Chapter Text
Ecran montre un joli petit bois avec plein d’arbres, d’herbes, de fleurs et de petits oiseaux qui gazouillent. On voit Frodon, assis sous un arbre, qui lit une brochure publicitaire pour des séjours touristiques tout compris aux Terres Immortelles.
Voix inconnue (chantant) : Je suis la galette, la galette… Je suis faite avec le blé, ramassé dans le grenier. On m’a mise à refroidir, mais j’ai mieux aimé courir !
Auteur (chuchote) : …C’est quoi, ça ?
Régisseur (de même) : Ben, c’est toi qui lui as demandé de chanter une chanson de voyage…
Auteur : Parce que t’appelles ça une chanson de voyage, toi ?
Régisseur : A la base il voulait chanter Take Me Home, Country Roads, mais les droits d’auteur ont dit non alors il a fallu improviser…
Voix inconnue (chantant) : Je suis la galette, la galette…
Frodon se redresse, écoute, se lève, laisse tomber sa pub et pique un cent-mètres haies à travers les arbres et les buissons. Il s’arrête devant une route où s’avance un vieillard sur une charrette.
Voix inconnue (chantant) : On m’a mise à refroidir, mais j’ai mieux aimé courir !
Frodon : Dites-moi Gandalf, votre anniversaire, c’est quand déjà ?
Gandalf : …Euh… Pourquoi vous me demandez ça, Frodon Sacquet ?
Frodon : Pour savoir quand est-ce que je pourrais enfin vous offrir une montre.
Gandalf : Ah. Je suis encore en retard, c’est ça ? Je suis vraiment désolé, mais il y a un trafic monstre sur la route des Havres Gris en ce moment, avec tous ces Elfes qui partent en croisière… Je préfère ne pas vous dire combien de temps je suis resté coincé dans les embouteillages.
Frodon rigole et monte dans la charrette de Gandalf.
Frodon : C’est pas une montre, c’est un GPS qu’il vous faut… Et sinon, pourquoi venez-vous ? J’ai pas encore cent-onze ans, vous savez.
Gandalf : Je suis porteur de votre billet de bateau pour une croisière aux Terres Immortelles et d’un message de la plus haute importance de la part de Galadriel de Lórien.
Frodon arrête de rigoler. Il prend la tête typique des Hobbits qui sentent qu’une catastrophe ne va pas tarder à s’abattre sur leurs petites têtes bouclées.
Frodon : Je prends le billet, mais je ne suis pas sûr de vouloir entendre le message…
Regards meurtriers de l’Auteur et du Régisseur. Frodon et Gandalf déglutissent avec difficulté.
Gandalf : Je ne suis pas sûr que vous ayez le choix, en fait.
Frodon : Bon bah dites vite, alors, qu’on en finisse.
Gandalf : Non, pas ici. Il ne doit être entendu d’aucune oreille indiscrète, sous peine d’entraîner la ruine de tous. Nous parlerons à Fond-de-Cartable.
Frodon : …C’est Cul-de-Sac.
Gandalf : …Ah, vraiment ?
La charrette traverse la place de Hobbitbourg. Tout le monde fait de grands signes à Gandalf qui salue les gens en retour. On peut voir en arrière-plan Merry et Pippin debout sur une estrade, et qui se déhanchent sur une musique très entraînante devant la taverne du Dragon Vert et un public en liesse.
Merry et Pippin (chantant) : Oh, vous pouvez chercher loin, boire et reboire dans tous les coins… Jamais bière n’aura si bon goût que celle que l’on trouve par chez nous ! Jamais bière n’aura si bon goût que celle que l’on trouve par chez nous !
Ils s’arrêtent pour taper du pied sur l’estrade.
Merry et Pippin (chantant) : Quelle que soit votre chopine, même dans une bouteille divine, quelle quoi soit la taille de votre flacon… Elle doit venir de notre Dragon !
Tous les Hobbits présents les applaudissent.
Gandalf : Tiens, les deux catastrophes sur pattes se sont reconverties dans les spots publicitaires ?
Frodon : Non, ils donnent un concert à but humanitaire dont les fonds seront reversés à l’association de l’Arbre des Fêtes. Ils sont devenus des stars locales, vous savez.
Gandalf : Oh, sacrebleu…
Frodon : La "Ballade de Denethor dévorant une innocente tomate sans défense et de Faramir galopant avec classe vers le suicide" de Pippin est d’ailleurs particulièrement appréciée.
Gandalf : Allons bon…
Frodon : Mais revenons à un sujet plus sérieux. Vous pouvez m’expliquer pourquoi, si son message est si confidentiel que ça, Galadriel ne me l’a pas transmis par télépathie comme elle l’a fait à Cirith Ungol ?
Gandalf : C’est-à-dire que sa messagerie télépathique est saturée et qu’avec tous les caprices de l’Auteur elle n’a pas encore eu le temps de s’en occuper.
Frodon : Excuse imparable.
La charrette de Gandalf arrive devant Cul-de-Sac. Frodon et Gandalf en descendent et entrent dans la maison.
Gandalf : Bon, fermez bien la porte. Ce que je vais vous dire, je me répète, ne doit être entendu d’aucune oreille indiscrète. …Non, laissez la fenêtre ouverte, ça permettra à votre jardinier de nous écouter.
Régisseur : Aucune oreille indiscrète, hein…
Gandalf : Nan mais ça va, c’est seulement Sam. Et ça m’évitera de tout lui réexpliquer. Donc voilà : en se coiffant devant son Miroir l’autre jour, Galadriel s’est rendu compte que Sauron avait forgé non pas un, mais deux Anneaux Uniques.
Frodon : …C’est spécial, comme concept…
Gandalf : Bah, c’est Sauron, hein…
Sauron : Nan, c’est l’Auteur ! J’y suis pour rien, moi !
Auteur : Mais qu’est-ce qu’il fiche là, celui-là ? La Régie, tu dors ?
Le Régisseur attrape Sauron par le col et le traîne hors-champ malgré les hurlements de Nazgûl étranglé de ce dernier.
Gandalf : Comme vous pouvez vous en douter, ceci remet grandement en question le principe de liberté des Peuples Libres de la Terre du Milieu.
Frodon : Je n’aurais pas mieux dit.
Gandalf : Devant cette nouvelle accablante, Elrond a abandonné son Conseil pour la mise en place du menu de la semaine à Fondcombe et a réuni un autre Conseil pour mesurer le danger représenté par ce deuxième Anneau Unique. J’y étais présent. Nous avons appris, toujours grâce à Galadriel qui avait gardé le script du prologue de cette fic, que Sauron avait un fils et que ce dernier veut retrouver l’Anneau dit de Rechange.
Frodon : Et donc, il mesure combien, le danger ?
Gandalf : Ben, il change de taille selon son porteur. Comme l’Anneau Unique, en fait.
Frodon : Bon. Et pourquoi vous venez me dire ça à moi ?
Gandalf : Vous êtes le porteur de l’Anneau, Frodon Sacquet. Votre rôle, c’est de sauver le monde. Vous allez donc re-signer pour quatorze mois et vous re-sacrifier pour nous tous. Mais vous ne re-serez pas seul. Une escorte de gens braves et valeureux vous réaccompagnera jusqu’au bout de votre seconde quête, comme pour la première.
Frodon : Quand on voit comment elle a tourné, ça ne me rassure pas vraiment…
Gandalf : …Pour commencer, vous allez vous re-rendre à Fondcombe. Le seigneur Elrond est en train de réunir un Conseil pour re-choisir votre escorte.
Frodon : Dites… A part réunir des Conseils… Il sait faire quoi, Elrond, au juste ?
Gandalf : C’est une question ma foi fort pertinente.
Régisseur : Bah, il sait faire la tête. Et te réparer quand des Nazgûls sauvages t’abîment, c’est déjà pas mal.
Auteur : Au risque de casser l’ambiance, je vous rappelle que vous n’êtes pas là pour débattre de l’utilité d’Elrond dans cette histoire, mais pour RACONTER cette histoire. Alors chacun à son poste et vous suivez le scénario !
Le Régisseur effectue un repli stratégique en direction de sa régie et Gandalf se penche par la fenêtre pour ramasser Sam qui traînait là entre les pieds de rosiers et les géraniums en pots.
Gandalf : Bon, c’est bien gentil tout ça, mais l’Auteur a raison : il faut qu’on parte pour Fondcombe.
Frodon : Maintenant ?
Gandalf : Vu le trafic sur la route des Havres, il faut qu’on parte maintenant si on veut atteindre la cité avant la fin de la fic.
Sam (en pleurs) : Mais m’sieur Frodon ! Je viens tout juste de me marier ! Vous pouvez pas me faire ça !
Frodon (compatissant) : Je sais, Sam, je sais. Mais tu dois comprendre que les Conseils d’Elrond, c’est sacré (à voix basse) ment barbant (à voix haute) et que pour cette raison, nous ne pouvons pas y échap… nous permettre d’en manquer un, surtout d’une telle importance.
Sam (reniflant) : Bien, m’sieur Frodon…
Gandalf : Allons, pressons ! Nous devons re-quitter Derrière-de-Sachet et…
Frodon (blasé) : …C’est Cul-de-Sac, Gandalf…
Gandalf : …Et avoir rejoint l’A72 avant l’heure de pointe !
Ecran noir.
Galadriel (voix off) : Sous la conduite de Gandalf le Blanc, Frodon Sacquet et Sam Gamegie se mirent en route pour Fondcombe. Car en effet, l’heure approche où les Hobbits re-détermineront le destin de tous…
Ecran montre une longue et large route parcourue en tous sens par des milliers d’Elfes de tous horizons portant de jolies loupiottes de Noël reconverties en clignotants. Gandalf, Frodon et Sam arrivent en vue de la route et s’arrêtent en haut d’une colline d’où ils ont un superbe panorama bien dégagé.
Frodon (effaré) : …C’est ça, l’A72 ?
Sam : Eh bien, ça ne va pas être facile de se frayer un passage là-dedans…
Frodon : Je croyais que tu aimais les Elfes ?
Sam : Ben, oui m’sieur Frodon. Mais là, comment dire… Y’en a un peu beaucoup, quoi…
Gandalf (soupire) : Nous arrivons trop tard… C’est ce que je craignais. Nous allons devoir affronter les embouteillages de l’A72. Prenez garde ! Il y a des priorités à droites qui sont aussi peu respectées par les Elfes que par les Orcs, sur les grandes routes très fréquentées.
Gandalf, Frodon et Sam descendent de la colline et s’avancent vers l’A72 avec autant d’ardeur qu’un condamné à mort s’avancerait vers sa potence –voire moins si c’est encore possible.
Sam : Au fait, m’sieur Gandalf ? On ne va pas chercher les deux rigolos ?
Gandalf : Les deux rigolos ? Vous voulez dire Merry et Pippin ?
Sam : Oui.
Gandalf : Non.
Sam : …?
Gandalf (air mystérieux) : Les ennuis nous tomberons dessus bien assez tôt.
Sam (déprimé) : Pitié, me dites pas qu’on va encore trouver des champignons, des insectes et des Cavaliers Noirs…
Gandalf, Frodon et Sam arrivent près de l’A72. Le trafic est dense et rapide, mais semble se ralentir cinq cent mètres plus loin pour finalement rivaliser de vitesse avec un escargot en vacances.
Gandalf : Bon. Maintenant, il va falloir s’engager sur la route sans provoquer d’accrochage…
Voix inconnue joyeuse : Hey, mais c’est Frodon !
Autre voix inconnue joyeuse : Bonjour Frodon !
Sam : Oh non, pas eux…
Gandalf (tout sourire) : Vous voyez, Sam Gamegie, quand je vous disais que des ennuis allaient nous tomber dessus !
Merry et Pippin jaillissent d’un champ de maïs (l’histoire ne dit pas comment Merry et Pippin ont fait pour se retrouver là alors qu’ils donnaient un concert devant le Dragon Vert) et bondissent sur Frodon pour le saluer en le prenant dans leurs bras. Sam parvient tout de même à les empêcher de l’étouffer.
Sam : Bas les pattes ! C’est MON maître !
Merry : Ça va, ça va ! On va pas te le manger, ton maître !
Pippin : Quoique…
Tous : …
Pippin : Bah quoi ? J’ai faim ! On va chercher des champignons ?
Sam (horrifié) : NOOOON !!!
Pippin : …Bah… Qu’est-ce qu’il a ?
