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Deltarune-Lane : Apoliane

Summary:

Après que la Barrière a été brisée, ni monstres ni humains ne pouvait deviner que l’opposition de deux mondes bouleverserait tant d’équilibres.

 

Une fanfiction Undertale où ( presque ) personne ne meurt !

Chapter 1

Notes:

(See the end of the chapter for notes.)

Chapter Text

Chara

Je ne pensais pas un jour devoir la Surface. Je ne pensais pas un jour revoir le ciel, les étoiles, le soleil, ressentir la brise sur mon visage. Dans mon esprit, ma vie était toute tracée : je vivrais pour l’éternité auprès de Maman, de Papa, d’Asriel et de Frisk. Asriel et moi deviendrons les monarques, nos parents auraient eu droit à un reste d’existence calme, paisible.

Je le croyais sincèrement, au plus profond de mon âme. Rien ni personne ne m’empêcherait d’avoir cette vie-là.

Mais la situation avait échappé à mon contrôle. C’était ainsi que la barrière avait été brisée et les monstres libérés. C’était ainsi que j’avais retrouvé la Surface.

Et c'était ainsi que notre nouvelle vie y avait commencé. Plus rien de tout ça ne m'était familier, mais je n'avais pas d'autre choix que de m'adapter. Au moins, Azzy et Frisk étaient heureux. Si eux l'étaient, alors je me devais de l'être aussi. Ou au moins de l'être pour eux. 

 

Dès que mon réveil a sonné, j’ai cherché mon téléphone pour l’éteindre. J’ai appuyé sur l’écran encore flou. Je ne voulais pas réveiller Asriel ou Frisk. Leur alarme était plus tard que la mienne : j’avais besoin de plus de temps pour me préparer et j’avais trente minutes de bus quand eux en avaient dix. Ils allaient à un établissement d'humains, même Asriel. Il était brillant, personne ne pouvait dire le contraire. 

Je me suis levé sur la pointe des pieds, le parquet grinçant sous chacun de mes pas. Les premiers rayons d’aube filtrait à travers les volets fissurés et les fins rideaux de mousseline.

Dans l’obscurité de notre chambre, je ne distinguais que les silhouettes des objets. J’ai ouvert la porte et je l’ai aussitôt refermée derrière moi.

Au salon, la lumière du matin se déversait déjà dans la pièce par les fenêtres grandes ouvertes. L’air glacé s’y engouffrait, un léger vent agitait les brise-bises. Des œufs crépitaient sur le feu, la bouilloire sifflait de thé prêt. Maman a dit de sa voix douce : 

« Bonjour Chara ! Tu as bien dormi ?

— Oui, assez. Et toi ?

— Bien, bien. J’ai fait des œufs et des pancakes, tu aimerais quelque chose ? »

J’ai hésité une seconde en passant devant la table déjà mise.

« Non merci, je n’ai pas très faim.

— C’est inhabituel. »

Je lui ai lancé un regard perplexe.

« Je ne mange jamais beaucoup, le matin.

— Oui, mais tu emmènes toujours un petit quelque chose. »

Elle a ouvert un tiroir et a fouillé dedans quelques instants. Elle a déposé une pile de casserole sur le comptoir, et a sorti un carré de chocolat. Un et un seul. Elle me l’a tendu dans sa paume.

« Ça éveillera peut-être ton appétit ! »

Je lui ai aussitôt pris. Elle cachait toujours le chocolat dans les endroits les plus improbables de la maison : dans les doubles fonds des tiroirs, dans sa commode, sous le tapis. Elle savait que je le trouverais, si elle le rangeait simplement dans la cuisine. J’avais le flair pour ça. Elle espérait éviter une intoxication au sucre, donc elle faisait en sorte que je ne le trouve pas.

Elle a demandé en retournant un pancake :

« Tu as un petit creux, maintenant ?

— Non, toujours pas.

— Je laisserai ta portion à Asriel et Frisk, dans ce cas. »

J’ai acquiescé.

« Je peux fermer les volets ? Je trouve qu’il fait froid.

— Bien sûr, bien sûr ! »

J’ai tout fermé. Aussitôt, il faisait une température plus acceptable dans notre maison. Le salon, la cuisine et la salle à manger étaient une seule et même pièce. La salle de bains était au fond, accolée à la chambre de Maman. Par un petit couloir, on accédait à la nôtre : j’aurais aimé en avoir une juste pour moi, comme au Château. Là-bas, ma chambre faisait deux fois la taille de celle que je partageais avec Frisk et Asriel. Maman avait affirmé que ça m’apprendrait à vivre en communauté, mais elle n’en pensait pas un mot.

