Work Text:
La morphine ne faisait plus effet, Blake se réveilla avec une douleur vive à l'épaule. Les souvenirs de sa dernière affaire lui revinrent. L'un des trafiquants d'armes qu'il suivait lui avait tiré dessus. Rien de grave, la balle l'avait seulement effleurée, mais la douleur restait présente. Les rideaux de sa fenêtre étaient ouverts, laissant la lumière de la lune rentrer. Le Capitaine regarda aux alentours et trouva Mortimer assit à son chevet.
" - Bonsoir, dit-il, visiblement remonté.
- Bonsoir. Vous avez attendu mon réveil ?
- Effectivement.
- Vous attendez des excuses, je suppose ?
- Vous l'avez déjà fait avant de passer sur la table d'opération.
- Alors pourquoi cet air énervé ?
- Pourquoi prenez-vous autant de risques ?
- C'est mon métier mon cher.
- Je sais très bien, ça. C'est plutôt vos actions qui me mettent dans cet état. A chaque fois, vous vous lancez dans le danger comme si personne ne vous attendait lorsque vous rentrez chez vous, expliqua le professeur.
- Ce n'est pas vraiment faux…"
Mortimer soupira d'agacement, ce qui coupa son ami.
" - Retirer ce que vous venez de dire, s'il vous plaît.
- Est-ce faux ?
- Oui, c'est faux, car je vous attends. Je vous attends tous les soirs pour être sûr que vous soyez sain et sauf. J'angoisse les soirs où l'un de nous est ailleurs, terrifié que vous ne reveniez pas ou que je doive revenir à Londres en catastrophe pour vos obsèques. J'ai faillit vous perdre durant la guerre, j'ai cru vous perdre en Égypte et de nouveau aujourd'hui. Olrik me vole déjà assez de sommeil pour que vous vous y mettiez aussi ! Alors, s'il vous plaît, faîtes au moins semblant d'avoir envie de vivre."
Blake garda le silence, étonné par la tirade de son ami. Il n'avait pas l'impression d'être suicidaire que ça, mais il n'était pas bien objectif au vu de son corps de métier. Le professeur ne le lâchait pas du regard, attendant une réponse.
" - Je n'ai pas envie de mourir, loin de là. Je ne pensais pas que j'étais si important pour vous.
- Vous, dont c'est le métier de lire entre les lignes, vous n'arrivez pas à remarquer ce qu'il y a sous votre nez."
Mortimer soupira de nouveau et détourna le regard. En même temps, le cerveau de Blake tournait à plein régime. Pourquoi son ami était si anxieux à l'idée de le perdre ? Certes, ils étaient proches et ils avaient vécus plus de choses ensemble que d'autres ne vivront en toute une vie, mais il connaissait son métier. Il n'avait pas de raison de s'inquiéter ainsi. Et puis, ce n'est pas comme si… A moins que…
Oh.
Oh.
Son ami l'aime. Il ne s'y était pas attendu, il ne l'avait même pas envisagé. Lui qui avait abandonné l'idée d'un jour d'être aussi proche de son ami, il n'avait même pas remarqué que ses sentiments étaient réciproques. Le Capitaine se sentait idiot à présent. Il se redressa difficilement pour faire face à son ami. Mortimer se leva pour l'aider.
" - Ne vous faîtes pas mal, s'inquiéta-t-il. Vous êtes déjà assez mal en point comme ça.
- Mon cher, je suis désolé d'avoir été aussi aveugle à votre égard.
- Je vous ai déjà dis de ne pas vous excuser de nouveau. Et puis, de quoi parlez-vous ?
- Si vous me le permettez, j'aimerais bien vous embrasser. Depuis le temps que j'en ai envie…"
Le professeur afficha d'abord un air choqué puis ria doucement.
" - Vous en avez mis du temps.
- Je ne pensais pas que vous pouviez m'aimer à ce point avant aujourd'hui. J'étais persuadé de devoir emmener ce secret dans ma tombe.
- Ne parlons pas de tombe pour ce soir, voulez-vous ? De mon côté, je préférerais ce baiser que vous proposer."
Blake le tira gentiment vers lui pour l'embrasser. Le professeur le prit dans ses bras, faisant attention à sa blessure. Si la douleur à son épaule n'était pas présente, le Capitaine aurait pu croire à un simple rêve.
" - By Jove, je ne pensais jamais pouvoir faire ça, murmura Mortimer.
- L'attente en valait la peine ?
- Évidemment, comme c'est vous qui m'embrasser. Si cela ne vous dérange pas, je vais rentrer. Je commence à être fatigué avec toutes vos péripéties.
- C'est vous qui me dîtes ça ? Plaisanta Blake. C'est la meilleure.
- Certes, je suis peut-être impulsif, mais je ne manque pas de me faire tuer à chaque fois !
- Et Noël dernier ne compte pas, je suppose ?
- C'est une autre histoire. Bref, je reviens demain pour vous ramener chez nous. Nous aurons le temps de finir cette 'conversation' avec plus d'énergie qu'en ce moment.
- 'Conversation' ? Pourquoi des guillemets ?
- Vous pensez que j'ai seulement pensé à vous embrasser durant tout ce temps, mon cher ?
- Certes, mais je suis toujours blessé.
- Et mon lit est assez confortable pour deux."
