Actions

Work Header

Je ne suis pas un monstre

Summary:

"-Sam, tu m’entends ?
Sa tête est affreusement douloureuse, probablement le coup de poing qui fait encore saigner sa lèvre, ou les pleurs qu’il retient depuis que Dean l’a découvert avec Ruby. Malgré tout cela, il ne peut s’empêcher de se complaire dans la sensation réconfortante de son frère à genoux à ses côtés, une main réconfortante sur son épaule. "

Notes:

(See the end of the work for notes.)

Work Text:

Sam se réveille avec le toucher de son frère contre son épaule droite, et la rudesse du sol froide contre sa joue gauche. Il sent de l’humidité s’appuyer sur le plancher en bois et sait qu’il a pleuré, ce qui ne fait qu’ajouter à son sentiment d’humiliation. Ses souvenirs sont encore flous, mais il se rappelle Travis, d’un appel important, d’une discussion qui ne pouvait être reportée.

-Sam, tu m’entends ?

Sa tête est affreusement douloureuse, probablement le coup de poing qui fait encore saigner sa lèvre et élancer sa mâchoire, ou les pleurs qu’il retient depuis que Dean l’a découvert avec Ruby dans ce bâtiment abandonné. Malgré tout cela, il ne peut s’empêcher de se complaire dans la sensation réconfortante de son frère à genoux à ses côtés, une main réconfortante sur son épaule. Il sait que ça lui a tant, tant manqué… Ces quatre mois qui lui ont semblé durer une éternité. Ces quatre mois où il abandonné toute dignité pour se donner corps et âme dans une lutte perdue d’avance. Ces quatre mois où il a failli perdre toute son humanité, et perdre encore plus le peu d’amour que son frère porte pour lui.

Comme il tarde à répondre, la main de Dean monte à son visage où il lui écarte les mèches de ses yeux fermés très, très délicatement. Ce geste, si intime, que Dean avait souvent l’habitude de faire, parce que malgré toutes les règles de mode et tout ce que les autres adolescents portaient et tout ce que son père répétait à longueur de journée, Sam a toujours refusé de se couper les cheveux. Il aimait particulièrement quand son frère les caressait, les éloignait de son visage, les ébouriffait, mais ce sont des choses qu’il ne lui aurait jamais dites. Ses genoux lui semblent plus cotonneux qu’ils ne le sont déjà, et il se demande s’il n’a pas envie de rester inconscient sur le sol de leur motel, en espérant que son frère n’arrête jamais de le toucher, parce qu’il est tellement en manque que toute la vie lui paraît en noir et blanc.

-Sammy, murmure-t-il pour ne pas le brusquer.

Le surnom éveille quelque chose en lui aussi, et son corps tressaille involontairement. La main de Dean se fige, ses doigts viennent serrer son épaule à la place.

-Sam, je suis désolé. Je…Je n’aurais pas dû te dire toutes ces choses-là. J’étais en colère. Sam, s’il te plaît, réveille-toi.

Il ouvre les paupières lentement. Son cœur se tord alors que les souvenirs lui reviennent, animés par les mots de son frère. Lui qui exorcise un démon avec Ruby, Dean qui découvre ses pouvoirs, Dean dégoûté par ses pouvoirs, Dean qui veut le chasser, Dean qui le déteste, le déteste, le déteste. Sa tête qui lui faisait si mal qu’il avait l’impression que son crâne allait se scinder en deux. Ses poumons qui avaient du mal à faire entrer l’air. Le monde qui tanguait. Le sol qui s’ouvrait en deux sous ses pieds. L’obscurité qui a suivi.

-Dean…

Immédiatement, l’aîné vient l’aider à se redresser contre la commode, celle sur laquelle il avait commencé à écrire les coordonnées de Travis et de Jack Montgomery. Il appuie contre sa tempe, la lumière trop irritante pour ses yeux.

-Comment tu te sens ? demande d’un ton inquiet Dean, dont les paumes sont partout sur lui dans un tourbillon étourdissant, sur ses épaules, sur ses bras, sur son torse, sur son visage et il a l’impression d’avoir quatorze ans à nouveau, quand il s’est évanoui sans raison en sortant de la douche.

-Bien, je vais bien, répond-il précipitamment.

