Actions

Work Header

Je sais que tu sais (que tout ira bien)

Summary:

Il n'est pas rare pour Emma d'être ensevelie sous un trop plein d'émotions qui finit immanquablement par la submerger et la noyer, ni plus ni moins. Enfin, ça, c'était avant. Maintenant, elle a des mains auxquelles se raccrocher pour garder la tête hors de l'eau.

Notes:

Jour 6 : Je sais
Allez savoir pourquoi c'est la première idée que j'ai eue avec ce thème...

Work Text:

Certains jours, certaines nuits, c'était comme si elle étouffait. Comme si le monde tout entier cessait de tourner ou, au contraire, se mettait à tournoyer beaucoup trop vite et qu'elle ne parvenait plus à trouver son équilibre, qu'elle sombrait. Une lente chute interminable qu'elle était incapable d'éviter. Elle cherchait à tout prix à se rattraper, à n'importe quoi, mais c'était impossible, parce qu'il n'y avait rien, absolument rien, et le seul résultat qu'elle obtenait, c'était des coupures dans les paumes de ses mains où ses ongles s'étaient enfoncés. Du sang sur les poignets qu'elle était forcé de nettoyer en sanglotant.

Ces jours-là, ces nuits-là, elle priait seulement pour que tout s'arrête. Elle priait pour que tout se taise. Mais l'univers était si bruyant quand il rugissait sous son crâne.

Des mains s'emparèrent de ses poignets, évitant soigneusement de toucher ses chairs à vif. Elle sursauta et, peu à peu, sa vision se recentra sur le moment présent. Sur Matthew, face à elle, sur ses yeux plantés dans les siens, ses lèvres qui bougeaient, qui lui parlaient. Elle n'entendait pas, pas encore, mais peu importait, elle n'en avait pas besoin. Il était là, c'était amplement suffisant. Emma s'accrocha à ses bras, à la fois pour se stabiliser et pour lui signifier qu'elle était avec lui.

Il sourit et oh c'était si agréable tout à coup. Si doux et chaud et enveloppant. Les larmes roulèrent sur ses joues, il les essuya de ses pouces.

« Tu m'entends ? »

Elle acquiesça. Enfin, enfin, elle l'entendait. Enfin, les ombres reculaient.

« Respire, Em. Respire pour moi. »

Elle le fit, quand bien même elle n'avait plus aucune idée de ce qu'il fallait faire pour remplir ses poumons d'oxygène. Elle le fit. Elle l'imita, gonfla le ventre, souffla, recommença.

« Qu'est-ce qui s'est passé ?

– Je sais- » Elle dut se reprendre à plusieurs fois. Sa voix était inaudible, rauque comme si elle avait hurlé durant des heures et des heures sans discontinu. Matthew se contenta de caresser le dessus de ses mains, ses genoux contre les siens et c'était tellement plus facile quand elle pouvait se raccrocher à ce maigre contact, à la chaleur qui se dégageait de son corps pour se fondre dans le sien. « Je sais pas. Je sais pas pourquoi, je sais pas ce qui s'est passé, je sais pas je sais pas je- »

Elle ne se tut que parce qu'elle hoqueta et qu'elle se trouva soudain essoufflée, soudain incapable d'articuler le moindre mot.

« OK, on s'en fout de ce que tu sais pas. Dis-moi ce que tu sais à la place. Il y a plein de trucs que tu sais. Tu sais que je t'aime. » Ce n'était pas une question, mais elle acquiesça néanmoins. Oui, oui, je sais. « Dis-le.

– Je sais que tu m'aimes. »

Sa voix était minuscule, si si vulnérable. Matthew acquiesça, satisfait.

« Tu sais que Tom t'aime.

– Je sais que Tom m'aime.

– Tu sais qu'on t'aime et que tu nous aimes.

– Je sais que vous m'aimez et que je vous aime. Je vous aime tellement. »

La fêlure en elle s'ouvrait de nouveau et les larmes revinrent, plus nombreuses encore. Elle se mit à trembler, à peine, mais Matthew le remarqua et lui ouvrit ses bras pour qu'elle s'y réfugie.

« Je sais, trésor, je sais. Tout va bien maintenant. Tout ira bien. Je suis là. Je te tiens. »

Et il la tenait si fort contre lui qu'elle n'eut aucun mal à le croire. Elle se laissa bercer par les battements de son cœur et la mélodie de sa voix qui lui murmurait des paroles qu'elle n'avait pas besoin de comprendre.

Au petit matin, Thomas rentra de sa nuit de travail et les trouva enlacés dans le canapé, leurs jambes emmêlées étroitement. Il sourit avec affection, déposa une couverture sur eux et rejoignit le lit déserté. Il ne fut que temporairement réveillé, quelque part au milieu de la journée, lorsque deux corps vinrent se lover l'un contre son dos, l'autre contre son cœur. Il soupira d'aise et se rendormit aussitôt. Ils auraient tout le temps de discuter plus tard. Pour le moment, ils allaient bien. Ils étaient ensemble.