Actions

Work Header

Roi Rouge

Summary:

Naruto voit des choses. Des choses qui observent depuis les toits. Des choses qui murmurent son nom. Puis le sommeil dévore Konoha. D'abord des cas isolés. Mais très bientôt, des centaines d'habitants s'enfouissent dans l'inconcience, saignant à vif le village. Et quand la tragédie frappe, une main tressée de griffes se dresse, une offre qu'on ne peut refuser... AU, Pre-canon

Notes:

Chapter 1: Appel

Chapter Text

Une vie télégraphiée, si ce n’était le temps d’une respiration relâchée. Le juste décalage pour tomber au moment où le réveil vibrait.

— Flûte ! souffla le blond d’un bond.

Ses pyjamas volèrent dans tous les sens alors que ses pas résonnaient déjà en bas des escaliers. Au quart tournant, il se fit happer.

— Naruto, ton petit déjeuner !

— Pas le temps ! L’académie-

— Peut attendre ! Tu peux bien rester assis deux minutes. Tes petits camarades ne vont pas s’envoler.

— Oui maman.

Il fallait être inconscient ou fou pour désobéir à l’autorité de maison. Ce faisant, il n’était ni l’un ni l’autre. Ses jambes trépignèrent quand il se rangea, pieds sous la table. Tablier blanc par-dessus une robe noire, la femme aux cheveux d’encre le servit. Jus d’orange, œufs sur le plat, tout ce que l’on pouvait attendre d’un repas princier, relatif aux figures qu’elle lui narrait avant qu’il ne s’endorme.

— Mon prince, accordez-nous notre souhait.

Cette voix, ce pincement au bout des doigts, il tentait de le réprimer, mais cela devenait de plus en plus difficile avec le temps qui passait. De petites boules velues trottaient le long de la table, chacune quémandant son attention par-dessus les autres. Leurs yeux trop grands pour leurs têtes luisaient comme des perles mouillées, leur expectative pleine et sans limite.

— Maman, je veux partir ! supplia-t-il.

Elle posa la poêle dans l’évier, l’eau chantante contre métal.

— Tu veux toujours partir, répondit-elle avec flegme. Le monde peut bien attendre que tu finisses ton assiette.

Mais les petites bêtes, elles, redoublaient d’ardeur. Ça piaillait, ça tirait sur la nappe. Tête baissée, il engloutit, se leva trop vite, la chaise secouée en protestation derrière lui.

— Merci pour le petit déjeuner !

Déjà à l’entrée, il arracha son sac du portemanteau.

— Naruto.

Sa main resta suspendue à la poignée.

— Essaie de ne pas trop rêvasser aujourd’hui.

-o-O-o-O-o-O-o-

— Hé, Naruto !

Il se retourna. Choji arrivait en trottinant, sachet de chips en main. Derrière, Shikamaru traînait les pieds, avec l'air indissociable qu’on lui connaissait bien, celui d’un paresseux qu'on avait arraché du lit.

— Salut ! lança Naruto, tout sourire.

— T'as réussi à échapper à ta mère ? demanda Choji entre deux bouchées.

— Ouais, mais elle a quand même voulu me passer un savon.

— Quelle galère, marmonna Shikamaru en bâillant.

Ce n’était pas vraiment vrai, mais il aimait enjoliver les choses pour solliciter cette réaction.

La marche reprit en groupe. Comme à son habitude, Choji leur détaillait un nouveau stand de yakitori qu'il voulait absolument essayer. Naruto acquiesçait, si tant est qu’il écoutait, distrait par le bourdonnement incessant au fond de ses oreilles. Du coin de l'œil, il en discernait quelques-unes. Silhouettes rondes et floues sur le rebord d'un toit. D’autres dépassaient d'une bouche d'égout plus loin.

— Elles sont encore là, marmonna-t-il.

— Quoi ? fit Choji.

— Tes bestioles imaginaires ? soupira Shikamaru. Sérieux, Naruto, j’ai la flemme rien que d’y penser.

— Je les invente pas ! Elles sont vraiment-

— Ouais, ouais. Sur les toitures, dans les ruelles à côté. On sait. Ça fait quoi… dix fois que tu le dis ?

Choji haussa les épaules, son sachet décrivant une parabole vers la poubelle à côté.

— Tu racontes toujours des trucs bizarres. C'est ton truc.

— C'est pas mon truc ! protesta Naruto. Je vous jure que c'est vrai !

— Alors pourquoi personne d'autre, même les adultes, ne les voit ? demanda Shikamaru.

Naruto referma la bouche en faisant la moue. Que lui seul les voyait l’agaçait au plus haut point. Pourtant elles étaient là, leur attention pressante, oppressante.

— C'est bon, j'ai rien dit.

— T'es vraiment galère quand tu t’y mets.

Le blond les dépassa et leur tira la langue.

Ils tournèrent à un coin de rue. L'académie se dressait au devant, bâtiment familier avec sa cour où des dizaines d'enfants couraient dans tous les sens.

— Bon, on se retrouve en classe, dit Shikamaru déjà allongé dans l’ombre d’un bosquet.

— Comment tu peux dormir par terre ? s'étonna Choji.

— L’habitude…

Le bourdonnement s'apaisa grilles franchies, comme si quelque chose restait à la frontière. Pendant que Choji partait vérifier si son père était venu récupérer ses notes de la veille, Naruto scrutait la cour d’un œil distrait. Les cris résonnaient, des rires fusaient. Un groupe pratiquait des lancers de shuriken contre des cibles postées contre un mur. L’accoutumé, presque réconfortant dans sa constance.

— Hoy Naruto !

Kiba déboula, Akamaru jappant sur sa tête.

— T'as entendu ? Le prof a dit qu'on aura peut-être un exercice pratique l’aprem !

— Wow ! C’est génial !

— Pour une fois qu’on peut se dégourdir les pattes ! C’est pour le travail en équipe, askip.

Ils entrèrent dans le bâtiment, absorbés par le flot d'élèves qui montaient vers les salles de classe. Les couloirs résonnaient de conversations animées et de portes qui claquaient. À l'intérieur de leur amphithéâtre, le chaos habituel : certains discutaient, d'autres recopiaient en dernier recours les devoirs oubliés. Hinata se trouvait assise au premier rang, occupée à se tripoter les doigts à leur arrivée. Juste derrière, Shino avait le nez et les lunettes plongés dans un livre.

Naruto se laissa tomber à sa place habituelle, troisième rangée, côté fenêtre. Choji arriva peu après, essoufflé.

— J'ai cru que j'allais me faire tuer, haleta-t-il en s'effondrant à côté.

— Tu dis ça tous les jours.

— Parce que c'est vrai tous les jours !

La cloche sonna. Les conversations s’éteignirent progressivement, et définitivement quand Iruka entra, rouleau de présence sous le coude.

— Bonjour. Asseyez-vous.

Les derniers debout regagnèrent leurs places. Quant à Naruto, il se cala contre le dossier de sa chaise. L'appel, puis le cours. Probablement l'histoire du village ou la théorie du shinobi. Les noms s'égrenaient, monotones et il luttait contre le poids qui tirait ses paupières vers le bas. Le bourdonnement enfla et avec lui, autre chose : un murmure, lointain, à peine audible sous la voix du professeur et le bruissement ambiant.

Viens… Viens à moi…

— Naruto !

Toute la classe le regardait.

— Présent !

Il tenta de ne pas rougir aux rires des autres. Iruka fronça les sourcils, et la craie ne tarda pas à crisser sur le tableau plein.