Maman a lancé quand j’ai posé la main sur la poignée :

« Fais attention à ne pas réveiller Frisk et Asriel ! »

Comme si je ne le faisais pas par instinct. J’ai laissé la porte entrouverte, pour pouvoir voir où je marchais. J’ai récupéré le tas de vêtements posés sur ma commode, et j’ai rejoint le salon avant que Maman ne râle.

Une fois dans la salle de bains, j’ai enfilé l’uniforme du lycée. Il était d’une monochromie attristante. Le polo était blanc, le gilet gris et le pantalon noir. Ils avaient clamé que c’était une question d’équité pour les monstres, mais je trouvais ça ridicule. Un éclat de couleur n’aurait tué personne. Je n’étais pas adepte du style éclectique comme Frisk, mais un peu de bon goût n’aurait pas été de refus.

Le seul élément que nous pouvions choisir, c’était la cravate. Asriel m’en prêtait, parfois. Il ne les mettait jamais. J’en ai pris une bleue et rouge rayée. C’était celle que je mettais la plupart du temps, elle avait juste la bonne longueur. Je l’ai ajustée pour qu’elle retombe parfaitement sur le gilet.

J’ai plié la tenue qui me servait de pyjama et je l’ai posée sur le panier à linge. J’ai passé un coup de peigne dans mes cheveux, et j’ai caché les mèches rouges avec une épingle. Je tenais à les garder malgré le règlement. Ce n’était pas un bout de papier signé qui m’empêcherait de faire quoi que ce soit.

J’ai quitté la salle de bains. J’ai croisé Asriel et Frisk, qui semblaient bien endormis tous les deux. Asriel a baillé derrière sa patte en traînant des pieds vers la cuisine.

« Salut Chara…

— Salut. »

En marchant devant Frisk, iel n’a même pas fait semblant de me voir. J’ai passé une main devant son visage.

« Debout, ambassadeur ! »

Iel a soudainement levé la tête.

« Hein ? Quoi ? »

J’ai glissé à Azzy en lançant mes chaussures :

« Assure-toi qu’iel ne s’endorme pas debout.

— Je vais essayer. Si je ne m’endors pas moi-même.

— Vous êtes aidés, tous les deux… »

J’ai jeté mon sac sur mon épaule et j’ai dit à Maman, puisque les deux autres n’étaient pas encore assez réveillés pour m’écouter :

« À ce soir !

— À ce soir, Chara ! »

J’ai claqué la porte derrière moi. L’air glacial d’octobre m’a brûlé les poumons. Je trouvais que c’était une saison anormalement froide, mais personne ne semblait s’en alerter. Les monstres étaient ravis de revoir les saisons.

J’ai cherché mes écouteurs dans ma poche, mais je ne les ai pas trouvés. J’avais dû les oublier sur la prise de la chambre. Mince. Je n’avais plus l’habitude de marcher dans les rues désertes de Deltarune-Lane en silence.

Deltarune-Lane était notre village. Initialement, il s’agissait d’une immense parcelle de terrain vague que les humains avaient mise à notre disposition. Mais les monstres étaient résilients : ils avaient transformé ce champ en un village habitable, connecté au réseau d’eau et d’électricité en un rien de temps. Seule l’allée principale était reliée au réseau, mais c’était toujours un progrès.

Papa avait voulu l’appeler Newer Home, au début. Maman avait protesté avec tellement de véhémence qu’il l’avait laissée nommer la ville. En contrepartie, on l’avait autorisé à nommer un quartier, dans le futur. Il n’avait pas encore réclamé son dû.

J’ai commencé à marcher vers l’arrêt de bus. Sur mon chemin, les maisons étaient toutes un peu bancales. Certaines avaient deux portes d’entrée, d’autres pas du tout. Les monstres n’étaient pas les meilleurs bâtisseurs, ça ne faisait aucun doute. Mais elles avaient le mérite d’être en briques, en ciment, en matériaux solides.

J’ai traversé la délimitation entre Rosefield et Deltarune-Lane. Le changement était presque imperceptible mais pas inexistant. Des immeubles se dressaient au loin, recouverts de plaque de verre. Chaque maison était entourée d’une clôture de bois, avait un grand jardin doté un potager, des rosiers, de belles fleurs qui n’avaient rien à envier à celles que Papa faisait pousser.

Devant l’arrêt, de petits groupes d’élèves discutaient en attendant le bus. C’était étrange de ne faire partie d’aucun d’entre eux, mais ça ne me dérangeait pas vraiment. Ce n’était pas indispensable, simplement plus commode. Et je n’estimais pas que je manquais de confort.