Une part de lui veut s’extirper de l’emprise de Dean, parce qu’il s’y sent étouffé, parce que ses mots violents sont encore plantés entre ses cotes comme des dagues acérées, parce qu’il ne veut plus être un boulet pour son frère. Mais une autre part de lui veut rester sur ce plancher pour toujours, et laisser Dean Winchester le cajoler jusqu’à ce que son cœur s’arrête. Il sait qu’il ne peut pas et qu’il n’a pas le droit d’espérer quoi que ce soit, mais il n’arrive pas à s’en empêcher, et il sent sa gorge enfler et…

Il ferme ses paupières, appuie avec le bout de ses doigts contre ses yeux qui piquent.

-Sam ! s’enquiert-t-il plus fort en le secouant. Qu’est-ce que je dois faire, Sam ? Est-ce que… Est-ce que c’est un effet secondaire de tes pouvoirs ?

-Non…

Il a du mal à parler, mais ce n’est pas parce qu’il a mal, pas vraiment. Plutôt parce que s’il parle trop, il risque de ne plus contrôler le flux de ses larmes, et il n’a pas envie de lui faire subir ça.

-J’avais des migraines, avant. De grosses migraines. Pires qu’avec mes visions.

-Pires qu’avec les visions ? s’étonne l’autre, parce qu’il était constamment sur le point de l’évanouissement à cette époque-là.

Il hoche la tête, frottant le bout de son nez, inspirant par la bouche pour se calmer.

-Mais je vais mieux maintenant. C’est… C’est juste une fatigue passagère.

-Une fatigue passagère, mon cul ouais.

Le ton énervé de Dean le sort de sa pudeur. Il révèle enfin ses yeux rougis à son frère. Au lieu de la colère, il n’y trouve qu’un visage anxieux.

-Tu as perdu conscience, t’es tombé comme ça, j’ai rien pu faire, tu m’as fait grave peur, Sam.

-Désolé.

-Non, non, ne t’excuse pas. Dis-moi ce qui se passe.

-Mais je te jure, c’est vraiment une fatigue passagère. L’émotion, l’exorcisme et…

Inconsciemment, sa main se porte à sa mâchoire, qui porte encore la marque des deux coups de poing qu’il a reçu. Le visage de Dean s’assombrit.

-Quoi, c’est moi ?

Il met un peu de temps à répondre, principalement parce qu’il est encore un peu dans les vapes, ce que Dean interprète comme un « oui ».

-Tu méritais les deux baffes, mais je n’aurais pas dû, putain, je n’aurais pas dû te faire mal…

-Dean, non, écoute !

Il se redresse vivement, écarte de mauvais cœur les mains sur lui pour se relever. Debout sur ses deux jambes, il vacille et Dean le rattrape à nouveau. Il se laisse faire.

-Oublions cette conversation, ok ? On a une chasse à mener. C’est inutile de discuter ça maintenant.

-Sam…

-Je suis sérieux ! Dean. Regarde, je vais mieux. Je suis un grand garçon maintenant.

Il se sent ridicule dès qu’il a fini sa phrase, mais il ne veut pas repenser à cette soirée, à la pointe de frustration et de colère et de tristesse qui fleurit dans son torse. Désireux de laisser sa honte derrière lui, Sam s’avance vers la porte, regrettant déjà les caresses de son frère qui s’évaporent de sa peau. Le mobilier qui a été jeté par terre dans un élan de colère y est toujours, rappel cuisant des mots qui ont été prononcé ce soir-là.

-Tu veux aller chasser ?

-Oui, Dean, lâche-t-il d’un ton exaspéré pendant qu’il ramasse ses affaires avec lenteur. C’est ce qu’on fait, n’est-ce pas ?

-Pas ce soir. Demain.

-Mais…

-Non négociable, Sammy.

Le surnom, encore. Il ne peut retenir un sourire triste cette fois. Stupide. Stupide.

-Sammy, Dean répète avec douceur.

Il se sent fondre. Il se sent brisé. Il se sent quatorze ans à nouveau. Il se sent choyé par son grand frère qui le protège de tout, même du carrelage de la salle de bain. Ses épaules frémissent. Son corps est secoué par un sanglot qu’il ne peut plus bloquer en lui. Ses doigts desserrent leur prise autour de ses sous-vêtements, qu’il avait commencé à collecter autour d’eux.

-Sammy.

La voix est plus proche, mais il ne voit plus rien à travers le mur de larmes.

-Sammy, on va régler ça ensemble, ok ?

