Actions

Work Header

Écroulement

Summary:

Au milieu du siège de Kaamelott par Léodagan et les troupes Burgondes, Guenièvre ne trouve pas Arthur à son poste.

Notes:

vous vous rappelez quand lancelot a frappé guenièvre dans la s5 ? il mérite qu'elle lui rende la pareille nan ?

Work Text:

Alors que les autres s’occupaient à finir d’ébouler les dernières galeries, Guenièvre fut prise d’un soudain pressentiment. Elle ne savait pas combien de temps s’était écoulé depuis qu’ils avaient lancé l’offensive, et l’obscurité des tunnels humides faiblement éclairés à la torche ne faisait rien pour aider – mais quelque chose lui disait qu’il fallait qu’elle remonte à la surface immédiatement. Personne ne prêtait attention à elle, alors elle rebroussa chemin en se faisant discrète.

Les souterrains ne lui étaient pas familiers, et, seule, elle tourna longtemps, assez longtemps pour craindre que la seule sortie qu’elle n’arrive à trouver ne débouche trop loin du château. Le temps pressait. Depuis combien de temps Arthur était-il parti ? Qu’avait-il utilisé comme signal pour quitter la plaine ? Elle pressa le pas, sans vouloir pour autant s’épuiser à courir dans sa robe encombrante avant d’être sûre qu’elle était sur la bonne voie, et elle s’efforça de reconnaître les galeries terreuses autour d’elle. Tout était désert, car à part le petit groupe dont elle faisait partie et qui s’était occupé de faire effondrer le sol sous leurs adversaires, toute la résistance était à la surface du siège. Elle laissa échapper une exclamation de soulagement en reconnaissant une cavité devant laquelle ils étaient passés à l’aller. Elle marchait dans la bonne direction, et elle n’était plus très loin de la sortie.

Quand elle émergea dans la plaine, le spectacle qui s’étendait devant ses yeux lui porta un coup au cœur. Le ciel s’était couvert, et le château était surmonté d’un épais nuage noir ; il lui semblait que la nuit était tombée en plein milieu de la journée. Cet orage n’avait rien de naturel. Kaamelott ployait, semblait se tordre sous les assauts des catapultes burgondes et sous des éclairs bleus qui lui rappelèrent que la colère divine n’était pas encore apaisée. La pierre s’émiettait, les fondations tremblaient. Si cela continuait encore longtemps, il ne resterait plus du château dans lequel elle avait passé tant d’années de sa vie, qu’un immense tas de poussière.

L’endroit où Arthur devait être posté était un peu plus loin. Remontant ses jupes jusqu’en haut de ses cuisses pour pouvoir enjamber les hautes herbes de la plaine, elle se mit à courir. Il avait fait une bêtise. Elle savait qu’il avait fait une bêtise. Elle plissait les yeux pour essayer d’apercevoir les trois silhouettes qui devaient se trouver au loin devant elle, s’attendant à la déception de n’en trouver que deux. Mais les ténèbres qui obscurcissaient le ciel l’empêchaient de voir très loin devant elle, et malgré ses efforts, elle ne voyait personne. En approchant, toujours personne. Qu’Arthur ait décidé de faire faux bond à tout le monde et d’entrer dans le château ne l’eût pas surprise – mais où pouvaient bien être les deux jeunes gens qui l’accompagnaient ? Le seigneur Karadoc n’aurait jamais dit à sa fille de se lancer en avant du danger, même aux côtés d’Arthur, et Arthur ne serait jamais parti confronter Lancelot autrement que seul. Qu’était-il arrivé ?

Sa respiration était haletante. L’endroit était désert.

Elle fit quelques tours sur elle-même sans savoir quoi faire. Comme tout le monde, elle avait entendu parler du passage secret qui menait à l’intérieur du château et dont seul Arthur connaissait l’entrée. Comme tout le monde, elle s’était résignée à ne jamais en percer le mystère. Mais elle savait qu’il débouchait quelque part par ici et qu’Arthur s’y était glissé à un moment où il pensait que personne ne pouvait le voir.

Malgré le pressentiment qui lui étreignait la poitrine, elle ne pouvait rien faire. L’impuissance la terrassa encore plus que les scénarios qu’elle essayait de repousser à la limite de sa vision mentale mais qu’elle ne pouvait s’empêcher d’imaginer. Incapable de rester là sans rien faire, elle fit quelques pas en scrutant les environs à la recherche de quelque chose qui pouvait ressembler de près où de loin à l’entrée d’un passage secret. Mais ce fut en vain.

