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Category:
Fandom:
Character:
Additional Tags:
Language:
Français
Series:
Part 10 of Elayan's Bradbury Project 2021
Stats:
Published:
2021-03-12
Completed:
2021-03-12
Words:
3,604
Chapters:
3/3
Hits:
19

Dans le lac

Summary:

Autour du lac, des employés veillent à la sécurité. C'est le travail de Celia. Lors d'une tournée, elle entend des cris : quelqu'un se noie !

Notes:

[Projet Bradbury #10] Cette nouvelle a été écrite en une semaine seulement, et relue une seule fois avant publication.
Cette semaine est un challenge ! Un ami a fourni le prompt : "une jeune personne plonge dans les profondeurs et découvre un secret qui l'emmènera ailleurs".
Malheureusement, cette semaine a été un peu difficile pour moi... Je n'ai pas pu tenir mon plan initial et j'ai dû changer mon fusil d'épaule. Si Celia vous parait très similaire à Alice (Semaine#8), c'est normal, puisque je pensais cette histoire comme une suite. Finalement, plutôt qu'une suite, c'est plus une petite sœur... avec un petit épilogue pour annoncer une suite, pour de bon cette fois, sur laquelle je pense travailler la semaine prochaine.

(See the end of the work for other works inspired by this one.)

Chapter 1: Autour du lac

Chapter Text

Le cercle de lumière blanche dansait sur le chemin, quelques pas en avance sur Celia. La terre battue était entretenue par les centaines de promeneurs qui, tous les jours, venaient profiter des abords du lac. C'était une étendue d'eau modeste, mais ce n'en était pas moins un endroit agréable où passer une après-midi de printemps : on en faisait le tour en deux ou trois heures. Les amateurs pouvaient même louer une barque pour s'éloigner des autres pêcheurs qui se cantonnaient aux berges.

Enfin, tout ça, c'était ce qu'il était possible de faire en journée. La nuit, l'accès était interdit. Certaines portions de chemin étaient rocailleuses et le rivage était glissant par endroits, ce qui avait poussé les propriétaires à déclarer la zone dangereuse. De plus, la végétation basse et sèche qui s'étendait entre le lac et la forêt présentait un énorme risque d'incendie s'il prenait l'envie à quiconque de monter un feu de camp.

Les panneaux qui interdisaient d'approcher de nuit n'étaient cependant pas toujours suffisants. Il y avait toujours quelqu'un pour se croire plus malin ou moins concerné que les autres. C'était la raison pour laquelle deux équipes patrouillaient toutes les nuits autour du lac. C'était un job facile, surtout avec les puissantes lampes de poche fournies aux patrouilleurs. Mais comme tous les boulots peu qualifiés, ce n'était pas très bien payé. C'était néanmoins plus que suffisant pour Celia qui, de toutes manières, n'avait pas trouvé d'autre poste qu'on voulait bien lui donner.

Celia soupira et secoua la tête en repensant à son entretien d'embauche. Sa meilleure amie Julia avait dû l'accompagner, pour faire la traduction. Elles avaient eu la bonne idée de fuir leur pays d'origine, mais une seule des deux parlait plus d'une langue... Le patron avait déclaré qu'il n'en avait pas grand chose à faire si ses employés étaient des expatriés ou des mutants, tant qu'ils ne posaient pas de souci. Il avait expliqué que la plupart des contrevenants étaient des jeunes qui s'enfuyaient au premier coup de sifflet. Dans les rares cas où les intrus étaient trop têtus, la procédure était d'appuyer sur un bouton qui envoyait les coordonnées géographiques du patrouilleur à l'équipe de sécurité. Même pas besoin de parler ! Une véritable aubaine pour Celia !

Pour tout dire, elle ne détestait pas ce job de nuit. Elle leva les yeux et trouva la lune et une poignée d'étoiles. Quand il faisait un temps dégagé comme aujourd'hui, c'était même un plaisir. Le fond de l'air était peut-être un peu frais, mais rien qui ne soit gênant sous son écharpe de laine. Son grand manteau matelassé qu'elle portait tous les jours et qui lui donnait l'air de la fille illégitime du Bonhomme Michelin faisait parfaitement l'affaire pour les jours de pluie. Et puisque son patron avait eu la délicatesse de l'assigner à une équipe composée seulement d'elle-même, Celia pouvait se contenter de ces vêtements pour cacher ses mutations.

Car Celia et Julia étaient deux mutantes. Tout juste majeures, elles avaient passé la frontière en pleine nuit, juste après que le gouvernement de leur pays d'origine ait passé une loi qui retirait la citoyenneté aux mutants. Julia avait le pouvoir faire varier la météo autour d'elle. Ce n'était jamais de beaucoup et c'était très progressif, elle pouvait très facilement passer pour une personne parfaitement normale. Elle avait d'ailleurs dégoté un job comme serveuse dans un fast-food assez facilement. Celia… c'était plus compliqué. Elle avait de grandes ailes bien peu discrètes. De petits picots avaient commencé à apparaître sur leurs surfaces et elle espérait que c'étaient des plumes qui, peut-être, lui permettrait de voler !

Des cris tirèrent soudain Celia de ses pensées. Elle tendit l'oreille : ça venait d'un peu plus loin sur le chemin. Elle s'élança, la main déjà plongée au fond de sa poche à la recherche de son sifflet. La dernière fois qu'elle avait eu à intervenir après avoir entendu des cris, un groupe d'adolescents en robes blanches et couronnes de fleurs avaient établi un feu de camp qui avait rapidement pris aux broussailles alentour.

Celia siffla un coup sec quand elle fut suffisamment proche. Elle fut d'abord soulagée de constater qu'il n'y avait pas de feu. La seule lumière sur place était les phares allumés du gros véhicule des trois jeunes gens qui se trouvaient là. Celia sentit son soulagement s'envoler lorsqu'elle réalisa que les trois personnes regardaient en direction du lac, là où la lumière des phares dessinait une ellipse jaune sur l'eau. Ellipse au milieu de laquelle une quatrième personne se débattait avec difficulté pour rester à la surface.

Ce lac était en partie connu pour ses profondeurs traîtresses. Après quelques mètres avec l'eau qui ne montait pas plus haut que votre cheville, c'était un à-pic qui vous avalait tout entier. Mais il y avait toujours quelques touristes pour se laisser surprendre, n'est-ce pas ?

Celia siffla un deuxième coup, plus agressif cette fois. Aucun des trois sur le rivage ne faisait le moindre geste pour aller secourir leur camarade. Peut-être faisaient-ils semblant ? Celia prit quelques secondes de plus pour analyser la situation. Un garçon trépignait, comme s'il voulait plonger, sans toutefois parvenir à se décider. Une fille hurlait sans discontinuer tout en pointant une bouteille d'alcool en direction de l'eau. Une autre fille lâchait de brefs cris d'horreurs, entre lesquels s'intercalaient des regards confus.

Ils étaient totalement intoxiqués. Celia serra les dents et jeta un regard vers le lac. Le quatrième se débattait à véhémence mais ne parvenait pas à trouver le rythme qui lui permettrait de rester à la surface. Il ne savait pas nager. Il avait sans doute cru qu'il pourrait simplement se baigner en restant là où il avait pied.

Il faut que j'intervienne ! lui cria soudain sa raison. Celia sursauta. Elle pressa le bouton d'appel de l'équipe de sécurité et jeta tout ce qu'elle portait au sol. Elle hésita une fraction de seconde au moment d'ouvrir son manteau. Se dévoiler la répugnait. Mais elle ne pourrait pas nager correctement avec le manteau. Et, franchement, elle espérait déjà qu'elle pourrait nager avec les trucs qu'elle avait dans le dos ! Avec un grognement silencieux, elle tira la fermeture éclair. Elle retira ses chaussures et se rua vers l'eau en tâchant d'ignorer les cris qui s'étaient clairement tournés dans sa direction.

L'eau était fraîche, très fraîche. Celia imaginait déjà à quel point elle devrait être froide là où c'était plus profond. Elle compta ses pas, elle savait à peu près quelle distance marcher avant de devoir s'immerger. Elle étira ses bras, elle étira ses ailes - Dieu, qu'elles étaient grandes ! Et, enfin, elle plongea.

Elle ressortit la tête de l'eau. Elle s'efforça de battre des ailes et des bras en rythme. Elle vit sa cible. C'était un jeune homme à l'air complètement affolé. Ses yeux angoissés reflétaient la lumière des phares, il avait l'air d'un animal sauvage pris dans un piège. Dans sa panique, il avait réussi à s'éloigner encore plus du bord. Ses battements frénétiques des bras ralentissaient notablement. Elle voulait lui crier de tenir bon, qu'elle arrivait, que tout irait bien… mais elle ne pouvait pas.

