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Depuis que Yuri avait rencontré la promotion actuelle de Garreg Mach, il avait pu noter plusieurs choses dans les dynamiques entre certains élèves… et aussi qu’il connaissait certaines têtes – il se gardait bien de rappeler à Sylvain Gautier qu’ils s’étaient déjà rencontré vu que ce jour-là, il se faisait passer pour une servante pour échapper à une leçon de danse et que c’était lui qui avait signalé l’intrusion du noble à Gwendhal. Par exemple, il avait vite compris qu’Edelgard et Hubert étaient très repliés sur leur propre maison, faisant qu’il était juste impossible de tirer quoique ce soit d’eux autrement qu’en les espionnant – et encore, il ne fallait pas se faire prendre – ou que Lorenz était plus ouvert à la critique qu’il ne le laissait paraître – il n’y avait aucun doute sur le fait qu’il allait être un meilleur comte Gloucester que son père ne l’était s’il continuait sur sa lancée.
Seulement, le plus intéressant était les attirances qui existaient entre les élèves, une chose dont il discutait exclusivement avec Dorothea qui, depuis le début des cours, avait bien observé la chose.
Lors de leurs différentes discussions, ils avaient pu relever plusieurs dynamiques pertinentes. La plus subtile était celle entre Edelgard et Lysithea dont il était difficile de déterminer la nature réelle – leurs entrevues étaient toujours dans la chambre de l’une ou de l’autre et personne n’était autorisé à se joindre à elles, pas même Hubert, au risque de finir les cheveux roussis par une boule de feu. La seconde, et aussi la plus ancienne certainement, était celle qu’entretenaient, surement sans le savoir pour l’un d’eux, Dimitri, Felix et Sylvain et dont les signes étaient nombreux : la façon dont le plus âgé se précipitait près du plus jeune dès que celui-ci était dans son champ de vision, la manière dont le prince essayait désespérément de plaire au fougueux épéiste et la nette jalousie qu’éprouvait ce dernier envers quiconque tournait un peu trop autour de son délégué… et sa cible la plus fréquente était bien difficile à manquer vu qu’elle composait la dynamique qui, au fil du temps, prenait de plus en plus d’ampleur.
Yuri avait longuement observé Claude von Riegan et l’un comme l’autre étaient très semblables : un génie tactique, un goût prononcé pour les secrets et une armure bien épaisse pour cacher aux autres leur véritable nature. Seulement, le délégué des Cerfs d’Or avait une faiblesse que celui des Loups de Cendre ne possédait pas et que Dimitri, inconsciemment, exploitait merveilleusement bien : il gérait très mal toute affection sincère dirigée vers sa personne, un peu comme s’il n’y avait jamais été habitué. Face à l’honnêteté flagrante et parfois fracassante du prince de Faerghus, Claude n’était pas correctement armé pour y résister, faisant que sa tendance à toujours vouloir se rapprocher de Dimitri, probablement dans un but d’y gagner quelque chose vu le genre de raisonnement de l’individu, était à présent un signe net d’une attirance à laquelle il peinait à résister. Pour ce qui était du délégué des Lions de Saphir, il n’avait certainement pas remarqué tout cela mais lui aussi, inconsciemment, cherchait la présence de Claude car, contrairement à Felix qui envoyait des signaux contradictoires en permanence, ceux émis par le Cerf d’Or étaient plus clairs et il y était très réceptif – peut-être un peu trop mais le Loup n’allait pas l’en blâmer. Dimitri ne cachait pas le fait qu’il appréciait la présence du futur duc Riegan et cela, n’importe qui pouvait le voir mais tous n’avaient pas forcément remarqué que les regards qu’il avait envers l’autre délégué étaient plus appuyés qu’ils ne le devraient.
Selon ce qu’il avait pu glaner via Dorothea, cette dernière dynamique s’était renforcée après un passage au sauna où, selon ce que lui avait raconté Edelgard, Claude avait été pris au dépourvu en découvrant l’impressionnante musculature que Dimitri cachait sous son uniforme – Yuri s’était bien gardé de préciser qu’il aurait bien aimé voir cela de ses propres yeux –, ce qui, depuis, avait modifié sensiblement leurs façons de se comporter. Le délégué des Cerfs d’Or, qui avait déjà la réputation d’esquiver ses prétendantes, se mettant à présent à clairement leur dire qu’il n’était pas intéressé, se montrant même un peu sec avec celles qui insistaient – celles-là, c’était mérité vu que selon sa comparse, elles en voulaient à son titre ou à son emblème. Quant à celui des Lions de Saphir, si rien ne semblait avoir changé, le simple fait que Felix montre des signes d’agacement à la simple mention de Claude indiquait que ce n’était pas le cas – une rumeur disait que lors d’un repas au réfectoire, l’épéiste avait froidement ordonné au Cerf d’Or d’aller s’asseoir ailleurs alors que ce dernier était à côté de son délégué en train de bavarder.