Merry (ignorant superbement Sam) : Alors Frodon, tu dois encore quitter la Comté ?
Frodon : Comment t’as deviné ?
Gandalf : Nous devons aller à Fondcombe à grande allure, maître Mériadoc. Et pour ce faire, nous allons emprunter l’A72 jusqu’au village de Bree. Ensuite, nous poursuivrons vers l’est sur la Nationale 53.
Merry : Bree ? Mais vous vous rallongez !
Gandalf : Ah bon ?
Merry : Ben oui. Tous les Brandebouc savent que le plus rapide chemin pour quitter la Comté, c’est de prendre la Départementale 124. Juste après Lézeau, il faut tourner à droite sur la Régionale 18, puis continuer tout droit jusqu’aux cultures du père Magotte. De là, il faut reprendre sur votre gauche pour suivre la Cantonale 439. Ensuite, on fait une quinzaine de bornes sur cette route, jusqu’à croiser la Nationale 75 auprès du petit pont. On la prend jusqu’à la tour de garde d’Ammon Sûl, et après on continue sur la Régionale 64 qui rejoint directement Fondcombe.
Gandalf (pensif) : …Hum…
Pippin : C’est le plus court chemin.
Sam (méfiant) : Fiez-vous à un Touque, et à un Brandebouc ! Allez m’sieur Frodon, on y va !
Frodon : On y va, oui, mais par où ?
Sam : Par la A72, pardi !
Merry : Mais non, suivez-moi !
Frodon : Gandalf ?
Gandalf : Laissons le futur porteur de l’Anneau décider.
Gros plan sur Frodon qui réfléchit avec un adorable air de Hobbit torturé. Il regarde tour à tour Merry, Pippin et Sam, puis l’A72 avec tous ses gens qui marchent dessus. Et il prend sa décision.
Frodon : Nous suivrons Merry.
Merry : Yeah ! Je savais que je pouvais compter sur toi, cousin !
Gandalf : …Qu’il en soit ainsi.
Ecran montre Gandalf, Merry, Pippin, Sam et Frodon qui marchent dans les collines.
Merry, Pippin et Sam (chantant) : Une demie lieue à pied, ça use, ça use, une demie lieue à pied, ça use les plantes de pied. Mais ça n’use pas la langue, la langue, mais ça n’use pas la langue des Hobbits !
Ecran montre Gandalf, Merry, Pippin, Sam et Frodon qui marchent dans la forêt.
Merry, Pippin et Sam (chantant) : Trente-huit demies lieues à pied, ça use, ça use, trente-huit demies lieues à pied, ça use les plantes de pied. Mais ça n’use pas la langue, la langue, mais ça n’use pas la langue des Hobbits !
Ecran montre Gandalf, Merry, Pippin, Sam et Frodon qui marchent dans des champs.
Merry, Pippin et Sam (chantant) : Cent quatre-vingt douze demies lieues à pied, ça use, ça use, cent quatre-vingt douze demies lieues à pied, ça use les plantes de pied. Mais ça n’use pas la langue, la langue, mais ça n’use pas la langue des Hobbits !
Gandalf (dont la patience commence à s’amenuiser sérieusement) : Quel dommage…
Frodon (apparemment dans le même cas) : J’osais pas le dire…
Ecran montre Gandalf, Merry, Pippin, Sam et Frodon qui marchent dans la plaine.
Merry, Pippin et Sam (chantant) : Deux cent soixante-dix-huit demies lieues à pieds, ça use, ça use, deux cent soixante-dix-huit demies lieues à pieds, ça use…
Gandalf (criant) : C’est moi que ça use !! Vous pouvez pas changer de disque !?
Pippin : …C’est quoi un disque ?
Merry (chuchotant) : J’crois qu’il veut qu’on change de chanson…
Sam : Attendez, j’en connais une bien ! Celle de la troupe !
Merry (enthousiaste) : Ah ouais, celle-là !
Pippin (très enthousiaste) : Chantons-la !
Gandalf (déprimé) : Oh, misère…
Ecran montre Gandalf, Merry, Pippin, Sam et Frodon qui marchent dans un sous-bois.
Merry, Pippin et Sam (chantant) : Dans la troupe, y’a pas de jambe de bois. Y’a des nouilles, mais ça ne se voit pas !
Frodon (le regard fixé sur ses trois compagnons) : Si, si, ça se voit, si…
Merry, Pippin et Sam (chantant) : …La meilleure façon de marcher, c’est encore la nôtre : c’est de mettre un pied devant l’autre, et de recommencer !
Gandalf (compatissant) : Quand je pense à Aragorn qui a dû subir ça en plus des Cavaliers Noirs…
Ecran montre Gandalf, Merry, Pippin, Sam et Frodon arrêtés au milieu de nulle part.
Merry (à voix basse à Pippin) : …Et moi, je te dis qu’il fallait tourner à gauche après le petit pont !
Pippin (sur le même ton à Merry) : Mais quel petit pont ?
Merry : Bah, celui que… Nan, laisse tomber. De toute façon, c’est fichu.
Gandalf : Et… Pouvons-nous savoir ce que vous complotez encore, tous les deux ?
Merry et Pippin (cœur des anges) : Oh, mais rien du tout !
Merry : On admire le paysage !
Pippin : Oui, on adsage le paymire !
Sam : En d’autres termes, on est paumés, quoi.
Merry : Mais non ! On est juste un peu égarés…
Frodon : …Il va vraiment falloir qu’on pense à investir dans un GPS quand on arrivera à Fondcombe.
Régisseur : Si vous y arrivez un jour…
Auteur (ironique) : Tiens, ça faisait longtemps…
Gandalf : La meilleure chose à faire quand on est perdu, c’est de suivre son flair.
Sam : Et que vous dit votre flair ?
Gandalf : Pas grand-chose en vérité. Je suis un peu enrhumé… Une allergie au pollen, sans doute…
Frodon : Génial… Si ça continue comme ça, on n’arrivera jamais à temps pour assister au Conseil d’Elrond…
Pippin : Ah, parce qu’on va assister à un Conseil ?
Merry : On dirait bien.
Pippin : Chouette !
Regards consternés de tous les autres. Silence pesant.
Frodon : Bon, en tant que futur porteur de l’Anneau, c’est encore à moi de décider, je suppose. Nous allons à gauche !
Sam : Très bien.
Sam part vers la droite.
Frodon : Sam, j’ai dit à gauche.
Sam : Oui. Je sais.
Merry : Tu confonds ta droite et ta gauche ?
Sam : Non. Mais j’ai appris une chose durant notre première quête.
Gandalf : Tiens donc.
Pippin : Laquelle ?
Sam (air savant) : Il faut toujours faire l’inverse de ce que dit m’sieur Frodon.
Frodon se renfrogne.
Sam : Ben oui. Quand il a dit de passer par la Moria, on a eu des ennuis. Quand il a dit de libérer Gollum, on a eu des ennuis. Quand il m’a dit de partir et de le laisser avec Gollum, il a eu des ennuis. Quand il a dit de suivre m’sieur Merry, on a eu des ennuis. Donc, pour éviter les ennuis, il faut juste faire l’inverse de ce dit m’sieur Frodon !
Pippin (comprend une vérité universelle) : Aaaaah…
Gandalf (pensif) : Ça se tient…
Merry (tout guilleret) : Donc, on va tous à droite ! Allez, viens Frodon !
Gandalf, Merry, Pippin, Sam et Frodon (en traînant les pieds) partent hors-champ vers la droite.
Merry, Pippin et Sam (chantant) : Dans la troupe, y’a pas de jambe de bois. Y’a des nouilles, mais ça ne se voit pas ! La meilleure façon de marcher, c’est encore la nôtre : c’est de mettre un pied devant l’autre, et de trébucher !
Gandalf, Merry, Pippin, Sam et Frodon arrivent en vue de Fondcombe.
Sam : Vous voyez ? Qu’est-ce que je vous avais dit ?
Pippin : Eh bien, maître Sam a des talents cachés…
Merry : Ouais, comme toi. Sauf que les tiens, ils sont tellement bien cachés que je suis pas sûr que tu les retrouves un jour…
Gandalf : Trêve de bavardage ! Le seigneur Elrond nous attend.
Frodon (voix traînante) : Maintenant qu’on y est, j’ai pas plus envie que ça d’assister à un Conseil inutile qui n’en finit pas…
Auteur (regard meurtrier) : Hum, hum…
Frodon (voix très joyeuse) : …Ah, ce bon vieux Elrond ! Comme il me tarde de le revoir ! Allons, pressez-vous, vous autres !
Régisseur (admiratif) : Ah ouais, efficace.
Gandalf : Je ne ferai aucun commentaire.
Gandalf, Merry, Pippin, Sam et Frodon arrivent à Fondcombe en même temps que les derniers rayons de l’astre du jour et des projecteurs. Ils sont accueillis par un jet de hache et une volée de flèches.
Tous : Gloups.
Voix au fond : Qui est l’andouille qui a sectionné le câble de la caméra n°5 ?!?
Un Nain barbu (ceci n’est pas un pléonasme) et un Elfe blond (ceci non plus) entrent dans le champ en devisant gaiment.
Nain barbu avec un accent pourri : Non, mon ami ! N’insistez pas ! Sans cette caméra, ma hache partait plus loin que vos flèches ! Je déclare le concours nul !
Frodon (tout sourire) : Gimli ! Legolas !
Gimli (de même) : Frodon Sacquet ! Quel plaisir de vous revoir !
Gandalf (désignant la flèche prise dans son chapeau) : …Euh ?
Legolas : Ah, nous comparions notre puissance de tir en attendant que le Conseil pour choisir la couleur des draps des chambres d’amis se termine…
Gandalf (avec un air de "ceci explique cela") : Aaaah…
Pippin (à Merry, désignant Legolas) : Dis, il est pas censé avoir genre deux mille neuf cent trente et un ans, lui ?
Merry : Euh… Dans ces eaux-là, je suppose… Pourquoi ?
Pippin : Il a pas un peu passé l’âge de ce genre de jeu ?
Merry : …Bah, c’est un Elfe, hein… Ils sont bizarres, des fois…
Sam : Gimli, Legolas ! Vous êtes venus pour le Conseil ?
Gimli : Tout juste, mon jeune ami ! Mais nous vous attendions la semaine dernière.
Legolas : Peut-être Gandalf avait-il encore perdu sa montre ?
Frodon (renfrogné) : Il n’a pas de montre. Ni de GPS.
Gimli et Legolas : …?
Gandalf : Nous nous sommes quelques peu égarés en chemin.
Gimli (incrédule) : Vous vous êtes égarés sur l’autoroute 72 ?
Sam (regard noir à Merry) : Nous n’avons pas pris l’autoroute.
Pippin (accourant au secours de son cousin) : Nous avons pris un raccourci. Mais il n’y avait pas de champignon.
Gimli : Donc, vous n’avez pas vu Elladan et Elrohir.
Gandalf : Elladan et Elrohir ?
Legolas : Comme vous tardiez à arriver, Elrond a réuni un Conseil pour choisir quelqu’un qui viendrait à votre rencontre sur l’autoroute. Le sort a désigné Elladan et Elrohir, qui sont partis hier au soir. Maintenant, si vous voulez bien m’excuser, je vais demander à Glorfindel d’aller les chercher afin qu’ils soient présents lors du Conseil pour contrer la nouvelle menace inconnue qui remet Elrond de mauvaise humeur.
Legolas s’en va. On l’entend échanger quelques élégantes et agréables phrases en Elfique avec le Capitaine de la garde de Fondcombe.
Gimli : Et moi, je vais chercher ma hache avant que ce caméraman ne me l’abîme. Si vous croisez Eomer, pourriez-vous lui dire de compter une égalité pour le concours de tir ?
Merry : Oh, Eomer est là ?
Gimli : Oui, lui et Eowyn représenteront le Rohan lors du seul Conseil vraiment utile de cette histoire.
Pippin : Et Faramir ?
Gimli : Il devrait arriver demain dans le cours de la journée, en compagnie d’Aragorn, d’Arwen et des gens du Gondor. Enfin, s’il n’y a pas trop d’embouteillages.
Merry et Pippin : Chouette !
Gimli s’en va. On entend le Caméraman n°5 lui dire tout le bien qu’il pense de sa (censuré) de (censuré) à la (censuré) de hache. On entend aussi la réponse de Gimli. Même si on n’en a pas forcément envie.