Il le prend dans ses bras. Merde, putain, Dean vient de le prendre dans ses bras et de le serrer si fort et de caler sa tête contre son épaule pour qu’il puisse pleurer en paix et ses doigts caressent les cheveux qui débordent sur sa nuque et soudain, il ne connait plus que Dean et il ne sait plus que Dean.

-Oublie les autres démons, oublie tous les autres. Il n’y a que toi et moi dans ce monde, Sammy. C’est ce qu’on s’est toujours dit, non ? Toi et moi contre le reste du monde, hein ?

Pendant qu’il parle, il le berce entre ses bras, lui et ses 1,93 mètres qui se calent tout juste comme il faut dans Dean Winchester. Puis, il songe que réciproquer le câlin ne provoquerait pas sa combustion spontanée.

-C’est bon, Sammy, tu peux pleurer.

-T’aimes tellement ce surnom, rigole-il entre deux hoquets. Je n’y croyais plus.

Il l’entend rire contre son oreille. Un doux son.

-Il n’est pas prêt de partir, crois-moi.

Il ne veut pas le lâcher. Même quand ses jambes faiblissent et qu’il sent qu’il s’appuie beaucoup trop sur Dean, il ne veut pas lâcher. La chemise au niveau de l’épaule de Dean est totalement humide. Ses pleurs s’apaisent. Il s’épuise, comme un enfant qui a trop donné. L’aîné le tient, et les guide vers le lit, pas à pas, comme quand ils étaient petits et qu’ils marchaient dans le noir. Il s’arrête, le pousse doucement en arrière. Sam s’allonge, le nez bouché, le visage luisant, ses cheveux éparses sur l’oreiller. Il observe Dean qui le surplombe, ses phalanges contre sa nuque et son coude. Soudain, il se sent si possédé, si protégé. Ses yeux se ferment.

-S’il te plaît, marmonne-t-il d’un ton soumis.

Soumis au monde, soumis à l’amour de son frère, soumis à la souffrance que les humains portent. Il n’est qu’un martyr, et ça ne semble jamais s’arrêter, sauf quand Dean le touche.

-Reste…

On lui retire ses chaussures. Le toucher autour de ses pieds s’y prolonge plus que nécessaire. Il gémit.

-On dort là.

Le matelas s’affaisse, la chaleur humaine emplit l’espace à côté de lui. Par réflexe, ou habitude, Sam vient s’enrouler autour du corps de Dean, qui l’accepte avec intense facilité contre lui. Chemise contre chemise. Jean contre jean. Les doigts se promènent sur son cuir chevelu, jusqu’à lui en soutirer des soupirs plaisants, puis sur son dos, jusqu’à lui faire oublier ses courbatures. Il ne sait pas s’il mérite autant d’attention, alors il commence à débiter d’une faible voix empreinte de fatigue. Il veut s’excuser pour le mensonge, et pour la trahison, et pour ces autres choses qu’il est encore en train de cacher à Dean, et pour avoir pleuré longuement.

-Je suis désolé pour tout, Dean…

-Chut, Sammy, on dort on a dit.

Sa litanie dépressive interrompue avant d’avoir pu être libérée, Sam sent son esprit s’alléger d’un poids qu’il n’est pas prêt à porter ce soir-là. Il enfouit son visage contre son torse et écoute son cœur, déjà plongé dans une brume d’inconscience.

Quand Dean ouvre la bouche, il n’est plus sûr de l’écouter entièrement.

-Ta place est avec moi, pas avec Ruby ou qui que ce soit d’autre. C’est pour ça que j’étais tant énervé. Je n’avais pas le droit de te frapper. Je ne pensais pas… Je ne pensais pas vraiment ce que j’ai dit, je voulais juste… je voulais juste te faire réagir, te faire ressentir ce que je ressentais… Mais en fait, j’ai peur de te perdre alors que je viens à peine de te retrouver. Toutes ces années en enfer… J’ai peur de ce que je suis devenu. Mais je me suis retrouvé, avec toi. Je me retrouve toujours avec toi.

Dean le plaque plus fort contre lui, et le corps de Sam se détend encore plus, complètement relaxé.

-Reste avec moi, Sam.

Il lui embrasse le front et éteint la lumière.

Notes:

A votre avis, pourquoi Sam s'était évanoui en sortant de la douche à ses 14 ans ??

Merci d'avoir lu <333 Je plussoie tout commentaire, j'en vis !!

Series this work belongs to: