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Tout avait commencé par un baiser sur la joue.
Enfin, en réalité, tout avait commencé par un simple regard, le baiser, plusieurs heures plus tard, n'avait fait que confirmer ce qu'ils avaient déjà pressenti à l'instant où ils avaient croisé ses yeux noisette pour la première fois. Ce qu'ils avaient ressenti. En dix fois, cent, un milliard de fois plus fort, semblable à un courant électrique dans leurs veines, qui avait grillé jusqu'à la dernière once de leur raison.
Un regard, une danse, un baiser. C'était tout ce qu'il leur avait fallu pour comprendre, pour savoir avec certitude, que cet homme, dont ils ne connaissaient pas encore le prénom, cet homme au sourire éblouissant, aux yeux rieurs et à l'humour plus que douteux venait de marquer sa présence au fer rouge dans leur cœur. Et qu'ils ne pourraient plus, quand bien même ils le voudraient, l'en retirer.
La nuit s'était étirée, déployant son voile étoilé, les accueillant en son sein, dans un royaume de lumière pâle où le reste de l'univers n'existait plus. Où il n'y avait qu'eux et où le silence était maître. Un silence seulement entrecoupé de leurs éclats de rire.
Et quand ils les avaient traîné sur la piste de danse, Emma coula un regard en direction de Thomas. Il souriait, probablement autant qu'elle. Alors le peu de doutes qu'il lui restait fondit comme neige au soleil et elle s'abandonna contre la silhouette rassurante de cet inconnu qui ne l'était pas tant que cela. Au fond, elle avait l'impression de le connaître depuis toujours. De le reconnaître d'une vie dont elle n'avait plus conscience, d'un temps si éloigné que plus personne ne s'en souvenait.
Le baiser avait suivi tout naturellement, d'abord sur sa joue à elle, puis sur celle de Thomas, et, ensemble, ils s'étaient penchés pour couvrir celles de l'homme. Ils étaient ivres, mais ivres d'euphorie, ivres de bonheur, l'alcool, pourtant présent en grande quantité dans leur sang, n'avait rien à voir avec cela. Si leurs pupilles étaient dilatées, si leurs gestes étaient engourdis, si leurs rires étaient hystériques, ce n'était que le résultat d'une chaleur un peu trop grisante dans leur ventre.
Ils n'apprendraient son prénom – Matthew – que bien des jours plus tard, quand ils trouveraient le moyen de le recontacter pour l'inviter à dîner, mais ils n'en eurent pas besoin pour penser à lui durant chaque seconde qui les séparait de l'instant où ils le retrouvèrent.
Tout avait commencé par un baiser sur la joue. Le premier d'une série qui ne cessait de s'accroître chaque jour et dont chacun les renvoyait à cette soirée qui avait scellé leur destin.