Celia accrochait son regard, cependant. Elle l'accrochait même plutôt bien. Elle progressait dans l'eau avec une facilité déconcertante. Ses souvenirs de piscine remontaient à plusieurs années déjà, mais elle était persuadée que jamais elle n'était parvenue à avancer sans mettre la tête sous l'eau un mouvement sur deux. Cependant, elle avait plus de deux bras, maintenant. Ses ailes de chair étaient encombrantes sur terre, mais dans l'eau elles la portaient, littéralement, au-dessus de son point de flottaison. Elle ne faisait presque aucun effort pour ça. En fait, ses ailes ne faisaient que tracer de petits cercles et leur envergure faisait le reste. Elle n'avait même pas à se servir de ses bras ou de ses jambes !

Le garçon était presque à portée de main. Il se débattait en sa direction. Il essayait de l'agripper, quand bien même elle était encore trop loin. Celia tendit le bras vers lui alors que, soudain, il coulait à pic. Elle le tenait presque. Elle sentit le tissu de sa chemise glisser contre sa paume, ses doigts filer entre les siens, mais aucun des deux ne parvint à saisir l'autre. Celia embrassa du regard l'eau agitée dont les reliefs brillaient sous la lumière des phares. Elle inspira une grande bouffée d'air, replia ses ailes et les déploya de bas en haut pour se propulser vers les profondeurs.

Une chance que personne n'ait eu l'idée de préserver la batterie de la voiture. Ce n'était pas la lumière du soleil, mais ce n'était pas la nuit noire non plus. Celia n'eut aucun mal à repérer le garçon : il descendait lentement vers le fond. Suffisamment lentement pour qu'elle se trouve bien en dessous de lui. En un battement d'ailes, elle était sur lui. Il était à bout de forces et terrifié. Celia sentit qu'il s'agrippait à ses vêtements quand ils passaient entre ses doigts. Il la gênait, même s'il était trop épuisé pour la retenir véritablement.

Enfin, après quelques instants de bagarre avec ses ailes qu'elle ne parvenait pas à complètement gérer, elle parvint à contourner le garçon qui se débattait mollement. Elle l'enlaça fermement. Mais juste au moment où elle allait les ramener tous les deux à la surface, elle vit quelque chose bouger sous eux. Quelque chose de bien plus gros qu'un poisson passa très brièvement dans la lumière. Celia n'eut pas le temps de regarder que ça avait déjà disparu. Elle aurait juré cependant que c'était humanoïde… Mais ce n'était pas important pour le moment, car elle se sentait déjà à court d'air, et si elle se sentait à court d'air, cela signifiait que le garçon devait être sur le point de se noyer pour de bon et il était vraiment plus que temps de remonter à l'air libre. Alors elle battit des ailes et ils crevèrent la surface.

Le garçon avala une bruyante goulée d'air, ce qui était un bruit rassurant dans cette situation. Celia le tracta jusqu'à là où ils avaient pied. Ils se soutinrent mutuellement jusqu'à la berge. Ils s'effondrèrent sur l'herbe boueuse. Les cris avaient cessé. Les trois jeunes gens se précipitèrent sur leur ami. L'équipe de sécurité était déjà là, debout et raide, déterminée à rester à bonne distance. Ils posaient sur elle un regard tranchant et méfiant. Celia se frotta le nez en s'efforçant de se lever. Il faisait froid quand on était trempé comme une soupe. Elle ne put retenir un bref regard d'envie en direction du garçon qu'elle avait sorti de l'eau. L'un de ses amis l'avait recouvert d'une veste sèche, une autre lui avait donné à boire. Tout le monde prenait grand soin de ne pas regarder en direction de Celia.

La jeune fille trébucha misérablement jusqu'à son manteau. Pour enfiler ses chaussures, elle retira sa chaussette et essuya l'autre pied avec. La deuxième était perdue à tout jamais dans l'eau froide, semblait-il. Elle frotta son visage dans son écharpe de laine. Ce n'était pas la meilleure sensation du monde. Elle jeta un dernier regard à l'équipe de sécurité : un seul le lui retourna, avec un grimace de dégoût évident quand elle secoua ses ailes pour en faire tomber les gouttes.