Le bus est arrivé quelques minutes plus tard. J’ai monté les quelques marches en ayant une pensée pour ma carte expirée dans ma poche. J’avais oublié de changer l’abonnement, j’espérais qu’il n’y aurait pas de contrôle. Maman serait furieuse si elle avait une amende à payer à cause de mon étourderie.

J’ai posé mon sac sur le siège à côté. Ce n’était jamais plein, de toute façon. Il restait toujours des places libres.

 

Après une demi-heure de route, le bus s’est arrêté. Les élèves sont descendus en papotant. Les humains avaient tendance à s’installer devant et les monstres derrière. Les deux espèces avaient encore du mal à se mélanger. Ce n’était pas plus mal : je me méfiais des humains. Leurs intentions étaient encore illisibles.

Le bâtiment était gris, les murs aussi, le portail également. Tout portait cette couleur. Ça semblait être une occurrence fréquente, avec l’uniforme. L’écorce des arbres de la cour était grisâtre, leurs branches nues dansaient au rythme de la bise.

Cette uniformité me rappelait New Home, mais pas d’une manière chaleureuse qui m’aurait réchauffé le cœur. J’avais uniquement l’impression d’un clin d’œil tordu à mon ancienne vie que je n’avais pas le droit de regretter.

Les monstres étaient libres. C’était le plus important. Mon petit confort personnel ne comptait pas.

J’ai traversé la cour et rejoint le bâtiment. Le silence s’est effacé au profit du bruit, des discussions étouffantes, des paroles lancées bien trop fort.

Au début, les monstres trouvaient ça étrange. Ils s’attendaient à ce que je rejoigne les humains, ils ne pensaient pas que je leur resterais fidèle. Je ressentais une étrange fierté à leur avoir prouvé que j’étais digne de leur confiance. Depuis, plus aucun d’entre eux ne trouvait ma présence inhabituelle.

J’ai avancé vers le bureau du proviseur. J’avais reçu une convocation quelques jours auparavant qui me demandait de m’y rendre. On m’avait brièvement expliqué mon rôle : je devais jouer les accompagnants. Je ne comprenais pas pourquoi ils m’avaient attribué cette mission, je n’étais pas la personne la plus agréable ni la plus diplomate du lycée. Mais je n’avais pas eu le choix que d’accepter.

J’ai attendu devant la porte sans toquer. Je n’allais pas entrer si on ne m’y invitait pas. Derrière, j’entendais quelques personnes parler. Je n’ai pas compris ce qu’ils disaient.

Un monstre familier est passée devant moi. Elle faisait preuve d’une grande gentillesse à mon égard, que je ne comprenais pas. Certes, nous nous connaissions un petit peu de l’Underground, mais je ne nous considérais pas comme amis. Son attitude me mettait mal à l’aise, donc j’essayais de l’éviter le plus possible. J’ai détourné le regard pour ne pas croiser le sien.

« Hé, Chara ! »

J’ai soupiré. Raté.

« J’ai l’impression que tu m’évites, dis !

— C’est le cas, Éléanore. »

Son sourire s’est figé. Ses ailes aux plumes nacrées ont frémi.

« Et sinon, qu’est-ce que tu fais ici ? »

Elle a rabattu une longue mèche de cheveux blancs dans son chignon.

« Tu t’es pris une heure de colle ?

— Non.

— Ah, c’est le truc d’accompagnant ! Ça à l’air cool, j’aurais aimé le faire.

— Je te propose d’échanger de place quand ça te chante.

— Mais non, mais non ! Ça ne sera pas si terrible. »

Elle a souri de tous ses crocs.

« Je te fais confiance, Chara ! Tu y arriveras ! »

La lueur dans ses yeux me rappelait une vieille connaissance. Je n’ai pas répondu. Elle m’a tapoté l’épaule et a conclu en s’éloignant :

« Bonne chance, Chara ! »

La chance n’avait rien à voir dans tout cela, j’en avais la ferme conviction. La chance n’existe pas. Quand bien même elle existerait, je ne la laisserais pas dicter mon destin sur un simple jet de dés.

Notes:

Ceci est ma première nouvelle, je suis donc ouverte aux retours ( avec indulgence, bien sûr ).
Cette histoire utilise des pronoms inhabituels en français : iel, ille, al, ael, par exemple. J'accorderai parfois les participes passés et adjectifs au féminin ou au masculin selon le personnage, mais j'essaierai d'utiliser des formes épicènes le plus possible.

Je sais qu'il ne se passe pas grand-chose dans ce chapitre, mais les prochains seront plus intéressants !