Régisseur : ‘Faudrait peut-être couper ça au montage, non ?
Auteur : Nan, ça donne de l’ambiance…
Gandalf, Merry, Pippin, Sam et Frodon entrent à Fondcombe. Ils croisent Elrond qui fait la gueule, mais qui esquisse un minuscule sourire en voyant Gandalf, Sam et Frodon et dont le visage s’allonge en reconnaissant Merry et Pippin.
Pippin : Je crois que nous sommes appréciés.
Merry : Pourtant je te jure que dans le livre il nous aime bien.
Pippin : Quel livre ?
Merry : …Laisse tomber.
Frodon (large sourire) : Bonjour seigneur Elrond !
Sam (large sourire) : B’jour m’sieur !
Elrond (sourire microscopique) : Mae govannen, mellon mîn.
Gandalf (ton paternaliste et compréhensif) : Vous savez, mon ami… Le Conseil n’est pas une fatalité. On peut s’en passer.
Elrond (sourcil haussé) : …Plaît-il ?
Bilbon (arrive en trottinant derrière Elrond) : Frodon, mon cher petit ! Et vous tous ! Venez, venez avec moi ! Je vais vous montrer vos chambres, suivez-moi ! Vous devez être épuisés, après une si longue route !
Gandalf : Ce sont nos oreilles, surtout, qui sont fatiguées…
Bilbon : …Sympa, la flèche. C’est une nouvelle mode ?
Gandalf : Non, c’est Legolas qui subit l’influence néfaste de Gimli et d’Eomer…
Bilbon : …?
Frodon : Je t’expliquerai, oncle Bilbon. Où sont nos chambres ?
Bilbon : Oh, les chambres ! Venez, les petits ! Laissons Gandalf s’improviser psychologue et commencer la thérapie du Conseil du seigneur Elrond.
Bilbon entraîne Frodon, Merry, Pippin et Sam dans les couloirs de Fondcombe.
Bilbon : Le Conseil pour la couleur des draps des chambres d’amis s’est finalement prononcé pour des draps mauves à pois verts. Il était temps, j’avais mal au poignet à force de prendre des notes pour la postérité…
Merry : Vous savez, je suis pas sûr qu’il soit essentiel pour les lecteurs des générations futures de connaître la couleur des draps des chambres d’ami de Fondcombe…
Bilbon : On n’est jamais sûr de rien, mon garçon ! Et puis, franchement, je n’ai pas grand-chose d’autre à faire ici alors copier ça ou autre chose, au point où j’en suis rendu… Ah, voici vos chambres ! Reposez-vous bien ! Demain après-midi, nous assisterons tous au Conseil pour contrer la nouvelle menace inconnue, et nous saurons enfin pourquoi Elrond recommence à tirer une tête de six pieds de long.
Frodon : Ah, tu ne le sais pas ?
Sam : Merry et Pippin ne sont au courant de rien, et Gimli et Legolas ne semblaient pas le savoir pas non plus, m’sieur Frodon. Je doute qu’Eomer et Eowyn en savent plus qu’eux et, à cause des abeilles, j’ai pas bien entendu ce que m’sieur Gandalf vous a dit à Fin-de-Sacoche.
Frodon : Ah non ! Tu ne vas pas t’y mettre, toi aussi !
Sam : …Cul-de-Sac.
Frodon : Je préfère. Eh bien, vous apprendrez tout ce qu’il y a à savoir demain après-midi. Je suis éreinté, je vais me coucher. Bonne nuit à tous !
Bilbon (s’en allant) : Bonne nuit, mon cher neveu !
Sam (ouvrant la porte de sa chambre) : Dormez bien, m’sieur Frodon !
Merry (entrant dans sa chambre) : A demain !
Pippin (se coinçant les doigts dans sa porte) : AIIIIEUH ! ! !
Ecran noir. On entend Sam ronfler plus fort qu’un Oliphant enrhumé et Frodon râler parce que Sam ronfle. Deux claquements de porte et une beigne plus tard, Sam ne ronfle plus.
Voix timide : Merry ? …Merry !
Voix endormie : …Quoi ?
Voix timide : …T’aurais pas un pansement ?
Voix blasée : T’es pas doué, Pip’.
A suivre…