Au loin, une tour s’écroula. Elle pria pour que cette aile du château fût vide. Revenez, revenez, murmurait-elle presque malgré elle.

Un bruissement lui fit pousser un petit cri. Quand elle se retourna, elle crut que ses jambes allaient céder.

- Vous…

Lancelot avait l’air harassé. Il était désarmé, recouvert d’une poussière blanche, et avait retiré son armure, ne gardant qu’une fine tunique blanche qui révélait à quel point il avait maigri au cours des derniers mois. Le sourire qui lui effleurait les lèvres la glaça d’effroi – mais il disparut à l’instant où leurs regards se croisèrent.

- Guenièvre…

- Où est-il ?

Comme il ne répondait pas, elle s’approcha de lui, tremblante.

- Où est-il ? Vous l’avez tué ?

Elle ne voyait pas de sang sur lui, mais s’il avait jeté son épée et retiré son armure… Ce fut probablement la terreur dans les yeux de Guenièvre qui le fit tiquer.

- Vous avez peur qu’il meure…

Ce fut à son tour de ne pas répondre. Qu’il fasse les déductions qu’il avait à faire.

- Vous avez peur qu’il meure… répéta-t-il, songeur ; et puis son ton devint méprisant. Ma pauvre fille…

La colère s’empara d’elle, tandis qu’elle revit Lancelot la menacer dans les couloirs de Kaamelott, un noir dessein étincelant dans ses yeux. Le souvenir de sa poigne lorsqu’il lui avait attrapé la main pour examiner le pain de savon qu’elle y tenait, le souvenir de la peur qu’elle avait ressentie, le coup qu’il lui avait asséné, son regard perçant, tout lui remonta dans la gorge. La détermination qu’elle avait lue dans ses yeux ce jour-là l’avait épouvantée. Et puis, l’après. L’inquiétude, les cauchemars, la fuite. La culpabilité. L’angoisse qui accompagnait ce qui était arrivé, ce qui aurait pu arriver, ce qui pouvait encore arriver. Le froid, la solitude dans cette tour venteuse, et puis ses visites austères, formelles, presque administratives, où il faisait de son mieux pour se comporter comme si tout était normal, comme s’il la gardait enfermée pour son bien ou pour qui sait quel sentiment noble qu’il s’était inventé. Il continuait à la dévisager comme s’il était dans son bon droit, comme si son inflexibilité à lui était supérieure à son sentiment à elle.

La gifle partit sans même qu’elle n’ait pu envisager de se contenir. Surprise par sa propre force, elle vit la tête de Lancelot partir sur le côté, et avant qu’il ne puisse reprendre ses esprits, elle arma à nouveau, et lui écrasa son poing sur le nez. Quelque chose craqua. Le choc lui fit perdre l’équilibre, son pied se coinça dans une irrégularité du sol et il bascula à terre, sur les fesses, la main plaquée contre le visage. Le cœur battant à se rompre, le poing douloureux, elle prit conscience de ce qu’elle venait de faire. Il était sans armes, mais il restait un soldat qui la dépassait d’une bonne tête.

Et puis, il écarta sa main. Son nez saignait abondamment. Il leva les yeux vers elle, bouche bée. L’ébahissement qui se lisait sur son visage la rassura un peu. Il ouvrit la bouche comme pour dire quelque chose, mais il en fut incapable. Dans ses yeux d’un bleu froid et éteint, elle put voir l’incompréhension et la confusion la plus totale. Elle put voir une souffrance devenue vague à force d’être ravalée mais qui n’en était pas moins profonde. Elle put voir la réalisation subite qu’il était encore plus seul que ce qu’il avait cru. Elle vit qu’elle avait devant elle un homme qui ne savait plus à quoi le monde ressemblait. Un homme qui avait fui parce qu’il n’avait pu tuer son mari. Et parce que son mari n’avait pu le tuer.

Au moment où elle croisa les bras sur sa poitrine, s’efforçant de ne pas prêter attention à la douleur qui parcourait ses phalanges, il tressaillit légèrement. Patiemment, elle resta debout devant lui jusqu’à ce qu’il comprenne. Avec difficulté, il se releva, et après un dernier regard déconfit, se mit à s’éloigner en titubant.

Quand elle sauta au cou d'Arthur qui émergeait du souterrain avec les deux jeunes gens, Lancelot était déjà loin.

Series this work belongs to: