Chapter Text
Le soleil venait à peine de se lever sur la petite maison de campagne lorsque Malcolm ouvrit les yeux.
La première chose qu'il vit fut Cynthia.
Toujours endormie à côté de lui.
Trente-quatre ans.
Quelques cheveux en bataille.
Et toujours aussi belle à ses yeux que lorsqu’il avait douze ans.
Malcolm sourit.
Puis il entendit un bruit sourd.
BOUM.
Il ferma les yeux.
— Simon.
BOUM.
— Simon !
Une voix répondit du rez-de-chaussée :
— C'était pas moi !
Ce qui signifiait évidemment que c'était lui.
Quelques minutes plus tard, Malcolm descendit.
Et découvrit son fils de neuf ans en pyjama.
Debout sur une chaise.
Tentant d'atteindre un pot de céréales placé sur une étagère.
— Simon.
— Oui ?
— Pourquoi es-tu sur une chaise ?
— J'avais faim.
— Pourquoi n'as-tu pas demandé ?
— Parce que j'avais faim maintenant.
Exactement le genre de logique Wilkerson que Malcolm redoutait.
Cynthia arriva quelques instants plus tard.
Encore à moitié endormie.
Puis embrassa Malcolm sur la joue avant de décoiffer Simon.
— Bonjour mes garçons.
— Maman !
— Oui ?
— Papa me traite comme un bébé.
Cynthia regarda Malcolm.
— Tu es monté sur une chaise pour voler des céréales ?
— Peut-être.
— Alors ton père a raison.
Simon soupira.
Trahi.
Comme tous les enfants de neuf ans.
À l'étage, une autre porte s'ouvrit.
Leah apparut.
Quinze ans.
Grande.
Magnifique.
Et avec exactement la même expression agacée que Lois lorsqu'elle était contrariée.
Ce qui terrifiait encore Malcolm.
— Bonjour.
— Bonjour ma chérie.
dit Cynthia.
— Salut ma princesse.
ajouta Malcolm.
Leah leva immédiatement les yeux au ciel.
— Papa.
— Quoi ?
— Arrête de m'appeler princesse.
— Jamais.
— J'ai quinze ans.
— Et tu seras ma princesse même à cinquante.
Simon éclata de rire.
Leah menaça de lui lancer une cuillère.
Le petit-déjeuner pouvait officiellement commencer.
Le reste de la matinée fut calme.
Simon construisait une cabane dans le jardin.
Une cabane si compliquée que Malcolm soupçonnait fortement une hérédité familiale.
Pendant ce temps, Leah lisait sur la terrasse.
Et Malcolm ne cessait de la surveiller discrètement.
Parce que Malcolm était un papa poule.
Un papa poule pathologique.
Un papa poule professionnel.
Un papa poule certifié.
— Malcolm.
dit Cynthia.
— Oui ?
— Arrête de regarder Leah toutes les dix secondes.
— Je ne la regarde pas.
— Tu viens de compter le nombre de pages qu'elle a tournées.
— Peut-être.
Cynthia éclata de rire.
Puis vint le déjeuner familial du dimanche.
Chez Hal et Lois.
Comme souvent.
La grande maison était pleine de monde.
Comme toujours.
Hal préparait un barbecue.
Très fier de lui.
Lois surveillait tout le monde.
Comme toujours également.
Francis et Piama étaient là avec Emily et Jane.
Reese et Dakota avec Raphaël.
Dewey aussi.
Toujours célibataire.
Toujours adoré de ses neveux.
Et toujours incapable de dire non à un enfant.
Les cinq cousins couraient déjà partout.
Simon.
Jane.
Raphaël.
Et Leah et Emily qui essayait vaguement de les empêcher de provoquer un incendie.
— Où est Simon ?
demanda Malcolm.
— Dans le jardin.
répondit Dewey.
— Avec quoi ?
— Une corde.
— Pourquoi une corde ?
— Aucune idée.
Malcolm se leva immédiatement.
Sous les rires de toute la famille.
— Tu vois ?
dit Reese.
— Papa poule.
— Excessivement papa poule.
ajouta Francis.