Et puis il y avait eu la bataille de l’Aigle et du Lion où les Lions étaient sortis victorieux après que leur prince ait mis à terre le meilleur archer de la promotion… et Yuri avait bien senti une tension s’installer jour après jour, notamment du côté de Dimitri qui fixait de plus en plus son camarade avec intérêt mais qui semblait se retenir d’agir. Le Loup de Cendre n’avait pas mis longtemps à comprendre que leur attirance mutuelle avait encore évoluée et que maintenant, elle était aussi physique et que si une occasion se présentait à eux, il existait une possibilité pour que l’un d’eux – en l’occurrence, plus le prince de Faerghus car vu le surnom que lui avait attribué Felix, il y avait plus de chances que ce soit lui qui agisse – saute sur l’autre. Il avait continué à creuser un peu pour connaître leur niveau d’expérience respectif dans un domaine plus charnel, lui confirmant que Dimitri, par son amitié avec Sylvain, n’était pas totalement novice en la matière – Dorothea avait réussi à apprendre par Ferdinand que le délégué des Lions de Saphir, dernièrement, avait plusieurs fois été voir le rouquin dans sa chambre, ce qui était assez intéressant – alors que pour Claude, il y avait des lacunes qu’il ne semblait pas chercher à combler – il n’avait pas trop eu de difficultés à s’en apercevoir vu la tête qu’il avait tirée quand Balthus avait évoqué certaines coucheries dans l’Abysse. Pour ce dernier cas, Yuri décida d’y remédier en usant de la curiosité de sa cible à son avantage et cela avec l’aide de Leonie qui, d’abord un peu surprise, accepta volontiers le petit tas d’or qu’il lui proposait en échange d’un paquet à déposer à son délégué et qui contenait un livre que Seteth avait banni du Monastère… en se gardant bien de préciser la nature réelle de son contenu – le visage rouge carmin qu’il croisa trois jours plus tard lui confirma que cet ouvrage très… explicite sur les relations entre hommes avait bien été lu.
Un soir, cela finit enfin par exploser et le Loup de Cendre, par un coup de chance, avait pu être aux premières loges.
C’était lors du bal, un évènement duquel il se tint en retrait, ne tenant pas à danser une valse ennuyeuse au milieu de tout ce monde. Après un tour rapide au buffet, il était sorti de la salle, prévoyant de flâner un peu avant de retourner dans l’Abysse quand son regard vit Dimitri quitter les lieux et partir en direction des dortoirs. Il attendit une minute, notant que la professeure était sortie prendre l’air brièvement, puis il vit Claude s’en aller à son tour, le pas moins vif, comme s’il cherchait quelque chose… ou quelqu’un. Ne trouvant manifestement pas ce qu’il désirait, il prit la direction de la tour de la déesse, poussant Yuri à le suivre de loin – il s’estima heureux de ne pas avoir mis sa cape blanche ce soir. Quand le délégué des Cerfs d’Or entra dans le bâtiment, celui des Loups se posta dans un recoin sombre et attendit… pour constater assez vite que Dimitri était arrivé sur place et pénétra dans la tour.
Laissant passer bien deux bonnes minutes, Yuri les suivit à l’intérieur, prenant bien garde à ne pas faire de bruit en montant et à refermer la porte en la bloquant pour qu’elle ne puisse pas être rouverte de l’extérieur – il serait assez fâcheux que deux des futurs dirigeants de Fódlan soient découverts ensemble en ce lieu. Il entendit des éclats de voix venir d’en haut, signe d’une dispute, mais il ne hâta pas le pas, se contentant de bien ouvrir ses oreilles… et surtout ses yeux, pour ne pas manquer le recoin qu’il visait. Arrivé aux dernières marches, les éclats de voix avaient cessé et il se glissa vite dans l’ombre depuis laquelle il avait à présent une bonne vue sur Dimitri se tenant face à Claude, éclairé par un rayon de lune, dont le visage montrait nettement que le masque derrière lequel il cachait habituellement ses émotions avait volé en éclat. Ses yeux verts exprimaient une surprise mêlée à une détresse qui indiquait qu’il était totalement perdu, preuve qu’il ne savait pas du tout comment se sortir de cette situation et la façon dont sa bouche s’ouvrait puis se fermait sans produire le moindre son le soulignait d’autant plus.
