Chapter Text
Loïse de Montmorency est une guerrière.
C'est la première chose qu'Alice de Lux constate en la voyant pour la première fois, alors que sa mère, Jeanne de Pienne, semble à deux doigts de s'effondrer, maintenant que leur lieu de captivité a changé, et qu'Henri de Montmorency, ce monstre de cruauté et véritable scélérat, immonde félon, les tient encore et toujours entre ses griffes et ne semble pas prêt à les laisser s'échapper de sitôt.
Elle a déjà vaillamment lutté pendant seize ans pour rester à flot et élever sa fille correctement en tentant en vain de réparer son cœur brisé et meurtri par sa séparation forcée d'avec son grand amour François de Montmorency, elle n'a plus la force de se battre.
Loïse en aura pour deux, réalise rapidement la noble, c'est une Montmorency, farouche et fière, la digne fille de son père, le noble serait fier d'elle si il pouvait la voir, et chaque jour qui passe après l'arrivée des deux femmes dans sa maison, Alice s'en rend compte de plus en plus, et la culpabilité lui dévore le cœur tel un poison, ou un vin un peu trop fort.
Elle n'aurait jamais dû dire oui, elle n'aurait jamais dû accepter d'agir ainsi, mais elle n'avait pas le choix, pas vrai ?
Et puis elle pense à Loïse, prisonnière, incapable de faire quoi que ce soit, et qui pourtant, se montre bien plus courageuse qu'elle ne le sera jamais.
Elle pourrait continuer à agir ainsi, à mentir au chevalier de Pardaillan, et c'est ce qu'elle fait d'ailleurs, lâche qu'elle est, ce serait si simple.
Oh, comme il serait facile d'être lâche et d'obéir à Henri de Montmorency…
De garder les deux femmes prisonnières jusqu'à ce que le monstre lui dise de les relâcher, et avant, peut-être l'aurait-elle fait.
Mais Alice de Lux n'avait définitivement pas prévu de tomber amoureuse.
Elle aime Déodat, bien sûr, ce comte de Marillac si cher au cœur de Jeanne d'Albret, elle l'aime si fort que ça lui fait presque mal, mais il y a dans les yeux de Loïse de Montmorency cette même flamme de volonté que celle qui se trouve dans les yeux de son amant, la même fougue, et alors, elle perd pied, se perd dans ses yeux, et soudainement, la geôlière devient prisonnière, prisonnière d'un amour impossible.
Ce n'est pas uniquement la culpabilité qui la convainc finalement de les laisser partir, pas seulement non, et elle sait déjà parfaitement que Loïse ne lui rendra jamais les sentiments qui sont en train de fleurir dans son cœur.
Elle espère simplement qu'elle pourra lui pardonner un jour ce qu'elle lui a fait.