— Je protège mes enfants.
— Simon essaie probablement juste de construire une balançoire.
— Ou une catapulte.
— C'est pire.
Lois observait la scène.
Amusée.
Très amusée.
Parce qu'elle revoyait parfois le petit Malcolm de dix ans.
Anxieux.
Fragile.
Toujours inquiet.
Et voir cet enfant devenu un père aussi dévoué la remplissait de fierté.
Même si elle ne le disait pas souvent.
Plus tard dans l'après-midi, alors que les enfants jouaient dehors, Lois s'assit à côté de Malcolm.
— Tu sais.
— Quoi ?
— Tu es un bon père.
Malcolm la regarda.
Surpris.
— Merci.
— Même si tu couves tes enfants comme une poule malade.
— Maman.
— Je suis sérieuse.
— Tu les aimes énormément.
— Ça se voit.
Malcolm regarda au loin.
Leah qui riait avec Emily.
Simon et Jane qui courait après Raphaël.
Cynthia qui discutait avec Piama et Dakota.
Puis il sourit.
— Oui. Je les aime énormément.
Le soir venu, la famille rentra à la maison.
Simon s'endormit dans la voiture.
Comme presque chaque dimanche.
Malcolm le porta jusqu'à son lit.
Avec mille précautions.
Comme lorsqu'il était bébé.
— Papa...
marmonna Simon à moitié endormi.
— Oui ?
— Je t'aime.
Le cœur de Malcolm fondit instantanément.
— Moi aussi mon grand.
Pendant ce temps, Leah était dans sa chambre.
Au téléphone.
Avec quelqu'un.
Un garçon probablement.
Ce qui augmenta immédiatement le niveau d'anxiété de Malcolm de 400%.
— Malcolm.
soupira Cynthia.
— Respire.
— Je respire.
— Non.
— D'accord.
Elle éclata de rire.
Puis glissa sa main dans la sienne.
Comme elle le faisait depuis près de vingt ans.
Et comme toujours...
Cela suffisait à l'apaiser.
Parce que malgré les enfants.
Malgré les cousins.
Malgré les repas familiaux.
Malgré les inquiétudes.
Malcolm restait profondément heureux.
Dans cette maison.
Avec Cynthia.
Avec Leah.
Avec Simon.
Et entouré de cette immense famille Wilkerson qui, contre toute attente, était devenue un peu moins chaotique avec les années.
Enfin...
Juste un peu.
———
Quelques jours plus tard, la maison avait retrouvé son rythme habituel.
Le genre de rythme que Malcolm adorait.
Pas parce qu'il était calme.
Parce qu'il ne l'était absolument pas.
Mais parce qu'il était prévisible.
Du moins en théorie.
Ce mercredi-là, Malcolm travaillait depuis son bureau installé au rez-de-chaussée.
L'un des avantages de son emploi était qu'il pouvait passer beaucoup de temps à la maison.
L'un des inconvénients était qu'il pouvait passer beaucoup de temps à la maison.
Parce qu'il entendait tout.
Absolument tout.
— SIMON !
La voix de Leah résonna dans toute la maison.
Malcolm leva immédiatement la tête.
— Qu'est-ce qui se passe ?
cria-t-il.
— Rien !
répondit Simon.
— Si tu réponds "rien", c'est forcément quelque chose !
— Il est entré dans ma chambre !
hurla Leah.
— Je cherchais mon ballon !
— Dans mon placard ?
— Peut-être !
Malcolm posa son ordinateur.
Puis se leva.
Comme un homme qui connaissait déjà parfaitement la situation avant même de l'avoir vue.
Quelques secondes plus tard, il trouva Leah debout au milieu de sa chambre.
Les bras croisés.
Et Simon assis sur le sol.
L'air coupable.
Très coupable.
— Simon.
— Oui ?
— Pourquoi étais-tu dans la chambre de ta sœur ?
— Je cherchais mon ballon.
— Dans son placard ?
— Je pensais qu'il avait peut-être roulé jusque-là.
Leah poussa un soupir dramatique.
— Papa.
— Oui ?