Rien ne bougea durant une bonne minute, cela jusqu’à ce que Yuri note que les épaules de Dimitri se baissaient et que ses pieds commençaient à se tourner vers l’escalier : il allait partir.
—NON !
D’un bond, Claude avait attrapé le poignet de son camarade, le stoppant net avant de le tirer vers lui. La distance entre eux était à présent plus réduite, à peine vingt centimètres et de ce que le Loup de Cendre pouvait entendre, ils étaient en train de se parler à voix basse, faisant qu’il ne pouvait pas être totalement certain de ce qu’ils pouvaient se dire. Un léger rire résonna puis il vit l’autre main de Dimitri se poser sur la taille de son camarade tandis que le Cerf d’Or se laissait faire, le regard brillant d’excitation, réduisant l’espace entre eux… puis Yuri dut se rapprocher un peu pour bien confirmer qu’ils étaient en train de s’embrasser – heureusement pour lui qu’ils étaient concentrés l’un sur l’autre car autrement, il n’allait pas s’en tirer à bon compte.
La situation aurait pu rester très chaste et se limiter à ce simple baiser… sauf que c’était omettre les nombreux jours pendant lesquels ils s’étaient tournés autour à dévorer l’autre des yeux à la moindre occasion. Aux sons qu’il était possible de percevoir, ils s’embrassaient de nouveau, cette fois avec plus d’ardeur et les bruits de froissement ainsi que le gémissement qui devait émaner de Claude indiquaient que cette étreinte gagnait en intensité.
Avec précaution, Yuri quitta sa cachette pour descendre de la tour, estimant qu’il pouvait laisser ces deux-là seuls. Une fois la porte débloquée, il alla se poster dans un recoin sombre, gardant un œil sur l’entrée durant de très longues minutes… avant d’être rejoint en douce par Dorothea et Ingrid qu’il dut empêcher d’entrer – le léger parfum d’alcool qui émanait d’elles ne laissait que peu de doutes sur ce qu’au moins l’une d’elles avait consommé. Elles le fixèrent avec interrogation jusqu’à ce que l’explication pour elles vienne avec la sortie de Claude, dont la tresse était curieusement défaite, accompagné de Dimitri qui, pour la première fois, avait sa veste grande ouverte. Aucun des deux ne semblait les avoir remarqué et la chanteuse eut la bonne idée de plaquer sa main sur la bouche de sa camarade pour étouffer l’exclamation de surprise qu’elle lâcha lorsque les deux délégués échangèrent un baiser avant de partir rapidement ensemble en direction des dortoirs.
Cette liaison resta secrète durant des années, seuls les concernés ainsi qu’eux trois étant au courant. La guerre l’avait nettement mise à mal, les évènements ayant séparés les amants, l’un d’eux ayant même dû affronter l’annonce de la mort de l’autre. La bataille de Gronder aurait pu signer sa fin définitive mais Dimitri retrouva enfin le chemin de la raison tandis que le triangle entre lui, Felix et Sylvain avait été modifié suite à la mort de Rodrigue – Ingrid le lui avait confirmé pour avoir constaté que l’épéiste allait dormir dans la chambre du rouquin. Après la reprise de Fhirdiad, la demande d’aide de Claude parvint à leur armée et il était clair que leur jeune roi souhaitait ardemment rejoindre Derdriu au plus tôt – heureusement, ils étaient arrivés à temps. Seulement, l’annonce du départ du duc Riegan prit tout le monde par surprise et il serait parti le jour même si Dimitri ne lui avait pas demandé de rester un jour de plus.
Ce soir précis, Yuri s’était proposé pour patrouiller et, innocemment, il s’était approché de la tente de leur roi pour jeter un coup d’œil discret… et il put constater que les deux amants s’étaient retrouvés, Claude ayant laissé sa veste sur une chaise tandis que Dimitri avait visiblement retiré sa cape et son armure. De ce qu’il entendait, ils se racontaient les grandes lignes de ce qu’il s’était passé ces dernières années, le tout ponctué d’un geste tendre comme une caresse sur la joue ou une main glissant dans les cheveux.
Le maitre de l’Abysse leur laissa ce moment à eux et reprit sa route en leur souhaitant que leur histoire ait une fin heureuse…
