien sûr que non. Tu me prends pour qui ?!

— Alors…?

— C’est un mariage blanc, voilà tout ! Pour obtenir la nationalité britannique.

Le sol trembla sous l’effet de la révélation. Du fin fond du cerveau de Tonks remontèrent par bribes les explications de Bill qu’elle n’avait pas été en état de comprendre la veille.

— Oh… C’est… OH !

— Ma jalousie est seulement ce qui m’a décidée à le faire sans t’en parler, ajouta Fleur avec une moue boudeuse.

— Et il est trop tard pour te faire reconsidérer ces fiançailles ?

— Mmh… Je te laisse essayer de me convaincre.

Fleur esquissa un sourire enjoleur, puis enroula ses bras autour de sa nuque. Lorsqu'elles s'embrassèrent, cette fois, Tonks prit le temps d’enregistrer chaque sensation. Le glissement électrisant des lèvres humides. La saveur piquante de l’haleine du matin. Le parfum enivrant de Fleur, rose aux notes d’épices.

Les mains de Tonks voyagèrent de sa taille vers ses hanches, puis allèrent englober ses fesses. Fleur gémit contre sa bouche et une vague chaude émana brusquement d’elle.

Tonks n’avait jamais ressenti un truc pareil. Elle avait déjà vu les émotions de Fleur rayonner auparavant, mais se retrouver dans le champ direct de son désir était grisant. Elle glissa les doigts sous la dentelle du short fluide et les remonta en haut de sa cuisse. Fleur laissa une main couler de son épaule pour lui caresser un sein à travers son débardeur. Tonks sentit quelque chose comme de la lave en fusion irriguer son bas-ventre.

— Venez ! Je crois que la malédiction est rompue ! retentit soudain la voix de Charlie, depuis l'extérieur. 

Les deux jeunes femmes se figèrent. Elles étaient si accaparées qu’elles n’avaient pas remarqué qu’elles entendaient de nouveau les oiseaux chanter dehors. Tonks tourna la tête vers l’entrée. L’ouverture de la tente avait réapparu, et s'ouvrait à présent pour laisser passer Charlie.

— Fleur ! Tonks ! Vous allez b…?!

Charlie écarquilla les yeux, devint écarlate et ressortit aussitôt.

— Euh, finalement, venez pas, l'entendirent-elles bredouiller.

Fleur brandit alors sa baguette.

— Collaporta.