— Il est idiot.
— Je sais.
— Hé !
Malcolm sourit malgré lui.
Puis il posa une main sur l'épaule de son fils.
— Demande la permission la prochaine fois.
— D'accord.
— Et toi...
Il regarda Leah.
— Essaie de ne pas l'enterrer dans le jardin.
— Je promets rien.
Exactement le genre de réponse que Malcolm redoutait.
Parce qu'elle ressemblait beaucoup trop à celles de Lois.
Plus tard dans l'après-midi, Cynthia rentra du travail.
Et trouva Malcolm dans le jardin.
Simon était installé sur ses épaules.
Comme lorsqu'il était petit.
Même si à neuf ans il devenait franchement lourd.
— Tu vas finir par te casser le dos.
lança Cynthia.
— Jamais.
répondit Malcolm.
— Papa est fort.
ajouta Simon.
— Papa est surtout têtu.
— C'est pareil.
Malcolm approuva immédiatement.
Ce qui fit rire Cynthia.
Le soir venu, toute la famille se retrouva autour de la table.
Un moment auquel Malcolm tenait énormément.
Téléphones interdits.
Télévision éteinte.
Tout le monde ensemble.
Simon racontait sa journée.
Dans les moindres détails.
Tous les détails.
Même les moins intéressants.
Surtout les moins intéressants.
— Et après Thomas a perdu son crayon.
— Ah bon ?
répondit Malcolm.
— Oui.
— C'était un crayon bleu.
— Fascinant.
— Puis il l'a retrouvé.
— Quel soulagement.
Leah leva les yeux au ciel.
— Papa, tu fais semblant.
— Non.
— Si.
— Peut-être.
Simon continua quand même.
Parce qu'il savait que son père l'écouterait jusqu'au bout.
Toujours.
Après le repas, Malcolm aida Simon à terminer un devoir.
Pendant que Cynthia discutait avec Leah dans le salon.
Une discussion mère-fille.
À propos d'un garçon.
Encore.
Malcolm essayait très fort de ne pas écouter.
Très très fort.
Il échoua complètement.
— Comment ça "il est gentil" ?
marmonna-t-il depuis la cuisine.
— Malcolm.
avertit Cynthia.
— Je n'ai rien dit.
— Je t'ai entendu.
— Je réfléchissais à voix haute.
Leah éclata de rire.
— Papa est jaloux.
— Pas du tout.
— Papa est terrifié.
corrigea Cynthia.
Ce qui était beaucoup plus proche de la vérité.
Plus tard dans la soirée, Simon était déjà couché.
Leah dans sa chambre.
Et la maison enfin silencieuse.
Pour une fois.
Malcolm et Cynthia étaient installés sur le canapé.
Une couverture sur les jambes.
La lumière tamisée.
Le genre de moment simple qu'ils appréciaient de plus en plus en vieillissant.
Malcolm posa sa tête contre l'épaule de sa femme.
— Tu sais quoi ?
— Quoi ?
— J'aime cette maison.
Cynthia sourit.
— Moi aussi.
— J'aime nos enfants.
— Moi aussi.
— Même quand Simon escalade les meubles.
— Même quand Leah nous fait vieillir prématurément.
Ils rirent ensemble.
Puis un silence confortable s'installa.
Le genre de silence qui n'a pas besoin d'être rempli.
Parce qu'après toutes ces années...
Ils se connaissaient par cœur.
Malcolm regarda par la fenêtre.
Les lumières du jardin.
La campagne autour de leur maison.
Puis il pensa à sa vie.
À Cynthia.
À Leah.
À Simon.
À sa famille.
À tout ce qu'il avait construit.
Et malgré son anxiété naturelle...
Malgré ses inquiétudes permanentes...
Malgré sa tendance à imaginer le pire scénario possible toutes les dix minutes...
Il dut reconnaître une chose.
Il était heureux.
Profondément heureux.
Et lorsqu'il sentit Cynthia glisser sa main dans la sienne, il se dit que, finalement...
La vie avait été beaucoup plus généreuse avec lui qu'il ne l'aurait jamais imaginé.
